Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 26 novembre 2005

Le jazz

Très intéressant le roman Un soir au club de Christian Gailly. Son personnage central est un retraité du jazz (et de la boisson) depuis 10 ans. Mais une courte visite à un club, jumelée à un accident opportun changera sa vie. Sommes-nous toujours le même? Voilà une question à laquelle Gailly, subrepticement, s'attaque.

J'ai toujours de la difficulté à entendre du Jazz. J'ai beau parfois écouter les émissions de Péan ou de Vigeant à Radio-Canada, je demeure avec une grande incompréhension du genre. Un passage dans le Gailly vient peut-être m'expliquer mon malaise :
«Or dans le jazz il n'y a pas de beauté. Du swing, certes, de l'émotion, de la joie et de la danse dans le corps, voire de la rage, tristesse ou gaîté mais pas de beauté, je regrette.» (p.119)

En écoutant du Bach, du Handel ou du Scarlatti, je vibre toujours à cette beauté musicale. Sans doute recherchais-je une semblable esthétique dans le jazz, alors que la quête devrait peut-être s'orienter dans une tout autre direction.

vendredi 25 novembre 2005

Cyberdiariste

Vous trouverez ici l'origine du mot diariste. De là, il n'y a qu'un pas vers le néologisme cyberdiariste. Dommage que ce mot soit si près d'un autre qui invariablement amènera la réflexion suivant : un blogue ne serait-il qu'une diarrhée cybernétique?

Mémétisme

« L'intentionalité n'est qu'une propriété que l'esprit prête aux objets dans l'objectif de les simuler efficacement. C'est l'évolution qui nous a conduit à catégoriser différemment les êtres vivants et les non-vivants parce qu'ils ne se simulent pas efficacement de la même manière.
Ce qu'a compris Spinoza c'est que les deux ne font qu'un et que tout fonctionne par l'enchainement des causes matérielles. »
Arnaud Megret

Citation du jour sur le site de la Société Francophone de Mémétique.

2006 sera en retard

Saviez-vous que le 31 décembre qui vient, on devra ajouter une seconde intercalaire à notre montre ?

jeudi 24 novembre 2005

Prisonnier au berceau

Photo sur Nuit BlancheBobin mène sa carrière d'écrivain loin des feux de la rampe. Je ne crois pas qu'il ait été nominé pour un prix littéraire quelconque. Mais qu'en aurait-il à en faire, de ce prix? Il possède son lot de lecteurs indéfectibles (dont je fais partie) et cela doit lui être bien suffisant. Toujours est-il qu'il vient de publier un beau petit livre ayant pour thème sa «relation» avec son Creusot natal. Prisonnier au berceau est agrémenté de plus d'une vingtaine de photos ou d'images noir et blanc.

Les lecteurs d'Au fil de mes lectures savent combien j'affectionne Bobin. C'est un poète de l'intériorité, de la lumière, de la beauté. Comment, par exemple, ne pas apprécier un auteur qui nous lance des phrases du genre «[...] rien ne sera jamais aussi vaste qu'un visage ouvert par l'étonnement d'aimer.» Plus loin, une anecdote avec son père : «Quand il me vit, d'abord il ne me reconnut pas. [Son père était atteint de la maladie d'Elzeimer -GGJ] Puis le crêpe de la maladie s'enflamma, ses yeux s'ouvrirent sur moi, son soulagement rajeunit ses traits et il avait un visage d'enfant crédule quand il me demanda : "Comment as-tu fait pour me retrouver?" Cette parole, je l'entends chaque fois que je rencontre vraiment quelqu'un.»

Le message de Chistian Bobin est complexe de simplicité : Le paradis c'est d'être là...

Liane : Le livre chez Mercure de France.

mercredi 23 novembre 2005

Comme vous, je paye son salaire...

Je viens tout juste de lire ce passage dans Cyberpresse | Actualités. C'est la ministre Forget qui parle.

«Alors, moi, je sais qu'aujourd'hui il y a 175 000 enfants qui ne sont pas à l'école, il y a donc 175 000 familles qui sont touchées.» Le paragraphe plus bas, le journaliste écrit : « La ministre a évalué qu'il y a eu plus d'un million de jours où les parents ont dû intervenir puis trouver quelqu'un (pour garder leurs enfants).»

Donc, si je saisis bien, notre bonne ministre pense qu'une famille québécoise n'a qu'un seul enfant....
Un million de jours, c'est tout près de 2739 ans... Cela veut-il dire que depuis le début des grèves rotatives, les parents québécois ont dû intervenir l'équivalent de 2739 ans pour résoudre les problèmes de garderie ?
Madame Forget est présidente du Conseil du Trésor. En tout cas, si j'avais un trésor, ce n'est pas à elle que je le confierais. J'ai beaucoup de difficulté à prendre cette femme au sérieux...

lundi 21 novembre 2005

Dans la luge de Schopenhauer

Un roman bizarre que Dans la luge d'Arthur Schopenhauer. Quatre personnages prennent la parole. Un philosophe spécialiste de Spinoza mais qui abandonne complètement son maître à penser (ou ne serait-ce plutôt Spinoza qui abandonne son disciple?), sombrant ainsi dans une profonde dépression. Il y a aussi sa femme, qui ne semble pas plus équilibrée que son mari. Un ami qui écoute et raconte. Il dira d'ailleurs : « Beaucoup de choses peuvent avoir du sens et de la pertinence, c'est la vie qui n'en a pas, le tout n'a aucun sens mais chacune des parties en a. » Enfin, la psychiatre qui prendra la parole au dernier chapitre. Le tout, ma foi, dans un décousu assez sympathique.

Le style est très près de celui de Thomas Bernhard. Un exemple vous convaincra : « [...] pendant des années nous avions Spinoza, Spinoza! pan! pan! pan! aujourd'hui exaltations diverses, drogues et main molle. La folie n'excuse pas tout. La vie conjugale nous a tués, comme elle tue tout le monde, et ce n'est pas la philosophie croyez-moi qui vous donne un coup de main dans la vie conjugale, d'ailleurs je ne vois rien qui puisse vous sortir la tête de cette embarcation maudite, surtout pas la philosophie qui en gros, sous des allures plus ou moins provocantes, s'est toujours attachée à calmer les esprits, à réduire la bête sauvage, notre meilleure part [...] »

De plus, on retrouve ici le thème de Maîtres Anciens de Bernhard : l'abandon des «Maîtres» lorsqu'un coup dur frappe.

Bon livre? Bof, qui suis-je pour en juger? Pour moi, un livre fait son boulot lorsqu'il me donne un bon moment de lecture. Et ce livre a rempli ce travail. Voilà pourquoi je me laisserai sans doute séduire par au moins un autre Reza.

Toute passion abolie

Jubilatoire, ce roman de Vita Sackville-West (1892-1962). D'abord publié en 1931, il raconte l'histoire de lady Slane, 88 ans, qui vient de perdre son vieux mari. Après toute une vie consacrée à ce dernier, elle décide enfin de vivre la sienne. Elle quitte sa demeure de toujours pour se réfugier dans une petite maison, loin des tracas familiaux. Libre, lady Slane se fera de nouveaux amis dont l'un lancera la tirade suivante :
« [...] j'ai horreur de tous ceux qui ne voient pas le monde comme il est. C'est-à-dire monstrueux, lady Slane ! Et monstrueux parce qu'il est construit sur la compétition, sans que personne ne sache si la raison fondamentale de cette compétition est une pure convention ou une nécessité, une extraordinaire illusion, une loi naturelle ou animale destinée à disparaître à mesure que nous progressons dans la civilisation. Je crois que l'homme a construit sa vie sur un système mathématique erroné. Certes, il s'est arrangé pour que ses calculs tombent juste, parce qu'il a forcé le monde à accepter ses hypothèses. Mais si l'on choisissait de raisonner autrement, la réponse serait peut-être identique et ces hypothèses de départ apparaîtraient délirantes, astucieuses sans doute mais délirantes. Peut-être qu'un jour une authentique civilisation viendra corriger nos erreurs présentes? Mais nous avons encore du chemin à faire, oui, la route sera longue... » (p. 62)
Un excellent livre sur la beauté de la vieillesse.

samedi 19 novembre 2005

Concours

Il y a certainement un concours dans l'air : j'ai reçu une dizaine de courriels dans lesquels on me demande l'auteur de la citation suivante :

«Il faut en finir avec cette légende du siècle dernier qui veut qu'au paradis on s'ennuie à mourir, et que l'enfer soit peuplé de gens intéressants et célèbres.»

Il paraît que la réponse se trouve parmi les trois possibilités suivantes :
  • Sacha Guitry
  • Nina Berberova
  • Philippe Sollers
Malheureusement, toutes mes recherches sont restées infructueuses... Mais en fouillant, je suis tombé sur ce joli proverbe arabe : « Le paradis de la terre se trouve entre les seins d'une femme, sur le dos d'un cheval, dans les pages d'un livre. »


mardi 15 novembre 2005

WikiQuote et plagiat

Vraiment décourageant de voir que certains copient-collent des extraits entiers de mon site pour enrichir WikiQuote.fr Pour un exemple parmi bien d'autres, voyez les citations de Bernhard. Et comparez avec mes trouvailles. Ce sont exactement les mêmes... Pas difficile de faire un site à partir du travail d'un autre.

samedi 12 novembre 2005

La techno

« Quelle est la différence entre la science et la technologie ? - La science est ce que le père apprend à son fils. La technologie est ce que le fils apprend à son père. »
Michel Serres, Le Monde, 2 août 2001

Cette citation de Serres m'a d'abord fait sourire. Puis je me suis amusé à remplacer les mots père et fils par mère et fille. Près de quarante ans après la montée du féminisme, la modification de cette phrase me ramène à cette triste impression que la technologie est encore aujourd'hui une affaire de gars.

contesxt free

vendredi 11 novembre 2005

École idéale

Légèrement modifiée, mon intervention suite à une question lancée sur le forum du PEI-ESHG par un enseignant de ce groupe :
L'école secondaire idéale?
D'abord, il faudrait supprimer tous les programmes obligatoires. Fini le français, les maths, et le reste... Pour moi, l'important n'est pas ce qu'on apprend. Il s'agirait plutôt d'être constamment en état d'apprentissage. D'ou je crois que l'école idéale serait celle où les élèves apprenent ce qu'ils ont le goût d'apprendre. Le reste est sans importance.
Puis, en cinquième secondaire, on « drillerait » les élèves qui désirent aller au Cegep dans des programmes ayant des exigences particulières de manière à ne pas empêcher lesdits élèves d'y accéder. Évidemment, on ne «drill» que ceux qui en font la demande et qui sont prêts à entrer dans le « système scolaire ».
Autrement dit, mon école secondaire idéale est celle qui est totalement centrée sur les élèves, et non sur les besoins de la société.
Bon, on ne peut pas réaliser cela immédiatement. On pourrait peut-être commencer par supprimer les mathématiques? J'ai déjà écrit un billet là-dessus...
J'avoue que mon idée de driller les élèves en cinquième secondaire est peut-être un peu excessive. Mais il me semble que si, pendant quatre ans, nos chers enfants en ont profité pour apprendre ce qu'ils avaient le goût d'apprendre, alors ils auront certainement développé ce qui m'apparaît extrêmement rare dans notre société : le plaisir d'apprendre. Et alors, s'ils désirent vraiment poursuivre à un niveau dit supérieur, c'est qu'ils auront choisi d'apprendre par plaisir ce qu'on y enseigne.

Question à régler : un enfant de 11-12 ans sait-il ce qu'il veut apprendre ? Ne serait-il pas essentiel que la première année du secondaire soit consacrée à l'apprentissage du « vouloir apprendre » ?

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