Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

jeudi 23 mars 2006

Florian

J'ai reçu aujourd'hui un très beau livre de 1845 contenant les cinq livres de fables de Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794). Il était le petit-neveu de Voltaire et, apprend-on dans le Dictionnaire des Littératures de Larouse, « il fait ses Fables (1792) l'illustration un peu plate et scolaire d'une leçon de morale ou d'un proverbe. ».

Voyez par exemple Le Chat et le miroir, fable IV du livre 1. À droite la numérisation de la gravure qui l'illustre.

Philosophes hardis qui passez votre vie
À vouloir expliquer ce qu'on n'explique pas,
Daignez écouter, je vous prie,
Ce trait du plus sage des chats.

Sur une table de toilette,
Le chat aperçut un miroir;
Il y saute, regarde, et d'abord pense voir
Un de ses frères qui le guette.
Notre chat veut le joindre, il se trouve arrêté.
Surpris, il juge alors la glace transparente,
Et passe de l'autre côté,
Ne trouve rien, revient, et le chat se présente.
Il réfléchit un peu; de peur que l'animal,
Tandis qu'il fait le tour, ne sorte,
Sur le haut du miroir, il se met à cheval,
Deux pattes par ici, deux par là ; de la sorte
Partout il pourra le saisir.
Alors, croyant bien le tenir,
Doucement vers la place il incline la tête,
Aperçoit une oreille, puis deux... À l'instant,
À droite, à gauche, il va jetant
Sa griffe qu'il tient toute prête;
Mais il perd l'équilibre, il tombe et n'a rien pris.
Alors, sans davantage attendre,
Sans chercher plus longtemps ce qu'il ne peut comprendre,
Il laisse le miroir et retourne aux souris.
« Que m'importe, dit-il, de percer ce mystère ?
Une chose que notre esprit,
Après un long travail, n'entend ni ne saisit,
Ne nous est jamais nécessaire. »

Je me donne quelques semaines pour lire tranquillement le bouquin. Vous devriez alors retrouver des citations de ce fabuliste sur Au fil de mes lectures.

lundi 20 mars 2006

Trouver Charlie !

Je viens tout juste de recevoir cette bonne blague.

Bureaucratie

« Mot créé de nos jours pour désigner d'une manière concise et énergique ce pouvoir étendu de simples commis, qui, dans différents bureaux, font passer une multitude de projets qu'ils forgent, ou qu'ils trouvent le plus souvent dans la poussière des bureaux, ou qu'ils protègent, soit par goût, soit par manie. »
(Jean-Sébastien Mercier, Néologie ou vocabulaire de mots nouveaux, 1801)

« Il n'y a personne qui n'ait eu à se plaindre soit de l'insolence, soit de l'ignorance, soit de la multitude des commis employés dans les bureaux à tailler des plumes et à obstruer la marche des affaires.
Jamais la bureaucratie ne fut portée à un point plus exagéré, plus dispendieux, plus fatigant. Jamais les affaires n'ont autant langui que depuis la création de cette armée de commis, qui sont au travail ce que les valets sont au service. Les consignes, les règlements, les enregistrements, les formalités de toute espèce ont été multipliés avec tant de profusion et si peu de discernement, que bien des gens, dégoûtés d'attendre leurs pensions et de solliciter leurs affaires, ont pris le parti d'y renoncer. »
(Jean-Sébastien Mercier, Nouveau Paris, 1798)

dimanche 19 mars 2006

Le zèbre

Mon premier contact avec cette énigme archiconnue vient d'un vieux recueil du Reader's Digest intitulé Teasers & tests (1968). On trouve sa traduction dans le célèbre livre 50 énigmes du prof Jissé de Jean-Claude Paquet (La Presse, 1975). C'est d'ailleurs ce problème qu'on trouve en quatrième de couverture du livre, avec une illustration du zèbre signée de l'auteur mais largement inspirée du dessin trouvé dans le Larouse du XXe siècle (1933).

Voici l'énigme :

À l'aide des indices ci-dessous, trouvez qui boit de l'eau et à qui appartient le zèbre.
  1. Cinq maisons de couleurs différentes sont habitées par des hommes de nationalités et de professions différentes, chacun ayant son animal favori et sa boisson préférée.
  2. L'Anglais habite la maison rouge.
  3. Le chien appartient à l'Espagnol.
  4. On boit du café dans la maison verte.
  5. L'Ukrainien boit du thé.
  6. La maison verte est située immédiatement à droite de la blanche.
  7. Le sculpteur élève des escargots.
  8. Le diplomate habite la maison jaune.
  9. On boit du lait dans la maison du milieu.
  10. Le Norvégien habite la première maison à gauche.
  11. Le médecin habite la maison voisine de celle où demeure le propriétaire du renard.
  12. La maison du diplomate est voisine de celle où il y a un cheval.
  13. Le violoniste boit du jus d'orange.
  14. Le Japonais est acrobate.
  15. Le Norvégien demeure à côté de la maison bleue.
Ce genre d'énigme porte le nom d'intégramme. Voir cet autre exemple. Vous trouverez ici un utilitaire de Pascal Fonteneau qui vous assistera dans la recherche de la solution.

vendredi 17 mars 2006

Icehouse


C'est mon épatant neveu François (merci à lui !) qui m'a fait découvrir ces merveilleuses petites pièces. Icehouse, c'est quinze pyramides (cinq grandes, cinq moyennes et cinq petites) qui s'emboîtent parfaitement. Un ensemble de quinze pièces se nomme STASH. Fascinant, on peut jouer à une foule de jeux de tout ordre à l'aide de ces pièces.

Par exemple, Tic Tac Doh est l'adaptation du Tic Tac Toe traditionnel. Pour jouer, un seul Stash est nécessaire. Le but est d'aligner trois types identiques de pyramides. Sur une table, un joueur commence par jouer une pièce. Le suivant fait de même en respectant trois petites règles :

1) Le joueur peut jouer sur une case libre à condition que cette dernière fasse partie du jeu (autrement dit, qu'elle fasse partie d'un carré de 3 par 3). Notez qu'au début du jeu, ce miniéchiquier n'est pas sur la table. Ce sont les joueurs qui, en déposant une pièce, déterminent l'aire de jeu.

2 ) Le joueur peut bâtir un arbre. Il peut le faire en ajoutant une pyramide moyenne sur une grande, une pyramide petite sur une moyenne ou une petite sur une moyenne qui était déjà sur une grande.

3 ) Le joueur peut bâtir un nid. Soit un ajoutant une pièce moyenne sur une petite, une pyramide grande sur une moyenne ou, vous l'aurez compris, une grande sur une moyenne qui était déjà sur une petite. Voilà ! Le joueur qui réussit à aligner trois pièces de même ordre est le gagnant.

Un autre jeu s'appelle IceTowers. Il se joue à plusieurs où chaque joueur a son Stash de sa propre couleur. Ce qui est intéressant, c'est que les joueurs jouent sans attendre leur tour : tout le monde joue en même temps !

Plusieurs autres jeux se jouent avec des dés, sur un échiquier, etc. Les seules limites sont l'imagination.

Vous pouvez bien sûr vous demander ce qu'un homme aussi sérieux que moi fait avec un truc pareil. En fait, j'aime bien jouer. Ne suis-je pas après tout un assez bon joueur d'échecs? Aussi, j'adore les jeux avec des règles simples mais qui demandent un peu de jugeote. Avec ces Stashs, je suis comblé. Par ailleurs, je suis absolument convaincu qu'on peut faire des mathématiques avec ces objets. J'ai vu par exemple un jeu du nom de Zendo qui est une excellente variante du Éleusis de Robert Abbott. J'ai donc l'intention de me servir de ces pyramides lors de mes formations en mathématique. J'aimerais aussi donner l'occasion aux enseignants et aux élèves de créer leurs propres jeux à l'aide de ces pièces.

Curieusement, je n'ai rien trouvé sur le web francophone au regard de Icehouse. Il commençait donc à être temps qu'un billet s'écrive sur le sujet. C'est maintenant fait.

Lianes

La maison mère d'où vous pourrez commander les pièces. En moins d'une semaine, vous aurez vos pyramides livrées chez vous!
Les règlements d'une tonne de jeux.
Le site de mon neveu grand amateur de jeux de société.

mercredi 15 mars 2006

Thibon

J'aime bien Gustave Thibon. Philosophe catholique, par des phrases simples, il permet de comprendre comment l'intelligence peut s'accommoder de la croyance. Curieusement, il me fait regretter de ne pas avoir la foi. Je viens tout juste de terminer L'Échelle de Jacob (Fayard, 1942. Réédition Boréal Express, 1984) et d'ici quelques jours plusieurs extraits apparaîtront sur Au fil de mes lectures. Un avant-goût :

« L'amour commence par l'éblouissement d'une âme qui n'attendait rien et se clôt sur la déception d'un moi qui exige tout. » (p.39)

« Il faut partir de l'absolu dans la pensée pour réaliser le relatif dans l'action. » (p.119)

« Limites de la réceptivité -  Voici des gens pendus à toutes les radios, avides de toutes les nouvelles, réceptifs à toutes les idées. On appelle cela sensibilité, ouverture. C'est une qualité que je n'envie pas. Je serais plutôt porté à considérer comme un signe de santé et d'unité intérieures l'existence de larges zones d'indifférence. Une réceptivité universelle implique, exception faite de quelques esprits extraordinaires, une passivité dangereuse. L'écho vibre à tous les sons, mais la bouche choisit ses paroles. » (p. 141)

« Dès qu'un mot devient trop à la mode (je songe à l'engouement actuel pour la pureté, la gratuité, l'engagement, la présence, etc.), il faut se demander ce qu'il recouvre plutôt que ce qu'il signifie. Et c'est en général son contraire. La mode sort du manque. La chose « se porte » quand elle n'est plus ; elle devient vêtement lorsqu'elle a cessé d'être corps. » (p. 146)

« Tout bonheur qui n'enfante pas un devoir amoindrit ou corrompt.  » (p. 177)

Lianes

Thibon sur Wikipédia
Thibon sur Agora
Au fil de mes lectures de Gustave Thibon

jeudi 9 mars 2006

Paratexte



Je viens de recevoir un courriel dans lequel on me pose une bonne colle. Comment s'appelle la portion du texte qu'on trouve parfois juste sous le titre d'un chapitre et qui « résume » très succinctement le chapitre ? J'ai fouillé, sans succès, dans Seuil de Gérard Genette. Et le web m'est resté silencieux...

mercredi 8 mars 2006

Citation du jour

On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard.
Louis Aragon, Traité du style, p.64, L'Imaginaire/Gallimard n°59.

lundi 6 mars 2006

Dorophage

« Qui vit de présens. On dit que les chefs de certains bureaux, sont tous plus ou moins des Dorophages ; mais, ainsi que M. Jourdain fesait de la prose sans le savoir, ils pratiquent, eux, la chose sans trop en connoître le nom; or les voilà bien avertis de leur titre. Allez trouver le Dorophage, agissez en conséquence, et votre affaire interminable sera terminée. Si ces chefs n'allaient plus porter d'autre nom, comme je rirais ! »
L. S. Mercier, Néologie ou Vocabulaire de mots nouveaux, p. 197, Paris Moussard, 1801.

C'eût été bien si le juge Gomery en avait profité pour faire connaître ce très beau mot.


Virgule, point !

Lu sur Matinternet ce matin :

Prix de l'essence (en moyenne): 0,99.4 $ /litre d'ordinaire.

On comprend tous le sens de la phrase, mais le prof de math en moi se demande bien comment expliquer une pareille notation aux élèves...

dimanche 5 mars 2006

Texte +

Dans la conception web, il est important de tester son gabarit avec des textes de différentes longueurs. J'avais déjà mentionné l'utilité du fameux site Lorem Ipsum.
Mais copier-coller du texte est fastidieux et ennuyant. Je viens de découvrir deux possibilités allégeant ce travail. C'est ici et là.

samedi 4 mars 2006

JRI, 1992

«Ne dites plus informatique, dites inFORMEatique; le fait que les traitements possibles et prescrits sont toujours formels ou formalistes. Nous voilà au coeur même de l'informatique et, sans doute, au centre de ce qui en fait la culture : l'informatique est une quête incessante pour débusquer le sens sous la forme, c'est une entreprise d'enfermement dans la forme de ce que nous appelons le sens. Plus personne ne devrait demain sortir de l'enseignement obligatoire sans, au moins avoir perçu cela à propos de l'informatique. » (Ch. Duchâteau)
À lire absolument, « Peut-on définir une culture informatique ? » de Charles Duchâteau. Cet article est paru dans le Journal de Réflexion sur l'Informatique en octobre 1992 ! La revue semble aujourd'hui défunte, le web ne signalant aucun article postérieur à 1996.

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