Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mardi 6 septembre 2005

Nathalie Cloutier

C'est toujours pour moi un immense plaisir d'écouter Nathalie Cloutier. Cette dame, que vous ne connaissez probablement pas, est lectrice de nouvelles à Espace Musique. Elle est sans doute la meilleure lectrice que j'ai jamais entendue, à part, peut-être, mais dans un tout autre registre, Andréanne Laffont. Si vous avez une chance, syntonisez Espace Musique vers la demi-heure. Il y a toujours un petit 2 minutes de nouvelles. Si c'est madame Cloutier au micro, prenez le temps de bien l'écouter. L'intonation de sa voix est très particulière. Ses fins de phrases sont uniques. Vraiment. Fantaisie : qu'elle me lise à haute voix un Christian Bobin. Puis, pour le thrill, un Thomas Bernhard.

Note 1 : Je m'ennuie terriblement de la Chaîne culturelle. Avec la venue d'Espace Musique, je n'écoute à peu près plus la radio. Il me semble que Radio-Canada a fait une véritable gaffe en effectuant ce changement.

Note 2 : Andréanne Laffont. Je me demande ce qu'elle est devenue. Elle était une grande animatrice des années 70. D'ailleurs, pourquoi croyez-vous qu'une de mes filles se prénomme Andréanne?

Note 3 : J'ai recherché le courriel de Nathalie Cloutier sur le site de Radio-Canada pour lui signaler toute mon admiration, mais peine perdue... Alors, si jamais elle fait une petite recherche sous son nom sur le web. peut-être tombera-t-elle sur mon billet faisant l'éloge de son merveilleux talent...

lundi 5 septembre 2005

Pourquoi M$ veut manger LL

Le livre date du début des années 60. C'est une espèce d'allégorie où la découverte du feu représente l'énergie atomique. Mais aussi, comme il est bien dit ici, « ce livre aborde des questions éthiques, sociales, économiques voir philosophiques (etc.) et montre du doigt ce qui pose problème encore aujourd'hui. »

Voici la transcription de trois pages (156 et suivantes) qui m'ont bien fait rire. Je n'ai pu m'empêcher de faire un léger parallèle entre les tenants du logiciel propriétaire et les tenants du libre. Cette courte lecture vous donnera peut-être le goût de lire ce petit roman de 180 pages au complet. C'est chez Pocket, pas cher, pas cher...

- Est-ce que j'ai bien compris, papa? Est-ce que tu te proposes vraiment de divulguer ta fo­mule d'allume-feu à n'importe quel Pierre, Paul ou Jacques en Afrique?
Père leva les sourcils.
- Bien entendu. Où veux-tu en venir?
Je fis une pause avant de répondre. Puis, les lèvres serrées, je dis avec le plus grand calme.
- Simplement à ceci : que je m'oppose absolument à toute divulgation de secrets intéressant notre sécurité, au profit d'une horde étrangère.
Mes paroles furent suivies d'un profond silence : Père regarda l'un après l'autre les visages surpris et attentifs, et dit lentement
- Ah oui? Et pour quelle raison?
- Pour différentes raisons, dis-je. Je les sou­mets aux réflexions de tous. Primo, parce que ce secret est le nôtre, que c'est à nous de décider si nous voulons nous en défaire. J'étais trop jeune alors, sinon je ne t'aurais jamais laissé dilapider un monopole de fait en allant dire aux gens comment se procurer du feu sauvage sur les volcans; mainte­nant, si l'on en juge par les volutes de fumée qui se lèvent un peu partout dans le pays, presque tout le monde en a, y compris mes charmants beaux-­parents. Et nous, qu'y avons-nous gagné? Pas même le cuissot d'un cheval.
- Pouvais-je le refuser à tous ces pauvres gens? dit père.
- Tu pouvais, dis-je, le leur vendre, en auto­riser l'usage sous licence; mais tu l'as tout simplement bradé, gaspillé pour rien, pas même des clopinettes. Cela ne se reproduira pas, voilà ce que je dis.
- Tu voudrais, si je comprends bien, dit père, que je leur fasse payer des leçons particulières? Six zèbres et trois bisons pour le maniement de la latérite, autant pour le combustible, autant pour le soufflage du feu dormant en feu flambant? Voilà ce que tu as en tête?
- Et pourquoi pas? Cela n'aurait rien d'immoral. Mais ce serait encore beaucoup trop bon mar­ché, à ce prix-là. Mon intention pour le moment, c'est que la horde garde pour elle le feu artificiel. Quelques vingtaines de zèbres ne nous revau­draient pas cet avantage. Les autres hordes devront admettre que nous sommes, tu l'as dit, la puissance dominante. Il faut, si elles veulent mettre un feu en route, qu'elles soient obligées d'en passer par nous et par nos conditions.
- Plus un mot! cria père, rouge d'indignation. L'inventeur, c'est moi. L'invention m'appartient et j'en ferai ce que je voudrai.
- Mais toi, répliquai-je, tu appartiens à la horde et tu devras faire ce qu'elle veut. Tu n'es pas seul en jeu. Moi je pense aux enfants. A leur carrière future, et non à des rêves romanesques. Et je déclare que, pour des utopies, tu ne gâcheras pas les chances de nos fils de s'établir comme des pyrotechniciens professionnels. Je ne dis rien, Oswald, contre la chasse et le métier des armes. Je dis seulement que l'on peut désormais penser à d'autres professions, par exemple pour ceux de nos garçons qui manqueraient de jambes ou de souffle.
- Ce n'est pas bête du tout, dit Oswald. Pour­quoi ferions-nous bénévolement cadeau de nos idées, gratuitement et à l'oeil, à tous ces salopards?
- Pour le bien de la subhumanité, dit père. Pour le salut de l'espèce. Pour l'accroissement des forces évolutionnaires. Pour...
- Des mots, des mots, des mots! lançai-je bru­talement.
- Ernest! gronda mère. Qu'est-ce qui te prend de parler à ton père sur ce ton?
- Je lui parlerai comme un fils doit parler à son père quand il se conduira comme un père doit se conduire avec ses enfants, mère, dis-je en me contenant.
- Ton père a toujours été un jeune homme très idéaliste, dit mère, mais c'était déjà comme pour l'excuser.
- Je suis un homme de science, dit père d'une voix calme. Je considère que les résultats de la recherche individuelle sont la propriété de ta sub­humanité dans son ensemble, et qu'ils doivent être mis à la disposition de tous ceux qui... eh bien... explorent où que ce soit les phénomènes de la nature. De cette façon le travail de chacun profite à tous, et c'est pour toute l'espèce que s'amassent nos connaissances.
- Père a raison, dit Tobie, et il fut remercié d'un regard.
- Très bien, affectai-je d'admettre. J'admire ce principe, père, très sincèrement. Mais permets-moi, à ce sujet, de faire deux observations. La première, c'est celle-ci : quelle aide avons-nous reçue, nous, de la part des autres chercheurs? Je suis moralement certain que, s'il s'en trouve quel­que part, ils restent les fesses serrées sur toute chose utile qu'ils ont pu découvrir. Comment leur faire lâcher prise, si nous ne nous réservons pas nous-mêmes une monnaie d'échange?
Quelques citations tirées au fil de ma lecture.

mercredi 31 août 2005

La reliance

Ce superbe texte d'Edgar Morin date de 1997. Quelques extraits :

[...] connaître, c'est, dans une boucle ininterrompue, séparer pour analyser, et relier pour synthétiser ou complexifier.

Quand Pascal disait «Je tiens pour impossible de connaître le tout si je ne connais les parties ni de connaître les parties si je ne connais le tout», il soulignait avec force que la vraie connaissance, c'est une connaissance qui fait le circuit de la connaissance des parties vers celle du tout et de celle du tout vers celle des parties.

Plus notre esprit veut être autonome, plus il doit lui-même se nourrir de cultures et de connaissances différenciées. Schrödinger avait déjà énoncé que dans notre identité, nous portons l'altérité, ne serait-ce que l'altérité du milieu. Dans notre identité d'individu social, nous portons l'altérité de la société. Dans notre identité de sujet pensant, nous portons l'altérité de l'héritage génétique qui est celui de l'humanité, et l'héritage pulsionnel qui est celui de notre animalité.

[...] la réforme de pensée nécessite une réforme des institutions qui nécessite elle-même une réforme de pensée. Il s'agit de transformer ce cercle vicieux en circuit productif. La condition est que puisse apparaître quelque part une déviance fructueuse qui permette d'essaimer et de devenir une tendance.

[La littérature] est une école de vie. C'est l'école où nous apprenons à nous connaître nous-mêmes, à nous reconnaître, à reconnaître nos passions. La Rochefoucault disait que sans roman d'amour, il n'y aurait pas d'amour; il exagérait peut-être, mais les romans d'amour nous font reconnaître notre façon d'aimer, nos besoins d'aimer, nos tendances, nos désirs. Il est fondamental de donner à la littérature son statut existentiel, psychologique et social, qu'on a tendance à réduire à l'étude des modes d'expression. Du même coup, à partir des grandes œuvres d'introspection comme les Essais de Montaigne, on inciterait à la nécessité d'auto-connaissance pour chacun ; on réfléchirait aux problèmes et difficultés qu'elle pose, à commencer par la présence en chacun d'une tendance permanente à l'auto-justification et à l'auto-mythifi-cation, à la self deception ou mensonge sur soi-même.

Un être humain est une galaxie; il est non seulement extraordinairement complexe, mais il possède sa multiplicité intérieure. Il n'est pas le même à tout moment de son existence; il n'est pas le même en colère, il n'est pas le même quand il aime, il n'est pas le même en famille, il n'est pas le même au bureau etc. Nous sommes des êtres de multiplicité en quête d'unité et les phénomènes de dédoublement et de triplement de personnalité, considérés comme cas pathologiques, sont en fait l'exaspération de ce qui est absolument normal.

C'est la tendance à la réduction qui nous prive des potentialités de la compréhension : entre les peuples, entre les nations, entre les religions. C'est elle qui fait que l'incompréhension règne au sein de nous-mêmes, dans la cité, dans nos relations avec autrui, au sein des couples, entre parents et enfants.

Les statistiques mystérieuses

Lu dans Vie & Santé, août 2005, p.52 (c'est moi qui souligne) :

« Chez 5% à 10% des enfants d'âge scolaire, la capacité de lire se situe sous la moyenne. » (Raynald Bouchard)

dimanche 28 août 2005

Exposant zéro

J'ai eu l'occasion de feuilleter un manuel scolaire de sience de première secondaire en fin de semaine. Dans ce dernier, au chapitre sur la cellule, un encadré mathématique (il faut bien faire des liens, n'est-ce pas?) dans lequel on signale que les mathématiques sont bien utiles pour écrire de grands nombres. Et le tableau suivant est affiché, sans plus de détails:

100 = 1;
101 = 10;
102 = 100;
103 = 1000;
104 = 10000;
105 = 100000;
106 = 1000000;
107 = 10000000;
108 = 100000000;
109 = 1000000000;
1010 = 10000000000;
etc.

Ce qui me chicote, dans ce tableau, est l'explication que peut en donner un enseignant pour signaler que 100 donne 1.

Explication poche nº 1

-Tu vois l'exposant? Il représente le nombre de zéros. Dans 100 il y a deux zéros, dans 1000, trois zéros. L'exposant correspond donc au nombre de zéros. Il est donc normal que 100 donne 1, puisqu'il n'y a pas de zéro.

Cette explication est vraiment poche. Quand l'enfant verra quelque chose comme 210, il écrira peut-être 200000000. Un enfant essaie d'être logique. C'est souvent la mathématique scolaire qui lui enseigne la magie car l'enseignant, avec de gros yeux, le reprendra en lui disant qu'il est tout faux et que 210 vaut 1024 

Explication poche nº 2

- Prends une ligne du tableau. Si tu remontes, tu dois diviser par 10. Si tu descends, tu dois multiplier par 10. Par exemple, à partir de 102 = 100, si tu divises par 10, tu obtiens 101=10 et si tu redivises encore par 10 tu obtiens 100=1. Logique, non?

Logique? Pas du tout. Car, voyez-vous, pour réaliser cette opération de remonter ou de descendre, il faut être à quelque part ! Or, comment déterminer que, par exemple, 105 = 100000 ? L'enseignant pourra dire que l'exposant est le nombre de zéros. Mais là, on retombe dans l'explication poche nº 1.

Il sera donc obligé de dire que 105, c'est tout simplement 10 qui s'est multiplié cinq fois par lui-même.

- Mais alors, demandera l'élève, comment se fait-il que 10 multiplié zéro fois par lui-même donne 1???

Expérons que le prof ne cafouillera pas trop dans son explication.

À mon avis, il aurait été bienvenu que le tableau ne contienne pas la ligne 100 = 1. Car l'explication du nombre multiplié tant de fois par lui-même est correcte : l'enfant trouvera alors cohérent que 210 donne 1024, car c'est 2 multiplié 10 fois par lui-même ! Pour aller plus loin (les exposants 0, négatifs et fractionnaires), il aurait été intéressant que l'enseignant de science qui désire aborder la notation des grands nombres et la notation scientifique, coordonne cette explication avec l'enseignant du cours de maths. Dans le manuel, on aurait pu écrire quelque chose du genre : « Tu veux savoir quel sens peut avoir par exemple 100 ou 10-4 ou 103/5 ? Demande à ton enseignant de mathématiques ! Ton enseignant de science t'indiquera que ces exposants bizarres sont très importants dans plusieurs domaines scientifiques ! »

vendredi 26 août 2005

Oncle Jacques, blogueur potentiel

Ma soeur Hélène et moi avons décidé d'offrir un blogue à notre oncle Jacques. Ce dernier, spécialiste de l'Afrique et des questions municipales internationales, a fait plusieurs fois le tour du monde. L'entendre nous conter ses voyages, ses rencontres nous a toujours fascinés. Il y a quelques années, alors qu'il était stationné à Bruxelles, il m'a dit :

- Gilles, j'aimerais bien écrire.
- Pourquoi ne le faites-vous pas, mon oncle?
- Hum, je ne sais pas trop par où commencer...
On était autour de l'an 2000.
- Pourquoi ne m'envoyez-vous pas vos écrits par courriel. Je vous assure que je répondrai.

Mais ce «projet» n'a pas vraiment vu le jour. Le quotidien prend le dessus. On oublie. Et la vie continue. Ce blogue, c'est pour que toute la blogosphère puisse profiter de l'immense richesse de cet homme. Écrira-t-il dans son nouvel outil? L'important, à mes yeux, n'est pas du tout qu'il le fasse. L'important, c'est que par ce cadeau, nous lui ayons dit qu'on aimerait bien l'écouter, si jamais il lui prend le goût de dire et de conter.

Offrir un blogue, est-ce compliqué?

Noël approche. Regardez autour de vous. Peut-être y trouverez-vous un parent, un ami, un enfant pour lequel un blogue serait une véritable découverte et une manière, pour vous, de lui dire : «Je crois que bien des gens aimeraient t'écouter et tireraient profit de ce que tu penses.» Bien sûr, vous pourriez tout simplement lui donner une adresse web et lui dire que «C'est facile, tu vas à cette adresse, et tu peux t'en créer un toi-même, en cinq minutes.» Mais là n'est pas l'idée. L'idée est plutôt d'accompagner votre bénéficiaire dans ce monde merveilleux des blogues.

Dans le cas de mon oncle Jacques, Hélène et moi lui avons acheté un nom de domaine (www.jacquesjobin.com). Chez Gandi, cela coûte 12 euros annuellement. Puis, nous avons choisi un hébergement fiable et vraiment pas dispendieux. Discount-Hosting, met 50 megs à la disposition de ses adhérents pour 10$ US par année. Nous y avons installé l'application libre Dotclear. Donc, pour environ $40 CDN, soit l'équivalent d'un succès de vente qui vient paraître en librairie, vous obtenez un beau site web de type blogue attaché à un nom de domaine.

Lors de mon prochain cadeau, je prendrai le temps de faire des copies d'écran de cette procédure et j'en ferai un joyeux tutoriel !

Hélène, Jacques et moi.

mardi 23 août 2005

TIC - Ce que je crois

Les TIC, c'est comme la poésie, la musique ou les mathématiques : ça crée de la beauté.
Un illuminé


Selon vous, votre expérience confirme-t-elle que l'implantation des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les écoles et le développement de cette compétence transversale se font très lentement ? Si oui, que faut-il faire dans vos milieux pour que cela change ?

Cette question, trouvée sur le blogue de l'Aquops, m'intéresse grandement. Il y a quelques années, j'ai dit à mon épouse «Ma chérie, les TIC scolaires, c'est un échec total.» Et aujourd'hui, je redis la même chose. Je ne veux pas trop m'éterniser sur les raisons de ce que je crois être une faillite. Mais il m'est impossible de suggérer des pistes de solutions sans ma perception historique des TIC (APO) scolaires.

Début des années 80 : c'est la venue des ordinateurs individuels. J'ai commencé ma folie "ordi" par une calculatrice programmable TI 58. Quelques mois après, j'avais un TRS pocket computer PC-2 (que je possède encore) et je tripais sur ses possibilités. J'ai fait au même moment l'acquisition d'un Color Computer à 4 ko (COCO). En 1983, j'ai acheté et payé de ma propre poche 6 COCO avec des cassettes LOGO. J'ai installé le tout dans ma salle de classe et j'ai fait des maths avec ça. Lorsque j'ai demandé au CP de venir voir ce qui se passait, il est immédiatement allé à fenêtre, m'a déblatéré sur le temps qu'il faisait, et après deux minutes, il avait quitté ma classe. Ce type est devenu directeur d'école... À l'été de cette même année, j'ai vendu tous mes ordinateurs voyant bien que tout le monde s'en foutait.

Autour de 1986, c'était la folie COMTERM. Wow, on tripait sur des traitements de texte et plusieurs enseignants sont allés faire un certificat en APO. L'université leur enseignait à programmer. Avec un beau certificat en main, certains sont devenus animateur de CEMIS, les autres se sont tout simplement écoeurés ne voyant absolument pas ce que la programmation BASIC avec rapport avec leur enseignement.

En 1995 ou 1996, c'est la Ministre de l'Éducation qui veut donner des ordinateurs aux écoles. Elle leur demande de pondre un plan sur cinq ans et elle allouera des machines aux cs qui auront un plan consolidé sensé. Les cs ont effectivement pondu des plans consolidés. Mais la culture scolaire et la politique ont eu raison : on s'est arrangé pour que tout le monde atteigne un ratio d'un ordinateur pour 10 élèves. Le reste, c'est-à-dire ce qu'on devait en faire, n'avait plus d'importance. Pendant ce temps, au Québec, des initiatives voient le jour : des sites où on passe son temps à répertorier des sites, des sites où on demande d'envoyer des scénarios pour "que les profs s'y retrouvent mieux", etc. Des sites où on sent qu'il est très important, pour leur image, qu'on parle d'eux, des sites non pas générateurs de contenus originaux, mais plutôt générateurs de nombrilisme : "Regardez moi comme je suis beau, parlez de moi et, ainsi, j'aurai une autre subvention du MEQ".

Aujourd'hui, en 2005, on constate que les débutants de 1995 le sont toujours, et que la compétence scolaire TIC est d'une très lente évolution. Et on constate aussi que les jeunes se moquent de l'ordinateur à l'école. D'abord, ils ne peuvent à peu près rien faire sur les machines : tout est barré. Ils ont souvent des machines tellement lentes qu'une bonne partie du cours est à attendre que le curseur reprenne vie, que ce qu'on leur demande de faire est absolument débile («Allez, écrivez-moi un beau texte sur l'ordinateur. N'oubliez d'utiliser du textart, du gras. Et les références. Elles vont à la fin du document!») Quand la machine n'a pas gelé, l'enseignant se retrouve avec un beau document électronique et il est bien content car ses élèves ont développé une compétence TIC.

Je me rappelle avoir visité une école de la région, école à vocation informatique.

-Que faites-vous en mathématiques, demandais-je?
-Oh! c'est assez compliqué intégrer l'informatique en mathématiques. On demande aux élèves de retranscrire leurs notes de cours dans un traitement de texte.

Oui, le développement de la compétence TIC se fait très lentement.

Voyons quelques "explications" :

1 - L'Université. J'ai une fille qui sort de l'Université Laval en éducation. Elle avait un cours en technologie. Le prof. demandait aux élèves de faire un beau PowerPoint. C'ÉTAIT ÇA, son cours. Nous sommes dans les années 2000 et les universités n'ont absolument rien compris. Bien sûr, cela prend du temps, l'adaptation. Mais il reste qu'à mon sens, si ces grands penseurs sont incapables d'être un peu en avance, on a un sérieux problème sur les bras. À moins, bien sûr, de ne plus confier à cette organisation le soin de préparer les futurs maîtres. Il est vrai qu'il se fait certainement de belles choses dans ces établissements - je me rappellerai toujours cet excellent discours de Jacques Tardif, à l'Aquops à la fin des années 90. Intégrer les TIC, lui, il avait compris ce que c'était -, mais c'est très très parcimonieux et l'effet de ces bonnes choses ne se fait absolument pas sentir.

2 - Les directions d'école. Bof, la plupart des directeurs sont tellement pognés dans l'administration qu'ils n'ont pas vraiment le temps d'être proactifs dans leur rôle de responsable de la pédagogie dans leur école. Ils font ce qu'ils peuvent, et, ma foi, ils ne peuvent pas grand-chose.

3 - Les enseignants. Ils se divisent en deux grands groupes. Le premier groupe, ce sont les éternels débutants en informatique scolaire. Ils apprennent tellement lentement que, pendant qu'ils apprennent, il y en a déjà trois fois plus à apprendre! Ils ne peuvent rattraper les autres. Ces autres ? Ce sont les avancés. Ils font bien ce qu'ils peuvent. Mais comme les machines sont désuètes ou ne possèdent pas les logiciels qu'ils connaissent, ou qu'elles sont tout simplement barrées, ils préfèrent lever les yeux au ciel en espérant qu'un jour les services informatiques seront vraiment à leur service. En attendait, ils réussissent chez eux, sur le web, mais n'ont pas les moyens techniques et administratifs d'apporter cette contribution dans leur classe. La bureaucratie scolaire est trop lourde. Ils n'ont aucune emprise sur les décisions, et ils sont laissés à eux-mêmes. Certains sont fatigués, découragés, et n'espèrent plus rien en technologie scolaire.

4- Les élèves? La plupart des élèves qui ont Internet à la maison se débrouillent. Ils clavardent, téléchargent de la musique, jouent à des jeux de haut niveau, participent à des forums. Certains ont des blogues ou des sites dynamiques, d'autres ont une infinité d'amis sur le web, etc. Les jeunes, ils se foutent des TICS scolaires. D'ailleurs, c'est bien connu, personne ne les écoute. Quand ils font des demandes du genre «pourrait-on avoir MSN, sur l'heure du midi?» on leur répond que l'école, c'est pas fait pour communiquer avec les amis sur Internet et que, de toute manière, la CS a décidé de barrer ça. «Pourrait-on jouer à des jeux en réseau». Mais l'école, c'est pas fait pour jouer. Il n'y a personne pour RÉCUPÉRER les désirs des élèves et, à partir de ces désirs, en faire de l'éducation.

Il ne faut pas oublier une chose essentielle: on peut très bien vivre sans les TIC. Comme on peut très bien vivre sans la musique, la poésie ou les mathématiques. Mais quel gâchis culturel cela serait! Bien sûr, on nous rabote des trucs du genre «La société est informatisée, il faut préparer les jeunes à ces technologies, c'est important pour le futur» , etc. Tout ça, c'est de la foutaise. Qu'on ne chatte pas, qu'on n'ait pas d'adresse courriel, que nous ne participions pas à des forums de discussions, on ne s'en porte pas plus mal. C'est un peu comme cette espèce de litanie à propos des mathématiques : «On ne peut rien faire aujourd'hui sans les maths, il y a des maths partout, si tu veux faire de quoi dans la vie, il faut des maths.» Tout ça, c'est de la merde. Autre stéréotype : «En musique, y'a plein de maths».. Oui, oui.. plein de maths. Demandez à un prof de musique où elles sont, ces maths ! Ils bégaiera des trucs du genre : «Croche, double-croche, des ondes sonores en pinçant les cordes» et rapidement, il changera le sujet. Bach a fait la plus belle musique du monde et un élève de cinquième secondaire aujourd'hui en connaît pas mal plus que lui en maths... Mais de là à demander à cet élève d'écrire une fugue avec ce qu'il sait...

La technologie dans notre société? En voici un exemple: Cet après-midi, je suis passé chez le garagiste.
-Monsieur, j'ai fait réparer ma voiture la semaine dernière, mais là, elle sent le brûlé.
-C'est quoi votre numéro de téléphone?
Je lui donne. Il pitonne.
-Ah oui, c'est normal, on a installé tel truc, et bla-bla-bla.

Vive les technologies! En entrant mon numéro de téléphone, il avait le pédigree de ma voiture. C'est vraiment d'un très haut niveau de difficulté, ce truc. Je me demande s'il est compétent en TIC? La plupart des utilisations informatiques ordinaires de notre société sont de ce type: on entre dans une base de données, on regarde le client et on lui débite un tas d'âneries.

Il faut sérieusement s'interroger sur l'apport des technologies scolaires mais à mon avis, le gâchis culturel ne vient pas de ces justifications utilitaristes. Pourquoi les élèves doivent-ils développer une compétence TIC? Pour une raison fort complexe : parce que cela les aidera à devenir ce qu'ils sont : des êtres humains de réflexion, des êtres humains qui ont quelque chose à apporter à l'humanité. Parce que, comme l'a chanté Harmonium, «on a mis quelqu'un au monde, faudait peut-être l'écouter» et que les TIC permettent justement d'écouter l'autre. La vie n'est-elle pas lancer une bouteille à la mer en espérant qu'une âme soeur saura décrypter son message secret? Internet permet ce mouvement vers l'autre, et, conséquemment, une meilleure compréhension de l'altérité, et, espérons-le, une plus grande tolérance à la différence. N'est-ce pas là le rôle fondamental de l'éducation? L'ouverture au monde, l'ouverture à l'autre? Quel meilleur milieu que l'école pour apprendre cette tolérance? Il ne faut pas intégrer les TIC parce que «le monde est technologique». Il faut intégrer les TIC à notre vie parce que l'humanité a grand besoin de chacun d'entre nous pour s'élever au dessus de notre misérable condition de mortel et gagner la bataille sur l'horreur de ce monde. Nos enfants doivent crier qu'ils existent et doivent partager ce qu'ils sont avec la planète entière. L'espoir que ce partage pourra améliorer la condition humaine tout entière est dans cette éducation. Tout le reste est vain.

Bon, que faire?

Je crois que pour faire évoluer les choses il faut :

1- Appuyer uniquement les enseignants qui sont déjà très en avance. Ces derniers créeront des modèles que d'autres pourront éventuellement adapter. Au lieu de s'arrêter à la première difficulté rencontrée, ils sauront analyser la situation et trouver les solutions.

2- Aux enseignants déjà en avance, fournir rapidement tout ce dont ils ont besoin.

3- Ne pas alourdir la tâche de ces enseignants en leur demandant, par exemple, de pondre des projets sur papier pour les administrateurs frileux. Diable ! QU'ON LEUR FASSE CONFIANCE.

4- Rechercher de bons éléments parmi les innovateurs du terrain pour qu'ils enseignent aux futurs enseignants. Autrement dit, que les universités commencent par reconnaître qu'elles n'ont pas l'expertise pour faire avancer les choses, et qu'elles puissent embaucher des enseignants compétents/experts même s'ils n'ont pas les diplômes que leurs nobles institutions délivrent et exigent.

5- Que tous les services informatiques des CS soient d'abord au service de la pédagogie.

6- Que le Ministère de l'Éducation mette quelques millions sur la production de matériel pédagogique libre. Les enseignants auraient ainsi du matériel électronique modifiable selon leur propre jugement.

7- Que le Ministère de l'Éducation offre un service de prêts sans intérêt (ou un crédit d'impôt) aux enseignants qui désirent acquérir un ordinateur portable.

8- Que le Ministère de l'Éducation ait un service d'abonnement gratuit à l'Internet pour les éducateurs de la province.

Voilà ce que je crois, en ce mardi du mois d'août 2005.

Mille pattes

À cause de ce billet, Glenn Gould Entretiens avec Jonathan Cott est un autre livre que je dois absolument acquérir. Cette histoire de mille-pattes est justement l'image que je recherchais pour illustrer mon malaise à propos de la quasi sacro-sainte métacognition scolaire.

dimanche 21 août 2005

Paasilinna

L'humour n'est pas une étincelle qui jaillit brièvement lors du dénouement comique d'une situation ou d'un récit pour nous faire rire. Sa lumière discrète s'étend sur tout le vaste paysage de la vie.
Kundera, Le rideau, p.130


Paasilinna, né en 1942, est finlandais. J'ai fait sa découverte au hasard d'une visite en librairie : sur le promontoire des nouveautés en poche se trouvait La Cavale du Géomètre. Avec un titre pareil, impossible de ne pas acquérir le livre. J'ai vraiment eu beaucoup de plaisir à le lire. Imaginez un petit vieux, sénile, en arrêt en plein milieu de rue, les poches remplies d'argent. Un chauffeur de taxi doit s'arrêter pour ne pas l'écraser. Ainsi commence La Cavale, ainsi commence le début d'une belle amitié, ainsi commence un beau voyage à travers la Finlande.

« Deux suicidaires se retrouvent fortuitement dans une vieille grange où ils souhaitaient partir tranquilles. Entravés dans leurs funestes projets, ils se mettent en tête de rassembler d'autres désespérés pour monter une association. Commence alors [...] un périple loufoque », lit-on en quatrième de couverture.

L'intérêt de Petits suicides, comme de la majorité des livres de Paasilinna, réside dans cette formidable construction de l'amitié. Des liens, légers mais solides, se tissent entre les personnages qui vivent tous un genre de dépression. Les personnages de Paasilinna ne fuient pas leurs conditions de vie : ils voyagent. Le coeur léger ressenti une fois la désicion prise, le coeur lourd accompagnant la responsabilité de cette décision, ils acceptent cette condition essentiel du voyage, le fait qu'il se terminera. Ce qui, évidemment, les transforme, mais sans les rendre tragiquement étrangers à eux-mêmes. Attention ! tous les livres de Paasilinna font rire et ce Petits suicides entre amis ne fait pas exception : Que les agélastes (faut bien utiliser les nouveaux mots qu'on apprend...) s'en éloignent.

Quelques citations au fil de mes lectures de Paasilinna.

samedi 20 août 2005

Kundera

Un rideau magique, tissé de légendes, était suspendu devant le monde. Cervantes envoya don Quichotte en voyage et déchira le rideau. Le monde s'ouvrit devant le chevalier errant dans toute la nudité comique de sa prose.
Kundera, Le Rideau, p. 110, Gallimard 2005


J'ai tout lu de Kundera. À mon humble avis, c'est l'un des cinq plus grands auteurs de la deuxième moitié du XXe siècle et il devrait mériter le Nobel de la littérature.

Aussitôt paru au Canada il y quelques mois, j'ai immédiatement achété son dernier livre, Le Rideau. Je n'ai cependant pris le temps de lire que cette semaine. C'est un profond essai sur l'art du roman. On y retrouve des analyses de Bovary, du Quichotte, de Kafka, etc. Aucun dépaysement pour les lecteurs des ses deux premiers essais. Dans Le Rideau on sent l'amour inconditionnel de l'auteur pour son art. Pour Kundera, le roman est la vie, me dis-je, en refermant le bouquin.

Il y a une foule de passages savoureux dont celui où il suggère la lecture de Gombrowicz a un ami. Ce dernier choisit Les Envoûtés, livre paru après la mort de son auteur. Plus tard, l'ami signale à Kundera son manque d'enthousiame .
Je dis  : « Il faut que vous lisiez Ferdydurke ! ou La Pornographie ! » Il me regarde avec mélancolie. « Mon ami, la vie devant moi se raccourcit. La dose de temps que j'ai épargnée pour votre auteur s'est épuisée. » (p. 116)
Cela nous arrive à tous : proposer un auteur à un ami et par la suite sentir la tiédeur de ce dernier envers notre écrivain fétiche. La relation lecteur-auteur est unique.

Un autre passage qui m'a fait sourire est celui sur l'oubli :
« [...] en tournant la page, j'oublie déjà ce que je viens de lire; je n'en retiens qu'une sorte de résumé indispensable à la compréhension de ce qui va suivre, tandis que tous les détails, les petites observations, les formules admirables sont déjà effacés. Un jour, après des années, l'envie me prendra de parler de ce roman à un ami; alors nous constaterons que nos mémoires, n'ayant retenu de la lecture que quelques bribes, ont reconstruit pour chacun de nous deux livres tout différents. » (p. 176)
J'ai lu Kafka dans ma jeune vingtaine et je m'étais donné comme défi de le relire cette année. Je ne sais si j'y arriverai, mais ce Kundera m'incite grandement à m'y mettre. Je me rends compte aussi que Rabelais, Cervantes et Sterne manquent terriblement à ma culture. Il y a tant à lire, et la vie est si courte, si courte...

jeudi 18 août 2005

Le chemin

Caminante, no hay camino,
Se hace el camino al andar

Antonio Machado

(Voyageur, il n'y a pas de chemin, Le chemin se trace en marchant)

Repenser la mathématique scolaire

Un extrait d'une entrevue de Denis Guedj :

CS : Les maths ont mauvaise réputation. Pourquoi ?
D. G. : Il y en a qui n’aiment pas le caviar sans savoir ce que c’est, et d’autres qui, connaissant le caviar, ne l’aiment pas non plus. C’est la même chose pour les mathématiques. Ça met en jeu un certain nombre de choses, comme la rigueur et la démonstration. Certaines personnes y sont hostiles. Elles n’aiment pas ça et elles ont le droit de ne pas aimer ça ! Ça ne sert à rien de les culpabiliser.
Il faut dire aussi que le statut de l’enseignement des mathématiques aujourd’hui est particulier. Avec le français, les mathématiques sont considérées comme la matière la plus importante. On peut comprendre que l’on accorde beaucoup d’importance à l’enseignement de la langue maternelle. Les maths, par contre, sont beaucoup moins proches de la vie quotidienne. D’une certaine façon, elles sont même devenues un outil de coercition : si on n’est pas bon en maths, on va avoir des ennuis, on n’aura pas une bonne scolarité, etc. Conséquence : on a peur et on ne comprend pas. Et plus on a peur, moins on comprend. Mais contrairement au sport, on ne peut pas obtenir de certificat médical pour ne pas faire de maths...

CS : Y aurait-il trop de maths à l’école ?
D. G. : En France, on fait des mathématiques durant toutes ses études. Jusqu’au baccalauréat, ça fait plus de 12 ans. Elles ne devraient pas être obligatoire si longtemps. Ou on devrait changer la manière de les faire. Apprendre à résoudre des équations du second degré, est-ce vraiment si important ? D’une certaine manière, ça ne sert à rien - au sens où les gens disent servir - mais ça peut être utile à énormément de choses : qu’est-ce que c’est qu’une équation ? Qu’est-ce que c’est que ces inconnues, les petits « x », les petits « a » ? On va trop vite sur l’apprentissage de ces notions, alors que c’est très dur à comprendre.
Au lieu de mettre l’importance sur l’accumulation des connaissances, on devrait passer plus de temps sur les mécanismes des mathématiques, comme la logique, la rigueur, etc. Qu’est-ce qu’un raisonnement par l’absurde, par exemple ? Contrairement à ce que l’on enseigne habituellement, on peut partir d’une hypothèse fausse pour arriver à démontrer que quelque chose est vrai.
Il faudrait inculquer une culture mathématique plutôt que faire des maths. La culture mathématique, ce serait lire ou écrire les maths. Je t’écris des maths et tu me dis qu’est-ce que ça dit. C’est important, parce que le moment de l’écriture est absolument nécessaire. Vous pouvez faire de l’histoire ou de la géographie sans écrire, mais vous ne pouvez pas faire de mathématiques sans écrire - ou du moins dans les maths de notre culture grecque. Il faudrait également enseigner l’histoire des mathématiques. Ça cultiverait les gens, mais surtout ça les aiderait à mieux comprendre les maths.

Voir le Blog-notes du Coyote.

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