Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mardi 31 janvier 2012

À Québec

Je suis à Québec pour quelques jours en raison de la rencontre nationale FGA. Hier soir, j'en ai profité pour passer chez Pantoute, ma librairie préférée sur Saint-Jean.

Bien sûr, je n'ai pu m'empêcher d'acheter quelques livres :
  • Edgar Morin : Dialogue sur la connaissance : entretiens avec des lycéens ;
  • Bertrand Russell : Pourquoi je ne suis pas chrétien, préfacé par Normand Baillargeon ;
  • Jim Stanford : Petit cours d'autodéfense en économie ;
  • Brussolo : Ceux d'en bas ;
  • Deux Arni Thorarinsson : Le temps de la sorcière et Le septième fils ;
  • Asimov : Le robot qui rêvait. C'est mon premier SF depuis des années !
J'espère avoir le temps de visiter quelques librairies de livres usagés.

Citations quotidiennes 31.01.12

Si l'imprédictibilité de l'espace de configuration de la biosphère est avérée, alors nous devrons trouver comment penser simultanément physique et histoire. Et cela demandera aux sociétés occidentales un changement d'attitude vis-à-vis de ce que doit être la science. La science devra s'incorporer d'une façon ou d'une autre à tout ce que nous ferons sur le plan pratique. Nos sociétés sont-elles prêtes à cela ? Nous allons vers une réunification des sciences et des humanités. D'un point de vue scientifique, nous ne pouvons prévoir l'espace de configuration de la biosphère, nous sommes contraints à l'union de ce que Kant appelait la raison pure et la raison pratique.
Stuart Kauffman (Spirales de l'auto-organisation, p.208, in La Complexité, vertiges et promesses, Le Pommier/Poche, 2006)

[...] entre " livre " et " vivre ", [...] il n'y a que la chiquenaude d'une consonne perdue.
Raphaël Sorin (Postface de Sur la lecture de Proust, p.71, Éd. Mille et une nuits, 1994)

[...] le héros doit étonner, c'est l'A.B.C du métier.
Françoise Dorin (Comme au théâtre in Théâtre II, p.17, Julliard, 1973)

Chemin faisant, page 32

Pour aimer il faut un coeur, pour consoler il faut une âme et un coeur.

Le temps est le tunnel qui conduit au grand jour.

Oui ! promesses humaines, c'est vous qui nous avez appris le mensonge et la duplicité.

Souviens-toi d'occuper ton esprit, de conduire ton coeur, de respecter ta raison.

Craindre après la chute c'est être sage, craindre avant la chute c'est être saint.

Chaque douleur que je supporte me laisse dans l'âme un orgueil inconscient dont mon humilité ne rougit pas.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

lundi 30 janvier 2012

Chemin faisant, page 31

Il faut se sentir d'aplomb sur sa morale, comme un cavalier sur son étrier.

Mets le ciel dans ta vie, pour retrouver ta vie dans le ciel.

Il faut, dans toutes nos actions, donner tant pour cent à la mort, et lui faire en sus quelques cadeaux.

Il y a de ces âmes qui font à notre âme ce que le bruit de l'eau fait à notre corps fatigué; même de loin elles nous rafraîchissent.

L'espérance et le souvenir m'ont trompée tous les deux, sans que j'aie pu me corriger ni de me souvenir ni d'espérer.

Les miettes deviennent bonnes quand on n'a plus de morceaux.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Citations quotidiennes 30.01.12

Le plus fort est toujours celui qui dissimule.
Fabre d'Églantine (Les Précepteurs, acte 2, sc. 5 (Lucrèce), 1799)

Il ne faut pas demander l'heure. L'heure n'a rien à faire. Il ne faut attendre que ce qui est dû.
Jean Giono (Lanceurs de graines, p.153, Folio n° 1079)

Je voudrais être semblable à n'importe quel autre habitant de ce quartier : un type normal, banal, absolument quelconque.
Raymond Carver (Menudo, in Les trois roses jaunes, Folio n° 2138, trad. François Lasquin, p.89)

Je crois profondément que nos civilisations humaines sont à la recherche, parce qu'elles en ont avidement besoin, d'une attitude permettant à chacun de mieux se situer dans l'immense aventure cosmologique, en mettant en harmonie ce qu'elles savent avec ce qu'elles sentent.
Jean E. Charon (L'esprit cet inconnu, p.21, Éd. Albin-Michel)

L'amour-propre est crédule, et l'on peut s'y fier.
Les femmes sur ce point sont même assez sincères.
Charles Palissot (les Philosophes, acte 2, sc. 1. (Valère), 1760)

Voir Au fil de mes lectures.

dimanche 29 janvier 2012

Miette 11 : Ventre affamé n'a pas d'oreilles

Le goût

Ventre affamé n'a pas d'oreilles

Sommaire. — Influence du physique sur le moral. —Tête. perdue. — Regrets et remords. — Oreille distraite. — Cri de l'estomac. — Ventre sans oreilles. — La pitance avant tout! — Les « ventre affamé ».

L'état physique a la plus grande influence sur le moral. Un homme bien portant sera plus facilement gai et affable qu'un valétudinaire. Celui qui souffre du foie ou de l'estomac se montre aisément grincheux et désagréable.

Quand on est sous le coup d'une émotion violente, on perd la tête, on n'est plus maître de soi. De tristes exemples l'ont prouvé lors de l'incendie de l'Opéra-Comique en 1887 et plus récemment à celui du Bazar de la Charité, rue Jean-Goujon.1 Des hommes, qui de sang-froid auraient fait preuve de hardiesse et de courage, ont, dans ces circonstances, été tellement affolés à la vue des flammes que brutalement, bestialement, ils bousculèrent tout sur leur passage, n'ayant d'autre souci que d'échapper au sinistre, d'autre préoccupation que la fuite. La peur paralysait en eux tout autre sentiment; et combien ont dû le lendemain en subir les plus cuisants regrets, les plus pénibles remords !

En temps normal, ne cherchez pas à retenir l'attention d'une personne qui n'a pas dîné ; elle vous écoutera d'une oreille distraite ; si l'heure s'avance davantage et que son estomac « crie la faim », la voilà transformée en « ventre affamé » et elle n'a plus d'oreilles du tout, même si vous cherchez à la retenir parle bouton de sa redingote.

Caton avait remarqué ce phénomène gastronomique lorsqu'il haranguait le peuple romain par un temps de disette : « Arduum est, Quirites, ad ventrem auribus carentem verba facere : Il est dur, citoyens, disait-il, de faire un discours à un ventre qui na pas d'oreilles. »

On ne l'ignore pas non plus dans les assemblées délibérantes ; quand l'heure du repas a sonné, les orateurs ont beau s'évertuer à la tribune, ils n'arrivent plus à captiver l'attention. Le ventre crie, le ventre a faim, il n'a pas d'oreilles ; tant pis pour le pays, tant pis pour la patrie ; allons manger ; la pitance avant tout !

À un moment l'esprit boulevardier s'est souvenu de ce proverbe qu'il a accommodé à sa façon primesautière.

Les femmes se coiffaient alors en bandeaux cachant complètement les oreilles pour venir former en arrière le chignon.

Ces élégantes furent désignées du sobriquet de « ventre affamé ». Cette appellation leur déplut-elle ? Toujours est-il que la nouvelle mode n'eut pas de succès ; la coiffure disparut et le nom avec elle. C'est dommage, car c'était bien drôle.


1 [GGJ] Compte rendu du drame sur Wikipédia.


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Citations quotidiennes 29.01.12

« En quoi consiste la barbarie, demandait Goethe, sinon précisément en ce qu'elle méconnaît ce qui excelle ? »
Thomas De Koninck (La nouvelle ignorance et le problème de la culture, p.33, PUF, 2001)

Les professeurs de français devraient être des professeurs de mathématiques: ils passent leur temps à compter les fautes des élèves.
Ernest Abbé (Pamphlet 1: De l'éducation p. 54, éd. Quadrature, 1996)

Le malheur est qu'on ne veuille pas faire pour les vivants ce qu'on fait pour les morts. On épie le passage du temps sur les traits des siens tant qu'ils vivent. Pourquoi ?... Pourquoi ne fixe-t-on pas, une fois pour toutes, dans son coeur, les images agréables et les beaux visages qu'on aime... et pourquoi ne s'y tient-on pas ?
Jean Sarment (Léopold le Bien-Aimé [L'Abbé, acte III], p.29, La Petite Illustration, 5 nov. 1927)

Les artistes gênés sont impitoyables : ils fuient ou se moquent.
Honoré de Balzac (La Maison du Chat-qui-pelote, p.75, Classiques Garnier, 1963)

Voir Au fil de mes lectures.

Chemin faisant, page 30

Être bon n'est un mérite que quand on est né méchant.

Les larmes sont comme le collier de perles : moins il y en a, plus on y croit.

On revient de bien des choses, mais on revient encore plus de bien des gens.

La plus riche de toutes les vertus : le détachement.

Ne nous fait pas souffrir qui veut.

Pour être bien rempli, chaque jour de notre vie doit avoir entrevu le dernier.

Il faut considérer la joie comme une étrangère, et la peine comme une fille de la maison.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

samedi 28 janvier 2012

Chemin faisant, page 29

On est généralement plus content d'avoir dit la vérité que de l'avoir entendue.

Tous les bonheurs se paient, si tous les malheurs ne se méritent pas.

C'est le cœur qu'on tend souvent au collier, et pas toujours le cou.

Pourquoi craint-on sa conscience? Parce que c'est un créancier.

Les larmes, en confondant les castes, démentent les préjugés.

Qu'il y a de genres de solitudes produites par cet état unique : être seul !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Citations quotidiennes 28.01.12

[...] la vertu consiste d'abord à prendre son temps.
André Dhôtel (Le pays où l'on n'arrive jamais, p.129, Librio n°276)

Dieu est la commode sténographie qui réunit, en une seule étreinte, l'origine et le destin. Concilier ces deux instances est l'effort immémorial de l'espèce.
Carlos Fuentes (Diane ou La chasseresse solitaire, trad. Céline Zins, p.10, nrf Gallimard)

Si tu prends un rôle au-dessus de tes forces, non seulement tu y fais pauvre figure, mais celui que tu aurais pu remplir, tu le laisses de côté.
Epictète ( Manuel, trad. Mario Meunier, p.226 Éd. Garnier-Flammarion n°16)

C'est une chose étonnante de constater avec quel acharnement nous refusons la fatalité du provisoire.
Hervé Bazin (Ce que je crois, p.75, Livre de Poche n°5141)

[...] un vieux proverbe mozarabe : « Le flambeau n'éclaire pas sa base. »
Auguste Villiers de l'Isle-Adam (Deux augures, p. 52 Contes Cruels, éd. Classiques Français.)

Voir Au fil de mes lectures.

vendredi 27 janvier 2012

Chemin faisant, page 28

Même quand on croit avoir conquis le bonheur, il faut savoir le perdre.

Qu'est-ce que le découragement? Une intermittence de l'espérance.

Le cœur n'a pas besoin d'attendre le soir pour avoir fait sa journée.

On est encore riche avec des regrets, puisqu'il y a des remords.

Il est encore plus consolant de voir le vice puni que la vertu récompensée.

Tous les bonheurs qui se connaissent, comme toutes les vertus qui s'ignorent, ont chance de durer.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Miette 10 : L'appétit vient en mangeant

Le goût

L'appétit vient en mangeant

Sommaire. — La cloche sonne. — Le rat du poète Horace. — Conscience pure, estomac plein. — L'ivresse ou l'indigestion vous guette. — Théorie du domestique. — Béatitude du maître.

« Le Créateur, en obligeant l'homme à manger pour vivre, l'y invite par l'appétit, et l'en récompense par le plaisir. »1 a

La cloche du dîner vient de sonner; vous vous dirigez à pas lents et comme attristés vers la salle à manger. Vous n'avez pas faim ! Vous vous mettez tout de même à table.

Vous goûtez au premier mets, dente superbo, « d'une dent dédaigneuse », comme le rat d'Horace; cela vous semble assez bon, vous y prenez goût ; de même au second service et ainsi de suite jusqu'à la fin du repas que vous quittez d'un pas allègre et d'un air réjoui, satisfait du devoir accompli, la conscience pure et l'estomac plein.

C'est en mangeant que peu à peu l'appétit vous est venu.

De même dans le courant de l'existence, quand on trouve du plaisir à une chose, on est enclin à vouloir l'accentuer et en jouir le plus possible.

Quo plus sunt potae, plus sitiunlur aquae.2 b

« Plus on a bu, plus on a soif. » Plus on a du bien, plus on veut en avoir. Ce n'est pas toujours raisonnable, car on atteint aisément l'exagération qui mène à l'ivresse ou à l'indigestion.

Pour l'accroissement de sa fortune on se donne aussi beaucoup de mal, on passe beaucoup de nuits sans sommeil ; la tranquillité et le bonheur ne sont pas fatalement au bout.

C'était la théorie d'un domestique observateur qui l'exposait d'une façon assez réjouissante quoique paradoxale : « Les maîtres sont les parias de la société, c'est nous qui sommes les privilégiés. Voyez plutôt : un maître se tue au travail; quelle est son ambition ? De nourrir un domestique ! Il se remet au travail pour nourrir un second domestique. Quand un maître peut arriver à nourrir six domestiques, il est au comble de ses voeux ! »


1 Brillat-Savarin, Physiologie du goût.
a [GGJ] Jean Anthelme Brillat-Savarin, né le 2 avril 1755 à Belley et mort le 1er février 1826 à Paris, fut un illustre gastronome français. - Wikipédia
2 Ovide.
b [GGJ] Tiré de Les Fastes, I, 216.


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

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