Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

vendredi 16 mars 2012

Miette 23 : L'âge des roses

Le temps

L'âge des roses.

Sommaire. — Le sort commun. — La reine des fleurs.— Rose et cyprès. — Rose et Rosette — Collaboration imprévue. — Bossuet et Alfred de Musset s'entendent. — La jeunesse et le protocole. — Place aux vieilles.

Bien qu'élevés par le rang ou la fortune au-dessus des autres hommes, les grands de la terre n'en subissent pas moins le sort commun : tous sont mortels. Les reines aussi, fût-ce la reine des fleurs.

Celle-ci, la plus belle, la plus gracieuse, la plus parfumée entre toutes, se voit, même par la marâtre nature, traitée plus cruellement que les autres. À peine sortie de son corselet, à peine entrouverte pour le charme des yeux et de l'odorat, une précoce maturité la guette, l'épanouit rapidement pour la vouer au trépas qui oublie l'arbre vert et sombre, le cyprès.

La rose vit une heure et le cyprès cent ans.1

Cette vie éphémère de la reine des fleurs avait naturellement frappé les Latins ; ils comparaient une vie de courte durée à « l'âge des roses », passé en proverbe : quam longa una dies, aetas longa rosarum ; l'âge des roses ne dure qu'une journée.

Malherbe s'en est heureusement inspiré dans les stances célèbres adressées à son ami Du Périer qui venait de perdre une fille en pleine jeunesse, en pleine beauté :

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.2

L'histoire raconte que le poète avait désigné la pauvre enfant sous la dénomination amicale et familière de Rosette, et son manuscrit portait : « Et Rosette », etc. N'était-ce pas très lisible ? c'est possible; tous les écrivains ne sont pas calligraphes ; le correcteur avait-il la vue courte ou l'esprit distrait ? cela peut également arriver. Toujours est-il que le typographe composa : « Et Rose elle », en deux mois. Cette coquille devint une variante plus poétique et bien préférable. Aussi fut-elle adoptée par Malherbe qui ne dédaigna pas d'accepter la collaboration imprévue du modeste correcteur!

L'arrivée de l'affreuse Camarde n'est jamais que triste et douloureuse. Combien davantage quand elle s'attaque à l'enfance, à la jeune fille !

Le coeur sentimental du tendre Musset n'a pas échappé à cette douleur :

O Dieu! mourir ainsi, jeune et pleine de vie!
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Pleure, le ciel te voit! pleure, fille adorée!
Laisse une douce larme au bord de tes yeux bleus
Briller, en s'écoulant, comme une étoile aux cieux!
Bien des infortunés dont la cendre est pleurée
Ne demandaient pour vivre et pour bénir leurs maux
Qu'une larme, une seule, et de deux yeux moins beaux !3

Bossuet n'y a pas échappé non plus dans la rameuse oraison funèbre d'Henrietle-Anne d'Angleterre, dernière fille de l'infortuné Charles Ier : « Quoi donc ! elle devait partir si tôt ! Dans la plupart des hommes les changements se font peu à peu, et la mort les prépare ordinairement à son dernier coup. Madame cependant a passé du matin au soir ainsi que l'herbe des champs. Le matin elle fleurissait, avec quelles grâces, vous le savez ; le soir nous la vîmes séchée (comme l'herbe) ; et ces fortes expressions par lesquelles l'Écriture Sainte exagère l'inconstance des choses humaines devaient être pour cette princesse si précises et si littérales. »

Le grand orateur chrétien faisait certainement allusion à ce passage du psaume : Dies mei sicut umbra declinaverunt, et ego tanquam foenum arui : mes jours ont fui comme une ombre, et je fus desséché comme le foin.

L'élégant et badin Gresset ne reste pas plus insensible :

Ah! ne comptez pas tant sur vos belles couleurs,
Un jour peut les flétrir, un jour flétrit les fleurs.
La Beauté n'est qu'un lys : l'Aurore l'a vu naître;
L'Aurore à son retour ne le peut reconnaître.4

La fraîcheur et la gaîté de la belle jeunesse ne vont pas sans faire des envieux et éveiller des regrets.

Il est des cas cependant où la jeunesse perd ses droits ; par exemple en présence du rigide protocole.

Dans une solennité officielle plusieurs femmes de fonctionnaires prétendaient à la première place. Impossible de les mettre d'accord. Le grand maître des cérémonies, informé de l'incident, eut un trait de génie, peu féministe sans doute mais dénotant un fin psychologue, Il décida que la préséance des dames serait réglée par l'acte de naissance ; la première en date passerait la première. De nouvelles discussions faillirent tout gâter. Aucune ne voulait plus occuper la place d'honneur!


1 Théophile Gautier. [GGJ] Le poème s'intitule : Méditation.
2 Malherbe, livre II, stance 7, Consolation à M. du Périer, 1599.
3 Le Saule, « Premières Poésies ».
4 [GGJ] Je ne sais quelle édition Genest a consultée. C'est tiré de l'égloge 2 des Églogues de Virgile. Dans les Oeuvres choisies de Gresset (Lyon, 1810), page 233, on lit ainsi la strophe :
Ah ! ne comptez point tant sur vos belles couleurs,
Un jour les peut flétrir, un jour flétrit les fleurs:
La beauté n'est qu'un lys, l'aurore l'a vu naître,
L'aurore à son retour ne le peut reconnaître.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 80

Le pardon n'empêche pas plus le souvenir de se réveiller que l'éclipse n'empêche le jour de reparaître.

Fleurs et femmes s'aiment et s'entendent comme la branche et le nid.

La pitié déplacée est une des causes les plus profondes des erreurs du jugement.

La beauté est surtout belle la bouche close.

Deux jolies femmes se regardant produisent un orage.

La douleur aime les fins morceaux sans dédaigner les autres.

Est-il plus dur de perdre l'amour lui-même ou l'optique qu'il nous crée?

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

jeudi 15 mars 2012

Chemin faisant, page 79

Le souvenir aime le silence, comme l'oiseau des bois l'ombre des hautes futaies.

La raison, du pain rassis à manger toute sa vie.

Aucun foin fleuri, aucune rose épanouie, aucun lilas en fleur n'a le parfum d'une juste revanche.

Il y a de la générosité à sortir de la règle par exception.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 14 mars 2012

Chemin faisant, page 76

Il est des peines où les autres ne peuvent nous suivre, même les plus compatissants.

Les ruines valent un sermon pour tout être qui pense.

Aimer, c'est plus que donner, c'est accepter.

S'avilir, c'est mettre l'intérêt à la place de la conscience.

Être faussement accusé pour l'être qu'on aime, une vraie bouchée de gourmet.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Études : Collection H. Mattison (13 - 18)

Études 13 - 18 de Herman Mattison
Les diagrammes sont cliquables.


13. Rigaer Tageblatt
1914
=
14. Rigaer Tageblatt
1914
=
15. Rigaer Tageblatt
1914
+
16. Rigasche Rundschau
1914
+
17. Rigasche Rundschau
1914
+
18. Rigasche Zeitung
1914
=

Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

mardi 13 mars 2012

Chemin faisant, page 75

Les chances du revoir sont aussi capricieuses que les lèvres de Vénus à son réveil.

La douleur et la joie n'ont qu'un sillon : le coeur.

Ménager le coeur d'une femme et flageller l'ambition d'un homme, on peut plus mal rêver.

Il y a des âmes qui ont l'air d'être couvées sous le même rayon.

Un jaloux, une cheminée qui fume toujours.

On est jaloux de l'âme de son ami, et ce n'est pas sans douleur qu'on la voit déchoir.

S'habituer à se suffire, le premier commandement de l'indépendance.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Miette 22 : Ne réveillez pas le chat qui dort.

Le sommeil

Ne réveillez pas le chat qui dort

Sommaire. — Simple question. — Un malheur de félins chante la palinodie. — Gare au coup de patte.

Aimez-vous les çhats? Ne prenez pas ma question en mauvaise part et ne croyez pas à de l'indiscrétion. Si je vous le demande, c'est pour être renseigné, Certaines personnes aiment les chats, d'autres ne peuvent les souffrir. Il en est qui les affectionnent et les détestent tour à tour suivant la disposition du moment. Ainsi Jacques Delille1 définit un jour le chat :

Indocile sujet, ami froid, hôte ingrat,
Serviteur défiant, cauteleux, égoïste,
Conservant avec nous son air sournois et triste,
De son butin sanglant se jouant sans pitié,
Fixé par l'habitude et non par l'amitié.

Peu après, il se ravise :

Mais sur l'exception la vérité se fonde.
Ainsi que des humains les diverses humeurs
Changent des animaux les penchants et les moeurs ;
Plus d'un chat sait aimer et caresser et plaire ;
Moi-même j'ai du mien vanté le caractère;
Longtemps de son poète il partagea le sort,
J'ai célébré sa vie et déploré sa mort.

Tout cela est très joli, mais, pendant que je bavarde, vous n'avez toujours pas répondu à ma question. Peu importe, je ne vous en garde pas rancune et vous donnerai quand même un bon avis.

Que vous aimiez ou non les chats : Ne réveillez pas le chat qui dort. S'il est votre ami, ce ne serait pas gentil de troubler son sommeil ; s'il ne l'est pas, il pourrait vous en cuire d'un coup de griffe.

Appliqué aux choses de la vie, ce conseil vous engage, d'une part, à ne pas rappeler à un être aimé des souvenirs douloureux ou pénibles et, d'autre part, à ne pas attirer sur vous l'attention des vilains et des méchants.


1 [GGJ] C'est dans Les trois règnes, chant VIII.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

lundi 12 mars 2012

Les cinq pourquoi

« When confronted with a problem, have you ever stopped and asked why five times ? »
– Taiichi Ohno

Bel article. La technique s'applique-t-elle en pédagogie ? Je dois y réfléchir...

Au Portugal

L’apprentissage de la programmation. http://bit.ly/Acm1Mx Mon article cité au Portugal sur EduScratch.
Nul n'est prophète...

Chemin faisant, page 74

En voyage un Anglais veut tout voir, un Français tout essayer, un Allemand tout avaler.

De même qu'un bon livre n'instruit pas toujours, un voyage n'aère pas toujours intellectuellement.

Quand on espère, deux et deux ne font plus quatre, mais huit.

Justice des choses ! vous nous récompensez de l'injustice des vivants.

Nos forces nous convient quand nous sommes jeunes, et plus tard c'est nous qui les convions.

Aimer, c'est assujettir son coeur et ne rien préférer à cet assujettissement.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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AutoHomme

Hier soir, pendant le cours de danse, alors que j'en arrachais sur un pas de tango :

Marie : Demande de l'aide à Jean-Paul.
Jean-Paul, c'est notre prof.
Moi : Non ! J'essaie d'être autonome.
Marie (levant les yeux au ciel, un peu découragée de ma performance.) : Me semble que tu gagnerais parfois à être autofemme !

Prometheus



Se trouve dans le portfolio de Marie.

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