Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

jeudi 8 février 2007

Le savoir en vidéo

Quand je vois ce genre de bidules, je me mets à rêver...

Je rêve que nos commissions scolaires mettent chacune 10000 $ dans la libération d'enseignants. Cela correspond grosso modo à 50 jours de libération. Pendant ces journées, sans pression, ces enseignants produiraient des séquences vidéo qui enseignent du contenu (je sais, je sais, ce n'est plus très in de dire ça au Québec...). Sans coordination (sauf un site web qui pourrait facilement être un wiki) ces enseignants déposeraient librement leur oeuvre.

Seule exigence : les enseignants devront faire des séquences sur des sujets qui les animent (qui les animent eux - pas les élèves!). Autrement dit, on s'en fout si on trouve 15 vidéos sur Pythagore ou 10 sur l'accord du participe passé avec avoir... Plus il y a de versions différentes, plus on est susceptible de toucher des élèves.

Imaginez un peu 70 commissions scolaires qui se donnent la main pour créer des vidéos de ce type. Imaginez tous les élèves qui profiteraient en faisant leurs devoirs, en tenant de trouver une autre explication que celle de leur prof, etc. Et ce, pour 10000 $ par CS... une peanut.

Ce projet n'est pas génial, mais il a au moins le mérite d'être réalisable. Le problème, c'est qu'en haut (lire le MELS, la fédération des CS, etc.), on ne semble pas avoir l'imagination pour proposer (et encore moins initier) ce genre de chose.

Ce n'est qu'un rêve, un simple rêve.

dimanche 4 février 2007

2 + 3 X 5

Si vos élèves ont une calculatrice, demandez-leur d'y entrer l'expression arithmétique suivante :

2 + 3 x 5.

Affichez au tableau les résultats obtenus. La majorité des élèves auront sans doute 25; les autres auront 17. J'ai d'ailleurs constaté que le nombre de calculatrices affichant 25 est généralement supérieur à celui qui affiche 17. En fait, les calculatrices du genre « Abonnez-vous à notre revue et vous obtiendrez en prime une fantastique calculatrice » affichent habituellement 25.

Vous aurez alors tout en place pour une jolie discussion mathématique. Quelle calculatrice a raison ? Y a-t-il une vérité ? Comment s'entendre sur la réponse ? Etc.

Si vos élèves ont accès à un ordinateur, demandez-leur de pitonner l'expression dans l'outil calculatrice. Est-ce le même résultat dans une calculatrice Linux ? Windows ? Mac ? Comment se fait-il que le résultat est immanquablement 17 ? L'ordinateur aurait-il toujours raison ?

Continuez à ébranler vos élèves : entrez dans Squeak et demandez-leur de calculer l'expression. (Voir l'animation ci-dessus.) Le résultat est 25 ! L'ordinateur n'est même pas cohérent...



Les mathématiques, c'est aussi discuter de mathématique. Évidemment, on sait fort bien que la calculatrice dite scientifique connaît la priorité des opérations. Le calculatrice type « Châtelaine » calcule de gauche à droite. Mais Squeak, le fameux Squeak, comment se fait-il qu'il nous donne ce 25 qu'on sait arithmétiquement erroné ? Encore ici, on a un beau sujet d'exploration. Pour Squeak, l'addition, la multiplication, etc. ne sont pas des opérations. Ce sont des messages envoyés à un objet. Dans Squeak, un objet peut recevoir trois types de message. Les messages unaires, binaires et à mots-clés. Par exemple, l'expression

'Gilles' reverse

envoie le message unaire reverse à l'objet 'Gilles'. Le résultat sera quelque chose comme selliG (renversement de l'ordre des lettres). Autre exemple de message unaire :
4 negated
envoie le message negated à 4 et le résultat sera -4.

Les messages binaires sont du type 3 + 5 où le message + est envoyé avec l'argument 5 à l'objet 3.

Les messages à mots-clés peuvent avoir plusieurs arguments. Par exemple, le message copyFrom:to:

'Jobineries' copyFrom:3 to:6

donnera la chaîne de caractères 'bine' soit les caractères 3 à 6 de Jobineries. (Dans Squeak, le premier caractère est 1 et non 0 comme dans la majorité des autres langages de programmation.)

La convention dans Squeak est la suivante : si on a une expression complexe, on doit, de gauche à droite, d'abord réaliser les messages unaires, puis les messages binaires pour terminer avec les messages à mots-clés. Évidemment, des parenthèses (comme en arithmétique) doivent toujours être exécutées en premier. Donc, dans le cas qui nous occupe, l'expression 2+3*5 est composée de deux messages unaires. On doit donc effectuer d'abord le message + et ensuite le message *.

J'entends déjà ici des gens me dire : « Mais les élèves seront tous mêlés. ». En fait, ils seront surtout à l'affût des conventions. Et c'est ce qui importe. Il faut absolument qu'un élève qui entre dans un système arrive à comprendre les conventions du système. Or pour qu'il puisse comprendre le sens du terme « convention », il faut qu'il puisse en comparer plusieurs qui utilisent les mêmes symboles. Des élèves mêlés? Mais non ! des élèves conscients.

vendredi 2 février 2007

Joli truc

mercredi 31 janvier 2007

Tuto 3 : Une animation simple

Comment faire une toute petite animation en Squeak. Les principes y sont.

J'en profite pour remercier particulièrement Pierre Lachance du RécitMST qui a su donner au Québec une merveilleuse adaptation du Wikini.

mardi 30 janvier 2007

À Télé-Québec

C'est en décembre que j'ai été interviewé pour l'émission Méchant Constraste. J'ai pu voir ce que cela a donné hier soir. On est toujours un peu craintif du choix des extraits retenus par un journaliste, mais je suis finalement satisfait.

Dans la section EXTRAS du site, on peut m'entendre un peu plus longuement qu'à l'émission même.

À lire aussi les notes de mon copain Pierre.

lundi 29 janvier 2007

Réponse à un édito d'Infobourg

Je réponds ici à un éditorial paru aujourd'hui sur l'Infobourg. En citation, les propos de l'Infobourg.
[M. Bibeau] n’est pas d’accord avec la dichotomie que monsieur Jobin fait des TIC, à savoir qu’il y aurait des TIC « ustensiles » (traitement de texte, chiffrier, logiciel de présentation) et des TIC « pour changer le rapport de l’élève au savoir » (blogue, wiki). « Comme s’il y avait des TIC honteuses et d’autres tout à fait dans le vent; des TIC antipédagogiques et d’autres intrinsèquement pédagogiques, comme si ceux qui utilisent les premières étaient dans l’erreur et faisaient fausse route », soutient-il.
Je n'ai jamais parlé de TIC honteuses et antipédagogiques. Je dis qu'utiliser l'informatique comme ustensile est bien différent de l'utiliser comme extension et amplification de la pensée. À l'école, tout le monde fait de la bureautique à des niveaux adaptés aux jeunes. Est-ce honteux? Certainement pas, et je trouve très malheureux que M. Bibeau croit que je le pense. Quant au mot antipédagogique, je ne l'ai jamais mentionné. Je ne l'ai même jamais pensé.
Bien sûr que je crois qu'il y a des différences importantes entre l'utilisation d'un traitement de texte et l'utilisation d'un blogue. Mais que ce soit pour l'un ou pour l'autre, on peut en faire un acte pédagogique ou non. Je crois cependant que l'utilisation d'un blogue est beaucoup plus intégrateur que l'utilisation de Word. C'est tout.
D’ailleurs, n’oublions pas que les enfants d’aujourd’hui ont besoin d’apprendre à se servir d’outils comme le traitement de texte puisqu’ils auront pratiquement tous à les utiliser au cours de leur vie professionnelle à venir.
Bien sûr ! Mais 11 ans de Word et de PowerPoint, c'est un peu long, non?
Par exemple, il précise qu’un blogue sans lecteur et surtout sans commentateur n’arrivera pas à ses fins, notamment l’interaction entre les élèves. Il faut donc une certaine animation, un suivi pédagogique. Un projet où les élèves prépareraient un document PowerPoint ou Impress, puis le présenteraient à d’autres élèves par le biais de la vidéoconférence pourrait aussi les amener à interagir.
Un blogue sans lecteurs? Diable, le web est un véritable cimetière de blogues et de sites. Comment savoir si un blogue est sans lecteur? Il ne faut pas oublier que bloguer, c'est d'abord écrire. Que ce soit à la suite de la lecture d'un livre, du visionnement d'un film, d'une participation à l'harmonie de l'école, etc. il faut bien attendu un suivi pédagogique ! Qui dirait le contraire ?

Un blogue scolaire doit-il être différent d'un vrai blogue? À chacun de répondre. Pour ma part, le blogue est un outil extraordinaire de développement de la personne, de la structuration de la pensée, et de bien d'autres choses encore. Pour moi, un élève qui blogue, c'est d'abord être un humain qui blogue. Voilà pourquoi j'aime bien l'approche de Rochebelle ou celle de Mario Cyr (Philoblogue) : on laisse l'élève libre d'utiliser ou non l'outil. Et on l'entoure d'une aura pédagogique.

Bien sûr que l'utilisation ustensile d'un outil (comme PowerPoint) peut amener les élèves à interagir. Mais cela demeure une utilisation ustensile. Est-ce de l'intégration des technologies? Si on répond oui, alors mea culpa, ça va très bien au Québec.
« Il faut se mettre au niveau de chaque enseignant et chercher à répondre à ses besoins particuliers. Il faut lui demander : qu’est-ce que tu veux faire? Et après, on lui présente les possibilités. Si c’est un blogue qui répond le mieux, on y va pour le blogue. Mais il se pourrait aussi qu’une présentation PowerPoint fasse l’affaire. Alors là, il ne faut pas dénigrer cette option ».
Mais loin de moi l'idée de dénigrer cette option. La semaine dernière, j'ai répondu à une demande de toute une école qui voulait une formation OpenOffice. Cette semaine, je rencontre des enseignants qui veulent en savoir plus sur Scribus. Mais, et j'y reviens, c'est là de l'informatique ustensile. En tant que conseiller pédagogique, je prends certainement les gens où ils sont, mais mon rôle est de les amener beaucoup plus loin. Or, depuis 25 ans, comment se fait-il qu'on en soit encore à de l'informatique ustensile? N'y aurait-il pas lieu de questionner fortement nos formations? À petits pas, nous stagnons. C'est tout.
« Attention », répond monsieur Bibeau, qui a déjà évalué qu’une telle opération coûterait entre 1 et 2 milliards de dollars au Québec. « Il faut se demander quels seront les bénéfices tangibles et réels compte tenu de l’ampleur de la dépense? Est-ce qu’il s’agit du besoin le plus urgent dans le monde de l’éducation? »
La réponse est simple et évidente. D'ailleurs elle est dans mon billet : NON, ce n'est pas un besoin urgent. Voilà pourquoi tout le monde s'en fout. Bien sûr qu'à Québec on voit ma proposition comme une dépense. Pour moi, c'est un investissement. Mais investir sans avoir la foi que cela sera rentable est effectivement suicidaire. Moi, je crois en la rentabilité de cet investissement. De toute évidence, nos élus et les fonctionnaires ne sont pas de cet avis.
Par ailleurs, ce n’est pas tout de posséder un ordinateur, encore faut-il savoir en tirer profit pédagogiquement… « Je connais des écoles où des ordinateurs dorment dans des boîtes parce que personne ne sait quoi en faire », affirme-t-il.
Je connais des dizaines et des dizaines d'enseignants qui voudraient bien faire quelque chose de pédagogique avec les TIC mais qui n'ont même pas d'ordinateur. Si des ordinateurs dorment dans des boîtes, cela veut dire que le leadership pédagogique de cette école est absent. Qu'on y change la direction de l'école, ça presse!
« Il ne faut pas penser que les élèves pensent à apprendre quelque chose aussitôt qu’ils ouvrent l’ordinateur. Il faut les guider dans leur utilisation pour que celle-ci devienne instructive et donc pédagogique », rappelle monsieur Bibeau.
C'est vrai pour un ordinateur. Mais c'est aussi vrai pour n'importe quel livre, n'importe quelle ressource. Mais pour que l'enseignant puisse guider un élève avec un ordinateur, ne faut-il pas au moins que cet enseignant et cet élève aient un ordinateur ???

Sur l'Infobourg...

Nouvel article sur l'Infobourg qui interview Robert Bibeau à propos de mon billet sur l'intégration des TIC dans les écoles. Je trouve dommage que M. Bibeau ne soit pas intervenu en laissant un commentaire à la suite de mon billet (évidemment, c'est son droit), mais je prendrai sans doute le temps de répliquer à ses propos d'ici quelques heures...

dimanche 28 janvier 2007

Deuxième tutoriel : la voiture classique


J'avais besoin d'un tutoriel pour les élèves qui veulent apprendre à contrôler une voiture à partir d'un volant. Basé sur l'excellent Drive a car, j'ai décidé de le rédiger à ma manière, c'est-à-dire en m'appuyant sur des vidéos Flash.

Pour les élèves, j'ai l'impression que ce tutoriel est assez facile à suivre. Quant aux parents ou aux enseignants qui désirent l'utiliser, j'ai ajouté quelques notes permettant d'ajuster les intentions pédagogiques et les interventions auprès de l'enfant. Tous les autres trouveront tout au moins une très bonne idée de ce qu'on entend par les Etoys dans Squeak.

Squeak au colloque de l'Aquops 2007

Avec Pierre Couillard du Recit MST, j'animerai deux ateliers au prochain colloque de l'Aquops. L'atelier 3209 - Etoys : plus que des jouets initiera les participants à la puissance pédagogique des objets Etoys. Nous aurons sans doute l'occasion de suggérer aux gens d'enrichir notre Squeaki. Le second atelier (4108 - Introduction à Squeak) s'adresse à un public un peu plus averti, car nous voulons éveiller les participants à cet environnement pour le moins surprenant. Nous tenons donc pour acquis qu'ils ne paniqueront pas en entendant prononcer des mots tels que language objet et programmation. En éducation - tout au moins au Québec, parler de programmation est presque tabou. J'ai bien hâte de voir s'il y aura suffisamment d'inscriptions !
Squeak existe depuis 1996, mais je crois que c'est la première fois qu'il fera l'objet d'une communication dans un colloque provincial.

samedi 20 janvier 2007

Un premier tutoriel

Je viens d'écrire mon premier tutoriel Etoys. J'y montre une façon assez élémentaire de réaliser un questionnaire à choix multiple. Étape par étape, l'élève doit mener à terme ce petit projet. Plutôt que de décrire tous les détails, j'ai préféré illustrer l'étape par une vidéo en Flash (de 1 à 4 mégaoctets).

Je mettrai ce tutoriel à l'essai cette semaine dans certaines classes de ma CS.

Si tout fonctionne bien, je poursuivrai avec la notion de variable. Il est en effet tout à fait logique d'améliorer le projet en y ajoutant un compteur de bonnes réponses et d'essais infructueux.

jeudi 18 janvier 2007

Ah ! ces statistiques...

Marie buvait son café, je sirotais mon thé. Elle me lança :

- J'en ai entendu une bien bonne à la radio Couleur FM, tu sais la radio anti stress ?

- Et c'était à quel propos? lui dis-je.

- Toi qui aimes bien les sophismes « statistiques », tu vas adorer.

- J'ai bien hâte d'entendre ça.

- L'animateur, très sérieusement, a dit la chose suivante : en temps de guerre, si on ne veut pas mourir, il vaut mieux s'enrôler dans l'armée, car il est bien connu qu'il y a beaucoup plus de morts dans la population civile que chez les soldats.

- Quelle tristesse... À notre âge, jamais l'armée ne voudra de nous...

lundi 15 janvier 2007

Challenge ABC 2007 : Bosco

La montagne embaumait. Je ne résistai plus. Je passai le pont. (p.41)


J'ai entamé mon Challenge 2007 avec le Bosco (1888-1976).

Ce roman écrit en 1937 est souvent catégorisé dans la section jeunesse, sans doute à cause des éléments de fantastique qui le composent. L'Âne Culotte raconte quelques mois dans la vie d'un jeune garçon de 12 ans. L'histoire se passe dans un village provençal français. Il y existe un mystérieux domaine caché où vit un vieil original venu on ne sait d'où. Ce dernier ne descend jamais au village, mais à l'occasion il y envoie son âne Culotte.

J'avais choisi Henri Bosco comme digne représentant de mon B parce que Gaston Bachelard le cite énomément dans La flamme d'une chandelle. En fait, il paraît qu'il le cite dans à peu près toutes ses poétiques.

Quelques citations se trouveront bientôt sur Au fil de mes lectures dont celle-ci :

Du moment qu'on raisonne, on est perdu. Dès qu'on examine une loi, on en viole le mystère. Il faut obéir sans discuter aux ordres des Puissances supérieures, si l'on ne veut se trouver un beau jour, seul, égaré dans ce pays terrible de la liberté, où l'on ne peut plus compter que sur soi-même, c'est-à-dire un peu sur le démon. Car alors on passe le pont, on le franchit fatalement [...]

Prochaine lettre : A avec Mortimer Adler.

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