Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 26 janvier 2005

Citations (Thème : éducation; «mood» : sombre)

[..] presque tous les enfants sont des poètes, c'est-à-dire qu'ils ont souvent un sens assez profond du mystère; ils sont dans un monde un peu comme des étrangers qui arrivent dans un pays où ils n'avaient jamais mis les pieds, et ils regardent autour d'eux avec beaucoup d'étonnement. Le but de l'éducation est de faire peu à peu disparaître cet étonnement en expliquant à l'enfant le sens de ce qui l'étonne. Et peu à peu il grandit et se sent tout à fait chez lui dans un monde où plus rien ne peut l'étonner. Et c'est ainsi que meurent les poètes.
Julien Green (Mon premier livre en anglais, p.63, in L'apprenti psychiatre, Livre de Poche n° 5006)

Dans le monde entier, l'école nuit à l'éducation parce qu'on la considère comme seule capable de s'en charger.
Ivan Illich (Une société sans école, trad. Gérard Durand, p. 22, Éd. du Seuil, coll. Points n° 117)

L'école est une institution fondée sur l'axiome que l'éducation est le résultat d'un enseignement.
Ivan Illich (Une société sans école, trad. Gérard Durand, p. 56, Éd. du Seuil, coll. Points n° 117)

Il est remarquable que l'éducation qui vise à communiquer les connaissances soit aveugle sur ce qu'est la connaissance humaine, ses dispositifs, ses infirmités, ses difficultés, ses propensions à l'erreur comme à l'illusion, et ne se préoccupe nullement de faire connaître ce qu'est connaître.
Edgar Morin (Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur, p.11, Seuil 2000)

Bien peu de ceux qui auraient l'imagination, la créativité, le dynamisme nécessaire pour innover réellement se tournent vers le domaine de l'éducation. De ceux qui y sont entrés, beaucoup le quittent par déception. En matière d'éducation, le conservatisme est devenu un phénomène social qui se perpétue de lui-même.
Seymour Papert (Jaillissement de l'esprit, Champs-Flammarion/210, trad. Rose-Marie Vassallo-Villaneau)

Nous acquérons, par l'éducation, des connaissances éphémères et des répugnances tenaces.
Jean Rostand (Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 48)

La résignation à l'emmerdement est un des premiers acquis de l'éducation.
Edgar Morin (Le vif du sujet, p.177, Points/Seuil n°137)

Dans l'éducation, la notion d'obstacle pédagogique est également méconnue. J'ai souvent été frappé du fait que les professeurs de sciences, plus encore que les autres si c'est possible, ne comprennent pas qu'on ne comprenne pas. Peu nombreux sont ceux qui ont creusé la psychologie de l'erreur, de l'ignorance et de l'irréflexion. [...] Les professeurs de sciences imaginent que l'esprit commence comme une leçon, qu'on peut toujours refaire une culture nonchalante en redoublant une classe, qu'on peut faire comprendre une démonstration en la répétant point pour point. Ils n'ont pas réfléchi au fait que l'adolescent arrive dans la classe de Physique avec des connaissances empiriques déjà constituées : il s'agit alors, non pas d'acquérir une culture expérimentale, mais bien de changer de culture expérimentale, de renverser les obstacles déjà amoncelés par la vie quotidienne.
Gaston Bachelard (La formation de l'esprit scientifique, p.18, Librairie Philosophique J. Vrin, 1970)

Au cours d'une carrière déjà longue et diverse, je n'ai jamais vu un éducateur changer de méthode d'éducation. Un éducateur n'a pas le sens de l'échec précisément parce qu'il se croit un maître. Qui enseigne commande.
Gaston Bachelard (La formation de l'esprit scientifique, p.19, Librairie Philosophique J. Vrin, 1970)

Vandel écrit fort justement : « L'éducation est une méthode embryologique qui, au lieu de s'exercer sur l'embryon, s'applique à l'enfant ».
Hélas, les pédagogues font trop souvent de la tératogenèse provoquée.
Jean Rostand (Carnet d'un biologiste, p.56, Stock, 1959)
[Tératogenèse: Production, création d'anomalies ou de monstruosités. GGJ]

Estimer/douter

Je viens tout juste de me rendre compte que l'estimation du résultat dans un calcul (ça devrait donner à peu près cela...) est très similaire au doute dans le processus d'écriture (est-ce bien ainsi qu'on écrit ce mot ?)

dimanche 23 janvier 2005

Comprendre

Mon expérience personnelle comme mon expérience de professeur me font mettre en doute l'intérêt de comprendre rapidement. Comprendre, c'est créer en soi une structure mentale; ce ne peut être qu'une longue construction. L'élève qui déclare « je n'ai pas compris » fait preuve d'une vive intelligence. Il comprend qu'il n'a pas compris; et c'est ce qu'il y a de plus difficile à admettre.
Albert JACQUARD, Idées vécues, Paris, Flammarion, 1989, p. 146.

Citation tirée de la citathèque de ce site.

vendredi 21 janvier 2005

Avec des si...

Paris est un peu loin. Il me semble que j'aurais aimé m'inscrire à ce cours.

jeudi 20 janvier 2005

Nouvel arrivage

De la librairie La Canopée, via Abebooks.fr, Figure I, Seuils et Palimpsestes tous trois de Genette et La fleur du temps qui est le journal 1983-1987 de Claude Roy. Les livres sont en parfaite condition. C'est à se demander s'ils étaient vraiment chez un bouquiniste !

Je feuillette, je glane... Tout indique que je vais lire de front le Roy et Seuils.

Glanures
« Les produits de l'art et ceux de la nature n'ont d'autre raison d'être, d'autre dignité que d'illustrer un langage : la réalité n'est qu'un ornement du discours. » (Figures I, p. 175)

« L'hypertexte, c'est bien connu, attire l'hypertexte. » (Palimpsestes, p.522)

« De ce même fait (que l'épigraphe est une citation), il suit que son attribution pose deux questions en principe distinctes, mais dont aucune n'est aussi simple qu'il n'y paraît : qui est l'auteur, réel ou putatif, du texte cité ? qui choisit et propose ladite citation ? J'appellerai le premier l'épigraphé, le second l'épigrapheur, ou destinateur de l'épigraphe (son destinataire - sans doute le lecteur du texte - étant si l'on y tient l'épigraphaire). » (Seuils, p.153)

Les glanures ci-dessous sont tirées du Claude Roy.

« Ma bêtise ne me saute aux yeux qu'en me relisant : encore faut-il avoir écrit. » (p.101)
« Le voyageur voit. Le touriste toure. » (p. 144)
« L'honnêteté : la plus rare aujourd'hui, c'est celle qui consiste à écouter et comprendre ce que dit vraiment l'autre ou l'adversaire, au lieu de réfuter une caricature. » (p.205)
« Sur une tombe, la prière d'une sauterelle vaut celle d'un évêque. » (p.289)
« Le silence éternel de ces espaces infinis me repose du bruit de la télévision. » (p.342)
« Professeurs qui entrent dans un poème comme dans un moulin. » (p. 354)

Les sophismes

« Le sophisme donc c'est un truc dans une argumentation. Un truc habile. En fait ici il convient de rappeler que le but de l'argumentation, c'est de convaincre, et non pas, comme on pourrait le croire, d'établir la vérité. Les trucs logiques qui servent à convaincre ne sont pas les mêmes que ceux qui servent à établir la vérité. Donc souvent le sophisme est un argument totalement erronée mais qui a une apparence de vérité ou de rationalité. Ce n'est qu'une apparence, mais parfois c'est suffisant pour convaincre. Quant à la vérité... et bien la vérité, ç'est tout autre chose ! » (Pierre Couture, Introduction à la philo)

Et sur ce même site, vous trouverez un joli netquiz pour vérifier vos connaissances.

Autre page qui décrit quelques sophismes.

Idée. Demandez aux élèves de lire ces pages Internet. Certains, peut-être, feront le quiz. Demandez aux élèves de découvrir les sophismes dans les discours des politiciens, des journalistes, des enseignants, des parents. En faire une page web. L'idée n'est pas neuve.

mercredi 19 janvier 2005

La fumée (Trace d'un commentaire)

Commentaire que j'ai posé ici.

Cette question de liberté (je suis libre de faire ce que je veux vs je veux respirer de l'air sans fumée) est intéressante. Je pense qu'on ne peut plaider l'ignorance : fumer tue ! Or si un ami me fume dans la figure, je regrette, mais il me tue et il contribue à la charge énorme des soins de santé dans la province. Si cet ami veut se tuer, FINE ! mais il ne peut nier que fumer dans la même pièce que moi, c'est comme s'il voulait ma mort en me transmettant potentiellement une maladie du poumon. Finalement, je ne désire pas des amis ignorants des torts qu'ils peuvent causer, et je ne désire pas d'un ami qui me cause sciemment du tort. J'étends mon raisonnement à toute personne de notre société : ou elle est ignorante des problèmes qu'elle cause, auquel cas il faut l'éduquer, ou elle cause sciemment du tort, auquel cas il faut lui interdire de le faire.

Question aux fumeurs : vous venez de mettre au monde un enfant. Vous faites un petite fête chez vous pour souligner sa venue au monde. Plein de fumeurs, comme vous, dans la pièce. Et ça fume, ça fume... Laisseriez-vous votre enfant dans la pièce ? Laisseriez-vous votre enfant dans les bras d'un fumeur, cigarette au bec ? Bien sûr vous avez le droit de fumer. Mais le petit a le droit de respirer de l'air propre non ? Comme parent-fumeur, décidez-vous de protéger votre droit ou celui de votre enfant ? Il faut ensuite étendre votre raisonnement à toute la société... Mais j'en vois dont la solution serait de ne pas faire d'enfants... comme certains espèrent que tout endroit public ne le soit que pour eux.

mardi 18 janvier 2005

Les meilleurs vendeurs

Mon copain Pierre estime que je devrais lire le Da Vinci Code ? A-t-il raison ? A-t-il tort ? La réponse est simple : Oui, je devrais le lire car je pense qu'un auteur qui prend la peine d'écrire mérite au moins un lecteur. Pourquoi ne serait-ce pas moi ? Or, il se publie annuellement 50 000 bouquins, apprend-on dans un article de Libération, article où l'on parle de destruction de livres. (En passant, merci à Sébastien pour avoir signalé ce texte.) Les choix sont donc difficiles. Pourtant, j'hésite toujours à lire un best-seller. Ce qui ne m'empêche pas d'en acheter pour les offrir en cadeau. Ce fut le cas du Dan Brown que j'ai donné à ma mère à son anniversaire, sachant qu'elle adore ces livres grands publics.

Mes choix de lectures sont motivés par les suggestions des internautes qui visitent Au fil de mes lectures, par mes propres déambulations sur les sites/blogues littéraires ou tout simplement par le hasard des trouvailles chez les bouquinistes. Mais, curieusement, je reste réfractaire lorsque qu'on me propose un livre que tout le monde lit. Snobisme littéraire ? Peut-être en est-ce... Mais je pense surtout que mes lectures de « best-sellers » m'ont rarement plu. Par exemple, après les 30 premières pages de Harry Potter, je n'étais plus capable : je trouvais ça... tellement... ordinaire comme écriture... Idem pour les Fourmis de Weber. Je ne dis pas que ce sont de mauvais romains, loin de là. D'ailleurs qui suis-je pour en juger ? Je dis seulement que je n'éprouve pas de plaisir à les lire.

Ma fille Aurélie a lu le Da Vinci Code, en anglais (avant qu'il ne soit traduit) sur une suggestion de son prof... de français. Sa réaction ? « Oui, c'est bon... », sans plus. À 17 ans, elle est déjà une grande lectrice et je suis enclin à me fier à son jugement. Sa moue « sans plus » m'indiquait clairement que je pouvais remettre cette lecture à plus tard.

Une quotidiennerie

Un mot par jour est une suggestion trouvée sur le forum littérature de MSN, le seul forum du genre que je visite très régulièrement.

samedi 15 janvier 2005

Glanure

Le seul petit problème de la « société de l'information », c'est qu'on y véhicule quatre-vingt-dix pour cent de minables stupidités et neuf pour cent plus quelques décimales de gros mensonges. De la fraction réduite qui reste, il convient encore d'ôter les vérités plates ou déjà mortes, et vous verrez qu'il ne subsiste plus grand-chose comme espace de probabilité où une quelconque métaphysique puisse s'élaborer. Nous dirons tout bonnement que la société de l'information est la masse des mensonges autour de laquelle une nouvelle métaphysique critique se devra d'orbiter, en vue d'en dérégler les marées et les équinoxes, d'en transformer toute l'économie, afin de préparer l'émergence d'une nouvelle vérité.
Maurice G. Dantec, Le théâtre des opérations, p.539, Gallimard/Folio

vendredi 14 janvier 2005

Impression

Dans une banque, j'ai toujours l'impression d'y être floué.

jeudi 13 janvier 2005

Glanages

Je ne reçois presque plus de courrier réel. Mais cette semaine fut un peu particulière : trois petits colis livresques.

D'abord, deux livres, une gracieuseté des éditions AMG2 (France). C'est la première fois qu'un éditeur m'envoie des livres. J'ai cependant déjà reçu des bouquins envoyés directement par l'auteur. Dans ce colis, deux romans de SF : Ecce Norifumi et Morituri Norifumi de Jean-Marc Rivet. Lorsque j'étais à l'Université, j'ai lu énormément de SF. J'en ai deux ou trois cents ici. Depuis, plus rien ou presque. Ces deux romans me permettront de me remettre dans le genre. Merci M. Benoit !

Le second colis contenait un tout petit livre de 191 pages : La philosophie en 1500 citations dans la collection les abc du bac, Fernand Nathan 1963. J'ai acheté ce livre chez Book Dispensary via Abebooks.fr. Ce recueil de citations est divisé en chapitres, puis en sections. Par exemple, le chapitre 19 a pour titre Sensation et perceptions et contient les sections Perception et jugement avec une vingtaine de citations et la section Perception et forme avec 10 citations. Au lieu d'être groupées par mot concept/clé, les citations le sont par rubriques du programme de philosophie de 1960 en France. Les références exactes ne sont malheureusement pas toujours données.
Glanures
[Dans la section La culture, au sens humaniste.] «Instruction : des pierres dans un sac. Culture : une graine dans un pot.» (Chapelan, cité par Foulquié, Dictionnaire de la langue philosophique.)

[Section De l'émotion à la passion] «J'entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde.» (Éluard)

[Section L'État] «Vivre sa vie, c'est toujours gâcher la vie des autres.» (Herriot, Notes et Maximes.)
La quatrième de couverture contient plusieurs titres de cette collection dont, entre autres, Le Français en 1500 citations. Mais ma recherche du livre sur le web est restée infructueuse...

Toujours via Abebooks.fr, mais cette fois de la librairie À la bonne occasion de Québec, trois livres. D'abord, de Philippe Soupault, L'amitié, coll. notes et maximes, publié chez Hachette en 1965. Cette collection (notes et maximes) ne semble plus disponible en librairie. Il faut être assez chanceux pour la trouver chez un bouquiniste. Je possède cependant La conversation, d'André Maurois dont vous trouverez des citations ici.
Glanure

«On peut feindre l'amour, mais il est impossible de feindre l'amitié.» (p. 35).
Soupault est l'un des fondateurs du mouvement surréaliste.

Comme j'ai souvent rencontré plusieurs citations d'Édouard Herriot, j'étais à l'affut de son Notes et Maximes (tiens, tiens, le titre de la collection précédente) publié chez Hachette (tiens, tiens, l'éditeur du livre précédent), et, fantastiquement, À la bonne occasion en avait une copie. Herriot fut un politicien semble-t-il important en France dans la première moitié du 20e siècle. Google vous informera sur le personnage.
Glanures

«Dieu est une asymptote.»

«L'erreur des hommes sensibles dans la vie publique : ils pèsent à la balance de précision ce qu'il faudrait peser à la bascule.»

«Savoir ce que l'on veut, vouloir ce que l'on sait.»

«La pensée est comme la flamme ; elle ne se diminue pas en se communiquant.»
Finalement, mais non le moindre, l'Essai sur la psychologie de l'invention dans le domaine mathématique de Jacques Hadamard chez Albert Blanchard, 1959. J'ai lu ce livre dans les années 70, lorsque j'étais à l'Université Laval (sans doute emprunté à la bibliothèque du Vachon). Il est traduit de l'anglais par sa fille Jacqueline. Je ne sais pourquoi Hadamard n'a pas écrit directement son livre en français. Mes quelques recherches sur cette question n'ont pas abouti. Toujours est-il qu'en page 114, on y trouve cette très jolie phrase : «On a pu écrire depuis que la voie la plus courte et la meilleure entre deux vérités du domaine réel passe souvent par le domaine imaginaire.» Palle Jorgensen s'est interrogé sur cette phrase.

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