Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 23 mai 2012

Chemin faisant, page 150

Quand on veut reconquérir une ville, on est aimable envers les faubourgs.

On peut, heureusement, être bon patriote sans avoir les vices de son pays, et bon fils sans avoir les défauts de sa mère.

Notre vie est d'avance tracée, nous en brodons simplement le canevas.

Ne se faire craindre que par sa justice.

Ceux qui se louent sont très agréables à côté de ceux qui se plaignent.

Le sourire n'est ni une approbation ni un blâme ; il est du genre neutre.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Partie 9 du Championnat du monde

L'analyse provient du site officiel du tournoi.

Blancs : Gelfand, Boris
Noirs : Anand, Viswanathan
Moscou, 2012.05.23
Ch. du Monde, partie 9
 
Défense Nimzo-Indienne





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Miette 40 : Ce qui est bon à prendre est bon à rendre

La propriété

Ce qui est bon à prendre est bon à rendre.

Sommaire. - Mauvais payeurs et gens de mauvaise foi. - Prescription à proscrire. - Donnez une provision. - Garder tout. - Obligé de rendre ... l'âme.

Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Cette réplique s'adresse à ceux qui détiennent ce qu'ils ont pris indûment ou par inadvertance. Dès qu'on s'aperçoit d'une erreur de ce genre, on doit la réparer sans retard et ne pas attendre que le temps s'écoule. Les mauvais payeurs et les gens de mauvaise foi profitent seuls de mois ou d'années « moratoires » pour invoquer ce qu'en terme de droit on appelle la « prescription », ce qui devrait plutôt être proscrit.

Summum jus, summa injuria.
« Le droit absolu est souveraine injustice. »

Certains hommes d'affaires ne craignent pas non plus de conserver tout l'argent que vous leur avez donné comme « provision » pour parer aux frais d'un procès à soutenir ou d'un jugement à obtenir. Quand tout est fini, que dépens et honoraires sont réglés, ils omettent de vous restituer le surplus ; c'est toujours cela de gagné... pour eux. C'est pour eux aussi que la proposition, plaisamment retournée, est devenue :

Ce qui est bon à prendre est bon à garder.

Ils demandent toujours, ils prennent sans cesse ; quant à rendre quoi que ce soit, que nenni ! Témoin celui-ci :

Grippon, à son heure, dernière,
Par Honorène, sa moitié.
Très instamment était prié
De finir au moins sa carrière
En homme juste et bon chrétien.
« Avant de quitter la lumière
Rendez, rendez de votre bien
Ce que tel ou telle réclame, »
Lui répétait la bonne dame.
« Hélas! lui dit Grippon, ma femme,
Que l'on ne me demande rien,
C'est bien assez de rendre l'âme ! »

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

mardi 22 mai 2012

Chemin faisant, page 149

Les airs de protection : d'arrogants seigneurs, cravachant de l'oeil leurs vassaux.

On ne devrait pas manger l'oeuf quand on a vilipendé le poulailler.

On n'aime qu'avec les sens quand, sans croire, on aime.

Le bon sens fait quelquefois l'office de la vertu.

Les qualités négatives sont comme l'ombre ; elles ont leur utilité.

Que je serais désolée de ne jamais mé tromper ! Il est si doux de revenir d'une erreur !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Miette 39 : Charbonnier est maître chez soi

La propriété

Charbonnier est maître chez soi.

Sommaire. - « La propriété, c'est le vol. » - Personne n'est convaincu. - Je garde mon bien, gardez le vôtre. - Les animaux chez eux. - À la chasse. - François Ier et le charbonnier.

Proudhon a bien essayé de convertir en vérité son fameux paradoxe : « La propriété, c'est le vol ». Malgré tout son talent et la force de sa dialectique, il n'y a que médiocrement réussi. Quiconque possède quelque chose considère qu'il l'a bel et bien gagné et n'a aucun goût pour en opérer la restitution.

Jaloux de son bien, on défend d'y toucher, on entend en user et en abuser à sa fantaisie, sans que personne se permette d'y trouver à redire. On se déclare libre d'agir chez soi et d'y commander à sa guise; tout être vivant, homme ou animal, a la même et identique conception. Il ferait beau voir d'aller déranger un chien dans sa niche, troubler un sanglier dans sa bauge, relancer un aigle dans son aire, rendre visite à un lion dans son repaire ; on serait reçu de la jolie façon.

Chacun se regarde comme le maître en sa demeure ; le charbonnier n'est donc pas seul de son espèce. S'il a personnifié l'apanage de la toute puissance à domicile, cela tient à une aventure dont nous sommes redevables au roi François Ier.

Celui-ci s'était égaré dans une forêt, en chassant (à cette époque les rois s'égaraient beaucoup à la chasse);

Mais pour être un grand roi, l'on n'en est pas moins homme,

l'exercice lui avait donné de l'appétit : il entra dans la première maison venue, habitée par un charbonnier. Ce brave homme, très hospitalier, n'avait jamais mis les pieds à la cour de France et n'en connaissait pas le souverain. Il lui fit bon accueil, le réconforta de son mieux, mais se réserva la première place à table disant que « charbonnier doit rester maître chez lui ».

François Ier, aussi spirituel qu'il était brave, s'amusa beaucoup de la prétention et se garda bien de se faire connaître en réclamant ses prérogatives. Ce n'eût pas été un charbonnier, qu'il n'aurait certes pas agi différemment, devant estimer que

Par droit et par raison
Chacun est maître en sa maison.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

lundi 21 mai 2012

8e partie du Championnat du monde

Il est assez rare de voir un gain en moins de 20 coups dans un Championnat du Monde des Échecs. Mais ce fut le cas aujourd'hui. Les commentaires, que je ne prends pas le temps de traduire, sont du maître international Malcolm Pein. Pour suivre la partie, il suffit de cliquer sur les coups ou d'utiliser les boutons de contrôle sous l'échiquer. Les coups des variantes sont aussi cliquables.

Blancs : Anand, Viswanathan
Noirs : Gelfand, Boris
Moscou, 2012.05.21
Ch. du Monde, partie 8
E60
Défense indienne du Roi





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Lettre ouverte au quotidien Le Droit

Monsieur, Madame,

Je désire, par la présente, manifester mon désaccord profond envers votre choix à la UNE de votre édition du samedi 19 mai.

En effet :

1 - Ce sondage n’est pas probabiliste et, donc, non scientifique ;
2 - Les répondants l’ont fait AVANT de connaître le contenu de la loi 78. C’est donc un bel exemple de désinformation, laissant entendre que près de 66% des répondants sont d’accord avec ladite loi ;
3 - L’image qui associe les 34% à un personnage masqué portant un pack-sack est carrément insultante pour ceux qui croient que cette loi est une erreur. Vous associez les gens ayant une opinion contraire au gouvernement à une image souvent reliée aux personnes aux intentions douteuses.

Pour toutes ces raisons, je considère que cette UNE désinforme et insulte l’intelligence de vos lecteurs. Cela se rapproche fortement du journalisme-poubelle. Je ne m’attendais certainement pas à ce que le quotidien francophone le plus lu en Outaouais pût devenir aussi démagogue.

Je vous demande de vous excuser - à la UNE - auprès de vos lecteurs.

Gilles G. Jobin
Gatineau.

Mise à jour du 23 mai 2012 : Ce matin, en page 2, Le Droit a publié ses excuses.

Miette 38 : Ote-toi de là que je m'y mette

La propriété

Ote-toi de là que je m'y mette.

Sommaire. - Une vieille chanson. - Mécontent de son sort. - Louis XIV nous empêche de dormir. - L'abordage à Corinthe. - Rêve irréalisable. - Devise des révolutions et de la politique.

N'être jamais content
De ce qu'on a ;
Oublier sottement
Ce qu'on aima ;
Avoir une femme blonde,
La vouloir brune ;
Avoir une femme brune,
La vouloir blonde.
Ah ! ah ! que les hommes sont fous !
Ils dédaignent tous
Le bonheur tranquille.
Qu'en dites-vous, Maria?
Moi, je ris de tout cela!

Cette vieille chanson, dont je rétablis de souvenir le texte sans doute un peu tronqué, me revient en mémoire à propos de « Ote-toi de là que je m'y mette ».

Ne cherche-t-on pas, en effet, à remplacer les autres parce qu'on n'est pas content de son sort : nemo suâ sorte contentus, dit un exemple de la grammaire latine du vieux papa Lhomond.

Qu'il s'agisse d'argent, d'honneurs, de richesse, on n'est jamais satisfait de ce que l'on possède; ce qu'on a ne convient pas; on désire changer; ou l'on veut davantage; on vise toujours plus haut ; le quo non ascendam de Louis XIV empêche de dormir; il faut absolument atteindre le sommet de toutes choses; tandis que la sagesse et le bon sens nous crient de rester calmes et réservés et de ne pas prétendre monter sans cesse : Non licet omnibus adire Corinthum, tout le monde ne peut aborder à Corinthe. Chacun fait la sourde oreille; nul ne se reconnaît inférieur à son voisin, quel qu'il soit et dans quelque carrière que ce soit. Si, malgré ses efforts, on ne peut s'élever au même niveau, on s'évertue à jeter bas celui qui nous domine de sa richesse ou de son talent; puisqu'il vous barre la route ou vous éclipse, il est de toute nécessité de le supplanter coûte que coûte, quitte à subir le même sort par un autre plus hardi, plus habile ou moins scrupuleux.

Pour beaucoup tous les moyens sont bons qui mènent à leurs fins et font toucher le but visé. Combien serait-il plus sage pour soi et plus juste pour les autres de se rendre compte de sa valeur personnelle et d'admettre la suprématie de ceux qui nous sont supérieurs ! II paraît que c'est là demander l'impossible - rêve irréalisable, - les humains n'y parviendront pas. Ils continueront à lutter les uns contre les autres, à se pourchasser, à se culbuter à qui mieux mieux, conservant comme devise préférée celle des révolutions et de la politique : Ote-toi de là que je m'y mette.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 148

La jeunesse n'apprécie pas l'estime.

Les jaloux aiment tant à faire souffrir de leur mal!

Garder de la crainte juste ce qu'il en faut, que c'est difficile !

Quand le droit n'aura plus besoin de protecteurs, nous pourrons être fiers de notre civilisation.

Quand on demande l'âge de certaines femmes, il semble qu'on leur enlève la chemise, tant elles en paraissent offensées.

Ce qui pèse le plus sur nous, ce sont nos expériences.

L'écho n'apportait plus que des plaintes mélancoliquement embaumées par la senteur des pins ; la douleur était allée plus loin.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 20 mai 2012

Chemin faisant, page 147

Les plus douces chaînes sont des chaînes : à un moment donné vous en sentirez le poids.

Dieu a quelquefois des miséricordes particulières pour l'être calomnié ; il l'adopte, il le comble de force, il lui dit tout bas : Je suis là.

Le raisin vaut bien la cerise, quoique ce soit un fruit d'arrière-saison.

Il faut aimer son indépendance un peu comme sa fille : ne permettre à personne de l'approcher.

Se faire aimer est moins une science qu'un don.

Nous sommes vraiment des détachés quand nous n'avons plus besoin que personne nous appartienne.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 19 mai 2012

Chemin faisant, page 146

La vie semble neuve le matin.

En amour, les boutades sont comme les mouches du visage, elles aiguisent le désir; en amitié, ce sont des maladresses.

Un beau front semble un confessionnal : on n'ose lui mentir.

La vraie grande dame n'a besoin d'être ni grande ni petite, ni blonde ni brune; elle loge en elle des qualités de race, sans être de race souvent.

Une femme indépendante est une désagréable énigme pour l'homme.

L'indépendance de l'esprit nous reconquiert sur le préjugé.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 18 mai 2012

Chemin faisant, page 145

La grâce meurt avec toutes les perles de son collier.

Les fautes d'autrui sont des oreillers pour les nôtres.

C'est quand le métier disparaît que l'art se révèle.

Le vrai n'a qu'une couleur, celle du vrai.

La gaieté vient de l'humeur, la joie vient du coeur.

Faire passer son bienfait par dée mains qui ne peuvent pas donner, c'est donner deux fois.

Je crois au sang dans les veines plus que je ne crois aux privilèges du sang.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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