Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

jeudi 7 juin 2012

Études : Collection H. Mattison (46 - 48)

N°46


Mattison H, Jaunakas Zinas, 1927
Les Blancs jouent et gagnent.
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N°47


Mattison H, Jaunakas Zinas, 1927
Les Blancs jouent et gagnent.
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N°48


Mattison H, Shakhmatny Listok, 1927
Les Blancs jouent et gagnent.
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Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

Chemin faisant, page 167

Permettre aux vieux d'être laids, ce n'est pas, savez-vous, de la si commune indulgence.

La jeunesse mousse dans certains êtres comme le champagne dans le verre.

Les gens d'esprit ont le droit de faire des sottises ; ils n'ont pas le droit d'en dire.

Les saintes âmes reprennent la lutte avec amour, comme l'artiste son instrument.

Le renoncement est dur jusqu'à mi-côte; la fin de la route vous récompense.

Rien ne pèse plus que le coeur quand il est las !

Il faut bien débuter dans la vieillesse ; comme dans toutes les descentes, l'essentiel est de poser son pied d'aplomb.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Miette 50 : Gai comme un pinson

Le jeu

Gai comme un pinson.

Sommaire. - Pour compléter mes études omithologiques. - De naturaliste en naturaliste. - Du choc jaillit... l'obscurité. - À qui se fier? - Le triomphe de la routine.

N'ayant pas poussé très loin mes études d'histoire naturelle et ne m'étant pas fait une spécialité de l'ornithologie, j'eus la curiosité de me renseigner sur l'état d'âme du charmant petit oiseau qui a nom « pinson » et dont la gaîté est devenue proverbiale.

J'ouvris l'ouvrage du Naturaliste par excellence, avec un N majuscule, du grand Buffon, et je lus :

« Le pinson est un oiseau très vif, toujours en mouvement; cela, joint à la gaîté de son chant, a donné lieu sans doute à la façon de parler proverbiale : gai comme un pinson. » Michaud, de son côté, révèle que « le pinson remplit l'air de sa voix éclatante ».

Mis en goût par ces indications précises quoique laconiques, je résolus de poursuivre ailleurs mes investigations, et recourus à l'Ornithologie passionnelle, d'Alphonse Toussenel, le délicat auteur de l'Esprit des bêtes.

Quelle fut ma surprise quand j'y découvris mon petit pinson dans ce portrait physique et moral : « Gai comme un pinson est encore un de ces adages menteurs qui contribuent si déplorablement à enraciner les préjugés et les erreurs dans l'esprit dès populations.

« Un oiseau gai, c'est le tarin, c'est le sizerin, le linot, le serin, un oiseau qui toujours sautille, babille, frétille, qui prend son mal en patience et le temps comme il vient ; qui, comme le chardonneret, mange devant la glace quand il est seul, pour se faire accroire à lui-même qu'il est en société. Or, le pinson n'a jamais affecté ces allures joviales; au contraire, il s'observe constamment, fait tout avec mesure, réflexion et solennité ; il pose, comme on dit, quand il marche, quand il mange, quand il chante. Au lieu de prendre le temps comme il vient, il se laisse aller à des plaintes mélancoliques pour peu que la pluie menace. La captivité le démoralise, le rend aveugle, le tue. Ce ne sont pas là des façons d'oiseau gai. »

Jugez de ma déception à cette diatribe inattendue contre la gaîté du pinson. Auquel des deux s'en rapporter à présent ? À Buffon? à Toussenel? À Toussenel ? à Buffon ?

Lequel des deux vécut le plus dans l'intimité de notre petit pinson dont je voulais faire mon ami et la joie de ma maison? Je ne le sais et ne puis le savoir. Mais s'il m'est permis de glisser mon humble avis dans ce passionnant litige, j'ai bien peur que, malgré Toussenel et son appréciation courroucée, on ne continue longtemps encore à dire avec le vieux Buffon : « Gai comme un pinson! »


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

mercredi 6 juin 2012

Chemin faisant, page 166

Entre bons domestiques, c'est à qui aura le meilleur maître; entre mauvais, c'est à qui abîmera le plus le sien.

Un jeune qui n'ose pas assez, un vieux qui ose trop, deux déclassés.

Les vieux domestiques sont comme les vieux renards ; ils connaissent les fentes et leurs aboutissants.

Ils ne savent ni aimer ni haïr ceux-là qui ne fêtent pas en eux l'anniversaire de certains départs.

Élever, ce n'est pas chercher à faire passer son âme dans celle de son disciple, c'est placer l'âme de son disciple devant le devoir, l'honneur, la vertu.

Le scrupuleux rapetisse son Dieu.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Miette 49 : Coq-à-l'âne

Le jeu

Coq-à-l'âne.

Sommaire. - Une fable ancienne, - Cocorico ! - Hi ! han ! - En veux-tu, en voilà. - On a le droit de s'arrêter.

Une fable ancienne met en scène un coq et un âne. Ces animaux raisonnent et discutent entre eux sans pouvoir jamais arriver à s'entendre ni se comprendre. Leurs propos sont aussi burlesques et incohérents que leurs idées sont biscornues, et leurs discours n'ont pas le sens commun.

En parlant de conversations absurdes, décousues et sans suite, on fait allusion aux répliques échangées dans cette fable entre le coq et l'âne ; on les dénomme des « coq-à-l'âne ».

Dans une de ses chansons, Collé, qui fit partie de la Société du Caveau, si célèbre par sa gaîté, a plaisamment fait un coq-à-l'âne interminable en se servant d"une série de proverbes qui n'ont aucun lien les uns avec les autres et sautent vraiment du coq à l'âne.

Entre autres adages, le refrain comprend les suivants :

Trop manger n'est pas sage.
Enfants d'Paris, quel temps fait-il?
Il pleut là-bas, il neige ici.
Pendant la nuit
Tous les chats sont gris.

Les contemporains de Collé trouvaient cela très drôle et s'en réjouissaient fort. On serait peut-être un peu plus difficile de nos jours et bien vite saturé de ce genre d'esprit. On s'arrêterait pour laisser le coq et l'âne continuer leur conversation à cocorico ! et à hi ! han! rompus.

À quelle époque les mots coq-à-l'âne ont-ils été réunis pour la première fois en un seul vocable? Chi lo sa. En tous cas l'expression n'en est pas nouvelle, puisqu'on la trouve déjà au XVe siècle et dans les Proverbes de Jehan Miélot : « C'est bien sauté du coq à l'asne », et dans ces vers :

Par mon serment
De moy vraiment
Vous vous raillez..
Trop vous faillez (vous vous trompez)
Car vous saillez (vous sautez)
De cocq en l'asne évidemment.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

mardi 5 juin 2012

Étude 2




Melnichenko E, 1976
Les Blancs jouent et gagnent.
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Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

Miette 48 : Le jeu ne vaut pas la chandelle

Le jeu

Le jeu ne vaut pas la chandelle.

Sommaire. - Ni gaz ni électricité. - La mèche et les mouchettes. - Économie de chandelle. - Madame la Mairesse. - Affaires municipales. - Les paroles n'ont pas de couleur.

Autrefois on ne s'éclairait pas au gaz, encore moins à l'électricité ; on n'avait pour vaincre l'obscurité que la vulgaire et fumeuse chandelle dite des quatre ou des six, suivant le nombre qu'en contenait une livre.

La mèche se coupait avec des mouchettes quand le suif qui l'entourait, peu à peu consumé par la lente combustion, la transformait en un long lumignon noirâtre d'un pouvoir éclairant douteux.

Ce genre de luminaire ne pouvait passer pour brillant dans aucun sens ; on n'en était pas pour cela moins économe de sa chandelle que l'on brûlait le moins possible; et quand on se livrait le soir à un jeu dépourvu d'intérêt, on ne l'allumait pas du tout, « le jeu ne valant pas la chandelle ».

Avant que celle-ci ait complètement disparu, pour céder la place à la blanche bougie, la femme d'un brave maire de village ne la prodiguait pas, non plus qu'elle attachait ses chiens avec des saucisses.

Un soir que son mari avait longuement veillé avec l'adjoint et le secrétaire de la mairie et rédigé force arrêtés municipaux, tous trois abandonnèrent enfin plumes, papier et encre et se mirent à traiter de vive voix les affaires de la commune. La ménagère qui, depuis longtemps, contemplait avec dépit son suif se consumer : « Vous n'écrivez plus? » leur dit-elle, et elle souffla la chandelle.

Les paroles n'ayant pas de couleur n'ont en effet pas besoin d'être éclairées.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 165

Le caprice, comme la mère adultère, peut donner naissance aux plus saines productions.

Je plains les gens à qui un titre manque ; il leur coûtera cher à un certain moment.

D'un nid de perdrix peut sortir par hasard un aigle.

Qui se gouverne tient les autres en respect.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 4 juin 2012

Études : Collection H. Mattison (43 - 45)

N°43

Mattison H, Shakhmatny Listok, 1926
Les Blancs jouent et font nulle.
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N°44

Mattison H, Shakhmatny Listok, 1927
Les Blancs jouent et font nulle.
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n° 45

Mattison H, Jaunakas Zinas, 1927
Les Blancs jouent et gagnent.
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Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

Miette 47 : Qui quitte la partie, la perd

Le jeu

Qui quitte la partie, la perd.

Sommaire. - Le jeu des quatre coins. - Qui va à la chasse perd sa place.- Haine, routine, devoir. - Mari barbare. - Si on les écoutait. - Un mort qui se sauve.

Les enfants ont un jeu appelé les « quatre coins » nécessitant la présence de cinq personnes ; quatre d'entre elles occupent quatre places déterminées, la cinquième se tient au milieu en attendant que deux des quatre premières échangent leurs places; dans l'intervalle de l'échange, la cinquième tâche de prendre l'une des places momentanément abandonnée et dit : « Qui va à la chasse perd sa place ! »

C'est un peu ce qui se passe dans une partie où l'un des joueurs, voyant qu'il n'a plus chance de gagner, se retire; il quitte la partie, donc il a perdu. On dit de même, au figuré, à propos d'affaires que l'on ne suit pas avec soin et qui, négligées, sont compromises ou perdues. Il en faut déduire le conseil de garder sa place quand on y tient et de ne jamais l'abandonner si on veut la retrouver libre. Faute de quoi, on court la chance de se voir remplacé à son retour,

Car été comme hiver
Qui quitt' sa place la perd1.

L'application de ce proverbe souffre des exceptions : il peut arriver qu'on occupe une place ou une situation peu enviable et qu'on ait des motifs très valables pour la quitter au plus vite, tandis que d'autres ont un intérêt direct ou indirect à vous y maintenir. Ceux-là sont mus par des sentiments divers et guidés par des mobiles louables ou non : routine, devoir, etc.

Un exemple de routine : A l'issue d'une bataille, un fossoyeur enfouissait pêle-mêle tous les corps, quand un officier lui fait remarquer l'un d'eux remuant encore : « Ah! répond-il, on voit bien que vous n'avez pas comme moi l'habitude. Si on les écoutait, il n'y en aurait jamais de mort. »

Terminons par l'échantillon d'un scrupule légèrement exagéré chez un esclave du devoir.

Nous ne sommes plus à la guerre, mais en temps de peste, à la Martinique, ce qui n'est pas plus gai. Les malheureux habitants mouraient par centaines; on les inhumait au plus vite pour éviter la propagation plus rapide du fléau. L'un d'eux, comme tout à l'heure, ramassé trop vite, parvient à se dégager et se met à courir à toutes jambes. « Arrêtez ! arrêtez ! s'écrie le croque-mort en courant après lui, mon mort qui se sauve! »


1 Le Diner de Madelon, vaudeville de Désaugiers.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 162

J'aime beaucoup la politesse pour elle-même et pour tout ce qu'on y peut renfermer d'ironie.

Une femme trompée peut se consoler par la pensée que toute autre femme l'eût été à sa place.

Filles de la terre et de l'air, ô fleurs ! princesses par votre père, plébéiennes par votre mère, vous charmez toutes les castes, vous réjouissez tous les yeux.

Le piano a de beaucoup augmenté la valeur du silence. 1

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

1 Ceux qui suivent ce blogue ont maintenant la réponse à la question que je posais ici.

Lire le premier billet consacré à cette série.

dimanche 3 juin 2012

Chemin faisant, page 161

L'oubli de soi, le grand devoir !

N'imitez pas les gens qui vous aiment tout en vous heurtant; c'est dans la manière d'aimer qu'est le charme de l'affection.

Attends Dieu et sa justice : Il est, elle sera.

Un homme est toujours fier d'être pris pour un juge, une femme toujours flattée d'être prise pour une victime.

Heureux ceux qui n'ont la fierté qu'à la hauteur du mérite, et la parole qu'à la hauteur du courage.

Un domestique ne doit craindre que de manquer à son devoir ; n'en faites pas un courtisan de vos caprices.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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