Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

vendredi 3 août 2007

Trois ans

Attendons tout du temps ;
Il dévoile à nos yeux des secrets importants.
Riboutté, L'Assemblée de famille, 1803


Que dire après trois ans d'activités bloguestes?

J'ai commencé à bloguécrire au moment où je me suis aperçu que j'intervenais assez régulièrement chez les autres. Cela m'a donné le goût d'initier moi-même des billets. Les visiteurs réguliers le savent déjà, n'ayant pas un thème particulier; les Jobineries sont un fourre-tout que j'espère assez sympathique.

Au quotidien

Avoir une idée, et pouvoir se la dévoiler, voilà une grande force du blogue. En écoutant mon épouse, mes enfants, des collègues, en observant certaines situations, en lisant certains auteurs, en vivant quoi! le blogue permet ce temps d'arrêt pour y réfléchir un petit peu plus, pour en garder une trace, pour comprendre ce que moi, je viens faire dans ces histoires (dans l'Histoire?) ... Le blogue, c'est du nombrilisme, mais du nombrilisme qui n'accapare personne d'autre que soi. Pascal, Montaigne, Joubert, Renard, C. Roy auraient certainement été blogueurs.

Les blogues dans l'éducation

Je crois encore sincèrement à la puissance éducative des blogues. Car le blogue, c'est d'abord la prise de conscience qu'on a peut-être quelque chose à dire, à partager. Je n'ai pas de grande philosophie par rapport aux blogues. Pour moi, le blogue, c'est du web. Et au tout début du web, on pouvait déjà « bloguer », c'est-à-dire avoir sa page personnelle (vous vous rappelez les fameux "Bienvenue sur ma page web. Je vous présente mon chat, mon petit ami, etc.) auquel on pouvait ajouter des outils de communication du type livre d'or. Or le web date déjà de 12-13 ans. Et l'école n'en a pas fait grand'chose... Évidemment, la démocratisation des bases de données (en ce sens où tout le monde pouvait, à très faible coût, y avoir accès) a permis l'éclosion d'une panoplie d'utilitaires dont certains facilitaient l'édition (gestionnaires de contenu, wiki). Mais encore là, on constate une utilisation scolaire très marginale de ces outils : les enseignants n'ont pas le temps de se les approprier, n'en voient souvent pas immédiatement la pertinence pour leur enseignement, et, surtout, se demandent bien comment on peut construire une évaluation des apprentissages autour de ça. Le web, qu'on le veuille ou non, n'est pas encore rentré dans les écoles. On l'utilise comme une source de connaissances. Exemples : on consulte/bouffe Wikipédia, mais peu d'élèves et d'enseignants québécois le construisent; on télécharge des images, mais on n’en produit aucune; on copie-colle du texte, mais on ne partage rien. Le web, dans les écoles, c'est un outil de consommation de plus, comme les livres, les encyclopédies. Et comme ces derniers, on ne s'en sert pas pour penser, mais pour recracher ce sur quoi on sera évalué.

L'avenir

Je vais probablement parler un peu moins d'éducation, quoique j'aurai sans doute de la difficulté à maintenir le silence devant ce que je considère comme des aberrations du système. Il faut apprendre à s'éloigner de ce qui nous épuise, apprendre à accepter qu'on ne change à peu près rien. Quelques projets (hors système de l'éducation) très importants s'en viennent pour moi et je les bloguerai très prochainement.

Je vais certainement continuer à parler un peu mathématique. Quelques blogues ayant ce thème ont fait leur apparition dernièrement, et c'est heureux. Il faut penser géométrie dynamique, penser Squeak, etc. Mon petit-fils vient d'avoir trois ans. Je continuerai mes pépèreries, car à chaque fois que je retombe sur mes billets le concernant, un immense bonheur m'envahit.

J'espère bien ajouter des épouseries. Marie est tellement brillante... Ses idées sont de la lumière pure. Et je devrais prendre un peu plus de temps pour jeter sur écran nos conversations. Un exemple :

- Que penses-tu, chérie, des baladeurs en salle de classe ?
- À part son casier, le jeune n'a aucun espace à l'école. Il est toujours dans la foule. Aucun coin où il peut être seul. Le baladeur permet probablement à certains de s'isoler dans un chez soi dans la classe. Un espace à lui...


Le regard

Ces Jobineries, ce sont mes Jobineries, écrivais-je dans mon tout premier billet. Un regard de moi-même vers moi-même, de moi-même vers des lecteurs souvent inconnus. Un regard qui regarde se regarder. Un regard, point.

dimanche 29 juillet 2007

Les bonheurs du dimanche matin

vendredi 27 juillet 2007

Miscellanées 8

Le temps d'au moins un billet, le blog éclectique se change en blog électrique ! Très intéressant. On pourrait sans doute en faire une situation d'apprentissage mathématico-physico-environnementale.
Comment se servir d'un wiki en enseignement des maths ? De beaux exemples chez Pascal Lapalme.
Rotules est un blogue que je suivrai. Mais quand je lis des trucs pareils, je me demande bien ce que je fais encore dans notre système d'éducation : je ne suis plus capable d'entendre dire non à un enseignant qui veut utiliser les technologies dans sa classe...

dimanche 22 juillet 2007

Andragogie

« Pourquoi est-ce si difficile pour les éducateurs de se concentrer sur leur propre apprentissage ? », question de Will Richardson, est rapportée par François Guité sur son excellent blogue.

Je préfère remplacer le mot éducateurs par adultes.

Je le constate depuis de nombreuses années : un adulte est une personne qui n'apprend plus grand-chose. J'entends par là qu'il se met rarement en situation intellectuellement risquée, c'est-à-dire dans la position où il ne connaît pas les réponses. Reconnaissons-le : on préfère le confort de nos habitudes de pensées.

Pourquoi ? Bien sûr, c'est familial, c'est culturel. Mais c'est aussi parce que l'école ne fait pas son travail. L'institution ÉCOLE détruit le goût d'apprendre, un point c'est tout. L'école ne nous a pas montré que l'apprentissage, c'est d'abord du tough fun. L'apprentissage, c'est du sadomasochisme intellectuel : on se fait mal pour mieux jouir. À l'école, la souffrance d'apprendre, c'est la souffrance chrétienne, celle qui nous donne de bonnes chances d'atteindre le royaume des cieux.

J'ai compris la souffrance/apprentissage lorsque je me suis mis au piano. À 32 ans, je n'avais encore jamais touché cet instrument. Je ne savais même pas ce que représentaient les touches blanches, les touches noires. J'étais à apprendre une petite, toute petite partition de Shostakovitch. Première mesure : 15 minutes de déchiffrage, répétition, re-répétition, re-re-répétition, etc. J'arrive alors à la jouer à peu près correctement. Grande (mais vraiment très grande) satisfaction.

Devais-je attaquer la deuxième mesure ? (Je savais que je souffrirais. Mais je savais aussi que j'obtiendrais une grande, très grande satisfaction.) Si d'une mesure à l'autre, on répond oui alors on devient apprenant. Sinon, on devient un adulte qui aimerait bien savoir jouer du piano, mais sans l'apprendre, évidemment.

Les adultes, ce sont des gens qui craignent les apprentissages. Leur image d'apprenant a été façonnée à l'école, et ce n'est pas une très jolie image, croyez-moi.

Les éducateurs ? Ce sont des adultes. Comme tout le monde.

samedi 21 juillet 2007

La fin d'un conte

Bon, le dernier Harry Potter est paru. Je n'ai lu aucun tome de ce conte moderne, mais j'ai hâte de voir si les prédictions de Marie (lire ce vieux billet d'Aurélie et le commentaire 14) s'avéreront exactes.

jeudi 19 juillet 2007

10 plus beaux mots

J'ai trouvé dans une ancienne revue la réponse de quelques écrivains, à qui on avait demandé la liste des dix plus beaux mots. Maurois avait dit : le Silence, l'Ordre, la Beauté, la Mélancolie, le Charme, le Sourire, Tendre, Fragile, Honnête, Amical. - François Mauriac : Enfance, Sommeil, Aube, Sang, Torpeur, Orage, Annonciation, Cendre, Poussière, Joie. - Paul Valéry : Pur, Jour, Or, Lac, Pic, Seul, Onde, Feuille, Mouille, Flûte.
Jean Guitton, Le Travail intellectuel, dans une note en bas de page 159, Aubier, 1951.

lundi 16 juillet 2007

L'Observateur Curieux

Il y a un peu plus d'un an, j'avais accordé une entrevue à M. Stéphane Mailhiot concernant ma collection de citations. Il vient tout juste d'en faire un billet sur son blogue. À lire pour ceux qui s'intéressent à l'homme-collectionneur derrière Au fil de mes lectures.

En voiture !

Petite excursion en train à vapeur, en ce beau dimanche de juillet.





samedi 7 juillet 2007

Miscellanées 7

Si j'avais des sous (plus de 1000$ la licence), j'achèterais Mathematica 6. Je sais qu'en mettant un outil pareil entre les mains des élèves, on transformerait leur vision des mathématiques. Si j'étais au gouvernement, je débloquerais des sommes pour engager des programmeurs qui développeraient un clone libre de ce logiciel.


Trouvé sur ce forum : « Ici au Québec, on a un beau pays, il est juste mal isolé. »


« Simple things should be simple, complex things should be possible » - Alan Kay


Je ne connais pas la source, mais c'est une belle citation : « On n’a pas inventé l’ampoule en améliorant la bougie ! »


Dure, dure cette critique de l'Express Livres.


« L’autodidaxie, recouvre la démarche pédagogique qui consiste à assurer soi-même l’acquisition de connaissances choisies en principes hors des systèmes éducatifs, donc sans enseignant. Elle représente les apprentissages par soi-même sans la présence d’un professionnel de la formation. L’autodidaxie se révèle un mode d’apprentissage existentiel ou cognitif dans lequel le sujet social apprenant conserve toute la responsabilité sur son action formative. » LE LEUR, G. 1998. Les nouveaux audidactes. Néoautodidaxie et formation. Québec, Les Presses de l’Université Laval ; Lyon, Chronique Sociale.
Définition trouvée ici.


Excellent billet chez Affordance.info sur ce que l'on sait des réseaux sociaux.

07-07-07

La superstition porte malheur.
Paul Carvel, Jets d'encre (46), Éd. Laetoli, 2000.

Les superstitions sont à la religion ce que la fable est à la poésie.
Joseph Joubert, Carnets t.1, p.171, nrf/Gallimard, 1994.

Les histoires personnelles, outre qu'elles se passent, disent-elles aussi quelque chose ? Malgré tout mon scepticisme, il m'est resté un peu de superstition irrationnelle, telle cette curieuse conviction que tout événement qui m'advient comporte en plus un sens, qu'il signifie quelque chose ; que par sa propre aventure la vie nous parle, nous révèle graduellement un secret, qu'elle s'offre comme un rébus à déchiffrer, que les histoires que nous vivons forment en même temps une mythologie de notre vie et que cette mythologie détient la clé de la vérité et du mystère. Est-ce une illusion ? C'est possible, c'est même vraisemblable, mais je ne peux réprimer ce besoin de continuellement déchiffrer ma propre vie.
Milan Kundera, La plaisanterie, trad. Marcel Aymonin rev. par Claude Courtot et Kundera, p.247, Folio n°638)

La superstition [...] porte quelque image de pusillanimité.
Michel de Montaigne, Essais 2.1, p.21, Folio n°290.

[...] la vénération est une superstition de la nature humaine, dont le seul but est d'asservir les hommes.
Rabindranath Tagore, À quatre voix, trad. Madeleine Rolland, p.90, Éd. Rombaldi , 1961.

Un argument se discute, une superstition ne se discute pas.
Amin Maalouf, Le Périple de Baldassare, p.79, Livre de Poche, n°15244.

[...] le propre d'un conseiller est de réduire ses risques de se tromper afin d'assurer sa clientèle. Or ce qui minimise le risque, c'est la norme. Lorsqu'on a oublié les traditions qui sont à l'origine des codes, la communauté ne tient plus que par la superstition et la tyrannie de la norme.
Pascal Jouxtel, Comment les systèmes pondent, p.278, Éd. Le Pommier, 2005.

Les superstitieux sont dans la société ce que les poltrons sont dans une armée : ils ont, et donnent des terreurs paniques.
Voltaire, Lettres philosophiques, p.85 Éd. Garnier-Flammarion n° 15.

Nous sommes tous prisonniers du système scolaire, si bien qu'une croyance superstitieuse nous aveugle, nous persuade que le savoir n'a de valeur que s'il nous est imposé, puis nous l'imposerons à d'autres - production et reproduction du savoir.
Ivan Illich, Une société sans école, trad. Gérard Durand, p. 85, Éd. du Seuil, coll. Points n° 117.

O superstition ! tes rigueurs inflexibles
Privent d'humanité les coeurs les plus sensibles.
Voltaire, Mahomet (Zopire), acte 1 sc. 2, p. 230, in Théâtre de Voltaire, Garnier-Frères.

mercredi 4 juillet 2007

Réalité

Chaque jour, l'élève pénètre, qu'il le veuille ou non, dans un prétoire où il comparaît devant ses juges sous l'accusation présumée d'ignorance. À lui de prouver son innocence en régurgitant à la demande les théories, règles, dates, définitions qui contribueront à sa relaxation en fin d'année.
L'expression « mettre en examen », c'est-à-dire procéder, en matière criminelle, à l'interrogatoire d'un suspect et à l'exposition des charges, évoque bien la connotation judiciaire que revêt l'épreuve écrite et orale infligée aux étudiants.
Nul ne songe ici à nier l'utilité de contrôler l'assimilation des connaissances, le degré de compréhension, l'habileté expérimentale. Mais faut-il pour autant travestir en juge et en coupable un maître et un élève qui ne demandent qu'à instruire et à être instruit ?
Raoul Vaneigem, Avertissement aux écoliers et lycéens, p.31, Mille et une nuits, n°69.

dimanche 1 juillet 2007

La fin de l'alphabet

La fin de l'alphabet de C. S. Richardson est un bijou. Je suis tombé dessus au hasard de ma dernière visite chez le libraire, alors que je ne désirais, finalement, que flâner parmi les livres.

L'auteur est directeur du département graphique de la maison d'édition Random House à Toronto et ce petit livre de 150 pages est son premier roman.

Et quel roman ! À classer tout près de La petite fille de M. Linh (P. Claudel) ou Isabelle Bruges (Bobin) ou Ensemble c'est tout (Gavalda) ou encore Effroyables jardins (Quint).

Pour vous donner un peu le goût, la quatrième de couverture est ici. Je n'en dis pas plus car je parle très mal des livres, mais courez vite l'acheter à la librairie du coin.

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