Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 5 mai 2012

Chemin faisant, page 132

Les prétentions se regardent en ennemies, pourquoi? Elles sont pourtant de même race.

La naïveté est comme la robe rose ; elle a besoin de jeunesse et de fraîcheur.

La lumière est indiscrète, et les femmes n'aiment pas l'indiscrétion.

On a malgré soi bonne opinion de soi-même, - quand on dévore une peine tout seul.

Les niais aimeront toujours à enseigner.

Écrire son âge derrière son dos, ce n'est pas encore être vrai; le vrai n'a pas besoin d'écriteau.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 4 mai 2012

Chemin faisant, page 131

Les pacifiques ne sont-ils pas un peu de la grande famille des paresseux?

N'en vouloir à personne, comme c'est simplifier sa tenue de livres !

De tous les sentiments, le plus difficile à jouer me semble être la timidité.

Dès qu'un convive s'est assis à ta table, il t'oblige à plus de générosité envers lui, à plus de prudence dans ton jugement; fais-toi tirer l'oreille avant de l'accuser, et laisse décrocher ta langue plutôt que de le vendre.

Avril est le mois où la fleur rêve le papillon, où l'orphelin rêve un frère, où le rayon rêve un front.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 3 mai 2012

Chemin faisant, page 130

Les fruits verts n'ont que les passionnés pour clients ; ainsi de la laideur.

Quand je voulais me confesser en pays étranger, je choisissais généralement l'ecclésiastique le plus dodu, persuadée qu'il n'en était pas arrivé là sans avoir vidé quelques bonnes coupes, savouré quelques longues heures de sommeil, et qu'il serait peut-être plus indulgent pour les péchés d'autrui.

L'embonpoint est le riche le moins envié.

Nos organes sont nos victimes, mais des victimes qui se vengent.

On finit par se tasser dans sa peine.

Pouvoir lire dans les yeux ce que la bouche va dire, ou tout au moins deviner en eux qu'elle va lui parler, qu'importe après cela la couleur de ces yeux? Ils sont beaux.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 2 mai 2012

Chemin faisant, page 129

Qui vous dit que cette femme que vous rajeunissez voudrait être rajeunie? Il y a des gens qui aiment tous leurs titres de propriété.

Il faut croire au mal pour savoir bien faire le bien.

On connaît tout le prix des convenances quand on leur sacrifie le suc d'une bonne réplique.

Certaines lèvres sont comme la rose qui s'ouvre ; on n'en attend que des parfums.

Se rajeunir ! c'est renier - oh ! la vilaine action ! et renier des choses si évidentes, des vérités si catholiques, pour adopter des prétentions!

L'esprit ne guérit pas le coeur, mais il fait comme la bonne d'enfant, il l'amuse.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 1 mai 2012

Chemin faisant, page 128

Les fiertés ont de la race, les vanités n'en ont pas.

Pour payer leur dette à la terre, les dieux ont créé l'amitié.

Mourir sans aigreur, c'est avoir bien digéré la vie.

On peut facilement tirer l'horoscope d'un pédant : déplaire partout.

Et même les vertus ont un cabinet de toilette et se fardent aujourd'hui.

La discrétion augmente en raison de la distinction.

En mûrissant, le fruit doit apprendre à tomber.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 30 avril 2012

Chemin faisant, page 127

Les plus honnêtes assurances se trompent comme les plus douces promesses.

Tout imbibé de rosée, tout botté de fleurs, le chevalier printemps conduit l'hiver à la frontière en lui baisant son capuchon.

Quand on ne craint plus l'opinion, on est bien tenté de la défier.

L'hiver n'a pas beaucoup d'amis ; que lui importe? Il a ses rigueurs.

S'apitoyer sur soi, c'est saigner son courage.

Un ami de notre âge pour nous comprendre, un jeune ami pour élargir notre horizon.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Miette 35 : Qui a de l'argent a des coquilles

La richesse

Qui a de l'argent a des coquilles.

Sommaire. - Pèlerinages et croisades. - Coquillages et coquilles. - Payer cher pour en avoir. - Il y a coquilles et coquilles. - Poète et joueur. - Consolation posthume. - Thésaurisez.

L'organisation de trains spéciaux pour pèlerinages est de date relativement récente. Au temps où florissaient les croisades, de pieux pèlerins rapportaient de leurs visites aux lieux saints des coquillages ou coquilles dont ils ornaient leur chapeau et leur pèlerine de bure.

Pour venir de si loin et de semblables contrées, ces coquilles avaient un prix inestimable; n'en obtenait pas qui voulait. Il fallait les payer et les bien payer. Pour ce, de l'argent, beaucoup d'argent était nécessaire. D'où le proverbe : Qui a de l'argent, a des coquilles, c'est-à-dire peut en avoir, ou, a les moyens d'en avoir.

Une fois passée la mode des pèlerins aux coquilles, le sens fut dénaturé et signifia qu'avec de l'argent on obtient ce qui plaît, et l'on se mit à dire, perdre ses coquilles, pour : perdre son argent.

Marot, dont Boileau conseillait « d'imiter l'élégant badinage », a fait une plaisante application de ce proverbe.

Un poète satirique du XVe siècle, du nom de Coquillart, portait dans ses armes trois coquilles d'or; jusque-là tout va bien, d'autant que ces coquilles étaient des armes parlantes révélant son nom; ce qui fut moins bon pour ce favori des Muses, c'était d'être joueur et joueur effréné : il lui advint ce qui arrive à la plupart de ses pareils, pour ne pas dire à tous, il se ruina. Malheureusement, prenant mal la chose, il mourut de chagrin : ce fut là son tort, tort irréparable! Afin de le consoler dans le royaume des ombres, Marot lui composa pour épitaphe l'épigramme suivante :

La Morre est jeu pire qu'aux quilles,
Ne qu'aux échecs, ne qu'au quillart ;
A ce méchant jeu, Coquillart
Perdit la vie et ses coquilles.

Moralité : Ne perdez pas vos coquilles, surtout celles qui ne figurent pas sur vos armes, et n'oubliez pas

...qu'il n'est rien
Qui ne doive céder au soin d'avoir du bien,
Que l'or donne aux plus laids certain charme pour plaire,
Et que sans lui le reste est une triste affaire.1


1 Molière, Sganarelle, Scène 1.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

dimanche 29 avril 2012

Chemin faisant, page 126

Rien n'est difficile aux gens qui ne cherchent rien.

La mort est l'oeuvre de Dieu, donc elle n'est pas cruelle.

Un coeur trop bon, un pouls trop plein ont leurs dangers.

Il est des gens qui disent : « J'aime ! » comme s'ils avaient un vomitif dans l'estomac.

Un mort remplacé peut ne pas être un mort oublié.

Bêler devant les loups, c'est aiguiser leurs dents.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 28 avril 2012

Miette 34 : L'argent ne fait pas le bonheur

La richesse

L'argent ne fait pas le bonheur.

Sommaire. - Préjugé populaire. - Quand est-on riche ? - Le bon peuple en désaccord avec les penseurs. - Adieu, bonheur! - Heureux comme un roi. - Où trouver la félicité ? - L'homme des champs. - Sage parti à prendre.

Suivant le préjugé populaire, on est heureux lorsqu'on est riche.

Il importe alors de savoir quand on est riche. Voici quelques réponses à cette question :

- Qui est content de son état est riche.

- Il n'y a point de richesse égale à la santé du corps, ni de plaisir égal à la joie du coeur. (Ecclésiasle, xxx.)

- Il y a deux manières d'être riche : élever son revenu au niveau de ses désirs ou abaisser ses désirs au niveau de ses revenus.

- Ce n'est pas celui qui a le plus de bien qui est le plus riche, mais celui qui sait s'en passer et n'en désire point.

- Je suis riche des biens dont je sais me passer.1

Voilà, d'après ces citations, bien des manières d'être riche; encore, faut-il trouver la bonne, et le peuple naïf vous dira qu'en parlant ainsi on joue sur les mots et qu'on se moque quand on vient lui raconter que celui qui est riche est précisément celui qui n'a rien.

Il serait préférable de ne pas prendre tant de chemins de traverse et de proclamer riche quiconque a de l'argent, beaucoup d'argent; riche, et par suite possesseur de la félicité parfaite.

Ah! alors il ne va pas être d'accord avec d'autres penseurs, le bon peuple; son raisonnement l'expose à entendre de cruelles vérités dans le genre de celles-ci :

- Chaumière où l'on rit vaut mieux que palais où l'on pleure.

- Il n'y a pas de voie qui vous éloigne plus du bonheur que la vie en grand, la vie des noces et festins, celle que les Anglais appellent le high life ; car, en cherchant à transformer notre misérable existence en une succession de joies, de plaisirs et de jouissances, on ne peut manquer de trouver le désabusement, sans compter les mensonges réciproques que l'on se débite dans ce monde-là et qui en sont l'accompagnement obligé.2

Dans une forme légère et humoristique, Désaugiers partage, au sujet de la richesse relativement au bonheur, le même sentiment, qu'il confie à sa muse chansonnière :

Depuis que j'ai touché le faîte
Et du luxe et de la grandeur,
J'ai perdu ma joyeuse humeur,
Adieu bonheur !
Je bâille comme un grand seigneur,
Adieu bonheur!
Ma fortune est faite.3

Le bon peuple dit aussi : Heureux comme un roi! Là encore, c'est une grave erreur de croire que le bonheur est l'apanage des têtes couronnées. Les rois sont parfois les plus malheureux des hommes. Sic fata voluere, ainsi l'a voulu la destinée !

Hélas! pour le bonheur que fait la majesté?
En vain sur ses grandeurs un monarque s'appuie.
Il gémit quelquefois et bien souvent s'ennuie.4

Si l'argent ne fait pas le bonheur, où donc la trouver, cette bienheureuse félicité ?

Nous allons vous satisfaire, et vous renseigner de notre mieux en souhaitant que vous ayez foi dans les auteurs invoqués à l'appui de notre dire :

Heureux qui, satisfait de son humble fortune,
Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché.

- La félicité est dans le goût et non pas dans les choses; et c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, non par avoir ce que les autres trouvent aimable.5

- Η ενοαιμονια των αταρχων εστι6 :

« Le bonheur est à ceux qui se suffisent à eux-mêmes. »

O fortunatos nimium sua si bona norint Agricolas !

s'écrie Virgile, dans les Géorgiques7 :

Heureux l'homme des champs s'il savait son bonheur !

Par l'homme des champs, le poète latin entend l'homme raisonnable et modeste qui, satisfait des produits de la terre pour assurer son existence, ne cherche pas à acquérir de l'or et des richesses, ni à faire fortune, sachant bien que celle-ci n'entraîne pas fatalement avec soi la joie et la félicité.

On ne perd rien dans les petites conditions, dit Bernardin de Saint-Pierre, on y compte pour des biens les maux qu'on n'y éprouve pas. Souvent, au contraire, dans les grandes, on répute pour des maux les biens dont on est privé : ainsi le juste ciel a compensé toutes choses.

Avouons-le :

« Le bonheur n'est pas chose aisée : il est très difficile de le trouver en nous et impossible de le trouver ailleurs. »8

Rapportons-nous-en à Chamfort; et pour atteindre la félicité, soyons simples, modestes, modérés dans nos désirs; voilà le plus sage parti à prendre, car

L'avide ambition pour mère a l'ignorance,
Le sot orgueil pour père, et l'enfer pour pays ;
Pour désirs l'univers, pour plaisirs les ennuis;
Et trouve son tyran dans son impatience.9


1 Vigée.
2 Schopenhauer «Aphorismes sur la sagesse dans la vie» (Chap. V, II. Parénèses et Maximes).
3 Les Inconvénients de la fortune, chanson.
4 Voltaire.
5 Duc de La Rochefoucauld, Maxime 48.
6 Aristote.
7 Les Géorgiques ou Les Travaux de la Terre, poème didactique en quatre chants, II, vers 458-450.
8 Chamfort.
9 Pibrac.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 125

Être sévère envers soi-même, c'est donner de l'autorité à sa morale.

Ne jamais accuser les autres quand soi-même on a eu le malheur de faillir, c'est tout ce qu'on peut faire de plus intelligent.

Après le bonheur d'aimer, louer du fond du coeur est un plaisir bien doux.

De jolies qualités sociales : rendre son argent gracieux, son intelligence endurante, sa noblesse accessible.

L'expérience ne prêche pas, elle tape.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 27 avril 2012

Chemin faisant, page 124

Aimer son métier, une faveur, quand on n'a pas le choix.

Le mari garde-malade a toujours des airs de victime, pendant ou après.

Écrire trop joliment, faire trop joliment les petites choses, insuffisance d'esprit.

Les ours aiment aussi les caresses.

Le jaloux vit avec une plaie.

Il faut s'attendre à tout en mars ; Mars est le capricieux par excellence, un terrible enfant gâté, sautant alternativement des genoux du printemps sur les genoux de l'hiver, et vice versa.

On n'est jamais plus économe que le lendemain du jour où l'on a trop dépensé, et plus riche de bonnes résolutions qu'après un gros péché.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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La notion de fonction : Le fameux f(x)

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