Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 31 décembre 2011

Citations quotidiennes 31.12.11

Les écoles sont des bureaucraties retranchées dont les membres n'ont affaire à aucune concurrence commerciale, n'ont pas besoin d'être réélus ou d'attirer des patients, des consommateurs ou d'autres clients.
Marylin Ferguson (Les enfants du verseau, trad. Guy Beney, p.208, Calmann-Lévy)

« Mon seul regret dans la vie, c'est de ne pas être quelqu'un d'autre. » Woody Allen
« Mon seul regret dans la vie, c'est de ne pas être Woody Allen. » Francis Dannemark
Francis Dannemark (Sans nouvelles du paradis, p.187, Éd. Robert Laffont,1988)

Il y a des gens que leur intelligence embarrasse. Ils la sentent en eux comme un petit renard spartiate ; elle est affamée, cruelle, inassouvie ; il leur faut sans cesse la nourrir, et ils tremblent à l'idée qu'un jour elle pourra dépérir, sentir branler ses dents.
Jacques Lemarchand (Préface du Théâtre complet de Eugène Ionesco, p.10, in Théâtre I, Gallimard NRF 1954)

Qui veut fait le bien reconnaît qu'il existe.
Jean-Louis Laya (L'Ami des Lois, acte 4, sc. 1 (Filteau), 1793)

À bonne tête, cent mains.
Proverbes russes (Quelque six mille proverbes (par le P. Ch. Cahier), trad. Ch. Cahier , p.115, Éd. Julien, Lanier et Cie, 1856)

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vendredi 30 décembre 2011

Mat en un coup fois quatre

Dans chacun de ces diagrammes, les Blancs font mat en 1 coup.

Notez qu'il n'y a aucune erreur de transcription dans ces diagrammes, mais il faut tout de même vous attendre à des surprises.

C'est tiré de la revue anglaise CHESS de décembre 1950. On y suggère de vous chronométrer, car une réussite en 5 minutes ou moins indique que vous êtes un maître !





Les solutions sont dans le premier commentaire.

Citations quotidiennes 30.12.11

La bicyclette, la natation, l'adhésion à un Parti et l'amour ont ça de commun avec la religion... Une fois maîtrisé ça ne s'oublie jamais ! On prie sans croire, on pédale sans grâce, on nage sans force, on adhère sans passion, on baise sans plaisir... Des automates, voilà ce que nous sommes.
Joseph Bialot (Le jour où Albert Einstein s'est échappé, p.12, Métailié, 2008)

L'homme est ainsi fait qu'il préfère se croire un pur esprit, un faiseur d'idées, de songes, de rêves et de merveilles. Il n'aime pas qu'on lui rappelle qu'il est aussi un être de matières, et que ce qui s'écoule entre ses fesses le constitue autant que ce qui s'agite et germe dans son cerveau.
Philippe Claudel (Le rapport de Brodeck, p.124, Stock, 2007)

On vit petitement si l'on pense petitement. On vit librement si l'on pense librement. La pensée n'est jamais sans conséquence sur notre existence, personnelle ou collective.
Roger-Pol Droit (La philosophie expliquée à ma fille, p.11, Seuil, 2004)

Sacha Guitry appartenait à l'école diderotine, haute race d'acteurs totalement étrangers aux sentiments qu'ils expriment. Ce ne sont pas ceux qui amusent le plus. Ce sont ceux qui s'amusent le plus.
Pierre Descaves (Le théâtre, p.104, Hachette, Notes et maximes, 1963)

La beauté d'une fille enorgueillit sa mère.
Nicolas-Thomas Barthe (La Mère Jalouse, acte 1, sc. 3 (Melcour), 1772)

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jeudi 29 décembre 2011

Une expérience

Suggestion d'une expérience à mener par nos bons universitaires.
  • Choisir quatre écoles avec un indice de défavorisation identique ;
  • Choisir quatre enseignants de 3e cycle (6e année) réputés «passionnés» ;
  • Ces enseignants œuvrent dans une des classes suivantes :
    • Une classe sans aucune technologie ;
    • Une classe avec 3 ordinateurs fonctionnels et branchés sur le web ;
    • Une classe avec un TBI (on tient pour acquis que l'enseignant sait s'en servir !) ;
    • Une classe dans laquelle chaque élève a un ordinateur portable sur son bureau ouvert en tout temps.
  • L'année suivante, on suit ces mêmes élèves en première secondaire, et on vérifie leurs taux de réussite.
Mon hypothèse ? Ce taux serait à peu près identique pour toutes les catégories d'élèves. Et vous, qu'en pensez-vous ?

La Folie de Charles Pougens (1775-1833)

De Wikipédia, écoutons d'abord Émile Littré nous parler de Charles Pougens :
« [Pougens] avait projeté un Trésor des origines de la langue française ; un Spécimen en a été publié en 1819, et deux volumes, sous le titre d'Archéologie française, en ont été tirés. Pour s'y préparer, il avait fait des extraits d'un grand nombre d'auteurs de tous les siècles ; ses dépouillements sont immenses ; ils remplissent près de cent volumes in-folio ; c'est la bibliothèque de l'Institut qui les conserve, et ils n'y sont que depuis deux ou trois ans ; j'y jette les yeux à mesure que j'imprime, et avec cette aide je fortifie plus d'un article, je remplis plus d'une lacune. Les manuscrits de La Curne de Sainte-Palaye et de Pougens sont des trésors ouverts à qui veut y puiser ; mais on ne peut y puiser sans remercier ceux qui nous les ont laissés. »
Émile Littré, Préface au Dictionnaire de la langue française, Introduction : X. Conclusion, 1863.

L'extrait suivant, tiré d'une des lettres de Pugens, a soulevé ma curiosité.

« Voici deux vers, ou pour mieux dire, un distique en prose rimée et dont je me souviens encore avec plaisir :
Le monde est plein de fous ; et qui n'en veut point voir,
Doit se tenir tout seul, et casser son miroir.
Certes je suis, comme personne ne l'ignore, un formidable explorateur, puisque j'ai réuni plus de cinq cent mille citations ou exemples tirés des principaux écrivains français et qui sont destinés à étendre les diverses acceptions des mots de notre langue, voyez mon dictionnaire grammatical raisonné de la langue française ; toutefois il m'a été impossible de découvrir l'auteur de ces deux vers. »
Charles Pougens, LETTRES sur diverses circonstances de ma vie. Lettre VI.

Une courte recherche sur le web m'indique que le voile est levé depuis fort longtemps sur l'origine de ce distique. C'est en effet un monsieur Desnoiresterres qui donne l'explication. C'est tiré de l'Intermédiaire des chercheurs et des curieux du 10 décembre 1866 :
Ces deux vers, il lui faudra les aller chercher dans les Discours satyriques et moraux1 du poëte Petit2 (Rouen, 1686, p. 30, au commencement de la satire IV, qui est une longue paraphrase de ces paroles du Sage : Le nombre des fous est infinis...)

Il en est sous le dais, sous le froc, sous la mitre ;
Et de sage Caton tel affecte le titre,
Qui passe pour un fat, mais un fat achevé,
Et mesme pour un fou hautement approuvé.
C'est une nation d'une telle étendue
Que de quelque côté que l'on tourne la vue,
Il s'en présente aux yeux, et qui n'en veut point voir,
Doit les tenir fermez, et casser son miroir.


Ces deux derniers vers sont bien frappés ; ils étaient dignes d'échapper à l'oubli dans lequel sont tombées les satires de ce poëte qui pourtant ne manque ni de verve, ni de nerf, ni de facture. Le seul moyen de les faire accepter comme vers proverbes, était sans doute de les détacher des précédents qui n'ont d'autre mérite que celui de les amener. À qui est-on redevable de ce petit travail de condensation ? C'est ce que nous ignorons. Ce ne sera pas, en tout cas, au marquis de Sade, car nous trouvons le distique comme épigraphe en tête de l'un des Entretiens des ombres aux Champs-Élisées (le IVe), qui parut en avril 1722.

Gust. Desnoiresterres.

1 [GGJ] Je respecte la graphie de M. Desnoiresterres.
2 [GGJ] Il s'agit de Louis Petit, né vers 1614 et mort en 1693.

Citations quotidiennes 29.12.11

En vérité l'homme qui veut contempler en face la gloire de Dieu sur la terre doit contempler cette gloire dans la solitude.
Edgar Allan Poe (Nouvelles histoires extraordinaires, Folio n° 564)

Qu'est-il donc ce serpent qui, dit-on, habite chacun de nous ? Égoïsme, Jalousie, Destin ? Peut-être quelque chose d'analogue au « Karma », qui les contient tous trois, et dont nous ne pouvons disposer à notre gré. [...] le serpent qui se cache en chacun de nous est une triste chose. Un jour, dans un livre, j'ai rencontré ces mots : « Le chagrin d'être en vie », et, tandis que j'écris cette lettre, j'éprouve ces chagrins que rien ne saurait apaiser. Quelle est donc cette écoeurante, cette effroyable, cette triste chose que nous portons au dedans de nous ?
Yasushi Inoué (Le Fusil de chasse, trad. Sadamichi Yokoö, Sanford Goldstein et Gisèle Bernier, p.78, Livre de Poche/Biblio n°3171)

On peut être étourdi, léger, inconséquent,
Et brave en même temps.
Marc-Antoine-Jacques Rochon de Chabannes (Le Jaloux, acte 5, sc. 4 (Le Chevalier), 1784)

Pourquoi dire compagnon au lieu de mari ? Euphémisme, périphrase, litote ? Si, dans un groupe quelconque, on ne peut pas employer tel mot, il est certain que l'on fait face à un processus de censure. Les gens qui pensent qu'on peut disposer des mots comme des mouches sont des ignorants.
Monique LaRue (La gloire de Cassiodore, p.163, Boréal, 2002)

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mercredi 28 décembre 2011

Défi web : Le piano et le silence

En 1911, en deux tomes, Edmond le Berquier a publié Pensées des autres, qui réunit plusieurs centaines de citations. Comme c'est trop souvent le cas dans ce genre de recueil, les références ne sont pas toujours données. De plus, quand une citation n'est pas attribuée, « c’est que l’auteur de la présente publication l’a trouvée telle quelle, et en ignore l’origine. » nous dit Le Berquier.

C’est le cas de cette citation qu’on trouve à la page 175 du tome 1 :

« Le piano a beaucoup augmenté la valeur du silence. »


Votre défi est de trouver l’origine (l’auteur et l’oeuvre) de cette phrase. Et, cerise sur le gâteau (mais j’estime que la difficulté est énorme), la page sur laquelle elle se trouve.

Recherche connexe, et dont j’avoue ne pas avoir encore trouvé la réponse : quelles sont les dates de naissance et de mort d’Edmond le Berquier ?

Problème 7




Peter Kniest
1er Prix, «Die Schwalbe 9. TT»
1946

Les Blancs jouent
et matent en 2 coups

Citations quotidiennes 28.12.11

[...] creativity, far from being a gift granted to a few, is rather a learned process, a way of cultivating a good idea and bringing it to fruition.
Peter Engel (Folding the Universe, p.52 Vintage Books)

[...] ce "grand triste" [en parlant du Diable] est un rebelle qui doute.
Emil Michel Cioran (La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 829)

Je crois profondément que nos civilisations humaines sont à la recherche, parce qu'elles en ont avidement besoin, d'une attitude permettant à chacun de mieux se situer dans l'immense aventure cosmologique, en mettant en harmonie ce qu'elles savent avec ce qu'elles sentent.
Jean E. Charon (L'esprit cet inconnu, p.21, Éd. Albin-Michel)

[...] an excellent diplomat: he told the truth and yet avoided the whole issue.

En traduction libre:
[...] un excellent diplomate: il disait la vérité tout en évitant la vraie question.
Orson Scott Card (Speaker for the Dead, p.354, Tor 1986)

L'amour est-il jamais né de la violence ?
Et le don de mon coeur est-il en ma puissance ?
Charles-Claude Genest (Pénélope, acte 1 sc. 4 (Pénélope), p.99, in Théâtre du Second Ordre, tragédies tome 1, 1810)

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mardi 27 décembre 2011

Citations quotidiennes 27.12.11

Une femme peut-elle jamais aimer un homme qu'elle aura vu grossier une fois ? Les premières impressions ne s'effacent pas [...]
Prosper Mérimée (La Vénus d'Ille, p. 303, in Colomba et autres nouvelles, éd. Classiques Français)

Connaître quelque chose, ce n'est pas seulement savoir un mot, c'est aussi, forcément, faire une expérience.
Roger-Pol Droit (La philosophie expliquée à ma fille, p.14, Seuil, 2004)

Toute l'existence est un éternel essai de mise en bière et d'enterrement.
Thomas Bernhard (Gel, trad. Boris Simon et Josée Turk-Meyer, p.164, Gallimard/nrf 1967)

Lire, c'est d'abord [...] donner - ou plutôt restituer - au texte sa dimension musicale.
Hubert Nyssen (Éloge de la lecture, p.15, coll. Les grandes conférences, éd. Fides 1997)

Tu as tout à apprendre, tout ce qui ne s'apprend pas : la solitude, l'indifférence, la patience, le silence.
Georges Perec (Un homme qui dort, p.53, Folio Plus n°44)

Voir Au fil de mes lectures.

lundi 26 décembre 2011

À la recherche de Michelle de Saint-Antoine

De toutes ses feuilles mobiles, un petit tremble riait dans la brise.
Adjutor Rivard


C'est grâce au défunt site Petit musée de la pensée du jour du Québécois Paul-Henri Fortin que j'ai appris l'existence d'un livre intitulé « Au fil de mes lectures ».

Clairement, il m'était impossible de rester indifférent. Et je me suis donc mis à rechercher le bouquin. Après près de quinze ans, et grâce à un vendeur ebay, j'ai pu enfin obtenir un exemplaire pour moins de 10$ !

On y trouve une photo de l'auteure et quelques-uns de ses dessins.

Début de sa préface : « Au fil de mes lectures, j'ai choisi pour vous, chers lecteurs, des ailes, des algues et des âmes.
Des pensées élevées, grandissantes pour l'esprit ailé ; plus près de nous, plus près de la réalité, des pensées de terre, de mer, de vie de tous les jours, des pensées issues de nobles et généreux coeurs qui ne battirent que pour éclairer, embellir le monde des hommes.
 »

Jolie, n'est-ce pas ?

Son livre de 96 pages a été publié à Ottawa en 1970 à compte d'auteur. Il doit y avoir environ 500 citations classées par thème. Les références ne sont pas données, mais la dernière page contient la liste des livres qu'elle a consultés : De Marcelle Auclair à Gustave Thibon en passant par G. Duhamel, H. Massi, etc. ; en tout 35 livres.

Je sais peu de choses de madame de Saint-Antoine :

Sur cette page de la Bibliothèque Nationale du Québec, on la catégorise comme artiste-écrivain. Et sur cette image, on trouve son adresse : 295, rue Alleyn, Québec. Cette même adresse est d'ailleurs donnée à la page de dos du livre. Si je me fie à Google, la maison existe toujours. Y habite-t-elle ?

Toujours à la BNQ, sur la fiche du livre, on apprend qu'elle est née en 1939 mais sans date de décès, ce qui est assez encourageant ! Vous remarquerez la seule possibilité de consulter l'oeuvre sur place.

Je ne sais trop quand j'aurai l'occasion de retourner à Québec, mais je me promets bien d'aller cogner à cette porte. Sait-on jamais ? Nous aurions sans doute une intéressante conversation. Et puis, j'aimerais bien lui demander la permission de publier sur mon site l'intégralité de son livre.

Quant à vous, chers lecteurs, n'hésitez pas à me contacter si vous avez des informations sur cette charmante dame.

Citations quotidiennes 26.12.11

Les leçons de l'expérience doivent prouver éternellement aux hommes de tous les pays à combien de malheurs on expose sa patrie, lorsqu'on l'abandonne, et à quelles erreurs on se livre lorsqu'on se fie aux promesses trompeuses et à la protection intéressée de l'étranger.
Louis-Philippe de Ségur (Pensées, maximes, réflexions (CCLXXXI), p.90, Alexis Eymery, 1823)

Le monde matériel est plein d'analogies exactes avec l'immatériel, et c'est ce qui donne une couleur de vérité à ce dogme de rhétorique, qu'une métaphore ou une comparaison peut fortifier un argument aussi bien qu'embellir une description.
Edgar Allan Poe (Histoires extraordinaires, Folio n° 310)

Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage : on en changera tout au plus le nom.
Marguerite Yourcenar (Mémoires d'Hadrien, p.129, Folio n°921)

Eh! que devient des rois la majesté sacrée,
Si leur foi ne peut pas rassurer les mortels,
Si leur trône n'est pur autant que les autels?
Antoine Houdar de La Motte (Inès de Castro, acte 2, sc. 2 (Alphone), 1723)

Elle était aussi pointue qu'une équerre.
Monique LaRue (La gloire de Cassiodore, p.18, Boréal, 2002)

Voir Au fil de mes lectures.

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