Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

lundi 11 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 189

Sur le chemin que tous suivent on peut encore se signaler.

On n'est jamais jaloux de la simplicité, elle ne semble pas en valoir la peine.

Le mensonge est une bosse qu'on fait à la vérité.

Quand on dit : c'est une coquette, éloigne-toi, il n'y a rien.

Quand on dit : c'est un avare, sauve-toi.

Ceux qui se vendent, en les payant bon marché on les paie toujours trop cher.

Le désir du bien a de saintes impatiences.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

dimanche 10 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 188

Il serait pire que l'ingrat, celui qui se laisserait fermer les mains par l'ingratitude.

Quand on n'aime pas un être, comme on en craint la pitié !

Se résigner, c'est aussi se ménager.

La faiblesse est sur le chemin du crime.

Savoir être jeune, c'est aussi difficile que de savoir être vieux.

La fausse modestie doit apprécier la vraie, puisqu'elle la simule.

Le trop nous amène souvent au trop peu.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

samedi 9 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 187

Il est des redites qui ne vieillissent pas, la vérité les embaume et les conserve.

Le coeur, quand il n'a pas, soupire ; quand il a, tremble; quand il n'a plus, se plaint : n'est-il pas né malheureux ?

La philosophie doit pouvoir regarder passer le bonheur sans l'appeler.

Ne montre pas toutes tes craintes, tu ouvrirais toutes tes portes à l'attaque.

Défie-toi de toi-même, car tu es toujours avec toi.

Ne donne pas seulement de ton argent, c'est sec, donne aussi de tes émotions, c'est le don supérieur.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

vendredi 8 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 186

Il faut que le repentir soit près de la faute, comme le jeune enfant qui marche, près de sa mère.

Où tu ne manques pas, on peut t'estimer, on ne t'aime pas.

Devant les gens qui parlent peu, pèse tes paroles : ils savent généralement écouter.

Avec quelle profonde tendresse on se pardonne !

J'aime les coeurs qui se donnent lentement: leur tendresse est plus sûre.

Un moraliste peut être aussi un artiste; les deux qualités ne s'excluent pas.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

jeudi 7 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 185

Notre âme nous regarde souvent avec l'air de nous demander : où en sommes-nous?

Un mauvais exemple ne peut pas plus nous excuser, que la bonté d'un autre nous faire mériter.

Pendant que les autres oiseaux chantent, le moineau cherche.

L'espace semble nous promettre du temps.

Être bon, à quelque chose de bon, n'importe à quoi.

La loi qui gêne l'honnête homme, il lui manque sûrement quelque chose.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

mercredi 6 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 184

Quand on est en train de promettre, comme on y va !

En fait de plaisir, espacer ce qu'on ne peut augmenter.

La nature a aussi sa mauvaise humeur ; peut-être, bonne mère, est-ce pour excuser la nôtre ?

À Paris, du temps devant soi, quelle friandise !

Un vieux coeur qui a aimé comprend toujours les orages d'un jeune.

Admirer ce qu'on est sûr de ne jamais avoir, bon signe.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

mardi 5 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 183

La douleur élargit l'âme en la déchirant.

La vie se charge souvent de payer les dettes de l'ingratitude, et sans oublier les intérêts.

La vieillesse et la légèreté, quel pauvre assemblage! un valseur faisant des pirouettes avec un moribond.

Si friands sont nos appétits !

Le travail sauve tous ceux qui ont voulu se confier à lui.

O vie, tes attraits te rendent aussi responsable !

À la campagne, quand le soir arrive, la journée semble si lasse et si heureuse de s'endormir en lui!

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

lundi 4 mars 2013

2013.9

Échecs

Toutes les informations sur le prochain tournoi des candidats sont ici.

J'ai gagné ma partie de mardi soir. Mais le Tournoi ouvert de Gatineau a été une autre histoire. J'ai joué 4 parties dans l'Open, mais je n'ai pu arracher qu'une seule nulle. J'ai cependant beaucoup appris. D'abord, je réussis vraiment très bien à garder mon calme. Et je ne calcule pas trop mal. Alors, comment expliquer mes 3 défaites ? Ma grande faiblesse, c'est l'ouverture. On dirait que j'arrive à peu près toujours en milieu de partie avec un désavantage. Je dois donc, absolument, étudier cette portion du jeu. Je dois me monter un sérieux répertoire avec les Blancs et le Noirs et apprendre à faire confiance à ma mémoire. Dans les prochaines semaines, je tenterai de me trouver un système d'auto-apprentissage qui sera sans doute basé sur les cartes heuristiques. J'en reparlerai ici !

Weight Watchers

De ce côté là, tout va bien.

Pédagogie

Il faut absolument écouter Mitch Resnick. L'apprentissage de la programmation informatique est le meilleur moyen pour développer une foule de compétences chez les enfants. Je crois sincèrement qu'au secondaire, il faut cesser d'enseigner le français et les mathématiques. À la place, donnons du temps, beaucoup de temps à l'apprentissage de la musique, de la danse, de la programmation informatique, des arts plastiques, de l'éducation physique, des sciences. Il faut que nos jeunes aient du fun à apprendre et à créer !



Greyhound

Linux a eu 9 ans cette semaine. Il est toujours en pleine forme, et il a complètement récupéré de sa patte cassée. Kat, par contre, a une espèce de labyrinthite animale. Elle devrait guérir en 2 semaines.

De toutes les Paroisses, page 182

N'abusons pas du majestueux, il tourne souvent au comique.

La fierté se drape et attende

Un pauvre reconnaissant, ah ! saluons-le trois fois : au nom de sa mémoire, au nom de son coeur et au nom de sa délicatesse.

On aime à chercher la petite tache des plus purs. Pauvre humanité !

En général, la femme déteint plus sur l'homme que l'homme sur la femme.

En style, on se lasse des détours les plus charmants, des images les plus inattendues, des mots les plus friands, des comparaisons les plus heureuses, jamais de la clarté.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

dimanche 3 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 181

La satiété est la plus vulgaire des lassitudes.

La fortune est un peu étonnée de ne pas nous rendre fous.

La vue de l'or et la vue de la chair, les deux plus terribles tentations.

En route pour la gloire, on se foule le pied.

Ce que j'admire beaucoup, par prudence je ne cherche pas à le voir tous les jours : on n'a pas tous les jours les mêmes yeux.

Les grandes pensées viennent du coeur, oui, mais s'inscrivent dans l'esprit, et c'est lui qui les habille.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

samedi 2 mars 2013

De toutes les Paroisses, page 180

Une courte, mais une des meilleures prières : Mon Dieu, chassez-moi de moi-même!

Heureux ceux qui conservent dans la vieillesse une certaine teinte de candeur, cette jeunesse de l'âme!

Le pays des aïeux, c'est encore plus que le nôtre, c'est le leur.

Interroge discrètement un retour : qui sait ce qu'il rapporte? Les chemins peuvent avoir été des conseillers mauvais.

Nous avons toujours de la mémoire pour les fautes d'autrui. Nous aurions toujours mieux fait à leur place.

Salue en passant la vieille maison : elle a vu des douleurs.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

vendredi 1 mars 2013

Miette 85 : Un bienfait n'est jamais perdu

La charité

Un bienfait n'est jamais perdu.

Sommaire. — Semence et récolte. — Ulysse et Phyloctète dans l'île de Lemnos. — Légende orientale. — Un pied couronné. — Roi, baquet et chameau. — Récompensé dans le ciel.

Un disciple ou un précurseur de Schopenhauer a pu dire :

« Semez les bienfaits, vous récolterez l'ingratitude », n'en croyez rien.

Sans aller jusqu'à déclarer que la reconnaissance est une vertu innée dans le coeur de l'homme et pratiquée par tous, on constate fréquemment, Dieu merci, que beaucoup s'aperçoivent du bien qu'on leur fait et en conservent un bon et durable souvenir.

C'est ce sentiment que Philoctète, dans la tragédie de ce nom, cherche à éveiller dans l'âme de Pyrrhus qu'il conjure de l'arracher à l'abandon où il est réduit dans l'île de Lemnos :

Considère le sort des fragiles humains,
Et qui peut un moment compter sur les destins?
Tel repousse aujourd'hui la misère importune
Qui tombera demain dans la même infortune.
Il est bon de prévoir ces retours dangereux
Et d'être bienfaisant alors qu'on est heureux.1

« L'un des avantages des bonnes actions, d'après J.-J. Rousseau, est d'élever l'âme et de la disposer à en faire de meilleures. »2

Il en est un autre immédiat, c'est la joie qu'on éprouve à faire du bien ; la récompense est dans le coeur de l'homme bienfaisant :

Le bonheur appartient à qui fait des heureux.3

Cela suffirait amplement pour prouver qu'un bienfait n'est jamais perdu.

Une légende orientale rapporte un apologue très original sur ce sujet. J'en reproduis ici la traduction textuelle :

Dieu dit un jour à ses saints de se tenir prêts à fêter l'arrivée d'un nouvel élu avec tous les honneurs du cérémonial observé dans la cour céleste à l'égard d'un petit nombre de rois admis à l'éternelle béatitude ; et les saints se hâtèrent de courir à l'entrée du Paradis afin de recevoir de leur mieux un hôte si important et si rare. Ils pensaient que ce devait être un très grand monarque qui venait d'expirer; mais, au lieu du personnage qu'ils attendaient, ils ne virent arriver qu'un pied, un pied en chair et en os, détaché du corps dont il avait fait partie. Il était surmonté d'une riche couronne et il s'avançait fièrement au milieu d'eux en passant à travers leurs jambes.

Saisis d'étonnement à la vue de ce phénomène, ils s'en demandaient l'un à l'autre l'explication et personne ne pouvait la donner.

En ce moment apparut au-dessus de leurs têtes l'archange Gabriel qui s'envolait à tire- d'aile vers notre globe. Ils l'interrogèrent et il leur répondit :

« Le pied couronné que vous voyez est le pied d'un roi. Ce roi, allant un jour à la chasse, aperçut un chameau qui était attaché à un arbre et qui s'efforçait d'allonger le cou vers un baquet plein d'eau placé hors de sa portée. Le prince compatit à la peine de l'animal et rapprocha de lui le baquet avec le pied, afin qu'il pût s'y désaltérer.

C'est pour cette bonne action, la seule qu'il ait faite dans sa vie, que son pied est venu à Dieu, tandis que le reste de son corps est allé au diable.

Le Très-Haut m'envoie publier cette nouvelle sur la terre pour que les hommes se souviennent qu'un bienfait n'est jamais perdu. »

La religion chrétienne enseigne également à être bon et généreux envers tous, et principalement envers les misérables :

Donnez! afin qu'un jour, à votre heure dernière,
Contre tous vos péchés vous ayez la prière
D'un mendiant puissant au ciel !4

Dieu n'oublie pas l'homme miséricordieux et compatissant lorsqu'il se présente dans le séjour des élus.

Alfred de Musset s'est rappelé ces leçons de son enfance dans le touchant récit d'une de ses plus délicates poésies :

Je me souvins alors de ce jour de détresse
Où j'avais à l'enfant donné mes deux écus ;
C'était par charité, je les croyais perdus.
De Celui qui voit tout je compris la sagesse,
La mère ce soir-là me les avait rendus.5


1 Philoctète, tragédie de Laharpe, acte I, scène iv.
2 Les Confessions, partie I, livre VI.
3 L'abbé Delille.
4 Victor Hugo, Les Feuilles d'automne : «Pour les pauvres» (janvier 1830)
5 Une bonne fortune, 43e strophe.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

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