Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mardi 21 août 2007

La Touche

« Où l'innocence périt, c'est un crime de vivre. »

On a quelquefois de ces obsessions dont on doit absolument se délivrer. Cette citation, ou plutôt la recherche de son origine obscure est de cette catégorie.

Le web ne nous avance pas tellement. Via Google, on apprend que H. Heine cite l'extrait dans son Memoiren. Heine cite la phrase en français, mais j'avoue n'y comprendre pas grand'chose au contexte amenant Heine à la citer. Il n'en mentionne pas la source.

Alors, d'où provient cette phrase ? Si vous fouillez dans le très sérieux Dictionnaire de citations chez Robert, vous n'en trouverez aucune trace. Rien non plus chez Dupré (Encyclopédie des citations, 1959) ou l'excellent Guerlac (Les citations françaises, 1931). Silence encore très éloquent dans les quatre recueils de Genest (Où est-ce donc - 2 vol.; Les citations françaises - 2 vol.) Et dans le Grand Robert, aucune citation de La Touche.

Mais... mais... Léonard Gallois la donne dans son Citateur dramatique (5e édition, 1829). Or Gallois l'attribue à Guimond de La Touche (1723-1760) dans sa pièce Iphigénie en Tauride, acte 1, scène 5. C'est d'ailleurs en voulant vérifier la référence donnée par Gallois qu'a débuté mon obsession.

Je possède cette pièce et n'ai trouvé nulle trace de cette citation à l'endroit donné. De plus, j'ai pris très souvent ce cher M. Gallois en flagrante erreur de transcription ou d'attribution... Pourtant, il me semble que cette phrase pourrait très bien se trouver dans une Iphigénie, cette pauvre sacrifiée pour plaire aux dieux.

Que faire ?

Une stratégie, souvent efficace, consiste à utiliser Google books, car, voyez-vous, on y trouve des milliers de livres numérisés en PDF avec la possibilité d'y rechercher du texte.

J'entre donc la phrase en question mais, tristement, Google ne trouve rien, sinon l'extrait, pas même visualisable, du Gallois.

Je décide donc de modifier un peu la recherche et j'y entre tout simplement c'est un crime de vivre, et, ô joie! je tombe justement sur la pièce de La Touche, scène 5 !!! En retournant dans ma version papier, je constate que les deux actes ne correspondent pas. La Touche, pourtant mort assez jeune, aurait-il écrit deux versions de sa pièce ? Or j'ai bien retrouvé dans ma version la dizaine de citations extraites de cette pièce données par Gallois dans son livre. De plus, dans la numérisation GOOGLE, ce n'est pas innocence qui est dans le vers, mais bien innocent! Heine aurait mal transcrit le vers, à moins qu'il n'ait pris sa référence dans ledit Gallois !?

En observant un peu plus la version de Google, je m'aperçois qu'il manque plusieurs pages : la fin de l'acte 1 et le début de l'acte 2... Le vers se trouve donc à l'acte 2 et non l'acte 1. Ce qui est bien confirmé dans mon propre livre.

Gallois avait donc deux erreurs : acte erroné et un mot modifié. Donc :

« Où l'innocent périt, c'est un crime de vivre. »
Guimond De La Touche, Iphigénie en Tauride, acte 2, sc. 5 dans une réplique d'Iphigénie.

vendredi 17 août 2007

Bribe : Freire

[...] our task il not to teach students to think - they can already think - but to exchange our ways of thinking with each other and look together for better ways of approaching the decodification of an object.
Paulo Freire, cité par Marilyn Frankenstein dans Rethinking Mathematics.

mercredi 15 août 2007

Bonne fête Aurélie!

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.
Khalil Gibran.


Aurélie, ma p'tite dernière, a vingt ans aujourd'hui.

J'ai trois merveilleuses enfants. Andréanne est née en 1978, Marie-Élaine, vingt et un mois plus tard, en 80.

Aurélie, 1987.

Pourquoi avoir attendu 7 ans ?

À cause de moi, qui, après deux enfants, n'en voulait plus vraiment. Non pas que qu'elles fussent difficiles, c'était même tout le contraire. Brillantes, intelligentes, belles, sensibles, elles étaient et sont encore tout ça. Tout simplement, j'aimais bien mon temps personnel. Or les enfants en bouffent pas mal.

Mais Marie en désirait encore un autre. Moi, je « buckais ».

Puis, un jour, on lavait la vaisselle, - la vaisselle peut être un bon moment de partage - Marie m'a lancé la phrase-choc :

-Gilles, on est heureux n'est-ce pas ?
-Oui, c'est le bonheur avec toi.
-Alors pourquoi on n’en fait pas profiter une autre vie ?

Et c'est ainsi qu'Aurélie a vu le jour.

Cette conversation m'est toujours restée en mémoire. Aujourd'hui, quand j'entends « Je ne veux pas d'enfants », je raconte cette histoire. Bien entendu, je comprends que si on est malheureux, on ne désire pas avoir d'enfants. Mais si on est bien dans sa peau, si on est bien avec l'autre, si on vit un bonheur quotidien, comment peut-on refuser cette possibilité à une autre vie ?

Notre planète a tant besoin de gens heureux.

Andréanne, Marie-Élaine, Aurélie, je suis tellement fier de vous et je vous aime tant. Merci d'être là.

samedi 11 août 2007

Volé/Voilé... Violé

Une lectrice attentive d'Au fil de mes lectures (merci Sylviane!) a relevé une erreur de transcription dans mon Thibon. La citation 15 était en effet :

« Sois dissimulé, tu paraîtras mystérieux, et ton prestige croîtra en fonction de ta réserve, car les hommes imaginent des merveilles derrière toutes les portes fermées. Tout vide volé leur fait l'effet d'un trésor caché. » (L'ignorance étoilée, p.39 Fayard)

Or voilé est ici une erreur qu'il faut remplacer par voilé.

Ce genre de coquille est intéressant car il permet de trouver assez aisément qui a copié/collé la citation pour l'intégrer dans leur propre base de données.

Si vous faites une recherche dans Google sur «tout vide volé», vous tomberez sur l'immense banque de Dicocitations (désolé, pas de lien, car ils ont tellement pigé dans mon site que je préfère ne point leur faire de pub...). Voici une copie partielle de l'écran :



D'ailleurs, si vous fouillez dans « leurs » citations de Thibon, vous remarquerez sans doute que la presque totalité des citations provient de mon site.

samedi 4 août 2007

Mème en 1819

Les mots sont des choses, et une petite goutte d'encre tombant, comme un rosée, sur une pensée, la féconde et produit ce qui fait penser ensuite des milliers, peut-être des millions d'hommes.
Lord Byron, 1819

vendredi 3 août 2007

Trois ans

Attendons tout du temps ;
Il dévoile à nos yeux des secrets importants.
Riboutté, L'Assemblée de famille, 1803


Que dire après trois ans d'activités bloguestes?

J'ai commencé à bloguécrire au moment où je me suis aperçu que j'intervenais assez régulièrement chez les autres. Cela m'a donné le goût d'initier moi-même des billets. Les visiteurs réguliers le savent déjà, n'ayant pas un thème particulier; les Jobineries sont un fourre-tout que j'espère assez sympathique.

Au quotidien

Avoir une idée, et pouvoir se la dévoiler, voilà une grande force du blogue. En écoutant mon épouse, mes enfants, des collègues, en observant certaines situations, en lisant certains auteurs, en vivant quoi! le blogue permet ce temps d'arrêt pour y réfléchir un petit peu plus, pour en garder une trace, pour comprendre ce que moi, je viens faire dans ces histoires (dans l'Histoire?) ... Le blogue, c'est du nombrilisme, mais du nombrilisme qui n'accapare personne d'autre que soi. Pascal, Montaigne, Joubert, Renard, C. Roy auraient certainement été blogueurs.

Les blogues dans l'éducation

Je crois encore sincèrement à la puissance éducative des blogues. Car le blogue, c'est d'abord la prise de conscience qu'on a peut-être quelque chose à dire, à partager. Je n'ai pas de grande philosophie par rapport aux blogues. Pour moi, le blogue, c'est du web. Et au tout début du web, on pouvait déjà « bloguer », c'est-à-dire avoir sa page personnelle (vous vous rappelez les fameux "Bienvenue sur ma page web. Je vous présente mon chat, mon petit ami, etc.) auquel on pouvait ajouter des outils de communication du type livre d'or. Or le web date déjà de 12-13 ans. Et l'école n'en a pas fait grand'chose... Évidemment, la démocratisation des bases de données (en ce sens où tout le monde pouvait, à très faible coût, y avoir accès) a permis l'éclosion d'une panoplie d'utilitaires dont certains facilitaient l'édition (gestionnaires de contenu, wiki). Mais encore là, on constate une utilisation scolaire très marginale de ces outils : les enseignants n'ont pas le temps de se les approprier, n'en voient souvent pas immédiatement la pertinence pour leur enseignement, et, surtout, se demandent bien comment on peut construire une évaluation des apprentissages autour de ça. Le web, qu'on le veuille ou non, n'est pas encore rentré dans les écoles. On l'utilise comme une source de connaissances. Exemples : on consulte/bouffe Wikipédia, mais peu d'élèves et d'enseignants québécois le construisent; on télécharge des images, mais on n’en produit aucune; on copie-colle du texte, mais on ne partage rien. Le web, dans les écoles, c'est un outil de consommation de plus, comme les livres, les encyclopédies. Et comme ces derniers, on ne s'en sert pas pour penser, mais pour recracher ce sur quoi on sera évalué.

L'avenir

Je vais probablement parler un peu moins d'éducation, quoique j'aurai sans doute de la difficulté à maintenir le silence devant ce que je considère comme des aberrations du système. Il faut apprendre à s'éloigner de ce qui nous épuise, apprendre à accepter qu'on ne change à peu près rien. Quelques projets (hors système de l'éducation) très importants s'en viennent pour moi et je les bloguerai très prochainement.

Je vais certainement continuer à parler un peu mathématique. Quelques blogues ayant ce thème ont fait leur apparition dernièrement, et c'est heureux. Il faut penser géométrie dynamique, penser Squeak, etc. Mon petit-fils vient d'avoir trois ans. Je continuerai mes pépèreries, car à chaque fois que je retombe sur mes billets le concernant, un immense bonheur m'envahit.

J'espère bien ajouter des épouseries. Marie est tellement brillante... Ses idées sont de la lumière pure. Et je devrais prendre un peu plus de temps pour jeter sur écran nos conversations. Un exemple :

- Que penses-tu, chérie, des baladeurs en salle de classe ?
- À part son casier, le jeune n'a aucun espace à l'école. Il est toujours dans la foule. Aucun coin où il peut être seul. Le baladeur permet probablement à certains de s'isoler dans un chez soi dans la classe. Un espace à lui...


Le regard

Ces Jobineries, ce sont mes Jobineries, écrivais-je dans mon tout premier billet. Un regard de moi-même vers moi-même, de moi-même vers des lecteurs souvent inconnus. Un regard qui regarde se regarder. Un regard, point.

dimanche 29 juillet 2007

Les bonheurs du dimanche matin

vendredi 27 juillet 2007

Miscellanées 8

Le temps d'au moins un billet, le blog éclectique se change en blog électrique ! Très intéressant. On pourrait sans doute en faire une situation d'apprentissage mathématico-physico-environnementale.
Comment se servir d'un wiki en enseignement des maths ? De beaux exemples chez Pascal Lapalme.
Rotules est un blogue que je suivrai. Mais quand je lis des trucs pareils, je me demande bien ce que je fais encore dans notre système d'éducation : je ne suis plus capable d'entendre dire non à un enseignant qui veut utiliser les technologies dans sa classe...

dimanche 22 juillet 2007

Andragogie

« Pourquoi est-ce si difficile pour les éducateurs de se concentrer sur leur propre apprentissage ? », question de Will Richardson, est rapportée par François Guité sur son excellent blogue.

Je préfère remplacer le mot éducateurs par adultes.

Je le constate depuis de nombreuses années : un adulte est une personne qui n'apprend plus grand-chose. J'entends par là qu'il se met rarement en situation intellectuellement risquée, c'est-à-dire dans la position où il ne connaît pas les réponses. Reconnaissons-le : on préfère le confort de nos habitudes de pensées.

Pourquoi ? Bien sûr, c'est familial, c'est culturel. Mais c'est aussi parce que l'école ne fait pas son travail. L'institution ÉCOLE détruit le goût d'apprendre, un point c'est tout. L'école ne nous a pas montré que l'apprentissage, c'est d'abord du tough fun. L'apprentissage, c'est du sadomasochisme intellectuel : on se fait mal pour mieux jouir. À l'école, la souffrance d'apprendre, c'est la souffrance chrétienne, celle qui nous donne de bonnes chances d'atteindre le royaume des cieux.

J'ai compris la souffrance/apprentissage lorsque je me suis mis au piano. À 32 ans, je n'avais encore jamais touché cet instrument. Je ne savais même pas ce que représentaient les touches blanches, les touches noires. J'étais à apprendre une petite, toute petite partition de Shostakovitch. Première mesure : 15 minutes de déchiffrage, répétition, re-répétition, re-re-répétition, etc. J'arrive alors à la jouer à peu près correctement. Grande (mais vraiment très grande) satisfaction.

Devais-je attaquer la deuxième mesure ? (Je savais que je souffrirais. Mais je savais aussi que j'obtiendrais une grande, très grande satisfaction.) Si d'une mesure à l'autre, on répond oui alors on devient apprenant. Sinon, on devient un adulte qui aimerait bien savoir jouer du piano, mais sans l'apprendre, évidemment.

Les adultes, ce sont des gens qui craignent les apprentissages. Leur image d'apprenant a été façonnée à l'école, et ce n'est pas une très jolie image, croyez-moi.

Les éducateurs ? Ce sont des adultes. Comme tout le monde.

samedi 21 juillet 2007

La fin d'un conte

Bon, le dernier Harry Potter est paru. Je n'ai lu aucun tome de ce conte moderne, mais j'ai hâte de voir si les prédictions de Marie (lire ce vieux billet d'Aurélie et le commentaire 14) s'avéreront exactes.

jeudi 19 juillet 2007

10 plus beaux mots

J'ai trouvé dans une ancienne revue la réponse de quelques écrivains, à qui on avait demandé la liste des dix plus beaux mots. Maurois avait dit : le Silence, l'Ordre, la Beauté, la Mélancolie, le Charme, le Sourire, Tendre, Fragile, Honnête, Amical. - François Mauriac : Enfance, Sommeil, Aube, Sang, Torpeur, Orage, Annonciation, Cendre, Poussière, Joie. - Paul Valéry : Pur, Jour, Or, Lac, Pic, Seul, Onde, Feuille, Mouille, Flûte.
Jean Guitton, Le Travail intellectuel, dans une note en bas de page 159, Aubier, 1951.

lundi 16 juillet 2007

L'Observateur Curieux

Il y a un peu plus d'un an, j'avais accordé une entrevue à M. Stéphane Mailhiot concernant ma collection de citations. Il vient tout juste d'en faire un billet sur son blogue. À lire pour ceux qui s'intéressent à l'homme-collectionneur derrière Au fil de mes lectures.

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