Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 25 octobre 2006

Deviens ce que tu es

Un matin de février 2005.

J'étais seul dans la salle du personnel, me versant un thé. Nathalie, secrétaire au service, entre pour mettre son dîner au frigo.

- Tu as l'air un peu fatigué. La fin de semaine a été dure ?

- (En souriant) J'ai aidé mes parents hier à donner les cours de danse.

- Tu es danseuse ???

- Ben oui ! Depuis plusieurs années, mes parents ont une école de danse sociale. As-tu déjà suivi des cours ?

- Eh! Eh! CERTAINEMENT PAS!

- Pourtant, tu devrais... c'est une merveilleuse activité.

Le lendemain.

Nathalie passait devant mon bureau. Je l'arrête.

- Dis donc, comment ça se passe dans les cours de danse ?

Et elle a pris plusieurs minutes pour m'expliquer la chose. Puis, vers la fin de la conversation :

- Pourquoi m'as-tu posé la question ? T'as l'intention d'en prendre ?

- En fait, j'ai dormi un peu là-dessus, et je me disais que PEUT-ÊTRE, mais vraiment PEUT-ÊTRE, ce serait un beau cadeau d'anniversaire à offrir à Marie. C'est-à-dire que je pourrais lui offrir une session de cours avec la personne de son choix...

- Et cette personne ce serait toi ?

- Ben, au cas où elle me choisirait, il faudrait que je sois prêt à subir la chose...

- Subir ? Pourtant, je te l'assure, tu vas ben aimer ça.

Et la voilà repartie sur d'autres explications.

Comme l'anniversaire de Marie est en août, j'avais du temps pour réfléchir à ce cadeau potentiel.

Pendant tout le mois de mars, j'ai interrogé mes collègues de travail : avez vous déjà suivi des cours de danse ? Avez-vous aimé ça ? C'est comment? etc.

Fin mars

J'étais décidé. Et j'annonçais à Marie que, pour la toute première fois de ma vie, je savais plusieurs mois à l'avance quel serait son cadeau d'anniversaire. Elle m'a regardé, étonnée. N'est-il pas bon qu'après 30 ans de mariage, on puisse encore surprendre son épouse ?

- Et n'essaie pas de savoir. JAMAIS tu ne pourras deviner.

À part quelques collègues, la seule personne au courant était Aurélie. Il fallait bien que j'ai son opinion sur la qualité du cadeau. Mais elle m'a assuré que sa mère serait extrêmement heureuse de la chose.

Pendant ce temps, sur ABC, la première saison de Dancing with the Stars débutait. Je me rappelle un commentaire de Marie :

- Chéri, on devrait suivre de cours de danse...

- Es-tu folle ? C'est pas pour moi ce genre de quétaineries.

Soupir de Marie. Il fallait bien qu'elle se résigne à accepter mes préjugés. Je riais intérieurement. Aurélie aussi.

Fin août 2005.

En coupant le gâteau, Marie ouvre une petite enveloppe. Froncement de sourcils.

- Je comprends pas...

- Ben voyons cocotte, c'est une session de cours de danse sociale que je t'offre. Du cha cha, rumba, valse, tout le kit quoi ! Avec qui tu veux. Évidemment, j'espère que tu vas d'abord m'offrir la place, fis-je charmeur.

La surprise était de taille. D'ailleurs, TOUT le monde était surpris. Était-il possible que Gilles Jobin apprenne à danser ???

Nous en sommes maintenant dans notre troisième session. Je suis tombé en amour avec cette activité. Mon seul et immense regret est de ne pas m'y être mis plus tôt ; c'est tellement difficile de passer par dessus celui que l'on croit être...

Allez ! je commence une nouvelle catégorie : danseries.

mardi 24 octobre 2006

Rompre en visière

Dans L'Homme singulier (1764) de Destouches, on trouve à l'acte 3, scène 7 :
Un sage suit la mode, et tout bas il s'en moque;
Il déteste l'erreur, le vice, les abus,
Mais sans rompre en visière aux hommes corrompus.
Qu'est-ce que rompre en visière ? Antidote nous répond :
rompre en visière avec qqn : le contredire avec force, en face.

Dans Le dictionnaire de L'ACADÉMIE FRANÇAISE, 5ème Edition, 1798, on trouve une explication : « Rompre en visière, se disoit autrefois au propre, quand un Gendarme rompoit sa lance dans la visière de celui contre qui il couroit; et il signifie figurément, Attaquer, contredire quelqu'un en face, brusquement et violemment. Il lui rompit en visière. »

Les cartes heuristiques

La Bulle, site d'intérêt autour du logiciel Inspiration et de sa communauté vient d'être lancé. Ce logiciel ne roule pas sous Linux, je ne le possède donc pas. Mais l'idée de cartes heuristiques en éducation est très intéressante. J'ai donc visité le site pour voir si certains projets seraient adaptables à mon environnement. La galerie offre une petite illustration des projets, illustrations toujours trop petites pour qu'on puisse y discerner le contenu de la carte. Il faut donc télécharger pour voir de quoi il en retourne. J'aurais bien aimé voir les cartes en maths... Peut-être qu'un jour les auteurs du site permettront un agrandissement de ces images ?

Mais...

Mais dans le boîte à outils, on offre une liste de liens utiles.. Et c'est de là que je suis tombé sur la page de l'Académie Montpellier consacrée aux cartes heuristiques et la prise de notes. Les exemples sont visibles en PDF et même, parfois, en version cliquable en ligne. De plus, les cartes sont créées en Freemind qui fonctionne vraiment bien sous Linux (entre autres !). Par les exemples autour de la prise de notes, on voit assez bien pourquoi chaque élève devrait avoir en tout temps un ordinateur à sa disposition.

vendredi 20 octobre 2006

ConsommActeur

Il y a deux sortes d'utilisateurs : Le consommateur et le consommActeur.

« Par ConsommActeur, il est entendu que le consommateur entre de plus en plus dans la chaîne de la valeur où il prend notamment une part active dans la finition des produits ou des services, mais également dans des formes plus élaborées comme la co-création. » Lire ici (pdf).

Lentement, la société compte de plus en plus de consommActeurs. Dans le monde de l'informatique, Linux permet de le devenir.

jeudi 19 octobre 2006

Mon utopie (Jacquard)

Alors oui, l'École continue tout le long d'une vie. Une culture bloquée sur un temps scolaire est la négation même de la culture scientifique. Il n'y a de science que par une École permanente. C'est cette école que la science doit fonder. Alors les intérêts sociaux seront définitivement inversés : la Société sera faite pour l'École et non pas l'École pour la Société.
G. Bachelard, La formation de l'esprit scientifique, 1938



[Sur un schéma où] chaque humain est un point, il faut dessiner des flèches allant de l'un à l'autre et de l'autre à l'un. La réalité d'une collectivité est dans l'entrelacs de ces flèches.
Éduquer, c'est apporter du contenu à ces liens, c'est créer des réciprocités, c'est proposer à chacun d'être l'un des dépositaires du trésor collectif, d'être de ceux qui l'enrichiront, d'être aussi face à la génération suivante, un passeur de témoin. (p. 158)

La cité idéale est celle où tout est école. (p. 160)

L'éducation est semblable à un art; elle est une création perpétuelle qui progresse en provoquant des rencontres toujours nouvelles. [...] Le système éducatif peut donc être défini comme le lieu où l'on enseigne et où l'on pratique l'art de la rencontre. (p. 163)

Or l'éducation n'a nul besoin de palmarès. À quoi peut bien servir le constat que l'élève X est « meilleur » que l'élève Y ? Ce besoin est arbitrairement suggéré par la société, qui propose en effet à chacun de se contenter du confort intellectuel qu'apporte la soumission à de multiples hiérarchies. Elle nous fait admettre qu'un parcours de vie se résume à un enchaînement de sélections. Pour jour véritablement son rôle, l'école devrait tout au contraire tenir compte du potentiel créateur de chacun. (p. 168)

Le risque est grand que l'on réfléchisse à l'éducation avec une mentalité d'ingénieur s'efforçant de produire des objets définis avec précision, ou avec un regard d'économiste, de comptable, s'efforçant de dégager la meilleure rentabilité. (p. 170)

Les examens, considérés comme des événements importants qui rythment la succession des trimestres, y tiennent une place démesurée. Charles Pepinster, du GBEN, a calculé que, compte tenu de leur préparation et de leur correction, ils représentent une durée totale de deux années sur les douze des études primaires et secondaires. Ce sont deux années inutilement consacrées non à aider les élèves, à les faire progresser mais à les juger, les sélectionner, les exclure. (p. 183)

[...] La liberté de chacun ne peut s'épanouir que si la société ne possède pas trop d'informations sur lui. « Je suis celui que l'on me croit », dit un personnage de Pirandello. Mieux encore serait : « Laissez-moi devenir celui que je choisis d'être. »(p.193)

mercredi 18 octobre 2006

Le succès

Succès : Sert aux hommes de piédestal. Il les fait paraître plus grands.
Joseph Joubert

Remarque : Cette conversation date de quelques années.

- J'ai revu un ancien élève, me lança un collègue de travail.

- Et?

- Il a trouvé un très bon boulot. Et il m'a remercié d'avoir été rigoureux avec lui. Il m'a même dit que c'était un peu beaucoup grâce à moi s'il avait obtenu son diplôme. Il me semble que ça fait du bien de voir des élèves réussir grâce à nos efforts.

Comme je ne réagissais pas, mon collègue m'a demandé :

- Tu n'es pas d'accord que ça fait du bien à notre égo?

- Non.

- ???

- Tu sais, lui dis-je, je travaille avec ceux qui en arrachent, ceux qui « l'ont facile », ceux qui ne croient pas en eux, ceux qui sont superintelligents, ceux qui sont démunis.... Et je mets des d'efforts avec eux tous. Ma satisfaction au travail ne dépend pas du succès de mes élèves. Il faut juste que je me dise, à la fin de la journée, « voilà, j'ai fait, aujourd'hui, tout ce que je pouvais faire pour cette personne. » Le reste ne m'appartient pas.

Le Judas de Léonard

Dernier roman de Perutz, Le Judas de Léonard est une fort agréable lecture. Pour sa peinture de la cène, Léonard de Vinci cherche le bon visage, celui dont les traits répondraient « au péché d'orgueil qui conduisit Judas à trahir l'amour qu'il éprouvait. » Joachim Behaim deviendra son Judas, et c'est son histoire que Perutz raconte. L'une des jolies citations du livre se trouve en page 233 où l'auteur met ces mots dans la bouche de Léonard :
« Je ne sers ni duc ni prince, et je n'appartiens à aucune ville, à aucun pays, aucun royaume. Je ne sers que ma passion d'observer, de comprendre, d'ordonner et de créer, et je n'appartiens qu'à mon oeuvre. »

mardi 17 octobre 2006

Regard intuitif sur la notion de compétence

Mozart était-il un musicien compétent ? Picasso était-il un peintre compétent ? Euler, un mathématicien compétent ? Et Einstein, parle-t-on de lui en lui affublant le titre de physicien compétent ?

Par contre, le chirurgien qui m'a débloqué des artères était compétent. C'est toujours un mécanicien compétent qui répare ma voiture. Et j'aime bien savoir que le pilote d'avion est compétent à diriger son appareil. Je veux aussi que l'enseignant qui enseigne à mes enfants soit compétent et l'horticulteur compétent me donne des conseils judicieux et adaptés aux caractéristiques de mon jardin.

Compétence et professionnalisme. Prenons le cas du chirurgien. En fait, peu m'importait qui réalisait l'opération. Je ne désirais qu'un type qui « connaisse son affaire » (la compétence) et qui en même temps, porte toute son attention sur son travail (son professionnalisme) de manière à ne pas m'envoyer ad patres pour une simple - mais ô combien possible - erreur de manipulation !

Kundera. Kundera - qui écrit aussi en français - est-il un écrivain compétent ? Il doit certainement mobiliser une tonne de ressources pour écrire comme il le fait, mais cela en fait-il un auteur compétent ? Comparons au journaliste, peu importe le journaliste, car, justement, ce qu'on cherche chez lui n'est pas de l'écriture, mais bien de la compétence à rapporter par écrit les choses ! On remarque d'ailleurs que presque tout est pareil dans un article de journal. Les journalistes apprennent leur métier sur les bancs d'école. Et ils apprennent tous la même chose. En ce sens, ils sont interchangeables. C'est un peu comme le chirurgien : on se fout de qui il est. On ne veut que sa compétence à exécuter sa tâche. Interchangeable : quand disparaîtra Kundera, ce ne sera pas une compétence qu'on perdra, mais bien un potentiel unique de créativité.

Donc, intuitivement, un être compétent mobilise certaines ressources pour réaliser (ou tenter de réaliser) une tâche qui implique généralement un certain risque. Par exemple, le journaliste qui déconne se fera rapidement « rentré d'dans ». Un chirurgien qui gaffe peut causer un tort irréparable. Et un pilote d'avion qui effectue un mauvais atterrissage met en péril tout l'équipage. Quant au plombier qui installe mon chauffe-eau, il doit s'assurer d'une foule de normes de sécurité.

Mais...

Mais je préfère, et de loin, un chirurgien qui aura pris le temps de m'expliquer le problème et sa solution. Donc, une personne qui me considérera comme capable de comprendre ce qui m'arrive. Je préfère aussi un chirurgien capable de consulter des collègues et de coopérer avec eux.

À compétences égales, je vais choisir un mécanicien qui prend de temps de m'expliquer en termes simples les problèmes de ma voiture, qui peut me suggérer des solutions et qui fera confiance à ma capacité de comprendre.

Quant aux journalistes, je ne sais pas... Ce sont des gens spécialisés pour répéter ce que d'autres disent. Et, tout bon élève sait cela, il n'y a pas 156 manières de répéter...

Et à l'école, une compétence, c'est quoi ?

En fait, dans le domaine intellectuel, il me semble que le terme de compétence s'applique mal. Pour reprendre plus haut, pourrait-on dire qu'Einstein était compétent à résoudre des problèmes mathématiques ? On peut sans doute répondre oui (et alors, en bon enseignant, il faudra bien le noter !), mais on sent que ce n'est pas tout à fait cela. Il a passé près de 50 ans de sa vie à vouloir démontrer que le monde est déterministe. Sans réussir. Cela en fait-il un incompétent ? Einstein réfléchissait à partir de concepts très abstraits. Peut-on être compétent à réfléchir ?

Chopin n'a pas composé de symphonie. Par contre, Beethoven... Ce dernier est-il plus compétent que le premier ? Viendrait-il à l'idée d'un critique de comparer les compétences d'un Miro à celles d'un Picasso? Comme en sciences, on dirait qu'on peut difficilement parler de compétences en art. Donc, à l'école, une compétence, c'est quoi ???

Sincèrement, je pense que le MELS n'avait pas de mot adéquat pour décrire ce qu'on attend de nos élèves. Rappelez-vous, dans une première version du programme, fin 90, il était question de capacités. La compétence, c'est être capable de se débrouiller avec des connaissances, et entre autres, être capable de s'ajouter des connaissances, et, surtout, de reconnaître qu'on doive s'en rajouter et de trouver de bons moyens pour le faire.

En ce sens, apprendre à écrire des textes variés veut simplement dire que je dois apprendre à écrire une lettre d'un certain type si je dois m'adresser à une certaine personne, et d'un autre type si mon propos s'adresse à une tout autre personne. Je dois comprendre que l'écriture d'un roman, d'un poème, d'une note à mon boss, d'un billet sur un blogue ou d'une réponse sur un forum, ce n'est pas la même chose et, qu'en même temps, c'est la même chose. Je dois m'habiliter à faire des rapprochements (le fameux transfert), à différencier les choses et à juger de ce que je dois apprendre pour mieux les faire. C'est aussi se donner les moyens de reconnaître une nouvelle forme d'écriture qui, au moment des apprentissages, n'existait pas encore.

Quant aux transversales, c'est le gros plus (+) de mon chirurgien à l'écoute ou de mon mécanicien humain.

Je trouve curieux ce débat qui oppose les connaissances aux compétences. Veut-on remplir des têtes sans savoir ce que les élèves peuvent mobiliser à partir de ce plein ? Veut-on d'un parfait solutionneur de problèmes mathématiques qui n'a aucune connaissance mathématique ?

Pour tous ceux qui aimeraient comprendre ce qu'est apprendre par compétences, voici ce que je vous suggère :
  • Choisissez un instrument de musique dont vous ignorez absolument tout. (Dans mon cas, à 32 ans, j'ai reçu un beau piano : je ne savais même pas ce que représentaient les touches blanches et noires. Par contre, j'avais déjà fait de la flûte à bec.)
  • Donnez-vous une semaine pour apprendre une pièce de première année du conservatoire.
  • Notez, décrivez vos apprentissages.
  • Revenez faire part de vos découvertes !

Citation du jour

À vouloir trop réfléchir à la place des gens, on finit par croire que l'on sait comment ils pensent ; et en général, on se trompe...
Ange-Gabriel C. dans l'article Ubuntu veut-il devenir le prochain Microsoft ?

lundi 16 octobre 2006

Le zéro de Jacquard

[...] comprendre est une façon de regarder. [...] comprendre est une attitude.
Clarice Lispector, Le bâtisseur de ruines.


Dans Mon utopie (2006), Albert Jacquard consacre une petite section à l'arithmétique. Il indique comment certains mathématiciens s'y prennent pour enseigner le concept du nombre. Je transcris le passage :
- Voici deux tas, un tas de cuillers, un tas de fourchettes; faites-vous une différence entre eux ?
- Certes.
- J'enlève quelques cuillers et quelques fourchettes, faites-vous encore une différence ?
- Bien sûr.
- Je continue à vous poser la question et enlève chaque fois quelques cuillers et quelques fourchettes. Vient l'instant où il n'y a plus ni les unes ni les autres, faites-vous encore une différence ?
- Réflexion faite, non : il n'y a pas de différence entre un tas de fourchettes dont tous les éléments ont été enlevés et un tas de cuillers dont...
- Bravo; vous venez de définir les deux premiers nombres : zéro, c'est l'ensemble vide, et un, c'est l'ensemble des ensembles vides, qui lui n'est pas vide et dont vous venez d'affirmer que tous ses éléments sont identiques.
La question du début (faites-vous une différence) est tellement banale. Pourtant, lorsqu'il ne reste plus rien, la question devient intéressante : elle déstabilise intelligemment. Conflit cognitif diront plusieurs. Pour moi, il s'agit là d'une expérience mathématique. Certaines, comme celle-ci, sont fructueuses.

dimanche 15 octobre 2006

De l'indifférence

Extraits du Précis de décomposition de Cioran, 1949.

En elle-même, toute idée est neutre, ou devrait l’être ; mais l’homme l’anime, y projette ses flammes et ses démences ; impure, transformée en croyance, elle s’insère dans le temps, prend figure d’événement : le passage de la logique à l’épilepsie est consommé… Ainsi naissent les idéologies, les doctrines, et les farces sanglantes.
Idolâtres par instinct, nous convertissons en inconditionné les objets de nos songes et de nos intérêts. L’histoire n’est qu’un défilé de faux Absolus, une succession de temples élevés à des prétextes, un avilissement de l’esprit devant l’Improbable. Lors même qu’il s’éloigne de la religion, l’homme y demeure assujetti ; s’épuisant à forger des simulacres de dieux, il les adopte ensuite fiévreusement : son besoin de fiction, de mythologie triomphe de l’évidence et du ridicule. Sa puissance d'adorer est responsable de tous ses crimes : celui qui aime indûment un dieu, contraint les autres à l'aimer, en attendant de les exterminer s'ils s'y refusent. Point d’intolérance, d’intransigeance idéologique ou de prosélytisme qui ne révèlent le fond bestial de l’enthousiasme. Que l’homme perde sa faculté d’indifférence : il devient un assassin virtuel ; qu’il transforme son idée en dieu : les conséquences en sont incalculables.

L'envie de devenir source d'événements agit sur chacun comme un désordre mental ou comme une malédiction voulue. La société, - un enfer de sauveurs ! Ce qu'y cherchait Diogène avec sa lanterne, c'était un indifférent...

[...] Toute foi exerce une forme de terreur, d'autant plus effroyable que les « purs » en sont les agents. On se méfie des finauds, des fripons, des farceurs ; pourtant on ne saurait leur imputer aucune des grandes convulsions de l'histoire ; ne croyant en rien, ils ne fouillent pas vos coeurs, ni vos arrières-pensées  ils vous abandonnent à votre nonchalance, à votre désespoir ou à votre inutilité ; l'humanité leur doit le peu de moments de prospérité qu'elle connut : ce sont eux qui sauvent les peuples que les fanatiques torturent et que les « idéalistes » ruinent.

Dans tout homme sommeille un prophète, et quand il s'éveille il y a un peu plus de mal dans le monde...

Clonerie

Si j'avais le génie de ce monsieur, il me semble que je choisirais Claudia Schiffer ou Nicole Kidman...

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