Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 25 janvier 2012

Deuxième essai HTML5

Mon deuxième essai en HTML5 avec Hype. Plusieurs scènes à ajouter, mais ça donne une bonne idée de ce qu'on pourrait faire pour enseigner des concepts importants.

Citations quotidiennes 25.01.12

[...] j'ai visité l'appartement de John Clive, l'historien, après sa mort en 1990, pour emballer ses livres et les apporter à la librairie. [...] Disperser sa bibliothèque c'était comme incinérer un corps et éparpiller ses cendres au vent. J'étais très triste. Je compris alors que la valeur des livres d'un individu réside dans la façon dont ils coexistent avec les autres et qu'en perdant leur contexte ils perdaient aussi leur sens.
Anne Fadiman (Adam, un ami de l'auteur, cité dans Ex-libris, trad. Catherine Pierre , p.188, Mille et une nuits, 2004)

L'incorrigible fierté des racines.
Daniel Pennac (Monsieur Malaussène, p.317 Éd. Gallimard)

Le style ne peint pas seulement l'homme : il peint aussi son époque.
Lucien Duc (Étude raisonnée de la versification française, p.70, Bibliothèque de la province, 1889)

La prudence, mon fils, jointe avec la valeur,
Peut toujours surmonter le plus cruel malheur.
Charles-Claude Genest (Pénélope, acte 4 sc. 7 (Ulysse), p.146, in Théâtre du Second Ordre, tragédies tome 1, 1810)

[...] la magie et la sorcellerie sont des explications commodes lorsqu'on s'aperçoit que l'on a tiré des inductions erronées.
Bertrand Russell (L'Art de philosopher, trad. Michel Parmentier , p.41, PUL, coll. Zêtêsis, 2005)

Voir Au fil de mes lectures.

mardi 24 janvier 2012

Miette 9 : La faim assaisonne tous les mets

Le goût

La faim assaisonne tous les mets

Sommaire. — Condition essentielle. — Utiles préceptes. Application recommandée. — Denys le Tyran reçoit une leçon. — Sûr d'un régal. — Pour manger un canard, il faut être deux. — Le suisse du maréchal de Villars.

Un a beau vous servir les mets les plus succulents préparés avec les raffinements les plus perfectionnés, si vous n'avez pas faim, vous ne les apprécierez pas; vous y toucherez à peine.

Si, au contraire, vous avez bon appétit, les plats les plus simples, les mets les plus modestes vous sembleront délicieux.

La première condition à remplir avant de se mettre à table est donc de s'y présenter avec la faim.

Désireux

Que je puisse toujours après avoir dîné
Bénir le cuisinier que le ciel m'a donné.1

je m'applique à gagner cet appétit indispensable pour savourer les bonnes choses que l'art culinaire confectionne si habilement, à la plus grande joie des gourmets et des gourmands. Afin d'y arriver, je me suis pénétré de certains préceptes, dont je vous recommande l'application ; vous vous en trouverez bien. Aussi je vous les transcris tout au long, sans en omettre le moindre détail gastronomique.

D'un utile appétit, munissez-vous d'avance ;
Sans lui vous gémirez au sein de l'abondance.
Il est un moyen sûr d'acquérir ce trésor...
L'exercice, Messieurs, et l'exercice encor.
Allez tous les matins sur les pas de Diane,
Armés d'un long fusil ou d'une sarbacane,
Épier le canard au bord de vos marais ;
Allez lancer la biche au milieu des forêts ;
Poursuivez le chevreuil s'élançant dans la plaine ;
Suivez vos chiens ardents que leur courage entraîne.
Que si vous n'avez pas les talents du chasseur,
Allez faire visite à l'humble laboureur ;
Voyez sur son palier la famille agricole,
Que votre abord enchante et votre voix console ;
Ensuite, parcourant vos terres, vos guérets,
Du froment qui végète admirez les progrès ;
Maniez la charrue et dirigez ses ailes;
Essayez de tracer des sillons parallèles;
Partagez sans rougir de champêtres travaux,
Et ne dédaignez pas on la bêche ou la faux ;
Facilitez le cours d'une onde bienfaitrice
Dans vos prés desséchés par les feux du solstice ;
Montez sur le coursier, impétueux, ardent,
À la croupe docile, au naseau frémissant :
Dans les champs que le soc a marqué de sa trace,
Domptez ses mouvements, réprimez son audace....
Vous obtiendrez alors cet heureux appétit,
Et reviendrez à table en recueillir le fruit.2

Pour avoir méconnu cette saine doctrine et s'être laissé entraîné à un élan de curiosité gastronomique, Denys le Tyran s'exposa à recevoir une leçon d'hygiène qui dut coûter cher à son amour-propre.

On sait que, pour les Lacédémoniens, le plus exquis de tous les mets était ce qu'ils appelaient la sauce noire, plus connue sous le nom de « brouet ». Mais j'aime mieux, pour la suite du récit, passer la plume à Joseph Berchoux ; vous n'y perdrez pas, et ma paresse y gagnera :

... Ce brouet, alors très renommé,
Des citoyens de Sparte était fort estimé ;
Ils se faisaient honneur de cette sauce étrange,
De vinaigre et de sel détestable mélange.
On dit à ce sujet, qu'un monarque gourmand3
De ce breuvage noir, qu'on lui dit excellent,
Voulut goûter un jour. Il lui fut bien facile
D'obtenir en ce genre un cuisinier habile.
Sa table en fut servie. 0 surprise ! ô regrets !
À peine le breuvage eut touché son palais,
Qu'il rejeta bientôt la liqueur étrangère.
« On m'a trahi! dit-il, transporté de colère.
« — Seigneur, lui répondit le cuisinier tremblant,
« Il manque à ce ragoût un assaisonnement.
« — Eh! d'où vient? Avez-vous négligé de l'y mettre?
« — Il y manque, Seigneur, si vous voulez permettre,
« Les préparations que vous n'emploierez pas,
« L'exercice et surtout les bains de l'Eurotas. »4

Jean-Jacques Rousseau, sans être aussi frugal qu'un Spartiate, se plaisait à une nourriture simple et comptait également sur l'appétit pour en faire le principal assaisonnement.

« Je ne connais pas, disait-il, de meilleure chère qu'un repas rustique. Avec du laitage, des oeufs, des herbes, du fromage, du pain bis et du vin passable, on est toujours sûr de bien me régaler. Mon bon appétit fera le reste quand un maître d'hôtel et des laquais autour de moi ne me rassasieront pas de leur importun aspect. »5

S'il est des gens qui se contentent d'aliments peu recherchés et en petite quantité, s'il en est d'autres qui ont besoin d'exercice pour exciter leur appétit, il en est dont l'estomac réclame et accueille le plus naturellement du monde force victuailles exquises et copieuses.

Dans mon enfance, j'ai connu un vieux monsieur qui disait, avec un rire énorme, que pour manger un canard il fallait être deux, le canard et soi, et je le regardais avec des yeux effarés, le prenant pour un ogre, et m'écartant avec effroi.

Ce n'était cependant qu'un enfant auprès de bien d'autres dont on m'a révélé depuis les exploits de véritables engloutissements stomachiques.

Dans le nombre, je n'en veux retenir que le cas du suisse du maréchal de Villars, qui a pour lui une certaine authenticité.

Ce suisse mangeait énormément. Le maréchal un jour le fit venir : « Combien mangerais-tu d'aloyaux? lui dit-il — Ah! Monseigneur, pour moi falloir pas beaucoup, cinq à six tout au plus. — Et combien de gigots? — De gigots! pas beaucoup, sept à huit. — Et de poulardes? — Oh! pour les poulardes, pas beaucoup, une douzaine. — Et de pigeons? — Oh! pour ce qui est de pigeons, Monseigneur, pas beaucoup, quarante, peut-être cinquante, selon l'appétit. — Et des alouettes? — Des alouettes, Monseigneur, toujours. »


1 Joseph Berchoux, La Gastronomie, chant II.
2 Joseph Berchoux, La Gastronomie, chant II.
3 Denys le Tyran.
4 Joseph Berchoux, La Gastronomie, chant I.
5 Les Confessions, partie I, livre II.

Chemin faisant, page 25

Il y a bien des manières d'être jolie, il n'y a qu'une manière d'être digne.

Il faut être aimée à son goût, et louée au goût des autres.

Être prise pour son argent, et encore quand on en a pour son argent !

La coquette grignote l'amour.

Le bruit des pas qu'on aime est le plus cher des bruits.

En amour, toi et moi forment un pronom de la même personne.

Vaut-il mieux être la première ou la dernière fleur du papillon ?

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Citations quotidiennes 24.01.12

Être étonné, c'est un bonheur; -et rêver, n'est-ce pas un bonheur aussi?
Edgar Allan Poe (Histoires extraordinaires, Folio n° 310)

L'amour n'est que plus doux après ces démêlés,
Et l'on s'en aime mieux, de s'être un peu brouillés.
Philippe Quinault (La Mère Coquette, acte 5, sc. 8 (Laurette), p.104, in Théâtre des auteurs du second ordre, Comédies en vers, T. II, 1810)

C'est une chose courante, en notre siècle et nos pays, que d'entendre des gens déclarer : « Moi, je ne fais pas de politique... je ne m'intéresse pas à la politique... je me tiens en dehors de la politique... », comme s'ils se décernaient un brevet de sagesse ou d'honorabilité en refusant de participer aux affaires publiques.
À Athènes, celui qui, dans une guerre civile, n'avait pas pris les armes avec un des partis était privé de ses droits civiques ; il perdait sa qualité de citoyen. Celle loi avait été formulée par Solon, pour éviter que, dans les conflits qui, souvent, divisaient l'État, « certains citoyens, par indifférence, ne s'en remissent au hasard des événements ».
Maurice Druon (Le pouvoir, p.30, Hachette (Notes et maximes), 1964)

Hélas ! il est affreux de quitter ce qu'on aime !
Jean-François de La Harpe (Le comte de Warwick, acte 5, sc. 5. (Warwick), 1763)

Voir Au fil de mes lectures.

lundi 23 janvier 2012

Premier essai HTML5

Ma première tentative avec Hype et HTML5. À mon avis, Hype est promis à un fort bel avenir. Un bonheur certain, c'est celui de pouvoir travailler avec des outils qui facilitent l'actualisation de notre pensée. Mais il me reste encore tant à apprendre !

Chemin faisant, page 24

Quand une femme a permis la seconde liberté, elle a autorisé la dernière.

Est-ce par oubli que la plupart des veuves se remarient, ou par souvenir?

Les hommes sont comme les enfants ; ils sentent quelquefois le besoin d'aller dîner à la cuisine.

Certains hommages donnent la sensation d'un gigot après dîner.

Une femme qui n'a peur de rien, est aussi antipathique qu'un homme qui a peur de tout.

Simplement jeune, franchement vieille, doucement belle, discrètement riche.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Citations quotidiennes 23.01.12

[...] quelle impression ça fait de mourir ?
[...]C'est une impression de grande solitude.
Tennessee Williams (La descente d'Orphée, in Théâtre II, trad. Raymond Rouleau (adaptation), p.86, Robert Laffont, 1962)

Entre amis, il ne faut jamais qu'on s'abandonne
Aux traits d'un courroux sérieux.
Jean de La Fontaine (Le Chat et les deux Moineaux, p.321, in Fables complètes, France Loisirs/Garnier Frères, 1962)

[...] Dans les coeurs bien nés les premières erreurs
Tournent à leur profit, et les rendent meilleurs.
De Bièvre (Le Séducteur, acte 2, sc. 5 (Mélise), 1783)

Des goûts et des couleurs. « L'ennemi de toute peinture est le gris » (Delacroix). « Vous avez parfaitement raison de parler du gris, cela seul règne dans la nature, mais c'est d'un dur effrayant à attraper », (Cézanne). « Il faut respecter le noir » (Odilon Redon). « Rejetez le noir » (Gauguin). « Le noir, mais c'est la reine des couleurs » (Renoir). « Que c'est beau, le jaune ! » (Van Gogh). « Le bleu conserve sa propre individualité... alors que le jaune noircit dans les ombres et s'éteint dans les clairs » (Raoul Dufy). « Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge »(Picasso).
Henri Perruchot (La peinture, p.28, Hachette coll. Notes et maximes, 1965)

[...] L'honneur consiste à ne tromper personne.
Nicolas-Thomas Barthe (Les Fausses infidélités, sc. 13 (Angélique), 1768)

Voir Au fil de mes lectures.

dimanche 22 janvier 2012

Chemin faisant, page 23

Le spectacle d'une force qui faiblit n'afflige que les grandes âmes ; elle console les petites.

Les gens qui font de l'égoïsme d'ensemble, s'entendent comme d'excellents musiciens.

La nature nous donnant quelquefois toutes les tendresses, nous demande toutes les forces.

Il y a bien moins de manières d'être honnête femme que d'être bon mari.

Il est des âmes qui attirent et font peur; elles donnent la sensation d'un précipice.

Le bonheur n'est pas plus une question de mérite que l'amour n'est une question de beauté.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Citations quotidiennes 22.01.12

On doit mieux aimer ses amis pour leurs défauts que pour leurs qualités.
Philippe Soupault (L'Amitié, p.30, Hachette, coll. notes et maximes, 1965)

[...] le merle était le symbole de tous ceux qui font toujours un pas de côté tout en restant dans le droit chemin.
Arthur Keelt (Le merle, trad. Jean-Bernard Pouy, p.146, L'Atalante, 2002)

On peut, à la rigueur, parvenir à la jouissance sans acquitter le prix d'un travail rude et pénible, mais non pas à la joie, cette «merveilleuse étincelle divine».
Konrad Lorentz (Les huit péchés capitaux de notre civilisation, trad. Elizabeth de Miribel, p.70, Flammarion)

La noblesse est peut-être un abus dans le monde.
François de Neufchâteau (Paméla, acte 3, sc. 9 (Artur), 1795)

Voir Au fil de mes lectures.

samedi 21 janvier 2012

Éditeurs, réveillez-vous !

L’annonce d’Apple ébranle.

Leur manière d’entrer dans le monde scolaire est tout simplement brillante ; l’idée d’offrir gratuitement une trousse de conception (Ibooks author) aux auteurs potentiels est géniale. Apple montre la voie.

Espérons maintenant que cette idée sera reprise par des développeurs de logiciels libres ; car, idéalement, il me semble que le produit final (le livre) devrait être dans un format ouvert.

Je ne sais pas comment les éditeurs scolaires vont prendre la chose. Mal, sans doute. Mais ils n’ont qu’eux-mêmes à plaindre.

Je me rappelle, à l’Aquops 1998 (ou 1999, je ne sais plus trop), j’avais présenté un atelier de deux heures sur une manière dynamique de faire des maths avec le web. Et j’avais prédit que les éditeurs de livres scolaires classiques, s’ils ne s’ajustaient pas à la nouvelle réalité, seraient appelés à disparaître. Dans la salle, un éditeur était rapidement intervenu en manifestant son grand scepticisme. Je crois que j’avais haussé les épaules.

Les éditeurs ont de grandes forces, c’est certain. Mais ils manquent d’imagination. Si j’étais dans leurs souliers, je demanderais une subvention au MELS pour développer, avec des gens du milieu, du matériel virtuel libre de droits pour les écoles québécoises. Je tenterais de prendre la direction dans ce domaine pour, éventuellement, me rendre indispensable. Pour cela, il faut que les éditeurs laissent tomber quelques principes auxquels ils tiennent obstinément.

Il faut en effet qu’ils apprennent à publier RAPIDEMENT (et avec plein d’imperfections) une première édition.
Il faut qu’ils laissent le livre évoluer librement après cette première édition.
Il faut qu’ils reconnaissent que la perfection n’est pas de ce monde, mais qu’un livre ouvert peut devenir éventuellement quasi parfait.
Il faut aussi qu’ils oublient l’idée d’une version unique.

Miette 8 : Chercher une aiguille dans une botte de foin

La vue

Chercher une aiguille dans une botte de foin

Sommaire. — Aiguille en main, botte devant soi. — Demi-tour! — Fixe! — Problème à résoudre. — Le roman, la femme et le charlatan.

Supposez que vous ayez devant vous une botte de foin — d'aucuns préfèrent que ce soit une charretée ; — je suis moins généreux et je crois qu'une botte suffira largement à l'expérience que je vais vous conseiller.

Vous avez donc devant vous une belle botte de foin ; laissez-y négligemment tomber une aiguille; faites une pirouette ; puis, une fois revenu en face de ladite botte, tâchez de retrouver votre aiguille. Quand vous y serez arrivé, vous me direz combien vous avez mis de temps à résoudre le problème... si toutefois vous y parvenez jamais.

Rien en effet n'est si difficile que de découvrir cette petite tige d'acier au milieu de toutes ces brindilles.

Désaugiers trouve que d'autres découvertes ne sont pas plus commodes à réaliser, quand il chante :

Chercher l'esprit dans un drame,
Le bon sens dans un roman,
La raison chez une femme,
L'honneur chez un charlatan,
Ah ! c'est chercher une aiguille
Dans une botte de foin.1

On voit que, s'il ne manquait pas d'humour, le chansonnier n'était pas tendre pour tout le monde.


1 [GGJ] Marc-Antoine Désaugiers (1772-1827) dans Le Foin.

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