Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

vendredi 10 août 2012

Chemin faisant, page 232

Se faire désirer, ce n'est ni un mal ni un bien, c'est un essai : nous désirera-t-on ?

Le bon ton ne s'enrhume jamais, il ne s'expose pas.

Le jasmin proclame son parfum, l'innocence ignore le sien.

La soumission à tous les préjugés fait le héros mondain.

Il y a des gens qui ont l'air de filer le temps à la quenouille tant ils le prennent avec douceur !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 9 août 2012

Championnat fermé du Canada 2012

Le Championnat fermé du Canada [site officiel] a débuté le samedi 4 août à Montréal. Voici plusieurs parties des quatre premières rondes.

Mise à jour du jeudi 9 août : 6 rondes complétées.


Choisissez une partie :

mercredi 8 août 2012

Chemin faisant, page 231

On va quelquefois au bagne à cause de son associé : pensez-y, belle Italie!

Tout ce qui est dit n'est plus à nous et ne peut plus, hélas! le redevenir.

Le coeur fait irruption dans l'âme, et c'est alors que commence le combat.

La langue Italienne sent le boudoir, le baiser entre deux portes.

Être au goût de tous, ce serait si peu flatteur !

L'insulte n'est pas l'ironie ; l'ironie, c'est l'insulte habillée.

Rien n'est agréable comme un couvert intime : en sortir pour donner de grands dîners, c'est comprendre combien il est dur de faire de la clientèle au lieu de faire de la science ou de l'art.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Bibite

Une des nombreuses bestioles qui nous entourent.



mardi 7 août 2012

Chemin faisant, page 230

Un monsieur s'arrête devant un portrait exposé à une devanture : « Tiens, c'est ma première femme! » Avis aux intéressées.

Que je plains ceux que n'éclaire pas, dans leurs heures sombres, le grand jour de l'éternité !

L'infidélité, c'est encore une des plus aimables fautes à pardonner à son mari, quand il y met de la courtoisie.

Une accusation oblige toujours à s'interroger pour peu qu'on soit honnête.

La vanité est riche de tout ce qu'elle emprunte.

Le bonheur manqué et le bonheur perdu ne se pleurent pas de la même manière.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 6 août 2012

Chemin faisant, page 229

Les filles millionnaires sont un bon terrain pour le scepticisme; en elles la pauvreté se venge.

Une des supériorités de la violette c'est de venir la première.

Les conquêtes sont comme les grandes fortunes; tout cela coûte fort cher.

Que de fervents chrétiens dans le succès seraient des âmes tièdes dans le sacrifice !

On loge le souvenir ici ou là, dans une larme ou dans un sourire, qu'importe? pourvu qu'on le cultive.

On ne peut juger qu'avec ses sentiments, on peut agir avec ceux des autres.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 5 août 2012

Chemin faisant, page 228

Il y a des époques où l'on est repris violemment du mal de son mal, du désir de son désir, du regret de son regret.

Le don est comme la prière, il doit sortir du coeur sans contrainte.

La fille corrigeant la mère en fait d'illusions, cela se voit.

J'entends des gens me dire : « Je me suis fait une douce violence. » Moi, je n'en ai jamais connu de douce.

Il est bien moins difficile de concevoir le bien que de le proportionner.

Les très belles utopies ont le sort des ongles trop longs ; elles se brisent au premier contact.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 4 août 2012

Chemin faisant, page 227

Le courage est comme l'enfant, il croit tout possible.

Il ne faut pas aller plus profond que la profondeur pour rester dans la lumière, ni plus bas que le puits pour trouver l'eau.

Le regret est un vivant qui se pleure sur un mort.

Je crois, donc j'accepte.

Une habitude est comme l'angora de la maison; elle grimpe sur notre dos sans que nous la sentions.

Quelque timide qu'on soit devant son public, on ne peut cependant pas, quand on n'en vit pas, éprouver les émotions de la mariée devant l'autel.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 3 août 2012

Chemin faisant, page 226

Soupirer, c'est appeler.

La grâce n'a pas peur de la beauté ; la beauté a peur de la grâce.

La vieillesse est en gare ; elle n'a plus qu'à attendre.

La générosité trouve sa science dans son coeur.

La vraie jalousie n'est pas orgueilleuse ; ce ne sera jamais son défaut.

Le jour est fatigué, ses yeux se ferment, tout pâlit; c'est le soir.

Mourir en penchant sa tête sur l'éternité, c'est s'endormir sur les genoux de sa mère.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 2 août 2012

Miette 64 : Faire la barbe à quelqu'un

La fierté

Faire la barbe à quelqu'un.

Sommaire. - Apanage des divinités. - Dieux barbus, prophètes barbus, grands prêtres barbus. - La barbe chez les sauvages. - Plus de barbe, plus d'autorité. - Le serment de l'empereur Cbarlemagne. - Hemi III brave l'opinion. - Un bouc et Platon. - Le « menton bleu » obligatoire. - La reine n'est pas rasée!

Du côté de la barbe est la toute-puissance.

Cette vérité a pris naissance à l'origine des siècles. Aussitôt que le monde eut atteint l'âge de raison, on représenta la divinité avec une barbe luxuriante. Que ce soit Jéhovah, que ce soient Jupiter, Neptune, Pluton, Vulcain ou autres dieux païens, tous avaient le menton somptueusement orné.

C'est ainsi qu'on entendait proclamer la force et le pouvoir. Suivre un aussi bel exemple était bien tentant; aussi les hommes n'ont eu garde d'y manquer. Prophètes, grands prêtres, et autres meneurs de peuples portaient cet insigne indéniable de la domination. La coutume en a duré bien longtemps ; de nos jours encore, pour en imposer aux peuplades sauvages ou aux peuples encore naïfs, nos soldats et nos missionnaires portent leur barbe aussi longue et aussi touffue que la nature le leur permet.

Si l'on s'était avisé de supprimer à quelqu'un cet imposant emblème, si on l'avait rasé, si on lui avait fait la barbe; ce quelqu'un était désormais privé du signe auquel s'attache l'idée de valeur et de considération; il était ravalé au rang du vulgaire, et perdait toute supériorité. L'expression en est passée dans la langue courante avec l'idée qui s'y attachait et faire la barbe à quelqu'un est devenu synonyme de bafouer, ridiculiser, abaisser.

Le serment ordinaire de Charlemagne était : « Je jure par Saint-Denis et par cette barbe qui me pend au menton! »

Nos rois Mérovingiens, Carlovingiens et les premiers Capétiens suivirent longtemps cet usage. Quelques-uns s'en affranchirent; l'un d'eux, Henri III, eut à subir la critique pour avoir eu la fantaisie, portant déjà une toque de femme, de s'être fait couper la barbe. D'Aubigné lui décocha pour la peine cette sanglante satire :

Avoir le menton raz,
Le geste efféminé, l'oeil d'un Sardanapale,
Si bien qu'un jour des Rois, ce douteux animal
Sans cervelle, sans front parut tel en un bal.

Cette sévère appréciation n'a pas les suffrages de tous. Certains estiment exagéré l'honneur fait à la barbe et ne craignent pas d'en plaisanter.

Pour posséder la sagesse suprême
Il faut avoir force barbe au menton,
Un bouc barbu pourra, par cela même,
Nous tenir lieu du sublime Platon.1

D'aucuns considèrent qu'il convient de se raser peu ou prou par respect pour soi-même et pour les autres.

De nos jours chacun se barbifie à son gré et n'encourt aucun risque d'accommoder sa figure comme il lui plaît.

Seuls, de par leur profession, les comédiens sont obligés au menton bleu, afin de pouvoir y adapter tel postiche exigé par le personnage représenté.

Je ne sais comment s'y prenaient les demoiselles de Saint-Cyr, quand, sous la direction de Mme de Maintenon, elles interprétaient les rôles de grands-prêtres dans les tragédies de Racine ; mais j'ai lu, chez un conteur d'histoires, qu'à la cour du roi Charles II d'Angleterre les moeurs étaient si sévères qu'on ne permettait pas aux femmes de monter sur les planches d'un théâtre. Les rôles féminins étaient attribués à des jeunes gens.

Un soir que la représentation tardait à commencer, le roi impatienté en demanda le motif : « Excusez-nous, Sire, répond le directeur du théâtre, mais la reine... n'est pas encore rasée! »


1 Anthologie grecque.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 225

L'estime est froide; comme à la Naïade, on a presque envie de lui jeter un drap chaud.

Chacun à sa place : les frileux auprès du poêle, les Spartiates à la brèche.

J'aime mieux un livre mauvais qu'une mauvaise traduction.

Chacun crée des héros et des héroïnes à sa mesure.

Il est des gens près desquels il est bien facile de rester classique; ils tentent si peu notre fantaisie.

Quand on est dans son devoir, comme on se sent bien dans sa peau !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 1 août 2012

Chemin faisant, page 224

C'est une faveur de manger la première salade du potager.

Il y a des gens qui n'ont jamais besoin de permissions ; ils se les accordent.

C'est un luxe et une misère que de pouvoir s'exposer.

Mars est le mois des violettes et des congestions, car la nature crée d'une main et tue de l'autre.

Personne n'est sans but ici-bas, puisque chacun de nous a une âme à sauver.

On peut être profondément et sincèrement reconnaissant d'un oubli.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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