Par Gilles Jobin,
lundi 19 novembre 2012
::Barratineries
Un homme oublie de souhaiter la fête de sa femme, mais il n'oubliera jamais de souhaiter celle de sa maîtresse, ce serait grave.
Toutes les boues restent en bas.
Combats avec toutes tes forces, n'espère qu'avec la moitié.
L'homme a une soif qu'il éprouve sans la comprendre, un désir qu'il ne sait ni définir ni contenter; il essaie de tout; insatisfait, il cherche toujours; il croit aborder, il échoue. Qu'est-ce, si ce n'est la soif de l'infini?
Les raisons de se plaindre ne donnent pas encore le droit de se plaindre.
Le malheur n'avertit pas, il est là; sa veille est souvent si joyeuse! elle allume les lustres, elle fleurit la maison, elle sonne la fanfare.
Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913
Par Gilles Jobin,
dimanche 18 novembre 2012
::Barratineries
Le silence est un vengeur élégant et fier.
Les femmes les plus prisonnières de maris exigents sont souvent les plus inconsolables dans leur veuvage : on dirait que leurs chaînes leur manquent.
Le temps de la maladie est le temps de la grâce : le monde fuit, les pensées vaines s'éloignent, on en a fini avec les considérations humaines, Dieu nous parle, et la mort, de temps en temps, vient s'asseoir, câline, au pied de notre lit.
Une femme attend d'être prise par l'amour pour songer à se défendre, c'est vraiment un peu tard.
Ce qu'on a véritablement de moins à soi, c'est son argent.
L'insuccès nous fait ausculter nos prétentions.
Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913
Par Gilles Jobin,
dimanche 18 novembre 2012
::Mietteries
L'expérience
Il n'est chasse que de vieux chiens.
Sommaire. - Opinion d'un révolutionnaire. - Plaisirs princiers. - Le lapin d'abord ; après, le peuple ! - Précieux auxiliaire. - Il aboie, attention ! - Saint et chien. - Châsse et chasse. - La couronne des vieillards.
Un farouche révolutionnaire qui n'aimait pas les têtes couronnées sous prétexte qu'elles étaient, sans exception, placées sur des cous de tyrans, refusait toute espèce de distraction aux détenteurs de trônes; il ne voulait pas « qu'un roi s'amuse », estimant que les plai- sirs princiers ne peuvent que dissimuler des vices ou préparer des crimes. Il leur déniait en première ligne le droit de « courre » le gibier, occupation qui lui inspirait des craintes pour la sécurité de leurs sujets; sa répulsion pour le goût cynégétique des rois s'exhale dans un couplet à sinistre conclusion :
Je n'aime pas un prince aussi chasseur, Car, à la chasse, Le temps qu'on passe Est perdu pour notre bonheur. C'est par un lapin qu'on commence, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C'est par un peuple qu'on finit !
Ne prenons pas les choses au tragique; admettons que, fût-on le plus absolu des mo- narques, on peut chasser et aimer la chasse sans arrière-pensées homicides. La chasse présente un intérêt multiple : salutaire par l'exercice que procure la poursuite du gibier; utile pour celui qui s'en nourrit; gastrono- mique pour le gourmet.
Après un bon fusil, ce qui importe le plus au disciple de Nemrod, c'est un bon chien. Le difficile est de trouver ou former les chiens de chasse, canes venatici ; pour cela il faut du temps et de la patience; une fois obtenu le résultat, et l'animal dressé, on pos- sède un précieux auxiliaire, d'autant meilleur qu'il a pratiqué davantage et pendant plu- sieurs années. Rien ne vaut un vieux chien de chasse (il n'est chasse que de vieux chiens). Son flair affiné lui révèle les différentes sortes de gibiers ; il en connaît les habitudes et les ruses au point de les découvrir et dépister. Son maître s'en rapporte bien souvent à lui, confiant dans sa longue expérience.
Le proverbe latin a le même sens : Prospec- tandum vetulo cane latrante: « il faut faire atten- tion dès qu'un vieux chien aboie ». Ici, on met en scène le chien de garde au lieu du chien de chasse ; mais l'idée est la même ; l'âge seul du chien est considéré et mis en valeur.
Un ami de saint François de Sales, J.-Pierre Camus, évêque de Belley, attaquait avec véhé- mence soit en chaire, soit dans ses écrits, les désordres des moines mendiants et tentait de réformer les abus du clergé ; il trouvait qu'on canonisait un peu trop facilement à son époque, et réclamait pour les saints un âge avancé ; il formula sa critique en parodiant le pro- verbe dans un de ses sermons : Il n'est châsse que de vieux saints. L'a peu près est amusant et spirituel, sinon très orthodoxe, mais quel rapport de saint avec chien, et de châsse avec chasse ? l'attrait seul d'une assonance permet- tant de lancer un jeu de mots.
L'analogie du vieux chien expérimenté s'explique davantage avec le vieillard aux conseils empreints de sagesse et de prudence.
Quiconque a beaucoup vu Peut avoir beaucoup retenu.1
Les vieillards ont beaucoup vu, beaucoup appris, beaucoup retenu et savent beaucoup. La connaissance des hommes, l'habitude de la réflexion et mille notions variées qu'ap- porte le seul cours des années font qu'on ne peut que gagner en leur compagnie; et chasser avec eux dans les guérets et les plaines de la vie est agréable et fructueux. L'expérience consommée est la couronne des vieillards.
Ne fais rien sans conseil ; la grise expérience Et blanche foy du vieil beaucoup te servira : Où l'oeil du corps finit, l'oeil de l'esprit commence, Et sa tremblante main le sceptre affermira.2
1 La Fontaine, L'Hirondelle et les petits Oiseaux, livre I, fable 8. 2 Jean Bachot (1629).
Par Gilles Jobin,
vendredi 16 novembre 2012
::Échéphileries
Championnat du monde féminin (FIDE) 2012
Khanthy-Mansiysk (Russie)
Tournoi élimination de 64 joueuses.
Site officiel Cadence :
Rondes 2.1 et 2.2 : 90m:30m+30spc(1)
Rondes 2.3 et 2.4 : 25m+10spc
Rondes 2.5 et 2.6 : 10m+10spc
Toutes les parties de la première ronde sont ici.
Par Gilles Jobin,
mardi 13 novembre 2012
::Barratineries
Les grands causeurs nous laissent la même courbature que les grands vents.
Une coquette rit pour montrer ses dents, parle chevelure pour faire remarquer la sienne; son physique entre dans toutes ses paroles et toutes ses actions.
Le regard commence l'amour, la voix l'achève.
On apporte plus ou moins d'empressement au bonheur selon la confiance qu'on a en lui.
Fille de joie, Myrrha, trois choses te distinguent : tes yeux, tes dents et ta trahison.
Certains avautages deviennent terribles dans des mains ordinaires : témoin l'indépendance.
Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913
Par Gilles Jobin,
lundi 12 novembre 2012
::Barratineries
Les flatteurs sont comme les polisseurs du mensonge.
La pruderie est la maladie de la pudeur.
Si elles continuent ainsi, les jeunes filles modernes, c'est elles qui feront l'éducation de leurs maris. O sainte modestie, que tu étais belle sous tes voiles de mousseline !
La veille a de la naïveté, le lendemain a de la science.
L'éducation s'adresse à la plus puissante des puissances, la nature : aussi est-elle souvent vaincue.
Plus l'esprit est étroit, plus la vanité s'y tasse.
Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913