Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

lundi 27 février 2012

Chemin faisant, page 60

Notre coeur a l'âge de nos passions.

L'être qui regrette est encore bien vivant.

Le malheur donne souvent de l'esprit à ceux qui n'en ont pas, et le bonheur en ôte souvent à ceux qui en ont.

Le secret d'autrui, c'est l'enfant adopté; à lui d'abord nos attentions et nos soins.

Un bon ouvrier ne trouve pas toujours de l'ouvrage, mais un bon coeur trouve toujours de l'emploi : le malheur n'est-il pas le plus vaste de tous les ateliers?

L'épreuve nous connaît mieux que nous-même : elle nous révèle notre côté vulnérable en l'attaquant.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 26 février 2012

Chemin faisant, page 59

Il est des gens qui n'ont pas volé l'oubli.

Deux débris s'étayent-ils ou croulent-ils plus vite par le rapprochement ?

On ne devrait discuter qu'avec ses égaux, car il y a des opinions de caste comme il y a des vérités de situation.

L'adresse nous sert tous les jours, l'intelligence tous les dimanches.

La discrétion qui survit à l'amitié est une rarissime vertu.

Que de coupes de ciguë rencontre le bon sens !

Que de gens on accompagne à la frontière pour voir de plus près leurs talons !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 25 février 2012

Jobin 0, Shirov 1



18 joueurs à la simultanée donnée par le GMI Shirov à Gatineau hier soir. Voici ma défaite :

Miette 18 : Il ressemble aux anguilles de Melun

L'ouie

Il ressemble aux anguilles de Melun.

Sommaire. — Le mutisme du poisson mort ou vif. — Conséquence d'une apostrophe.

Les anguilles se divisent en deux grandes catégories, les anguilles de mer et les anguilles d'eau douce (rivières, lacs, étangs). Toutes ces anguilles font partie des poissons et n'ont, pas plus que ceux-ci, jamais poussé le moindre cri. Qu'on les écorche ou qu'on ne les écorche pas, qu'elles soient nées natives de Melun ou d'ailleurs, qu'elles sortent de l'eau insipide ou de l'eau salée, elles sont muettes comme des carpes.

Mais, me direz-vous, pourquoi compare-t-on une personne, qui a peur avant qu'on ne lui fasse du mal et même avant qu'on ne la touche, à l'anguille de Melun « qui crie avant qu'on l'écorche » ? — Cela vient de ce qu'un propos passant de bouche en bouche est presque toujours dénaturé. Pour le comprendre, il convient de remonter à l'origine; c'est ce que je vais faire pour mes anguilles.

Au moyen âge on représentait des « mystères ». Dans la ville de Melun, figurait parmi les interprètes un jeune homme qui avait la passion du théâtre. Il s'appelait Languille. Remplissant le rôle d'un saint qu'on allait écorcher vif, il fut pris d'une telle peur à la vue des instruments de torture qu'il s'enfuit à toutes jambes en poussant des cris d'effroi. Ses camarades, moqueurs, le poursuivirent de leurs lazzis : « Voyez Languille qui crie avant qu'on l'écorche ! »

L'anecdote se propagea dans les villages voisins où l'on raconta l'histoire de Languille, celui de Melun ; elle fit le tour de la France, on comprit qu'il était question d'une anguille et non d'un homme, et l'on dit l'anguille avec une apostrophe; puis les gourmands, trouvant que, pour faire une bonne matelote, une anguille ne suffisait pas, en mirent plusieurs et voilà comment on se moque d'un homme craintif ou timoré en lui rappelant qu'à l'instar des anguilles de Melun, « il crie avant qu'on l'écorche ».

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 58

Aimer Dieu, ce n'est pas seulement admirer toutes ses oeuvres, c'est accepter toutes ses lois.

Le goût est presque un sentiment.

Accepter la leçon que veut nous faire un ignorant, quel bon petit acte d'humilité !

Le livre qui va paraître, c'est comme la jeune fille qui va se marier; il ne faut pas trop raccourcir les fiançailles : ce qui suit vaudra-t-il ce qui précède ?

Les riches qui pensent, les pauvres qui plaignent, les jeunes qui sentent, les vieux qui aiment, tous gens d'exception.

Diminuer ses besoins, c'est remplir sa bourse.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 24 février 2012

Chemin faisant, page 57

Il y a des gens qui font en souriant les plus grandes choses, comme d'autres en pleurant les plus petites.

Le caprice convient à certaines femmes comme le bijou à certaines oreilles ; il complète leur expression.

N'est-il pas pénible de se dire qu'aimer ce n'est pas toujours respecter ?

L'expérience est une ride qui vient rarement avant le temps.

Un des grands défauts des gens d'esprit, c'est de nous rapetisser les autres.

Comme à la fleur, ne demande à l'amabilité que son parfum.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 23 février 2012

23 février

J'avais raté ce reportage d'Une heure sur terre. Si jamais F. Legault prend le pouvoir et applique son idée ridicule de vouloir évaluer à la performance les enseignants de la province, on voit bien à quoi cela pourrait ressembler.

Le cinéma est un hymne au mensonge fondé sur la croyance que les êtres humains sont réductibles à une projection sur deux dimensions.
Bernard Arcand, Le mensonge, p.89, De la fin du mâle, de l'emballage et autres lieux communs, Éd. Boréal.

Chemin faisant, page 56

C'est diminuer son repos que d'augmenter l'importance des petites choses, que d'exiger l'acte de naissance de toutes les intentions.

Pour vivre, tout a besoin d'amour et de soins l'homme, le nid, la plante, la vertu.

L'oubli se loge dans chaque respiration du temps.

Si les temps héroïques revenaient, le déchaînement des idées les surprendrait plus que le déchaînement des passions.

Comparer, c'est toujours faire une victime.

Tout ce qui nous résiste crée en nous un embryon de vice ou de vertu.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 22 février 2012

22 février

Les Caquistes, donnons-leur au moins ça, ont l'art de nous faire (sou)rire. De vrais petits comiques.

Depuis quelques jours, bataille de nombres sur le décrochage scolaire au Québec. Il faut savoir que la mathématique, jugée par le commun des mortels d'une objectivité sans faille, est aussi un outil de manipulation. Je crois qu'on devrait toujours afficher nos évaluations avec la méthode employée pour les obtenir. On préfère se lancer des nombres par la tête ; personne ne semble s'intéresser scientifiquement à leurs provenances. Si j'étais journaliste, je demanderais toujours de voir la technique mathématique utilisée, et je l'afficherais dans mon article. Pour l'instant, ce n'est que du bla-bla que certains récupèrent pour se faire un capital politique.
« Lisez, mais pensez ; et ne lisez pas si vous ne voulez pas penser en lisant, et penser après avoir lu. »
Alexandre Vinet, Choix de lectures, p. 23, Lausanne, 1843

Chemin faisant, page 55

On n'est jamais seul avec l'imagination, souvent même elle convie autour de vous trop nombreuse compagnie.

Nous devons à l'opinion tout ce que notre conscience lui accorde, - pas plus que cela.

L'étonnement est une sorte de pudeur, une espèce d'innocence, un reste de jeunesse, que quelques âmes privilégiées conservent jusqu'à la fin.

On a souvent de la sagesse pour les autres tout en n'ayant pour soi que de la folie.

L'imagination n'est pas une menteuse de race : elle ment moins pour nous tromper que pour nous distraire ; à nous de savoir en user.

Juger, la plupart du temps, c'est barboter.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 21 février 2012

21 février

Sur Twitter, j'ai vu passer les termes « Vidéocapture d'écran » pour traduire Screencasting. Et pourquoi pas le néologisme : VIDÉCRANPTURE ? Ou peut-être, plus simplement, ÉCRANPTURE ?

Aussitôt que je termine la lecture d'un Thorarisson, j'entamerai Les demi-civilisés de Jean-Charles Harvey. Ce monsieur n'avait pas la langue dans sa poche. Ce livre m'a été prêté par Élaine.

Publication hier d'un long billet que je méditais depuis un bout de temps sur l'apprentissage de la programmation au primaire et au secondaire. Je trouve tant que cet apprentissage est cohérent avec l'esprit du programme de formation qu'il m'est difficile d'en parler en gardant un calme réservé. Mais j'ai fait un effort dans ce billet. Et puis, Marie (merci, merci, merci) m'a bien aidé à le peaufiner.

Miette 17 : Cela rime comme hallebarde et miséricorde

L'ouie

Cela rime comme hallebarde et miséricorde.

Sommaire. — Un principe. — Difficulté d'application. — Boutiquier plein d'affection. — Idée générale. — Une leçon de versification. — La mise en pratique.

La rime est une esclave et ne doit qu'obéir.1

Comme principe, c'est entendu ; quand on passe à l'application, la difficulté commence. On trouve généralement la première rime, comme disait cet autre ; la seconde est plus revêche. Il y a bien des règles, encore faut-il les connaître ; une fois connues, les comprendre ; une fois comprises, les appliquer.

S'il ne sent pas du ciel l'influence secrète2,

l'apprenti poète fera bien de s'adresser à un professeur, compétent d'abord, clair et précis ensuite, afin d'éviter de juxtaposer des rimes comme bûche et poche, corne et lanterne, hallebarde et miséricorde, qui réalisent toutes les conditions, sauf celle de rimer entre elles.

Les deux dernières, hallebarde et miséricorde, ont conservé le pas sur les autres, bien que tout aussi pauvres et aussi ridicules.

L'honneur qu'elles ont de figurer en proverbe a pour origine l'aventure, survenue, en l'an de grâce 1727, à un petit boutiquier possédant plus de coeur que de relations avec Calliope.

Un nommé Mardoche, suisse de l'église Saint-Eustache, était son ami intime. Ce suisse vint à mourir (nous sommes tous mortels). Le boutiquier désolé ne savait comment témoigner au défunt ses regrets d'une façon durable. Une idée géniale lui traversa le cerveau : « Si je lui faisais une épitaphe, et une épitaphe en vers ! »

L'instruction obligatoire n'existant pas encore, notre homme n'était pas très ferré sur le style, encore moins sur la versification. Courir chez le maître d'école du quartier et lui communiquer son projet et son embarras fut l'affaire d'un instant.

Le magister, pas très fort lui-même, lui donne quelques conseils et l'engage à soigner la rime qui, pour être riche, lui dit-il, exige que les trois dernières lettres du second vers soient les mêmes que les trois dernières du précédent.

Notre homme rentre aussitôt chez lui, se met à l'oeuvre et finit, non sans peine, par faire éclore le quatrain suivant :

Ci-gît mon ami Mardoche,
Qui fut suisse à Saint-Eustache,
Il a porté trente-deux ans la hallebarde,
Dieu lui fasse miséricorde !

Combien de meilleurs vers n'ont pas obtenu, comme ceux-ci, l'insigne faveur de passer à la postérité !


1 Art poétique, chant I, vers 50.
2 Art poétique, chant I, vers 5.


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

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