Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

vendredi 5 décembre 2008

20000 phrases sous la toile

Q. Votre collection Au fil de mes lectures vient de passer le cap des 20000 citations. Est-ce une étape importante pour vous ?
R. C'est l'occasion de faire un arrêt, de contempler mon travail. Et puis, n'est-ce pas intéressant de m'interviewer moi-même ?

Q. Décrivez-nous la genèse de votre site.
R. Mon amour des citations date de mon adolescence. C'est chez un bouquiniste que j'ai acheté le Petit Philosophe de Poche de Pomerand. Il s'agit d'une collection de citations relevées au fil des lectures de l'auteur. Cela m'a donné l'idée de faire de même. Je notais les citations sur des bristols. Puis, autour de 1980, j'ai commencé à les dactylographier. Quand le web a vu le jour, mon projet fut de les y déposer. J'ai appris le HTML. En septembre 1995, la première version du site voyait le jour. Le site est resté en HTML jusqu'en 2000 alors que les bases de données sur le web se démocratisaient. J'ai travaillé près de six mois à tout transférer sur MySql. Et c'est ainsi depuis février 2001,

Q. Le site existe donc depuis 1995 ?
R. Oui. Il faut se rappeler qu'à l'époque, le contenu francophone était très limité. Et les sites québécois étaient encore plus rares, évidemment. Le web me donnait l'opportunité de m'éditer moi-même, et de partager ma collection avec les internautes intéressés par un projet semblable. Je crois qu'en ce qui concerne les collections de citations en français toujours en activité, mon site est le plus ancien. Il est suivi de près par l'excellent projet Bribes de J.P. Morel.

Q. Vous lisez des livres dont vous retirez les phrases qui vous « frappent », c'est bien cela votre projet ?
R. Exactement. Cela veut dire que je suis seul maître à bord. Par exemple, je n'accepte jamais d'ajouter des citations envoyées par des lecteurs.

Q. Pourquoi ?
R. Ma collection est un reflet de ce que je suis. Elle est composée de mes choix. Et je tiens tout simplement à ce qu'il en demeure ainsi.

Q. Vous mettez à jour régulièrement votre collection.
R. Oui. Environ une fois pas mois. C'est assez simple. Il suffit de lire un livre, noter les lignes qui m'intéressent et les retranscrire dans la base de données. Cela demande une certaine habileté technique, une connaissance du HTML, du PHP et de MySql.

Q. Cela demande combien de temps ?
R. Hum, difficile de répondre précisément. J'estime que, sans compter le temps de lecture, l'ajout d'une centaine de citations demande trois à quatre heures de travail. Il faut les transcrire du livre, corriger les coquilles, les ajouter à la base de données, numériser les jacquettes, envoyer le tout sur le serveur web... Le plus gros du temps est mis dans la transcription fidèle et la correction, car j'ai automatisé tout le reste.

Q. Que pensent les gens qui vous entourent de votre site ?
R. C'est à eux qu'il faudrait poser la question. Bien des gens savent que j'ai une collection, mais je ne crois pas que ces personnes y portent une attention particulière. Pour eux, c'est sans doute vu comme une espèce de lubie, une maniaquerie.

Q. Décrivez-nous la ou les forces de votre site ?
R. Au fil de mes lectures n'est qu'un site rempli de phrases, c'est tout ! Le visiteur qui en cherche une pour ajouter à un article risque d'y trouver son bonheur. Tant mieux si mon site peut être utile.
Le site a cependant quelques forces. D'abord, toutes les citations sont correctement référencées : l'édition et la page où elles se trouvent sont toujours données. Notez aussi que le nom du traducteur est aussi toujours donné dans la référence. Les citations sont classées par auteur ce qui facilite la consultation et permet à une internaute qui s'y intéresse d'avoir un certain feeling de ses écrits. De plus, lorsque l'on choisit un auteur ou que l'on désire afficher le résultat d'une recherche par mot-clé, toutes les citations apparaissent sur la page : il n'y a pas cette fastidieuse page suivante au bas de chaque page rendant la navigation parfois interminable. L'historique des modifications (c'était une rubrique souvent présente dans les sites du début du web) est toujours consultable : cela permet de suivre la vie du site. Évidemment, j'ai ajouté un fil RSS. En toute subjectivité, rigueur dans le contenu, navigation intelligente, voilà les deux grandes caractéristiques de mon site.

Q. Ce serait un site parfait... ?
R. :-) Presque. La recherche par mot-clé est rapide, mais ce qui manque est une recherche par thème ; voilà un beau projet pour ma retraite !

Q. Dans l'immédiat, avez-vous des projets au regard de votre site ?
R. Oh, que si ! En voici un qui est en cours depuis déjà trois ans. Mettre sur le web le Citateur Dramatique de Léonard Gallois (1827). J'ai déjà transcrit les quelque 3700 citations du recueil. Mais Gallois a fait plusieurs erreurs que je suis en train de corriger en vérifiant dans le texte toutes les citations du recueil. Un travail d'archéologue. J'en ai déjà plus de 1700 de vérifier.
Depuis quelques mois, je tente de faire renaître les moralistes et maximistes complèment oubliés des 18e et 19e siècles. Leurs oeuvres, quoique difficiles à trouver, sont du domaine public. Je peux donc les manipuler à ma guise.
Puis, à plus long terme, je veux écrire une bibliographie commentée de recueils de citations françaises. J'en suis actuellement à la collection des références et l'examen et l'analyse de plusieurs oeuvres.

Q. Si je comprends bien, Au fil de ma lecture tient une grande place dans votre vie ?
R. C'est le projet personnel le plus important de ma vie. Celui pour lequel, ô vanité quand tu nous tiens, j'aimerais bien être reconnu un jour.

vendredi 28 novembre 2008

À l'école du Sacré-Coeur

Je suis en train de donner un petit aperçu de l'univers des blogues à des enseignants qui viennent tout juste de recevoir un portable !!!

dimanche 2 novembre 2008

Admiration

Il y a quelques semaines, j'avais commencé à écrire un billet suite à une formation en mathématique offerte par le MELS, formation qui m'avait laissé sur ma faim. Ce billet, qui est toujours en mode brouillon, offrait une alternative aux façons très « désincarnées » de voir les trois compétences mathématiques du programme de formation. Je n'ai pas poursuivi l'écriture, car, me suis-je demandé, pourquoi parler d'une Réforme qui n'intéresse plus personne? La ministre a fait taire tout le monde, moi y compris.

Cependant, ce mercredi dernier, j'ai été impressionné par une jeune dame que j'avais invitée à venir donner une formation à quelques enseignants en mathématique du deuxième cycle du secondaire.

C'était la première fois que j'entendais une personne parler aussi intelligemment des trois compétences en mathématique. Aude Martin, du site Renouveau pédagogique en Maths, était solide, claire et convaincante. Tous les enseignants participants sont restés bouche bée. À toutes les questions (objections?) posées par ces derniers, elle répondait par un vlan-entre-les-dents qui interdisait toute réplique. Car ses réponses étaient appuyées par une pratique de quelques années. Quand un conseiller pédagogique lance que les livres des maisons d'édition sont des béquilles et qu'on peut à s'en passer, on se fait rire au nez. Mais quand une enseignante dit qu'elle le fait depuis 4 ans, et indique la manière dont elle s'y prend, le rire devient état de choc. Un CP est un beau parleur ; l'enseignant est le seul véritable acteur.

Madame Martin a énormément travaillé à bâtir des situations d'apprentissage vraiment signifiantes pour les élèves. Un travail colossal pour lequel je suis en totale admiration. Son partage avec la communauté enseignante mathématique est tout à son honneur et je l'en remercie grandement.

Aude Martin m'a beaucoup, mais vraiment beaucoup, impressionné. Si j'avais encore des enfants à l'école - des enfants pognés à faire des maths « scolaires » - j'aimerais bien qu'ils soient dans sa classe.

dimanche 26 octobre 2008

1685

Seize cent quatre-vingt-cinq. L'année de naissance de Bach, Handel et Scarlatti. L'année où le monde a été créé.

dimanche 5 octobre 2008

Barukeries

À lire impérativement, cet article du Monde. Merci aux Inclassables mathématiques.

« Depuis trente ans, cela va en s'aggravant, malgré l'effort épuisant fourni par les enseignants. A force de changements de programmes et d'allégements supposés faciliter leur compréhension, les mathématiques ont perdu leur cohérence, et trop d'élèves n'y comprennent rien, rien, rien! Ils vivent cette matière comme exclusivement destinée à l'évaluation scolaire, à la sélection. Elle exerce sur eux une pression énorme. Dramatique, quand les maths sont intrinsèquement confondues avec l'exercice de l'intelligence. Si on ne réussit pas, c'est qu'on est bête! Adultes, ils en gardent une blessure… »
Stella Baruk

« Dénonçant "l'obsession française de la note", Stella Baruk implore : ne notons plus les enfants avant le CE2, ni jamais en phase d'apprentissage d'une nouvelle notion. "Si on évaluait les enfants qui apprennent à parler, ils seraient tous bègues! Les premières années d'école sont décisives. On l'oublie pour être immédiatement dans le jugement, voire la prédiction. Imagine-t-on ce que c'est pour un enfant d'entendre dire à 6 ans qu'il est en difficulté, et de construire à partir de cela son identité?" »

« Malheureusement, le réflexe des professeurs, face à des élèves en difficulté est de travailler sur la technique plus que sur le sens. »
Jacques Moisan

« J'affirme que tous les enfants sont capables de faire des maths jusqu'au bac. »
Stella Baruk

Source de la photo.

lundi 29 septembre 2008

Autre défi

Certains disent qu'on trouve absolument tout sur le web. Une chose est certaine : on trouve beaucoup. Mais quand l'omniprésent Google ne trouve pas dans les 10 ou 20 premiers résultats, on commence à être embêté.

Cela m'a demandé une dizaine d'heures à trouver le prénom complet, la date de naissance et de mort de A. Barratin, une obscure auteure française. Voici les indices que j'avais :

A. Barratin : Chemin faisant ; De vous à moi ; Ce que je pense ; Oeuvres posthumes : Pensées le plus souvent brèves et péremptoires, d'une poétesse parisienne. ( Tribouillois et Rousset, Le Pour et le Contre, p. 163, 1935)

Je vous souhaite la meilleure des recherches !

PS. Si vous tombez sur un PDF citant des épigraphes de Paulhan, dites-vous bien que ce dernier a fait une erreur en la prénommant Louise !

dimanche 28 septembre 2008

Tuto

Voilà ce que les jeunes peuvent faire.

J'aimerais bien que quelques élèves de ma commission scolaire réalisent de tels tutoriels en français dès cette année.

samedi 20 septembre 2008

Mathopolis

Il se passe quelque chose à Mathopolis est un excellent texte sur l'utilité des maths. Y'a pas à dire, le billet de Missmath a déclenché une onde de réflexions.

mardi 16 septembre 2008

Mi(ro|ss)math

Bon billet de Missmath (je l'adore, cette dame) qui demande à quoi ça sert les maths. Elle ouvre son billet avec un Bleu de Miro, dont un mur de ma bibliothèque est ornée d'une reproduction. Je possède par ailleurs la reproduction de Bleu III dans mon bureau.

Se demander à quoi servent les maths, c'est se demander à quoi sert une toile de Miro, une fugue de Bach ou le sourire d'un enfant. Bien entendu, comme prof de maths, on m'a souvent posé la question. Autour de 1985, je me rappelle avoir écrit un petit article dans le journal de l'école à ce propros. Et plus récemment, dans le cadre du MUEQ, j'ai donné quelques conseils aux élèves.

Mais qu'a donc fait l'ÉCOLE des mathématiques ? Quand on utilise la beauté comme tri social, il n'est pas étonnant que plusieurs apprennent à se grimer.

jeudi 11 septembre 2008

Arrivage de septembre

  
  
  


J'aime commander chez Abebooks. Cette semaine, j'ai reçu de libraires canadiens, français et américains les livres ci-dessus.

Le livre d'Averbach et Chein est un classique en récréations mathématiques. Il contient plusieurs centaines de problèmes entièrement résolus.

Le bouquin sur Smalltalk date de 1986. Pourquoi acquérir une telle antiquité ? Les livres en informatique ne vieillissent-ils pas tous très mal ? Généralement parlant, cela est sans doute le cas. Mais en ce qui concerne Smalltalk, on dirait qu'on peut toujours en tirer quelque chose !

Je connais très bien le Recueil d'idées de l'abbé Étienne Blanchard puisque j'en possédais déjà les première, deuxième et quatrième éditions. Celui-ci est évidemment le troisième. J'ai déjà informatisé la première édition et l'un de mes projets est de rendre le tout disponible sur le web. Blanchard a été un important défenseur de la langue française au Québec dans la première moitié du XXe siècle.

Les mille et une pensées d'Alain choisies par André Augé n'est pas une nouveauté puisque le livre a été publié chez L'Harmattan en 2006. Je n'ai pas encore eu le temps de comparer les choix de monsieur Augé avec les miens. Ça viendra !

J.-Edmond Buteau a publié quelques livres à compte d'auteur dont deux recueils de citations (Vivez heureux !, que je possède.) Le livre acheté est un recueil de proverbes. Pas très original, mais on est collectionneur ou on ne l'est pas. Si j'en crois la Bibliothèque nationale du Québec, Buteau est né en 1887. Aucune idée sur la date de son décès.

Je n'ai plus la moindre idée du comment je suis tombé sur le Tribouillois et Rousset. Le Pour et le Contre (1935) est un recueil de 2000 citations dont le classement est assez original : sous un même thème, les auteurs ont groupé des citations illustrant le pour et le contre. Agréable surprise est la bibliographie commentée de recueils de maximes et pensées publiés en français. Une véritable mine d'or. Et certains des commentaires sont hilarants. Voyez par exemple cette entrée :
RONDELET : Réflexions de littérature, de morale et de religion (in-8, Paris, 1881). Professeur de faculté, l'auteur présente cet opuscule comme le résultat de « quarante années de réflexions » : il a mis bien du temps à ne pas faire grand'chose !
Un recueil intéressant en ce sens qu'il laisse une certaine place à plusieurs auteurs rarement cités. Seule déception, les références ne sont pas données.

dimanche 7 septembre 2008

Tout un cours...

Je rencontre assez régulièrement des étudiants. Conversation tenue un peu plus tôt cette semaine :

- As-tu recommencé tes cours ? ai-je demandé à une étudiante en éducation de l'UQO.
- Oh oui. Mais tu ne seras pas très content de ce qu'on nous demande de faire dans un cours sur les technologies.
- Pourquoi donc ?
- C'est le cours Pédagogie et applications techniques : domaines des mathématiques et des sciences et technologie. Je suis entrée dans la classe à 8 h 30 et à 9 h 08, j'étais ressortie.
- C'est rapide, fis-je en souriant.
- Le prof nous demande de pondre un PowerPoint sur un sujet mathématique.
- Et ?
- Et c'est tout. Il va nous mettre une note sur ce PowerPoint. Il nous a donné une liste d'une vingtaine de sujets possibles, mais on est libre d'en choisir un autre, si l'on veut.
- (Ironique) C'est bien !
- Il nous a dit qu'il en avait suffisamment sur les sciences et technologies, et c'est pourquoi il préférerait que nous fassions le travail sur un thème mathématique. Il veut nous remettre un CD avec tous les PowerPoint.
- Wow, tout un cadeau !
- Moi, je ne connais rien aux blogues, aux wikis et au web 2.0.... Dans ce cours, je n'apprendrai absolument rien...

Triste, très triste.

Si vous avez suivi le lien donné plus haut, on peut se demander à quoi servent les descriptions de cours si les professeurs s'en foutent complètement et n'en font qu'à leur tête. DIfficile de généraliser (quoique...) mais il demeure qu'avec des cas comme celui-là, on se demande si l'université est capable de prendre en charge une véritable formation en technologie éducative.

jeudi 4 septembre 2008

Andragotic

L'importance du processus est une autre découverte. Les buts et les aboutissements importent moins. Il est plus urgent d'apprendre que d'accumuler des informations. La bienveillance vaut mieux que la surveillance. Les moyens sont les fins. Le voyage est la destination.
Marylin Ferguson

Mon début d'année scolaire m'a amené à m'interroger sur un phénomène que j'observe depuis belle lurette, mais dont je n'avais pas vraiment pris le temps de comprendre.

Cela commence par un coup de fil.

- Gilles, le canon ne fonctionne pas.
- (Moqueur) Est-ce qu'il est ouvert ?
- Ben oui ! Mais ça dit : no signal.
- C'est que ton canon ne reçoit pas de signaux de l'ordi. Presse quelque chose comme Fn suivi de la touche pour partager l'écran.
- ???
- En général, c'est F5. Habituellement, il y a une icône genre deux écrans...
- Ah ! ok, j'essaie.... (une minute plus tard)
- Ça ne marche pas.... Faut dire que tout fonctionnait bien avant. Mais là, j'ai changé d'ordinateur et ça ne marche pas...

Le lendemain je revois la CP, canon en main.

- Il ne fonctionne vraiment pas, Gilles. J'ai été obligée de faire ma formation avec les profs tout autour du portable. L'enfer...
- Bon on va voir ça.

Elle m'aide à tout installer et, hop, en 10 secondes, tout fonctionne.

- Tu vois, sur ton nouvel ordi, c'est F8 et non F5...
- Mais y'a pas d'icône.
- Non, mais il y a LCD/CRT qui veut dire la même chose.

Cela m'est arrivé encore par deux fois la même semaine. Des profs, paniqués, n'arrivaient pas à connecter leur canon.

Plus tard dans la journée, un CP me lance un wack.

- Gilles, je ne peux pas enregistrer dans Word.
Sur l'écran, le message du genre le lecteur U n'est pas disponible.
- Ton ordi est-il branché au réseau?
- Ben, j'sais pas. Je l'ai ouvert et pis c'est tout.
Un bref coup d'oeil me montre que le fil de réseau n'est pas connecté.
- Bon, vas dans ton poste de travail.
- Mon QUOI ???
- Ton poste de travail !!!
- Y'é où ? (Ce CP a un portable depuis deux ans.)
Je lui indique où cliquer.
- Tu vois, ton poste de travail, c'est ton ordinateur et les périphériques qui y sont accrochés. (Et je lui donne un petit cours de 10 minutes sur les lecteurs).
Je termine en disant :
- U, c'est ton espace personnel sur le réseau de la CS. Comme tu n'es pas branché, c'est pour cela que ta machine ne le reconnaît pas.
- Mais pourquoi est-ce que Word veut enregistrer là alors que je n'y suis même pas branché ?
Hum... bonne question !
- C'est sans doute parce que par défaut, c'est là qu'il enregistre.
- Par défaut ???
- Oui, ce sont tes préférences lorsque tu entres dans le logiciel Word.
- Mais je n’ai jamais dit à Word d'enregistrer sur le U.
- Si ce n'est pas toi, alors c'est sans doute la personne qui a installé Word.
Et je me lance un autre petit 10 minutes pour montrer tous les choix possibles de son logiciel. Nous avons fini par trouver l'endroit où il était bien spécifié qu'il voulait enregistrer dans le U.
- Je peux changer ça ?
- Ben ... oui... ce sont TES préférences.
- (soupir) Mes préférences, mes préférences... je ne savais même pas que j'en avais...

Une autre fois cette semaine, j'ai surpris un CP avec une technique qu'il n'avait jamais vu : j'ai glissé un fichier d'un dossier à l'autre pour le copier. Lui, il l'ouvrait dans Word et l'enregistrait dans un autre répertoire...

Je suis certain que vous avez plein d'expériences de ce genre à raconter, car c'est là le lot quotidien d'une tonne d'utilisateurs de l'ordinateur.

Question 1. Ces personnes sont-elles incompétentes ?

Réponse : Absolument pas. Elles sont tout simplement démunies, face à un problème hors de leur zone de confort (la zone proximale de Vygotsky.)

Question 2. Peut-on éduquer ces gens aux joies de la technologie ?

Réponse : Oui, mais certaines conditions doivent préalablement être présentes.

a) La curiosité ;
b) Le goût d'apprendre ;
c) De bonnes stratégies en résolution de problèmes ;
d) Savoir lire ;
e) Une connaissance de la philosophie TIC.

La curiosité

La curiosité est une attitude de disponibilité ou d'intérêt à l'égard d'un sujet ou d'un phénomène donné, nous apprend Wikipédia. Et, naturellement, plusieurs personnes ne sont aucunement curieuses à l'égard des technologies. Pour elles, trouver intéressant de brancher un canon à un ordi est tout à fait incongru. Peu de gens aussi manifestent de l'intérêt quand quelque chose ne fonctionne pas. Cela signifie pour elles des problèmes et, c'est bien connu, des problèmes, on n'en veut pas.

Le goût d'apprendre

« Bien sûr que j'ai le goût d'apprendre plein de choses, me dit-on régulièrement. Mais l'ordinateur ne m'intéresse absolument pas. » Comment expliquer que l'ordi n'est pas un outil comme les autres ? C'est loin d'être un marteau, un téléphone ou un four micro-ondes. On communique avec un ordinateur, on doit s'exprimer dans sa langue pour lui donner des ordres, pour lui manifester notre volonté. C'est un outil complexe qui mérite qu'on s'y arrête pour le comprendre. L'ordinateur peut nous apprendre beaucoup de choses sur nous (la patience, la persévérance, l'acharnement dans un problème, la culture de réseau, etc.) mais on doit, de notre côté, apprendre «qui» il est. Apprendre à reconnaître ses messages, apprendre à interpréter ses signes, etc.

De bonnes stratégies en résolution de problèmes

C'est évident, nous n'aimons pas les problèmes. Et encore moins les résoudre. C'est drôle que la première transversale du programme de formation de l'école québécoise est, justement, apprendre à résoudre des problèmes alors que presque tout le monde HAÏT ÇA. Nous sommes pourtant supposés être des spécialistes en RdP. Mais je constate que nous sommes spécialistes tant que nous avons les réponses aux problèmes que l'on pose aux élèves. Quand nous devons affronter des problèmes dont nous n'avons aucune idée de la solution, nous devenons tout piteux. Les gens qui sont à l'aise avec la résolution de problèmes sont en général bien disposés envers les ordinateurs.

Savoir lire

C'est la grosse priorité dans la province de Québec actuellement : tous les plans d'action et de réussites des écoles et des CS tournent autour de cette fameuse compétence. On a même engagé des centaines de CP pour s'occuper juste de cette compétence.

Je me suis trouvé tellement souvent à entendre la litanie suivante : « En maths, les enfants sont incapables de résoudre des problèmes parce qu'ils ne savent pas lire ! » Un enfant qui se trouve devant la phrase suivante : Paul et Jacques doivent se diviser 15 pommes est aussi perdu qu'un conseiller pédagogique qui se trouve devant son ordinateur à lire « peut pas enregister sur le lecteur U ». « C'est qui Paul, c'est qui Jacques. Pourquoi quinze? 15 ça se divise pas en deux... » correspond à peu près à « c'est qui le lecteur U ? Pourquoi il ne peut pas enregister sur lui ? »

Il y a des centaines et des centaines de messages envoyés par l'ordinateur à son utilisateur. Comment diable apprendre à les lire ? Comme il m'arrive bien souvent de n'y rien comprendre (eh oui !), ma technique est toute simple : je copie-colle le message en question dans Google, et on repart pour de la lecture ! Lecture dont l'issue n'est pas toujours la victoire de la compréhension. Mais cette recherche de la compréhension n'est-elle pas une source immense de plaisir, plus grande encore que la compréhension même ?

Lire, c'est lire en contexte. C'est savoir utiliser des outils de dépannages. Et à l'ordinateur, c'est surtout utiliser sa tête pour résoudre des problèmes.

Une connaissance de la pensée ordinateur

Quand on travaille avec un ordinateur, on doit s'en faire un compagnon. On doit y ajouter des logiciels, des configurations qui nous ressemblent. On doit donc se l'approprier. Comprendre minimalement comment il fonctionne, comprendre sa logique. On n'arrive jamais à mettre complètement un ordinateur à sa main, et il faut être prêt à chercher un rapprochement. Dans un ordinateur, tout peut aller mal; on peut malencontreusement déplacer des dossiers dans un autre, supprimer des fichiers importants, oublier de faire une copie de sauvegarde. On peut tout perdre dans la froide nuit informatique. Mais un fait demeure : un ordinateur a sa propre langue qu'on peut difficilement éviter d'apprendre si on veut être le moindrement efficace.

Un ordinateur demande du temps, demande à être exploré et non seulement exploité.

Sachez aussi qu'un ordinateur n'est pas qu'un simple outil : c'est d'abord un média. Non seulement est-il un intermédiaire entre soi et le monde, mais il l'est aussi entre soi et soi.

Écart ou gouffre ?

Un fossé énorme se creuse entre les utilisateurs « éternels débutants » de la machine et les utilisateurs « j'aime ça l'info ». Nous sommes entourés d'ordinophobes qui veulent (?) bien apprendre, mais ne savent absolument pas comment s'y prendre. Qui donc, à l'école, a appris à apprendre ? Et puis, le populaire manque de temps est souvent invoqué, le manque de formation, l'absence de support. Mais, ce que j'entends, en trame de fond, tourne toujours autour des fameux « J'ai pas le goût », « Ça me dit rien », « C'est trop long à rattraper », etc.

N'avez-vous pas remarqué aussi que plus les outils sont « simplifiés », plus les utilisateurs deviennent dépendants et démunis au moindre petit problème. Et on transmet cet état aux élèves en choisissant pour eux les logiciels, les sites à visiter, les Powerpoint à remettre. On n'apprend pas aux élèves à résoudre des problèmes avec l'ordinateur, on leur demande de recracher sur un écran ce qu'ils recrachaient avant sur du papier. Pourquoi ? Parce que ça, les profs, les conseillers pédagogiques, les directeurs d'école ont tous l'illusion de savoir bien le faire. Le connu rassure...

Je crois que le problème principal est un non-plaisir dans l'acquisition de nouvelles connaissances que ressentent moult adultes. La plupart des intervenants du monde de l'éducation l'ont eu relativement facile à l'école. Et ils y sont restés parce que c'est encore relativement facile pour eux d'y « distribuer » les mêmes connaissances. Ils ont rarement éprouvé le « tough fun » que procure un apprentissage nouveau, difficile et jouissif. Prendre du temps pour apprendre l'informatique, apprendre à contrôler sa machine semble donc hors de leur portée car l'enthousiasme n'y est pas. Tout cela est bien désolant.

J'en ai bien peur, le fossé continuera de se creuser.

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