Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 7 octobre 2006

Le pingouin

Comprendre est le commencement d'approuver.
Spinoza, Tractatus theologico-politicus, 1677


À la lecture de ces deux billets d'André Cotte [1] [2], je me suis demandé qu'elles étaient donc les difficultés à surmonter pour que Gnu/Linux devienne le système d'exploitation de la majorité.

Tous les cas sont uniques, évidemment, mais mon cheminement peut sans doute fournir quelques éléments de réponse.

Première approche

J'ai commencé à jeter un oeil sur Linux en 2001. J'ai créé une partition qui accueillait, à l'époque, Mandrake 8.0. Mais, voyez-vous, je n'avais aucune connaissance en réseautique. Bon, avec Easyphp, j'avais un serveur Apache et je pouvais programmer mes sites en Php, mais pour le reste (donner des droits, gérer des utilisateurs, installer une imprimante en réseau, etc.), j'étais absolument nul. Conséquence : j'étais tout le temps dans mon Windows et la partition Linux était tout à fait inutile. Parallèlement, cette année-là, j'ai beaucoup lu sur le logiciel libre. Émergea alors en moi cette conviction selon laquelle, pour garder une cohérence avec mes valeurs éducatives, je devais passer à un système d'exploitation libre.

La force de la philosophie

En mars 2002, en démarrant l'ordinateur, j'ai choisi la partition Linux, et... mon apprentissage (douloureux, il est vrai, mais ô combien stimulant) débuta. Comme j'animais un mois plus tard un atelier à l'Aquops, je me devais d'être prêt à être, comme développeur d'une petite application web, tout à fait à l'aise devant l'auditoire. Cet apprentissage fut douloureux, car je n'avais pas mon éditeur favori (EditPlus - sous Wine, il plantait régulièrement), j'avais de la misère à comprendre comment Apache, Php et Mysql se mariaient (sous Easyphp, tout se fait... tout seul), l'aspect où on doit donner des droits aux répertoires et aux fichiers me surprenait, etc.

Des copains m'ont bien aidé (merci aux Pierre, merci à Benoît), mais ces aimables personnes n'étaient pas toujours à côté de moi. Heureusement, j'ai la chance d'être autodidacte. J'ai donc acheté chez Micro Application, le sublissime manuel Mandrake 8, qu'encore aujourd'hui il m'arrive d'y jeter un oeil, et je suis passé au travers. Laborieusement, les pièces d'un énorme casse-tête se mettaient en place.

Après un mois d'intenses apprentissages, on ne peut pas dire que j'étais à l'aise et que je me sentais en sécurité, mais j'étais assez bien pour faire ma présentation sans avoir peur que tout me saute en pleine figure.

Le monde de Linux, c'est d'abord un énorme vocabulaire et une nomenclature à s'approprier. Par exemple, lorsqu'on voit un bidule du genre : j2re-1_4_2_03-linux-i586-rpm.bin pour installer java, on est bien dépourvu...

Mais Linux, c'est aussi comprendre que sa machine est un serveur. Or gérer un serveur ne peut se faire sans un minimum de connaissances... donc, un minimum d'apprentissage. Cette dernière assertion était vraie en 2002, elle l'est toujours aujourd'hui et, à mon avis, elle le sera demain.

Linux en 2006

Qu'en est-il en 2006? Si j'offrais un ordinateur à un ami néophyte, je n'hésiterais pas un instant à lui installer une Mandriva ou une Ubuntu. Évidemment, un petit cours de trois heures viendrait avec mon cadeau. Il est en effet nécessaire de comprendre comment lancer un logiciel, comment installer un logiciel (avec Synaptic, ce n'est tout de même pas complexe), comment personnaliser ses espaces de travail, etc. Cela fait, il me semble, que mon ami n'aurait pas plus de problèmes avec son ordinateur que s'il était sous Windows ou Mac. Selon moi, Linux est tout à fait prêt pour les postes personnels si le poste est déjà installé avec les préférences de l'utilisateur.

Mais encore

Que faut-il donc de plus pour que plus de gens l'adoptent? Car même en supposant les difficultés reliées aux pilotes propriétaires réglées, rien ne garantit que Linux percera dans les familles. Pourquoi? Parce que Linux, c'est aussi un choix philosophique. Pour encore bien des gens, la distinction logiciels propriétaires/logiciels libres est abstraite. Windows est installé sur leur machine; ils ont installé la suite Office grâce au CD d' un ami, ou simplement emprunté au travail, ils jouent avec des codes crack trouvés sur le web, etc. Et, il faut bien le dire, ces utilisateurs se contrefichent des licences. J'entends régulièrement des énoncés du genre « Bof! Microsoft est riche, ma copie ne change absolument rien à leur vie », « Tout le monde copie, pourquoi pas moi? », etc. Il est dans les moeurs d'un utilisateur normal d'avoir une moralité plutôt large face à la copie de logiciels.

Deux problèmes

Premier problème à régler : l'éducation des utilisateurs. Cela doit commencer à l'école. Les enseignants doivent absolument avoir conscience que les choix technologiques de leur institution ne sont pas neutres. Ils doivent fournir des explications au regard de ces choix dans leur projet éducatif ou leur plan de réussite. Ainsi, on rendra les utilisateurs conscients de leurs choix, et on cessera de se cacher la tête dans le sable pour ne pas voir les entorses à nos lois. Si vous êtes parent, pourquoi ne pas exiger des précisions à cet effet à l'enseignant de votre enfant, à la direction de l'école, au conseil d'établissement, aux commissaires?

Le deuxième problème à l'implantation de Linux est pédagogique. Il y a encore trop peu de personnes capables de vulgariser l'approche Linux et capables d'expliquer en termes simples comment gérer un serveur. Il ne s'agit pas ici de faire de l'utilisateur un gestionnaire de réseau, mais bien d'en faire une personne qui contrôle minimalement sa machine. C'est sur ce dernier point, je crois, que plusieurs accrochent : une certaine tendance est de voir un ordinateur personnel comme prêt à fonctionner tout seul, ce qu'en anglais on appelle idiot proof. Je ne suis pas de cet avis, et, d'ailleurs, c'est un peu pour cela que j'ai de misère à entrer sur un Windows maintenant : j'ai l'impression de ne rien contrôler, et c'est très frustrant. Un ordinateur, c'est plus qu'une fourchette, un téléphone, une voiture, ou un four micro-ondes : l'ordinateur est un objet qui peut (doit?) vous ressembler. Ne riez pas, je suis sérieux! Comme l'a dit Kay, votre ordinateur doit permettre une amplification de vos idées. C'est d'ailleurs ce point qui me frustre un peu dans les écoles : les ordinateurs publics n'ont pas d'âme, et je n'y trouve absolument aucun intérêt. Que voulez-vous? je préfère ma propre bouffe à celle de la cafétéria... Donc, pour que Linux perce au niveau personnel, on devra faire passer cette idée majeure : vous êtes maître de la machine, et non l'inverse. Et pour ce faire, il faut commencer à l'école où chaque enfant devrait avoir son propre accès à son univers Linux. Une fois qu'il y aura goûté, je doute qu'il veuille revenir à l'esclave (en fait, on pourrait parler d'endormitoire intellectuelle) proposé par Windows!

Et alors?

Vouloir solutionner le problème de l'implantation familiale de Linux via la philosophie ou l'éducation peut sans doute, pour certains, paraître simpliste, pour d'autres idéaliste... Quant à moi, c'est seulement par ces deux portes qu'on pourra entamer un changement éthique et écologique face à notre consommation informatique.

vendredi 6 octobre 2006

Transmutation

Devotion to the motion creates the emotion.
Entendu à Dancing with the Stars, 3 oct. 2006


Mon commentaire suite à ma lecture de ce texte. Les extraits du Bulletin-Aquops sont en retrait.

Est-ce que le temps accordé à filtrer les montagnes d’information disponible se fait au détriment du temps et de l’énergie nécessaires à d’autres activités (éducatives) plus importantes comme la lecture, la réflexion et l’analyse, lesquels sont intimement associés aux processus de développement de la connaissance ?
Je crois qu'il a ici une conception plutôt livresque de l'information. Entrez dans une bibliothèque nationale. Vous viendrait-il à l'idée, à la vue de tous ces livres et ces revues, de parler de filtrage de l'information? À mon avis, pas du tout. Pourtant, avec les TIC, (et ici, je suppose qu'il est surtout question du Web), la question se pose. Pourquoi? Parce que notre « liberté critique » est mise à rude épreuve. Dans une bibliothèque, un éditeur a déjà filtré ce qu'il voulait bien qu'on sache, et, il faut bien le dire, on nous a appris à croire dans les livres. Sur Internet, n'importe quel humain peut dire à peu près n'importe quoi. De là la très grande importance d'arriver à juger efficacement d'un contenu. Mais pour développer cette compétence, cela demande du temps, beaucoup de temps. Ce temps est-il perdu? Pour moi apprendre (peu importe ce qu'on apprend!) n'est jamais une perte de temps. Évidemment, on peut se poser des questions sur la qualité des apprentissages et de l'accompagnement, mais c'est là une tout autre histoire.
(Une autre chercheure) souligne l’importance d’être conscient “qu’il est possible d’utiliser l’information, et le besoin d’information supplémentaire, comme une stratégie pour repousser l’appel à l’action.” (...)
Ah! La procrastination. Superbe stratégie pour éviter de faire des platitudes. Si on me demande de trouver des infos pour un travail qui me laisse indifférent, il est clair que je tenterais de repousser le plus loin possible le travail en question (l'action!). Il y a donc lieu à mon avis de se poser des questions sur l'objectif de la cueillette des données. Si le but de la recherche ne vient absolument pas toucher l'élève, comment s'étonner qu'il passe la majeure partie de son temps à ne pas se rendre au travail? J'ai rarement vu un élève qui trouve un sens à sa recherche perdre un temps fou à l'éviter !
De plus, il y a quelques indications à l’effet que (le développement) de la communication électronique facilitée par Internet se fasse au détriment de la communication en “vis-à-vis”, voire à réduire la participation au développement communautaire en général (...).
Quel lieu commun! À mon sens, j'ai beaucoup plus d'indications que via Internet, de nouveaux liens se tissent. La personne qui était complètement isolée ne l'est plus. De là une très grande urgence à brancher rapidement toutes les personnes âgées et à les former à la communication Internet. Je suis d'ailleurs convaincu qu'investir dans cette formation aux aînés ferait baisser le coût des soins de santé... Loin, très loin d'isoler, Internet tisse une nouvelle richesse communicationnelle. Je sais bien que certaines personnes peuvent s'isoler devant leur ordi pour jouer à des jeux vidéo. Mais, généralement parlant, on en revient vite, car quelque part, c'est toujours la même chose. Et puis, il ne faut pas oublier toutes les rencontres faites autour du jeu que, souvent, on pratique en gang sur le web. Est-ce que cela vaut moins que le vis-à-vis? Je ne saurais dire. C'est autre chose, tout simplement. Selon moi, cela ne brime pas ce vis-à-vis.
Les innovations technologiques ne sont pas neutres sur le plan des valeurs (...) mais favorisent (l’organisation) des objectifs (pédagogiques) sur la base de deux dimensions majeures : le concept d’utilité et celui de l’efficacité, des valeurs liées à la technologie elle-même (et pas nécessairement les valeurs principales de l’action éducative).
Les concepts d'utilité et d'efficacité sont importants et, comme mentionné ici, souvent associés aux technologies. Il faut effectivement faire très attention à ce qu'on véhicule au travers les TIC. Par exemple, en mettant les élèves devant Windows, très subtilement nous lui disons que certaines connaissances ne doivent pas lui être accessibles, car ce système d'exploitation, en acceptant sa licence, spécifie qu'on n'a pas le droit d'examiner comment il est fait. C'est un peu comme si on disait à un élève qu'il peut, dans certaines circonstances, UTILISER le théorème de Pythagore, mais qu'EN AUCUN TEMPS, il ne peut en examiner la preuve. Oui, le choix technologique implique nécessairement certaines valeurs, et cela va souvent beaucoup plus loin que la simple efficacité ou utilité. Conscience et vigilance s'imposent ici.

Je reviens maintenant à l'idée générale de média. Bien entendu, l'ordinateur est un nouveau média. Il nous permet d'avoir à portée de doigts, entre autres, un studio d'enregistrement, une radio, une chambre noire pour développer des photos, une imprimerie, une librairie, un système de communication universel, etc. Ce média est donc à la fois personnel et universel : si on a une idée, l'ordinateur permet de l'amplifier (Kay) et, aussi, de la rayonner. Nous sommes en train de vivre cette révolution et il est normal que l'école ne sache pas trop encore comment « dealer » avec une telle puissance individuelle. De plus, ce média nous offre une toute nouvelle manière d'entrer en relation : par exemple, via un système de téléphonie web, on peut à la fois parler avec un copain et, en même temps, clavarder avec plusieurs autres tout en répondant à quelques courriels. Tout ça est un peu fou, et reflètent en quelque sorte notre société où on ne se contente plus de faire dans un certain ordre une chose, puis une autre, puis une autre, etc. Nous devenons des êtres multitâches (est-ce bien, est-ce mal?) ce qui ne veut pas dire que nous soyons pour autant des robots. Peut-être est-ce notre cerveau qui, subtilement, est en train de changer? Or cet aspect des TIC entre généralement en conflit avec nos méthodes où un enseignant s'adresse à 30 personnes à la fois, exigeant de ces personnes un accent sur la transmission de cet enseignant vers l'élève. C'est là une transmission linéaire, alors qu'avec les TIC, la transmission est multidirectionnelle. Le cerveau de nos enfants a peut-être déjà évolué. S'en rend-on compte?
La question “Qu’est-ce que l’utilisation des TIC apporte de nouveau à ma pratique éducative ?” est importante mais elle ne doit pas (camoufler son corollaire) : “Qu’est-ce que l’intégration des TIC (pourrait) défaire dans ma pratique éducative ?”. Cette (dernière) question n’est pas souvent posée.
Oui, cette question n'est pas souvent posée et elle est importante. Les chercheurs de l'étude y ont-ils répondu? Jusqu'à maintenant, je ne vois pas trop ce qu'on a perdu avec les TIC. Mais je sens qu'on risque de perdre l'enseignant de type linéaire (je transmets - tu écoutes - tu recraches - Je te dis si c'est bien recraché). Aussi, L'enseignant risque de perdre (c'est déjà fait, à mon avis) son statut de spécialiste de contenu. Il est clair qu'avec les TIC, on n'a plus vraiment besoin de ce spécialiste-enseignant, le web donnant accès rapidement à des spécialistes beaucoup plus connaissants. On gagnera cependant un spécialiste en compétences transversales (savoir résoudre un problème, comment coopérer, comment laisser éclater sa créativité, comment organiser le travail, etc.) et ce sera, à mon sens, un immense gain. C'est pourquoi je trouve extrêmement triste tout l'étouffement qu'on fait actuellement autour de ces compétences, comme si elles n'étaient que des accessoires. La véritable éducation, à mon avis, c'est là qu'elle se trouve.

Une dévotion à la communication créera-t-elle un nouvel humanisme?

jeudi 5 octobre 2006

Vive la liberté !

Il n'y a pas de propriété plus sûre
que celle qui est sans mur ni clôture,
à la portée de tout le monde.
Miguel de Unamuno, Brouillard.


Quand je lis des trucs pareils, je suis bien content d'être définitivement passé sous Gnu/Linux.

Le parfum

Le parfum est l'un des grands romans du XXe siècle. Le film vient tout juste de paraître en France. Je ne connais pas la date de sortie pour le Québec, mais il est certain que j'irai le voir. Pour des citations des livres de Süskind, c'est par ici.

Les bureaux multiples

L'une des plus grandes forces de l'environnement graphique de Linux est la possibilité d'obtenir de multiples bureaux.

Ces bureaux (on peut en obtenir jusqu'à 16) sont des environnements de travail. Pour bien comprendre le principe, imaginez-vous bien calé dans un fauteuil pivotant, au centre d'une pièce entouré de bureaux. Sur l'un, vous avez vos dictionnaires (dans mon cas, c'est Antidote qui s'y trouve), sur un autre, votre navigateur web, sur un troisième vos éditeurs de texte, sur une autre encore, votre suite bureautique, et là votre planche de dessins (Gimp), et tout à côté, votre console Linux, etc. Un petit tourniquet sur votre chaise (un clic de souris) et hop! vous voilà sur le bureau.

Évidemment sous Windows vous pouvez ouvrir tous ces programmes et vous les retrouverez sur la barre des taches, au bas de l'écran. Si, comme moi, vous avez souvent plus de 10 applications ouvertes en même temps, il devient un peu problématique de trouver rapidement celle qui est voulue au bon moment.

Par exemple, j'ouvre généralement sur mon bureau nommé INTERNET, Firefox, Thunderbird, mon logiciel FTP, une console SSH, ma base MySql. Ce qui fait déjà cinq onglets. Sur un autre bureau (appelé éditeur) j'ouvre généralement deux instances de VIM pour pouvoir rapidement travailler sur deux fichiers. Sur un autre bureau (que j'ai appelé Mes Dossiers) , mon explorateur de dossiers est ouvert, avec souvent plusieurs fenêtres.... Si j'étais sous WIN$, tous ces onglets apparaîtraient quelque part dans ma barre des taches. Avec Linux, je clique sur le bon bureau et je ne retrouve que les onglets relatifs à ce bureau. C'est tout à fait génial, et on y gagne en productivité.

J'ai l'impression qu'un utilisateur qui goûte à ce feature ne peut plus retourner travailler avec un système qui ne l'aurait pas...

lundi 2 octobre 2006

La bibliophilie

Voici tantôt trente ans que j'aime les livres, que je m'en occupe, que je les palpe et que j'en achète. Or je ne suis guère plus fort en bibliographie que ne l'était Sosthène Ducantal sur l'instrument de Paganini. je ne suis pas un savant, je suis un fervent ; et c'est la messe d'un curé de campagne que je dis devant mon humble bibliothèque.

Mais si j'avais à recommencer ma carrière d'amateur de quinzième ordre, je ferais tout d'abord une belle collection d'outils de bibliophile, de livres spéciaux à la bibliophilie; manuels, dictionnaires, traités, catalogues.

Je sais des collections inestimables de catalogues que d'ingénieux bibliophiles, trop peu fortunés pour acheter des livres de cinq, six, sept, huit et-même de vingt mille francs, ont rassemblées et où ils lisent la description des trésors qu'il leur est défendu de toucher. Ils ressemblent un peu, je l'avoue, à ces gourmands idéologues qui vont manger leur pain devant le soupirail d'une cuisine en renom; mais à force de se nourrir de fumée, ils finissent par acquérir un flair relativement délicat.

Jules Richard, L'art de former une bibliothèque, 1883

dimanche 1 octobre 2006

Le fruit défendu

Mon Perutz de la semaine : Le Miracle du manguier chez 10|18.

Un lecteur sur Amazon :
Ce roman de Pérutz est particulièrement réussi. Le charme mystérieux de l'Inde qui irrigue l'intrigue illustre bien le cosmopolitisme de Vienne à la fin du XIXe siècle. L'intrusion de la magie et de la maîtrise du temps prend tour à tour une coloration inquiétante et cocasse; le suspense ne faiblit à aucun moment et révèle tout l'art de Pérutz dans ce genre presque policier qu'il a su s'approprier de façon si personnelle.

Sur le Matricule des anges, on parle « d'une fantaisie délicieusement kitsch. »

Quant à moi, je crois que ce second roman de Perutz, écrit en collaboration avec Paul Frank en 1916, ne passera pas à l'histoire. Point intéressant cependant, est cette espèce de vision du scientifique naïf : il est difficile d'observer autre chose que ce que nous sommes, ou ce qu'on veut bien voir... Peu de citations intéressantes, mais cette phrase est tout de même à conserver : « On s'habitue en vérité très vite à l'inconcevable, à l'inexplicable. L'homme qui a entendu pour la première fois résonner une voix fantomatique dans un téléphone, qui a vu pour la première fois un aéroplane décoller mystérieusement du sol, est sans doute resté un moment figé d'étonnement ; mais cette réaction ne fut que de courte durée. Déjà, l'instant d'après, le miracle était devenu pour lui ordinaire, presque banal, et il s'en servait comme s'il en avait toujours disposé. »(p.160)

Je me dirige maintenant vers une oeuvre de la fin de sa vie : Le Judas de Léonard. En espérant que je pourrai tout de même apprécier le livre, moi qui n'ai pas lu le Da Vinci Code !   :-)

vendredi 29 septembre 2006

La lecture et les devoirs

Deux billets récents dont celui-ci sur les devoirs m'ont fait réfléchir. Je suis même intervenu sur celui-là en indiquant que la lecture est sans doute un important outil pour résoudre les échecs des enfants. Je vais préciser ici ma pensée.

D'abord, une définition : j'appellerai lecture scolaire (LS) une lecture imposée par l'école (peu importe la discipline.) Par ailleurs, j'appellerai lecture choisie (LC), la lecture d'un roman complet. Je précise que dans le contexte de ce billet, une LC exclue une bande dessinée, un extrait de roman, l'article d'un quotidien ou d'une revue, etc.

Mon expérience d'enfant au niveau des LS est désastreuse. Je l'ai racontée ici. Je me rappellerai toujours l'espèce d'écoeurite aiguë causée par la lecture imposée de Poussière sur la ville. Si j'arrive à dépasser mon haut-le-coeur chaque fois que je vois le roman (il est toujours dans ma bibliothèque), sans doute devrais-je me lancer sans une relecture. Avec 40 ans de recul, peut-être y trouverais-je une explication...

Mon expérience de parent est différente. Un jour de fin septembre, alors que ma deuxième fille était en sixième année, nous recevons un billet de son enseignante : Votre enfant a des problèmes de grammaire : il faudrait qu'elle fasse des exercices à la maison. Panique de Marie.

- Gilles, qu'est-ce qu'on va faire? Notre fille a des problèmes!
- Voyons Marie, son SEUL problème est qu'elle ne lit pas. Si on s'arrangeait pour qu'elle lise un peu plus, je suis absolument convaincu que la majorité de ses problèmes se régleront d'eux-mêmes.
- Tu crois vraiment?
- J'en suis convaincu. Lui donner des tonnes d'exercices de grammaire, c'est absolument ridicule et tout ce qu'on réussira à faire, c'est l'écoeurer de la langue française. Il faut juste qu'elle fasse l'effort de lire un peu.
- Ouais... Je vais demander des suggestions à son prof.
- Quoi??? Je ne suis même pas sûr que son prof soit une lectrice !!! Dis-moi, quand tu avais son âge, tu lisais?
- Bien sûr. J'ai adoré les Comtesse de Ségur...
- Alors des Comtesse de Ségur ce sera.

Et pendant plusieurs semaines, notre merveilleuse fille a lu cinq ou six Comtesse de Ségur. Puis, elle a continué avec d'autres lectures. Entre autres, je lui lisais à haute voix (mes deux autres filles étaient présentes) Niel Holgerson (pendant plusieurs semaines, chaque soir...!) , et puis Narnia de C.S Lewis...

Et, miraculeusement, nous n'avons plus jamais entendu parler des problèmes de grammaire (scolaire) de notre fille.

Bien entendu, il est difficile de généraliser à partir de ce cas. Mais il demeure dans mes convictions profondes que la lecture est un moyen privilégié de réussite scolaire.

Je pense même que si l'enfant a des problèmes en maths, qu'une demi-heure de LC par soir (je tiens pour acquis que les parents EN MÊME TEMPS liront une LC) résoudra une grande partie des problèmes de cet enfant. Pourquoi? Tout simplement parce que lire amène généralement à discuter de la lecture, à y voir les liens logiques, les liens cachés, à comprendre des sous-entendus, à lire entre les lignes (n'est-ce pas là aussi la lecture "algébrique"?) à suivre le raisonnement d'un personnage, à anticiper la suite, etc. Bref, à s'amuser, intellectuellement parlant.

Deuxième expérience comme parent, cette fois avec ma petite dernière. Parmi mes filles, c'est celle qui lit le plus. Cela se passe alors qu'elle était en cinquième secondaire, ce qui date de 4 ans.

- Je devrai lire 3 romans cette année.
- Wow ! Lesquels?
- Notre prof nous a remis une liste. Je connais quelques auteurs, mais la plupart ne me disent rien.

Je commençais déjà à jubiler. J'ai jeté un oeil sur cette liste pour comprendre que c'était là sans doute les romans qu'avait lus le prof. Mais choisir parmi une cinquantaine de livres est tout de même intéressant. Je possédais déjà plusieurs des livres listés et j'en avais lu une quinzaine. Avec Aurélie, on a discuté environ une heure des auteurs, de leur style, du type de roman qu'ils écrivaient, etc. Par exemple, il y avait du Nothomb, du Mankell, du Camus, du Huxley, duBeauchemin, du Temblay, etc. Je crois qu'en deux mois, Aurélie avait fait son "devoir de l'année"... Ce qui ne l'a pas empêché de repiger dans cette liste pour choisir d'autres lectures. Cette expérience fut donc heureuse.

Je constate cependant que plusieurs LS tournent autour d'extraits. On fait lire quelques chapitres. Je me rappelle même que dans sa classe de théâtre, Aurélie n'avait à lire qu'un acte d'une pièce. Pourquoi diable ne pas exiger la lecture complète de la pièce, ce qui ne demande deux ou trois heures?

Je pense que si l'école met de l'importance sur la LS, elle doit donner du temps SCOLAIRE aux enfants pour qu'ils lisent. Que cette LS ne doit pas être donnée en DEVOIR, mais qu'on s'assure à l'école que l'enfant prenne un bon quinze minutes de lecture par jour.

Les bénéfices de la lecture dépassent les bénéfices scolaires mesurables (vocabulaire, grammaire, syntaxe, etc.). En lisant, on se donne l'outil idéal permettant le développement de l'autonomie de la pensée.

Donc, chers parents lecteurs de ce blogue, donnez-vous en devoir une demi-heure de lecture par soir, avec vos enfants. Vous apprendrez un tas de choses, vos enfants aussi, et je suis assuré qu'il y aura des retombées scolaires positives.

jeudi 28 septembre 2006

Extremadura

Extremadura est une région rurale de l'Espagne. 60000 PC sont équipés de Linux et de Squeak. Si vous avez 20 minutes, cette vidéo donne une bonne idée de la puissance des TIC en éducation. Merci à mon ami Pierre Couillard pour cette découverte.

mardi 26 septembre 2006

Le papier

[...] faire voler en l'air le trésor de sa richesse...
H. Ibsen


J'ai bien hâte de réaliser ça avec Estéban !

samedi 23 septembre 2006

Pochol !

Où roules-tu, petite pomme, tu vas tomber dans l'eau... (p.147)

Lecture de mon second roman de Perutz. Dans Où roules-tu, petite pomme, il nous raconte la quête vengeresse d'un homme. Après 40 pages, le lecteur moderne sent déjà comment finira le livre. Mais tout le plaisir réside dans la manière dont se prendra l'auteur pour nous y amener. Dans l'article Wikipédia consacré à Perutz, on peut lire : « Leo Perutz est passionné d'histoire, d'investigation, de justice, mais aussi de fantastique. Ses romans captivants, qui sont souvent des poursuites d'individus, de preuves, de réponses ou d'absolu reflètent toujours quelques lueurs d'optimisme. » Hormis le fantastique, qu'on ne trouve pas dans ce livre, on peut dire que cette phrase représente très bien ce roman. Le titre est merveilleusement bien choisi. Où roules-tu petite pomme est une chanson que tout le monde chantait en Russie au temps de la révolution. Perutz veut nous faire comprendre ici le côté hasardeux, parfois absurde, de nos quêtes, de notre vie.

Sur ma table de chevet : Le miracle du manguier.

Un vieux débat

Dans les dernières années de l'Ancien Régime « un débat très vif oppose deux courants éducatifs majeurs : l'un, inspiré des philosophes, place l'enfant au coeur du système, l'enfant dont la nature est la référence principale ; l'autre, issu de la tradition chrétienne, donne aux connaissances la première place, celle de Dieu, des langues françaises et savantes, des belles-lettres et des sciences. Dans cette éducation, il n'est pas aberrant de soumettre l'enfance, de la contraindre pour l'élever, la libérer de ses mauvais penchants et nourrir son esprit » (M. Grandière, L'Idéal pédagogique en France au dix-huitième siècle.)
Pierre Billouet, Comment se peut-il qu'un enfant soit bien élevé par qui n'a pas été bien élevé lui-même (Rousseau), p.23, Pleins feux, coll. Variations, 2004)

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