Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 3 octobre 2012

De toutes les Paroisses, page 30

Choisir est plus délicat qu'entasser.

Une maison riche peu peuplée de visiteurs me fait désirer d'en connaître les propriétaires.

Il fait toujours sombre dans un esprit étroit.

Il vaut mieux que la vie nous doive que de devoir à la vie.

Dieu a montré sa pitié pour la femme en lui donnant l'intuition.

Et puis, la tête un peu basse, la mine un peu sombre, la larme un peu coulante... on revient au mari.

Notre propre estime nous soutient, celle des autres nous récompense.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

Grand Prix de Londres 2012

Classement final
Cadence :120m:60m:15m+30spc(61)
Site officiel
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Points
1Topalov,V ½½½½½1½1½1½7
2Mamedyarov,S½ ½0½½½½11117
3Gelfand,B½½ 0½1½1½1½17
4Grischuk,A½11 ½½½½½½½½
5Leko,P½½½½ ½1½½½½½6
6Wang Hao½½0½½ ½½½½½1
7Ivanchuk,V0½½½0½ ½½½½15
8Adams,Mi½½0½½½½ ½0½15
9Dominguez Perez,L00½½½½½½ ½½½
10Kasimdzhanov,R½00½½½½1½ ½0
11Giri,A00½½½½½½½½ 04
12Nakamura,Hi½00½½000½11 4


Choisissez une partie :

mardi 2 octobre 2012

De toutes les Paroisses, page 29

Les grandes innocences n'ont pas de honte si la science leur arrive un peu tard, plutôt un peu de fière satisfaction.

La vérité a peu de paroles ; elle les laisse au mensonge.

Les chauds mouvements préparent les belles oeuvres et les amènent à vivre.

Il ne faut qu'un regret pour nous ouvrir le ciel.

Dans la jeunesse, elle menace, dans la vieillesse, la mort réclame.

La persévérance est douce, l'obstination est querelleuse.

Savoir vivre amène à savoir mourir.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

lundi 1 octobre 2012

De toutes les Paroisses, page 28

Tant il est beau le sommeil, que les gens qui dorment peu pardonnent difficilement à ceux qui dorment beaucoup.

Des preuves ! est-ce qu'on ne peut pas en fabriquer ?

S'il prend à un paresseux l'envie de travailler, c'est surtout le dimanche.

Être sobre dans le faux, c'est une distinction.

La parure demande l'occasion, qui finit par coûter plus cher qu'elle.

On excuse l'amant qui vous ruine ; on est sévère pour le mari qui, en travaillant, n'arrive pas à contenter nos caprices.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

dimanche 30 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 27

Où en serions-nous si les conseils ne nous laissaient toute notre liberté !

C'est surtout quand on moralise qu'il faut être court.

Il ne faut pas consentir aux bêtises : attendre qu'elles nous surprennent.

Ah ! cette molle, celte inquiétante rêvasserie ! ce n'est pas le beau rêve, c'est son brouillard.

Pitié ! le mot par lequel l'humanité avoue sa faiblesse.

Lève la tête, ce geste-là soulage !

On prend l'air grave, sans tromper la gravité.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

Promenade de septembre

Montage mis en ligne par Marie.

samedi 29 septembre 2012

Miette 75 : Les moutons de Panurge

L'expérience

Les moutons de Panurge.

Sommaire. - Judicieuse remarque. - Une vengeance qui donne la célébrité.

Panurge était observateur ; il avait remarqué la tendance des moutons à suivre aveuglément celui qui tient la tête du troupeau.

S'étant, lors d'un voyage en mer, pris de querelle avec le berger Dindenault, il lui acheta une de ses bêtes qu'il jeta, criant et bêlant, dans la mer; tous les autres moutons de sauter à leur tour par-dessus bord: « car vous sçavez, dit Rabelais, estre du mouton le naturel, toujours suivre le premier, quelque part qu'il aille. » Ainsi Panurge fut vengé et rendit célèbres les moutons qui portent désormais son nom, bien que ne lui ayant jamais appartenu.

Ne voit-on pas de tous côtés des moutons, qu'ils soient de Panurge ou autres, tous gens imitant servilement le voisin et faisant une chose parce que les autres la font; c'est leur seule raison, ils n'en sauraient avoir de meilleure; la profondeur de leur esprit, l'acuité de leur intelligence se bornent à suivre la foule par mode ou par snobisme : Imitatores, servum pecus, « imitateurs, troupeau servile », s'écriait Horace indigné.

Qu'un seul mouton se jette à la rivière,
Vous ne verrez nulle âme moutonnière
Rester à bord : tous se noieront à tas.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le monde n'est que franche moutonnaille,1

murmure le doux La Fontaine.


1 La Fontaine, L'Abbesse, conte.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

De toutes les Paroisses, page 26

Les souffrances de la modestie ne peuvent être comprises que d'elle seule.

Les heures hésitent encore, les minutes sont décisives.

Chez les ignorants, l'admiration est contagieuse : sans la comprendre ils la subissent.

De l'air, de l'air, et encore de l'air intellectuel ! Ah ! ne sentons pas le moisi !

L'habileté a toujours peine à cacher complètement sa queue.

On a beau s'enrubanner, comme le jambon de Mayence on ne vaut que son poids.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

vendredi 28 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 25

L'amour est sans rival, ce qui le rend si hardi.

Dieu a confié aux femmes le sort des larmes.

N'appréhende pas tant les peines, elles ont leurs forces; plutôt les joies, elles ont leur vertige.

On sort souvent bien triste de l'heure parfumée.

Que de choses redoutées on apprend à bénir!

On a toujours une exception pour soi-même.

La plupart des grands de ce monde n'entreront au ciel qu'à la main des petits.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

jeudi 27 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 24

Il faut permettre quelques négligences aux plumes fécondes, comme on excuse de manger trop vite les gros appétits.

L'encens n'est qu'à Dieu.

Le progrès chasse ce qui le précède en manant, non en gentilhomme.

Il est des fautes si bien mortes dans notre esprit que nous condamnons impitoyablement les pareilles chez les autres.

J'appelle bienfaiteurs tous ceux qui nous ont aidés à vivre, qui ont déridé nos heures noires en les réconfortant de leur bonté.

Aimer, c'est approcher de soi ; vénérer, c'est placer plus haut.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

Miette 74 : Rira bien qui rira le dernier

L'expérience

Rira bien qui rira le dernier.

Sommaire. - On rit d'un sot, on rit d'un sage. - Rabelais joyeux. - Supériorité du rire. - Une chute. - Le jeu des devinettes. - Le tour du prochain. - Apelle et Zeuxis.

Soyez toujours joyeux. (I. Thess., v. 16.)

« Il semble que l'on ne puisse rire que des choses ridicules : l'on voit néanmoins de certaines gens qui rient également des choses ridicules et de celles qui ne le sont pas. Si vous êtes sot et inconsidéré, qu'il vous échappe devant eux quelque impertinence, ils rient de vous : si vous êtes sage, et que vous ne disiez que des choses raisonnables, et du ton qu'il faut les dire, ils rient de même. »1

Mieulx est de ris que de larmes escrire
Pour ce que rire est le propre de l'homme,

a dit Rabelais; mais Rabelais était un joyeux compère qui prenait la vie du bon côté et entendait la mener gaîment, négligeant a priori ce qui aurait pu la rendre pénible ou attristante; il riait, riait sans cesse, comme Figaro, qui « se hâtait de rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer ».

Le rire est généralement l'expression de la gaîté, il est parfois aussi la traduction spontanée d'un sentiment inconscient de supériorité passagère.

Quelqu'un tombe, on rit. Pourquoi ? Il y a peut-être une jambe cassée, un bras démis. Ce n'est pas cela qui provoque le rire; on n'y a même pas songé. Ce qu'on a constaté, sans réflexion, c'est qu'un de ses semblables était par terre et qu'on était debout; on est content, on est satisfait, on est supérieur au malheureux qui gît sur le sol, on rit, c'est le premier mouvement. Puis, comme on a bon coeur après tout, on l'aide à se relever, on le conduit chez le pharmacien, on ne rit plus. C'eût été un animal, un cheval qui fût tombé, on n'aurait pas ri du tout. L'homme, se considérant comme supérieur à la bête, n'a pas besoin de rire pour le constater.

On joue aux petits jeux, aux devinettes, aux charades; la personne, chargée de découvrir le mot, le proverbe ou le rébus, reçoit à ses questions les réponses les plus étranges, les plus baroques et, tout interdite, cherche et tâtonne. Plus son embarras est grand, plus on rit. Pourquoi? On sait, soi; on est dans le secret; on est supérieur au « chercheur », on rit.

Remarquez-le bien, une personne qui rit d'une autre ou de quelque chose se trouve à ce moment au-dessus de son niveau accoutumé et se décerne à elle-même ce témoignage de satisfaction. C'est toujours cela de pris.

La joie s'accentue, si on a joué un bon tour à son prochain; cela répond alors à un mobile moins généreux; il est prudent de se méfier dans ce cas-là, car le prochain pourrait vous rendre la pareille et rire à son tour. Alors rira bien qui rira le dernier.

Zeuxis et Apelle, deux peintres grecs, rivalisaient de talent et se plaisaient à se défier l'un l'autre sur plusieurs points de leur art.

Le défi vint à porter sur le naturel dans l'oeuvre. À celui des deux qui aurait le mieux réussi reviendrait la palme de la victoire.

Au jour dit, les tableaux apparaissent cachés sous une toile.

Celui de Zeuxis, découvert le premier, représentait des fleurs et des fruits, rendus avec une telle vérité que les oiseaux et les abeilles s'approchaient pour les picorer et butiner. Tout le monde pensait que l'artiste qui avait obtenu un tel degré de perfection serait le vainqueur de ce tournoi d'un nouveau genre et Zeuxis commençait à se réjouir.

Apelle, alors invité à produire son oeuvre, reste immobile le sourire aux lèvres.

Zeuxis, impatient, s'avance pour écarter le rideau ; mais à peine l'eut-il touché :

« J'ai perdu, dit-il, Apelle est mon maître! »

Le rideau était peint, et si merveilleusement que le grand peintre lui-même s'y était trompé.

Apelle fut proclamé vainqueur; ce fut lui qui rit le mieux en riant le dernier.


1 La Bruyère, chapitre XI, De l'homme.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

mercredi 26 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 23

Pourquoi certains défauts sont-ils si durs à effrayer?

Il me semble que les choses sont loin d'aller mieux depuis que les petits veulent en savoir plus que les grands.

On peut être coupable et encore coupable ; on ne devient méprisable que si l'on a cherché à tromper.

Le coeur est glorieux quand il s'est soumis : preuve que la tâche ne lui est pas facile.

La fécondité est divine : la manne ne tombait pas à cuillerées.

On prend l'habitude d'un air de mépris, comme on prend celle de croiser ses jambes.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

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