Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 13 juin 2012

Chemin faisant, page 173

Aujourd'hui les agneaux tondent leurs mères.

Être capricieux, c'est ne pas être le même quand les choses restent les mêmes.

Le bonheur à ses petits-enfants : « Comptez sur vous plus que sur moi. »

Oh! les femmes, n'en dites pas tant de mal, puisque c'est un mal dont vous ne pouvez vous passer.

C'est vivre aux dépens de la jeunesse que de lui enlever sa gaieté.

Rien ne nous est dû, pas même les larmes pour pleurer.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 12 juin 2012

Chemin faisant, page 172

Un bonheur humble m'édifie moins qu'un malheur bien supporté.

Dans l'impatience de l'attente, la chair devient maîtresse, un crime peut se concevoir, un adultère se comploter. - 0 femmes ! ne vous faites jamais trop attendre.

Un homme riche n'a pas besoin d'emporter la vanité de sa maison en voyage ; son domestique s'en charge.

La confiance est comme le sommeil ; il faut savoir la modérer.

Les loups sans brebis, pauvres loups!

Un chasseur ne compte pas la poudre qu'il perd, ni un amoureux les déclarations qu'il lance.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 11 juin 2012

Chemin faisant, page 171

L'argent, selon son emploi, aura pour accusateur ou pour défenseur la misère.

Toute la pourpre des Césars, tout l'encens des renommées, tout le char des plaisirs, tout le cliquetis des joies ne valent pas une conscience pure.

Une bonté dupée n'est jamais ridicule, un esprit dupé l'est toujours.

La dernière passion que nous inspirons nous émeut d'une manière toute différente des autres : il y a de l'étonnement et de la reconnaissance dans ce que nous ressentons.

Pourquoi se vanter d'être honnête homme? Se vante-t-on d'avoir les pieds propres?

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 10 juin 2012

Chemin faisant, page 170

Chemin faisant, page 170 Le mensonge s'appelle trahison quand il se glisse dans un baiser.

On s'éloigne agréablement des gens qui ont besoin de tout blâmer.

Un acte ne meurt pas sans postérité : ses conséquences.

La loi est comme chacun de nous ; elle a besoin d'être respectable pour être respectée.

Que de gens nous régalent de leur présence au-delà de notre faim !

On s'habitue à demander et la demande perd de son amertume ; on s'habitue à donner et le don perd, hélas! de sa saveur.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Mémorial Tal : Rondes 1 à 3

samedi 9 juin 2012

Chemin faisant, page 169

Les difficultés sont des défis que la nature nous jette et dont, sans parcimonie, elle encombre notre voie.

La joie habille un coeur tout à neuf en un instant.

Rien n'est dangereux pour l'esprit comme un compliment.

Que le génie est pauvre à côté d'un grand coeur !

La simplicité des manières est de bonne maison.

Un passé pur : un lit de roses sèches qui sentent toujours bon.

L'aurore attend chaque matin un nouveau monarque de vingt-quatre heures.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Miette 51 : Il semble que nous ayons gardé les cochons ensemble

L'orgueil

Il semble que nous ayons gardé les cochons ensemble.

Sommaire. - Conséquences de la vie commune. - État servile. - Intimité engendre familiarité. - Les parapluies et les amis. - Charme et douceur de l'amitié.

Il faut vivre avec les gens pour les connaître, dit-on ; c'est profondément vrai. Vivre quotidiennement ensemble permet de s'apprécier réciproquement et découvrir le fort et le faible de chacun. Si l'affinité est complète entre deux personnages, la vie commune les lie d'amitié et crée affection et dévouement ; sentiments d'autant plus profonds et persistants qu'on aura partagé les mêmes peines, encouru les mêmes dangers, supporté les mêmes privations.

Ces liaisons et ces amitiés prennent plus rapidement naissance et se développent plus vivaces entre gens de condition modeste, astreints à de basses occupations. Moins on est placé haut sur les degrés de l'échelle sociale, plus vite s'établissent les relations et l'on ne tarde pas à être à « tu » et à « toi ».

Peu d'état servile est inférieur à la garde des cochons; l'intimité immédiate qui en résulte entraîne avec soi un prompt laisser aller et une familiarité complète aussitôt admise que créée. Si la vie intime ou la cohabitation n'a pas existé, on a lieu d'être surpris d'une familiarité intempestive ou d'un sans-gêne inexplicable, et l'on témoigne son étonnement ou son reproche en disant : « Il semble que nous ayons gardé les cochons ensemble », pour faire sentir à l'importun son indiscrétion et lui signifier qu'on n'admet avec lui aucun rapport d'amitié.

Avant que nous lier, il faut nous mieux connaître.1

Au surplus, l'amitié, pour être belle et désirable, n'est pas chose banale et vulgaire.

Dans tes amis lu dois mettre ta confiance,
Déposer dans leur sein les secrets de ton coeur;
Partager leurs plaisirs, partager leur douleur,
Et ne voir leurs défauts que d'un oeil d'indulgence.2

Pour arriver à ce degré de confiance et d'abandon, il convient de procéder avec réflexion et discernement et ne pas s'engager à la légère dans le choix de ses amis. Les saints et les philosophes nous le recommandent prudemment :

« Nos amitiés ne doivent pas être fondées sur l'intérêt, car l'amitié est une vertu et non un négoce. »3

« Ne sois pas prompt à acquérir des amis; mais ceux que tu auras acquis, ne leur enlève pas promptement ton estime. »4

Les pessimistes ne croient pas à l'amitié et vous en détournent par la plume de La Rochefoucauld :

« Ce que les hommes ont nommé amitié n'est qu'une société, un ménagement réciproque d'intérêts, un échange de bons offices; ce n'est enfin qu'un commerce où l'amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner. »

Le poète latin, sceptique à l'égard de l'amitié, estime qu'elle ne survit pas à l'infortune :

Donec eris felix, mullos numerabis amicos;
Tempora si fuerint nubila, solus eris.
5

« Tant que vous serez heureux, vous compterez beaucoup d'amis ; si les temps deviennent nuageux, vous serez seul. »

Un humoriste donne de ce distique une plaisante traduction, dont le sens est assez fidèle: « Les amis sont pareils aux parapluies; on ne les a jamais sous la main quand il pleut. »6

S'il est du vrai dans ces opinions, semblables au fond quoique variées dans la forme, gardez-vous de trop les accueillir à la lettre et de faire fi de l'amitié. Croyez les philosophes et les saints ; faites un choix raisonné et judicieux ; vous en serez amplement récompensé par les jouissances infinies que vous éprouverez dans la possession d'un bon et véritable ami ; vous sentirez alors « tout le prix d'un coeur qui nous comprend ».

Qu'un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre coeur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même.
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.7


1 Le Misanthrope, comédie de Molière. Acte I, sc. 2.
2 Pibrac.
3 Saint Ambroise.
4 Solon.
5 Ovide.
6 Théodore de Banville.
7 La Fontaine, Les deux Amis, livre VIII, fable 11.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

vendredi 8 juin 2012

Chemin faisant, page 168

Il n'est pas bon de pleurer, mais il sera bon d'avoir pleuré.

« Je vous le dis à vous, madame » : - Cette exception en ma faveur m'avertit au moins autant qu'elle me flatte.

Que faut-il pour bien recevoir? Faire oublier aux gens que vous les recevez.

Heureusement, la guêpe bourdonne.

Les gens qui ne savent pas aimer sans comparer ressemblent à ceux qui ne savent pas recevoir un présent sans l'évaluer.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 7 juin 2012

Études : Collection H. Mattison (46 - 48)

N°46


Mattison H, Jaunakas Zinas, 1927
Les Blancs jouent et gagnent.
Montrer la solution
N°47


Mattison H, Jaunakas Zinas, 1927
Les Blancs jouent et gagnent.
Montrer la solution
N°48


Mattison H, Shakhmatny Listok, 1927
Les Blancs jouent et gagnent.
Montrer la solution

Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

Chemin faisant, page 167

Permettre aux vieux d'être laids, ce n'est pas, savez-vous, de la si commune indulgence.

La jeunesse mousse dans certains êtres comme le champagne dans le verre.

Les gens d'esprit ont le droit de faire des sottises ; ils n'ont pas le droit d'en dire.

Les saintes âmes reprennent la lutte avec amour, comme l'artiste son instrument.

Le renoncement est dur jusqu'à mi-côte; la fin de la route vous récompense.

Rien ne pèse plus que le coeur quand il est las !

Il faut bien débuter dans la vieillesse ; comme dans toutes les descentes, l'essentiel est de poser son pied d'aplomb.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Miette 50 : Gai comme un pinson

Le jeu

Gai comme un pinson.

Sommaire. - Pour compléter mes études omithologiques. - De naturaliste en naturaliste. - Du choc jaillit... l'obscurité. - À qui se fier? - Le triomphe de la routine.

N'ayant pas poussé très loin mes études d'histoire naturelle et ne m'étant pas fait une spécialité de l'ornithologie, j'eus la curiosité de me renseigner sur l'état d'âme du charmant petit oiseau qui a nom « pinson » et dont la gaîté est devenue proverbiale.

J'ouvris l'ouvrage du Naturaliste par excellence, avec un N majuscule, du grand Buffon, et je lus :

« Le pinson est un oiseau très vif, toujours en mouvement; cela, joint à la gaîté de son chant, a donné lieu sans doute à la façon de parler proverbiale : gai comme un pinson. » Michaud, de son côté, révèle que « le pinson remplit l'air de sa voix éclatante ».

Mis en goût par ces indications précises quoique laconiques, je résolus de poursuivre ailleurs mes investigations, et recourus à l'Ornithologie passionnelle, d'Alphonse Toussenel, le délicat auteur de l'Esprit des bêtes.

Quelle fut ma surprise quand j'y découvris mon petit pinson dans ce portrait physique et moral : « Gai comme un pinson est encore un de ces adages menteurs qui contribuent si déplorablement à enraciner les préjugés et les erreurs dans l'esprit dès populations.

« Un oiseau gai, c'est le tarin, c'est le sizerin, le linot, le serin, un oiseau qui toujours sautille, babille, frétille, qui prend son mal en patience et le temps comme il vient ; qui, comme le chardonneret, mange devant la glace quand il est seul, pour se faire accroire à lui-même qu'il est en société. Or, le pinson n'a jamais affecté ces allures joviales; au contraire, il s'observe constamment, fait tout avec mesure, réflexion et solennité ; il pose, comme on dit, quand il marche, quand il mange, quand il chante. Au lieu de prendre le temps comme il vient, il se laisse aller à des plaintes mélancoliques pour peu que la pluie menace. La captivité le démoralise, le rend aveugle, le tue. Ce ne sont pas là des façons d'oiseau gai. »

Jugez de ma déception à cette diatribe inattendue contre la gaîté du pinson. Auquel des deux s'en rapporter à présent ? À Buffon? à Toussenel? À Toussenel ? à Buffon ?

Lequel des deux vécut le plus dans l'intimité de notre petit pinson dont je voulais faire mon ami et la joie de ma maison? Je ne le sais et ne puis le savoir. Mais s'il m'est permis de glisser mon humble avis dans ce passionnant litige, j'ai bien peur que, malgré Toussenel et son appréciation courroucée, on ne continue longtemps encore à dire avec le vieux Buffon : « Gai comme un pinson! »


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

mercredi 6 juin 2012

Chemin faisant, page 166

Entre bons domestiques, c'est à qui aura le meilleur maître; entre mauvais, c'est à qui abîmera le plus le sien.

Un jeune qui n'ose pas assez, un vieux qui ose trop, deux déclassés.

Les vieux domestiques sont comme les vieux renards ; ils connaissent les fentes et leurs aboutissants.

Ils ne savent ni aimer ni haïr ceux-là qui ne fêtent pas en eux l'anniversaire de certains départs.

Élever, ce n'est pas chercher à faire passer son âme dans celle de son disciple, c'est placer l'âme de son disciple devant le devoir, l'honneur, la vertu.

Le scrupuleux rapetisse son Dieu.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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