Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

vendredi 20 juillet 2012

Chemin faisant, page 210

L'honneur pour soi, la réputation pour les autres.

La dissimulation est un art que nous apprend la vie.

La prudence est une grand'mère dont nous n'aimons pas à ramasser les lunettes.

Une limite sera toujours une tentation.

Rien n'est moins à nous que notre humeur.

Ce n'est pas assez de voir avec ses yeux, il faut voir avec ceux du sens commun.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

jeudi 19 juillet 2012

Chemin faisant, page 209

On parle esprit aux gens avec lesquels on ne peut parler coeur.

Il est doux de montrer au monde qu'on n'est pas sa dupe.

Les grands horizons provoquent l'interrogation.

La banalité fera toujours la guerre à l'originalité.

Ronge tes poings si tu le veux, c'est ton droit, mais souffre sans témoins.

Ah! la belle chose que le repentir! On est si convaincu de ne plus recommencer !

Quand toutes nos joies sont déjà dans la bière, il n'est pas difficile d'y coucher notre corps.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

4 à 2...

J'ai initié Estéban à Mémoire 44...

Il mène 4 à 2...



mercredi 18 juillet 2012

Chemin faisant, page 208

Il faut souffler plus d'une fois sur un désir pour l'éteindre.

Que de méprises on commet envers ceux qu'on appelle heureux et envers ceux qu'on appelle fous!

L'adjectif suit la mode comme le ruban.

Un homme qui a rendu sa femme heureuse peut mourir avec une certaine paix.

Il faut toujours être prêt, et pouvoir, comme le soldat, dire à la mort : Présent!

On est drôle pour les autres, quand on l'est; on ne l'est jamais pour soi-même.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Miette 57 : C'est un frondeur

L'orgueil

C'est un frondeur.

Sommaire. - Richelieu et le duel. - Mazarin et la Fronde. - Canzonetta. - Portrait du frondeur. - Polichinelle et le commissaire. - Fermez boutique. - Frondeur et bon coeur.

Richelieu, le grand cardinal, n'aimait pas les duellistes ; il en coûtait cher à ceux qu'on surprenait l'épée à la main.

Le cardinal Mazarin, plus débonnaire, s'en prenait aux garçons de boutique et autres jeunes gens qui se battaient à coups de fronde ; les archers mis à leur poursuite avaient du mal à tenir ces frondeurs en respect.

Bachaumont, conseiller au Parlement, mit le mot à la mode quand il dit en parlant du Cardinal : « Je le fronderai bien. »

L'opposition aux volontés du ministre de Louis XIV enfant était désormais baptisée ; elle s'appelait la Fronde, nom devenu historique, et chansonné à l'époque par Barillon l'aîné :

Un vent de fronde
S'est levé ce matin.
Je crois qu'il gronde
Contre le Mazarin.

Celui-ci ne s'en émotionnait pas autrement et dans son insouciance italienne zézayait tranquillement en réponse : « S'ils cantent la canzonetta, ils payaront.» Et, pour lui, le principal était qu'on déliât fréquemment les cordons de la bourse à son profit.

Voici un poète qui n'est pas l'ami du frondeur, c'est Royou :

Le masque du frondeur cache un ambitieux,
Suivant les lieux, les temps, il sait changer de style
Et flatter à la cour comme il fronde à la ville.
On dedaigne l'encens qu'il y va prodiguer,
Et c'est toujours sans fruit qu'on le voit intriguer.
De n'être point aimé faut-il donc qu'il s'étonne ?
Personne ne lui plaît, il ne plaît à personne.

Royou était sans doute d'humeur morose, car généralement le frondeur bénéficie de la sympathie du public, qui ne déteste pas faire de l'opposition à l'autorité. Les enfants n'applaudissent-ils pas Polichinelle rossant le commissaire?

En l'an VII de la République Française, où le mépris de la religion chrétienne et de son culte était de commande, un bonnetier avait fermé sa boutique le jour de Pâques. Une affiche placardée dans tout Paris informa le peuple qu'une rigoureuse amende avait été infligée à cet audacieux.

Dès le lendemain, les acheteurs affluèrent chez lui en signe de protestation et firent sa fortune. Il lui fut loisible alors de se retirer avec de bonnes rentes et ferma définitivement boutique.

Le Parisien a toujours été frondeur et... « bon coeur ».

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

mardi 17 juillet 2012

Miette 56 : Après lui, il faut tirer l'échelle

L'orgueil

Après lui, il faut tirer l'échelle.

Sommaire. - Appréciation hasardée. - L'attrait d'un spectacle. - À qui l'honneur? Au dernier. - L'échelle n'est plus utile. - Souvenir de supériorité. - Les extrêmes se touchent.

Les criminalisles, les justiciers, tous ceux qui sont préposés à la défense de la société et à la punition des forfaits, ont estimé qu'il était plus pénible pour un criminel de voir exécuter son ou ses complices que d'être exécuté le premier.

Se sont-ils bien rendu compte de la mentalité des coquins, ou n'ont-ils pas plutôt raisonné comme des honnêtes gens, en se plaçant à leur point de vue personnel ? L'aspect du sang, de la torture, du supplice, inspire le dégoût, l'horreur et l'effroi à vous ou à moi, je le veux bien; mais à des misérables qui ont tué, brûlé, assassiné, je m'imagine que la sensation est tout autre et que, bien au contraire, ils doivent éprouver un malin plaisir à assister à la cérémonie ; après tout, c'est un spectacle gratuit; et comme, pour eux, c'est le dernier qui leur soit offert, ils entendent en jouir complètement et en avoir « pour leur argent ».

L'usage n'en a pas moins existé et subsisté de procéder, pour les exécutions de plusieurs complices, dans l'ordre inverse de l'importance présumée de la culpabilité de chacun.

Quand, autrefois, on avait recours à la pendaison, l'échelle était posée contre la potence; et lorsque tous les criminels étaient attachés au gibet, y compris le dernier, c'est-à-dire le plus gredin, l'échelle n'était plus utile; il fallait la retirer.

Je ne crois pas indispensable de vous glisser dans le tuyau de l'oreille que, eu égard aux circonstances au milieu desquelles on la prononçait, cette expression n'était pas prise en très bonne part. Comment en est-elle venue à s'appliquer à contre-sens et à signifier qu'après telle ou telle supériorité en art, en sciences, en courage, on ne pouvait trouver mieux, on n'avait plus rien à faire sinon à tirer l'échelle? j'avoue n'en rien savoir; ma surprise égale la vôtre et la dépasse au besoin; mais pourquoi s'insurger? le fait est là, brutal, indéniable. Comme explication, je puis vous soumettre qu'on n'a conservé dans son esprit qu'un souvenir de supériorité, sans maintenir l'idée de honte qui y était primitivement accolée :

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés;1

on a oublié ces premiers degrés qui conduisaient au paroxysme du vice ; on les a gardés pour mener au summum de la gloire et de la vertu.

Les extrêmes se touchent !


1 Racine, Phèdre, acte IV, scène II.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

CMS Made Simple

Joomla ? Spip ? Pas toujours facile de trouver un système de gestionnaire de contenu satisfaisant.

Depuis quelques jours, j'explore CMS Made Simple.

Ce gestionnaire porte vraiment bien son nom. Comme exercice d'apprentissage, j'ai réécrit mon site L'Échéphile et, ma foi, je suis assez content du résultat. Il ne me reste plus qu'à trouver comment lui ajouter un fil RSS !

Chemin faisant, page 207

Ce n'est jamais la conscience qui nous égare ; c'est l'amour-propre, quand il prend sa place.

La position de l'amie qui reçoit un aveu est aussi pénible que celle de l'amie qui le lui fait.

J'ai vu des humilités qui se rattrapaient si généreusement que, depuis ce temps-là, je suis devenue méfiante pour ceux qui baisent la poussière.

L'idée s'envole de l'esprit comme l'oiseau du nid, pour aller chercher sa vie ailleurs.

Un malheur qu'on ne craint pas pour soi, par exemple l'inconduite d'un fils quand on n'a pas d'enfant, nous semble à peu près supportable.

S'obstiner à pleurer sur sa ruine, c'est préparer un mauvais mortier pour la reconstruction.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

lundi 16 juillet 2012

Chemin faisant, page 206

La jeunesse questionne et juge sans réflexion: deux irrévérences de l'esprit.

Le monde sera toujours étonné qu'on se passe de lui.

On sent très bien tout ce qui se dit derrière soi.

On n'a jamais passé l'âge des conseils à recevoir tant qu'on porte la carapace humaine.

Il n'est pas défendu de rechercher l'admiration des inférieurs, car l'affection ne peut leur venir que par elle.

L'Italie nous a donné le Carnaval, voilà pourquoi Rome nous a imposé le Carême.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

dimanche 15 juillet 2012

Chemin faisant, page 205

Les grandes résolutions, comme les grandes armées, sont confiantes en elles-mêmes.

Nos membres sont plus francs que nos sentiments ; ils s'expriment ouvertement quand ils n'en peuvent plus.

Les grandes relations sont comme les grands portefeuilles ; il faut nécessairement y faire entrer plusieurs sortes de valeurs.

La passion survit à la jeunesse, mais elle ferait souvent mieux de mourir avec elle, comme l'enfant avec la mère.

Même la pitié est pleine de partialité.

Avant la neige, la nature semble inquiète : on dirait qu'elle a peur de l'ensevelissement.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

samedi 14 juillet 2012

Chemin faisant, page 204

Ce que vous faites deux fois de suite, dons ou autres choses, vous vous obligez presque à le faire toujours.

Rougir de l'épreuve, ce serait rougir de Dieu.

N'exagérons pas nos droits : c'est bien laid un nez trop long.

Personne n'est plus expert qu'un autre dans la science de mourir, puisqu'on ne meurt qu'une fois.

Une seule puissance fait trembler l'amour, c'est le caprice.

La résignation ne coule que goutte à goutte, c'est une huile sainte qui se distille lentement.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

vendredi 13 juillet 2012

Chemin faisant, page 203

Il est des jours où il faut mettre double bride à ses sentiments.

S'immoler est plus facile que se posséder.

Il y a des gens qui n'attendent pas la dent du loup; ils se proposent.

Le bûcheron fait petit à petit son fagot : courage, vertu!

Le préjugé étouffe son homme sans bruit.

Personne n'est encore mort de pitié.

L'homme qui croit devrait être endurant.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 >