Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

lundi 5 mars 2012

Miettte 20 : La nuit porte conseil.

Le sommeil

La nuit porte conseil

Sommaire. — Une nuit aux flambeaux. — Les bougies et l'électricité. — Obscurité complète. — Le corps repose, l'esprit travaille. — Une surprise au réveil. — La vie de la nuit, son histoire.

Il y a nuit et nuit, comme il y a fagot et fagot.

Qui ne sait que la nuit a des puissances telles
Que les femmes y sont, comme les fleurs, plus belles?

Dans cette pensée, Alfred de Musset n'envisage évidemment pas la même nuit que celle dont nous allons vous entretenir.

Le célèbre auteur des fameuses Nuits faisait partie de cette troupe turbulente de jeunes et élégants débauchés,

Qui court le bal la nuit, et le jour les brelans.

À leur bouillante imagination, la nuit apparaissait constellée des lumières éclatantes des salons, lumières donnant aux femmes un teint rendu radieux par la clarté dorée des bougies — tandis que l'électricité convertit maintenant nos visages en faces de pierrots, — lumières qui faisaient étinceler sur les blanches épaules et au corsage bijoux, diamants et pierreries, et mettaient en valeur tout l'éclat de la beauté.

Notre nuit à nous est beaucoup plus simple, calme et modeste. Notre nuit est la vraie nuit discrète et silencieuse. Pas de lumière, obscurité complète : nous sommes dans notre chambre, couché dans un lit douillet; la tête mollement repose sur un oreiller ou sur un simple traversin si nous la préférons moins haute; la fatigue de la journée amène doucement le sommeil et bientôt nous nous endormons. C'est alors que le cerveau, malgré son apparence inerte et passive, prépare souvent le meilleur travail et couve en silence d'excellents conseils que fait éclore le réveil, Les réflexions se sont faites toutes seules pour ainsi dire, à l'insu du dormeur, tout surpris, au saut du lit, de trouver de bonnes idées vainement cherchées à l'état de veille. À la nuit reviennent de droit nos remerciements mérités.

Ne recommande-t-on pas aux enfants d'apprendre leurs leçons le soir avant de se coucher, pour les mieux posséder le matin ? À ces petits la nuit apporte le savoir, en attendant que plus tard elle leur donne science et conseils.

Après avoir esquissé la nuit telle que la comprenait Alfred de Musset, nous l'avons à notre tour décrite comme elle doit être conçue dans notre proverbe. Chacun la définit à sa manière, suivant son idée, son goût, ou les besoins du moment.

Voici l'histoire de sa vie, racontée par Demoustier, dans ses Lettres à Émilie sur la Mythologie, ouvrage qui eut en son temps ( 1786-1798) un succès prodigieux. Il commença par la placer dans les Enfers, dont il fait sa demeure habituelle quand le soleil luit; puis continuant :

La fille de Chaos place dans cette enceinte
La nuit que suit partout le mystère ou la crainte,
Qui des sombres complots dérobe les détours,
Qui sans témoin laisse le vice
Et l'innocence sans secours.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 67

Une Anglaise ne vit pas de votre vie, elle vit de la sienne autour de vous.

Aimer beaucoup et demander peu, un problème difficile à résoudre.

Il est aussi naturel à une Anglaise d'être baroque qu'à une Italienne d'avoir de jolis yeux.

Être accessible à tous, mais comprise par peu.

Il y a des qualités d'entresol dont on ne devrait pas faire fi au premier.

Le siècle le plus secoué peut enfanter le plus tranquille.

Que j'aime les gens qui s'occupent de leurs propres affaires et veulent bien, sans s'en mêler, permettre aux autres de s'occuper des leurs !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 4 mars 2012

Chemin faisant, page 66

Se plaindre et gémir, deux éternelles faiblesses, deux éternelles pauvretés !

Avec un peu d'effort, on peut laisser parler le bavard comme on laisse coasser la grenouille, miauler le chat et aboyer le chien.

Personne comme nos folies pour se faire payer capital et intérêts.

L'obstacle est la borne où l'homme constate son humanité.

On admet une chose, et l'on s'en étonne cependant.

La sagesse ne connaît pas le bonheur d'un bon acte de contrition.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 3 mars 2012

Études : Collection H. Mattison (7 - 12)

Études 7 - 12 de Herman Mattison
Les diagrammes sont cliquables.


7. Rigaer Tageblatt
1913
=
8. Rigaer Tageblatt
1913
=
9. Rigaer Tageblatt
1913
=
10. Rigaer Tageblatt
1913
=
11. Rigasche Rundschau
1913
+
12. Rigasche Rundschau
1913
=

Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

Les technologies dérangeantes

Dès que nous tenons une opinion, elle nous tient.
Alain, Propos sur l'éducation, p.101, P.U.F 1969.


Cette lettre d’opinion d’une enseignante de cinquième secondaire n’est pas vraiment étonnante. Elle reflète ce que bien des personnes pensent relativement aux outils technologiques personnels : des distractions qui empêchent les élèves de gober les précieuses connaissances dispensées par l’enseignant et qui en font des êtres antisociaux !

Dans l’entrevue accordée à Radio-Canada, Mme Fortin suggère que les élèves ne devraient avoir que crayons et cartables en classe. (J'ai bien souri en l'entendant «ploguer» la sortie de son dernier roman.)

Clairement, nous sommes ici devant une enseignante qui semble complètement dépassée par les technologies et qui préférerait ne pas avoir à s’en préoccuper. Elle suggère donc cette solution simpliste : les bannir !

Je sais que mon propos est stéréotypé, mais n’est-ce pas le rôle de l’école d’éduquer nos enfants ? entre autres aux bienfaits et aux méfaits des technologies ? Il me semble que les textos sont un bon prétexte pour parler des différents niveaux de la langue, et faire ressortir les forces et les faiblesses de chacun.

Bien sûr, chacun a droit à son opinion, mais j’ai peine à croire qu’une enseignante ne puisse profiter des moments d’écriture pour en retirer un certain jus pédagogique. Peut-être ne sait-elle pas comment ? Auquel cas, elle aurait dû, il me semble, demander l’aide du leader pédagogique de son école (normalement, c’est son directeur). Elle aurait pu aussi faire appel à son conseiller pédagogique en français ou en technologies.

Chemin faisant, page 65

Que de gens sont heureux d'être les enfants de leur père, les neveux de leur oncle et même les filleuls de leur parrain !

Les grands sentiments sont des océans qui montent jusqu'à ce que toute la plage soit à eux.

On aime le peuple en masse plus qu'en particulier.

Les gens qui blâment sont comme les mouches : toutes ne piquent pas.

On peut être amoureux de tout, excepté de ses défaites.

La chanson du coeur commence au berceau et ne finit qu'à la tombe.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 2 mars 2012

Miette 19 : Qui dort dîne

Le sommeil

Qui dort dîne.

Sommaire. — Perplexité. — L'homme-renard — Théorie médicale. — Pour maigrir et engraisser. — Qui dort, il boit.

Voilà deux petits mots faciles à comprendre séparés l'un de l'autre; on sait que « dormir» consiste à jouir du sommeil, généralement dans un lit, et « dîner » signifie prendre le repas du soir, ordinairement à une table.

Là n'est pas l'embarras ; mais où ma perplexité commence, c'est quand je dois assimiler le « dormir » au « dîner », et considérer que l'un et l'autre sont même chose, et peuvent se remplacer indifféremment.

Il est donc permis de se demander le sens attaché au rapprochement de ces deux termes.

Faut-il en trouver la signification dans le proverbe latin : Esurienti vulpi somnus obrepit :« Au renard affamé le sommeil se glisse furtivement », et croire qu'on a traité l'homme en renard et qu'on lui a attribué la même faculté de se rassasier en dormant?

Faut-il admettre avec Moisant de Brieux que : « Cette façon de parler est tirée de l'Ecole de Médecine, où l'on enseigne que le sommeil tient lieu d'aliment, lorsque, l'estomac étant plein de crudités, il faut dégager la nature, et lui donner le loisir de les cuire, sans le surcharger de nouvelles viandes » ?

Vaut-il mieux se rappeler que les personnes qui veulent maigrir doivent éviter le séjour prolongé au lit, que l'on conseille au contraire à celles qui veulent engraisser?

Doit-on penser que, les forces se réparant par le sommeil, celui-ci tient lieu de nourriture? On a l'embarras du choix.

Ce qui est certain, c'est qu'en dormant s'évanouissent nos soucis, nos chagrins et nos maux; nos appétits et nos désirs sont momentanément calmés, sinon satisfaits.

Rabelais, amateur de bonne chère, n'en avait pas moins un faible pour le complément indispensable, la dive bouteille; aussi disait-il : Qui dort, il boit.1

Somme toute, dormir c'est oublier; grâce au sommeil, le malade oublie la souffrance, l'affligé oublie sa peine, le misérable oublie la faim : Qui dort dîne !


1 Livre V, chapitre v.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 64

L'ironie est aussi difficile à manier que le scalpel.

Dans nos grandes douleurs, la consolation nous semble d'abord un blasphème ; mais nous avons beau nous raidir contre son secours, elle est décrétée : petit à petit, elle fera son oeuvre.

Passer aux yeux de sa domesticité pour un être juste, c'est avoir gagné les plus beaux galons qu'un maître puisse souhaiter.

Un libre penseur écrivant la vie d'un saint : un poulailler qui a la prétention de loger un aigle.

Le talent a besoin d'un peu d'audace, mais l'audace aurait surtout besoin de talent.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 1 mars 2012

Chemin faisant, page 63

Les vieux rêveurs entrent tôt ou tard dans la corporation des mécontents.

L'envie de briller ne donne pas l'éclat, l'envie de chanter ne donne pas la voix.

L'amour n'est pas rêveur de sa nature ; il ne se sert de la rêverie que pour arriver à ses fins.

Les bêtes font moins valoir les méchants que les méchants ne font valoir les bêtes.

Les esprits qui cherchent, les coeurs qui luttent sont ceux que la nature arme chevaliers, puisqu'elle en fait des combattants.

Le don de bien juger est un capital qui ne se transmet ni par héritage ni par éducation.

Ne pas chanter sans voix, ne pas paradoxer sans esprit, ne pas questionner sans à-propos : petites vertus de société.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Comment changer l'école ?

Tantôt, j’ai vu passer plusieurs gazouillis avec le mot-clic #TEDxWB. Les participants semblaient enthousiastes. Il y a eu plusieurs évocations selon lesquelles l’école doit absolument changer.

Je n’ai lu, cependant, à peu près aucune proposition concrète d’action. Pourquoi ? Parce que je pense que personne ne croit vraiment qu’on puisse changer quelque chose.

Oh ! bien sûr, il y a quelques enseignants qui vraiment font un boulot remarquable pour amener des changements. En fait, je crois que presque tous les enseignants font un remarquable travail.

Mais, voyez-vous, ils ont les mains et les pieds liés.

Liés au programme de formation.
Liés aux impératifs administratifs (bulletins, examens, normes et modalités, critères d’évaluation, projet éducatif, gestion par les résultats, etc.)
Liés aux attentes des parents.
Liés par des contraintes technologiques.
Liés aux attentes de la ministre.
Liés.

Je ne pense pas que les changements du système, qu’ils soient ou non désirés par les enseignants, seront provoqués par ces derniers.

Non.

Les changements devront passer par les élèves eux-mêmes.

Si j’utilisais un peu de délinquance créative, je suggérerais aux élèves, surtout aux plus «forts» de refuser toute évaluation institutionnelle. Je leur dirais :

Refusez de faire des examens du MELS.
Refusez qu’on vous remette un bulletin avec des notes ridicules.
Refusez qu’on vous catégorise et qu’on vous trie selon les notes que vous obtenez.

Et exigez !

Exigez de comprendre et qu'on vous donne le temps de comprendre.
Exigez qu'on respecte votre rythme d'apprentissage.
Exigez qu'on cesse de vous préparer à des examens.
Exigez d'avoir du plaisir à apprendre.

Sans évaluation institutionnelle, croyez-moi, l’école changerait !

mercredi 29 février 2012

Chemin faisant, page 62

Ne croyez ceux qui disent : « Fi de l'or ! » que s'ils en ont des piles sous la main.

La tentation est une habile maîtresse qui nous caresse sans nous aimer, qui nous émeut sans s'émouvoir.

La vie nous demande toujours, et quand nous ne lui donnons pas, elle prend.

La vie nous oblige bien inutilement à penser à nous : personne, je crois, ne l'eût oublié.

L'esprit de sa position, la force de sa tâche, le caractère de son milieu, dons précieux du sort.

Un noble ne s'ignore jamais, un riche fort rarement, un sot toujours.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 28 février 2012

Chemin faisant, page 61

La logique ne colore pas, elle fait mieux : elle proportionne.

Les traditions sont de silencieuses cohortes : elles veillent sur les morts et sur leurs testaments.

Il en est du bonheur comme d'une mère, on ne le comprend bien que lorsqu'on ne l'a plus.

On est toujours riche quand on se suffit, et à peu près heureux quand on s'approuve.

Il ne faut pas juger les actions des autres d'après nos tentations, mais d'après les leurs.

On l'excuse si gentiment que le péché reste l'enfant prodigue allant toujours prodiguant.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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