Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

vendredi 31 août 2012

Chemin faisant, page 253

Il faut savoir en prendre et en laisser, dit-on, - en laisser surtout.

Quand je dois recevoir certaines visites, je m'encourage, en me disant : « Ne serait-ce pas encore plus désagréable d'aller chez le dentiste ?

L'homme le moins possédé de son Moi en possède toujours assez pour vivre.

Le prestige du maître rejaillit sur le domestique, la faute ne rejaillit pas.

Si les fleurs pouvaient rougir, comme elles en auraient l'occasion.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 30 août 2012

Chemin faisant, page 252

Il ne faut pas demander à l'épée d'aimer le fourreau.

Un grand port laisse entrer tous les navires ; ainsi fait l'intelligence.

Même après la mort d'un ami, je n'ai besoin de savoir de lui que ce qu'il m'aurait lui-même confié.

Nos résolutions meurent généralement en pleine jeunesse, en plein épanouissement.

Plus je vis, moins je dédaigne et plus je plains.

Le paresseux aime l'ouvrage tout fait, voilà tout.

On se sépare avec regret d'un livre de pensées : c'est quitter un ami qui s'en va, un confident qui nous console, un témoin qui nous avertit.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 29 août 2012

Chemin faisant, page 251

C'est l'écho qui fait aimer au ruisseau le murmure, à l'homme la plainte; c'est lui qui nous a appris à être indiscrets.

L'homme a besoin de l'homme; c'est la plus vraie des fraternités.

L'impolitesse accuse plus que notre race, elle accuse notre éducation.

À cheval donné, on ne regarde pas la dent, dit le proverbe. Ne donne pas ton livre; laisse à tes amis le soin de l'acheter : ils seront encore plus libres dans leur critique.

La flatterie monte aussi bien par l'escalier de service que par le grand : toute voie lui est bonne.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 28 août 2012

Chemin faisant, page 250

Le repentir lave la faute sans relever en nous la confiance.

Le vaniteux ne peut être discret, parce que tout secret confié est une préférence, et qu'à l'occasion il en sera fier.

L'admiration la plus intense est la plus silencieuse.

Le respect humain, c'est le respect de notre amour-propre.

Le charme! Comment le décrire? comment l'analyser? C'est le vainqueur irrésistible : il apparaît, et le coeur s'ouvre; il nous frôle, et tout vibre en nous; il nous regarde, et nous sommes à lui.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 27 août 2012

Chemin faisant, page 249

L'homme qui ne croit pas à l'honnêteté des femmes, flétrit en elles et sa mère et sa fille.

Sous le lierre que de jolies fleurettes attendent la main qui les découvre !

Quand les oiseaux chantent en choeur, la pie arrive; ainsi le bavard dans un groupe où règne l'harmonie.

C'est peu quelquefois de n'avoir que deux yeux pour pleurer.

La vraie humilité consiste à croire non seulement le mal qu'on dit de nous, mais aussi le bien, - sans se l'attribuer.

Dans la jeunesse les années semblent venir à nous sur la pointe des pieds, plus tard elles s'avancent à pleins talons.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 26 août 2012

Chemin faisant, page 248

Oh! l'humiliante lassitude que celle de donner!

Une mère gratifiée de cinq filles, je la plains comme une ville assiégée.

Il y a des plaisanteries d'éléphant : comment seraient-elles légères ?

J'aime mieux être suivie par un chien de rencontre que par un homme inconnu, et je prétends que vous êtes de mon avis.

On s'habitue à tout, a dit un sage quelconque : si ce monsieur-là pouvait nous donner sa science !

J'ai vu des gens pleurer sur leur Moi en souffrance avec tout le désespoir de la brebis à qui l'on enlève son agneau.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 25 août 2012

Chemin faisant, page 247

Les enfants de l'amour ne sont ni plus audacieux ni mieux réussis que les autres.

L'esprit de conduite est un des fils du bon sens.

L'indécence est une offense à chacun de nous.

Bouteille bouchée donne envie de boire.

On pleure souvent un mort qui, lui-même, ne se pleurerait pas.

Quoi que fasse l'étranger naturalisé, il lui manquera toujours de ressembler à sa mère adoptive.

On peut aimer jusqu'à l'idiotisme et n'être pas idiot.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 24 août 2012

Chemin faisant, page 246

Allez, venez, cherchez, remuez les pôles, secouez les mondes, partout où se trouve l'homme, vous trouverez l'orgueil.

Avoir besoin de reconnaissance, c'est compter sur le tant pour cent.

La chance n'est pas prodigue : elle n'a qu'une main pour donner.

Tâchons dans la conversation d'aider les autres à loger la flèche dans la cible ; ils nous trouveront charmants.

L'étiquette est au prince ce que sa toile est à l'araignée : elle le protège.

L'engouement ne dure pas plus que le vent à la voile qu'il gonfle.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 23 août 2012

Chemin faisant, page 245

Il n'est pas permis de donner à Dieu sa démission : se suicider, c'est l'oublier.

Femmes et fleurs perdent à trop ouvrir leur corsage.

Le médecin vit de la maladie de son client : quel déficit dans son budget, s'il vivait de la santé qu'il lui conserve.

Les générations, comme les saisons, se suivent sans se pleurer.

Il y a des gens qui ont besoin de faire tout comme tout le monde ; les heureuses gens !

L'esprit n'a pas besoin de grandes batailles pour montrer sa force ; une simple escarmouche lui suffit.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 22 août 2012

Miette 67 : Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse

La modestie

Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.

Sommaire. - User use. - Audace expose. - Moine guetté par les diables. - Plus d'oreillette.

Plus on se sert d'un objet, plus il s'use, jusqu'à ce qu'il devienne hors d'état de servir.

Plus on s'expose au danger plus on a de chance d'y succomber.

C'est en ce sens que parle l'Ecriture :

Qui amat periculum in illo peribit,

c'est-à-dire:

Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte.

Ce proverbe prend place dans un fabliau de la fin du XIIIe siècle :

Un moine se rendait tous les soirs avant l'office auprès d'une dolente (style de l'époque) - en langage actuel, d'une malade - ; pour y aller il fallait traverser une rivière ; mais les diables, qui avaient résolu sa perte, le guettèrent si bien qu'une nuit ils le firent noyer.

Tant i alla, et tant i vint
Que laidement l'en désavint :
Tant va li pos au puits, qu'il brise.

Dans le Trésor des Sentences de Gabriel Meurier donne cette interprétation, d'une gracieuse naïveté:

Tant va la cruche à la lontainette
Qu'elle laisse le manche ou l'oreillette.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 244

Il n'y a que l'exception qui nous flatte.

On ne sait pas toujours se passer de ce qu'on méprise.

L'orgueil est puni dans les deux vies : dans celle-ci et dans l'autre.

En fait d'esprit, qui ne s'est trompé? en fait de coeur, qui ne s'est repenti?

On ne doit condamner que le lièvre sans l'entendre.

L'entêtement est une cécité.

Parler de soi est une tentation que tous connaissent et à laquelle fort peu résistent.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 21 août 2012

Chemin faisant, page 243

Quand on lève les yeux, comme le champ est grand devant soi !

Il ne faut que du bon sens pour n'être pas ridicule.

Il faut parfois beaucoup de temps pour comprendre la vérité.

Quand je souffre, je ne puis m'empêcher de dire : S'ils me voyaient, quelle bonne journée pour mes envieux!

La douleur a beau nous montrer qu'elle nous aime, nous, nous ne l'aimons pas.

L'amour-propre, c'est plus que l'amour de soi, c'est l'amour de tout ce qu'on fait.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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