Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

dimanche 22 avril 2012

Chemin faisant, page 117

Attention devant qui tu pleures ; ne te désarme pas devant l'inconnu.

On est généralement prodigue en avril, quand les jeunes pousses se lèvent : j'ai connu un avare qui se rasait deux fois par semaine dans ce mois charmant.

Les déceptions sont comme les chauves-souris ; elles viennent furtivement.

Il ne faut pas vouloir écrire une pensée, il faut que la pensée force notre main.

L'amour qui analyse la chanson est déjà vieux.

Il y a des gens qui font avec notre douleur ce que certains gourmets font avec la salade; ils la tournent en tous sens par leurs questions, pour que le poivre et le vinaigre ne perdent rien de leur saveur.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 21 avril 2012

Miette 33 : Tout ce qui brille n'est pas or

La richesse

Tout ce qui brille n'est pas or.

Sommaire. - Brillant, luisant et reluisant. - Chalands et bestioles échaudés. - Grilles et panonceaux dorés. - Le dôme des Invalides. - La chaîne et la montre. - Somptueuse mise en scène. - Méfiez-vous.

D'après les Italiens : « Ogni lucciola non e fuoco : tout ver luisant n'est pas feu. » Nous disons aussi en français : Tout ce qui reluit n'est pas or. Oui, que cela brille, que cela luise ou reluise, certes tout n'est pas or, bien loin de là !

Ni ces magnifiques enseignes que les commerçants appliquent à qui mieux mieux à leurs boutiques et à leurs magasins pour attirer les chalands comme la lumière attire, la nuit, les bestioles ailées (les uns et les autres sont bien souvent échaudés) ; ni les luxuriants panonceaux des officiers ministériels, notaires, etc., invitant le public à profiter de leur expérience, à titre plus onéreux que gratuit, bien entendu; ni les belles grilles de nos jardins et de nos monuments publics, dont le fer de lance miroite agréablement aux yeux; ni même le dôme des Invalides, dont la coupole élégante et grandiose à la fois reflète les éclatants rayons du soleil; ni la montre et la chaîne en or que le camelot, sur sa grosse main, protégée prudemment d'un papier soie, présente pour dix centimes à la joie des enfants et à la tranquillité des parents; ni les décors, ni la mise en scène de théâtre qui fait défiler à vos yeux éblouis de somptueuses théories de guerriers, de danseuses, de figurants aux habits chamarrés, aux armures étincelantes, non, nies amis, rien de tout cela, qui brille, qui reluit, qui scintille, qui charme, qui fascine, qui captive, qui enthousiasme, qui donne des rêves dorés la nuit, et des souhaits de grandeur et de richesse le jour, non rien de tout cela n'est or! C'est du simili, du clinquant, du faux, n'ayez pas d'illusion à cet égard.

L'or est un métal précieux, suivant la définition de la charade ; on ne le prodigue pas, il ne court pas les rues ; ceux qui en ont le gardent jalousement dans leurs coffres-forts et ne l'exposent pas à tout venant.

Méfiez-vous donc de ce qui brille et de ce qui reluit, ce n'est pas de l'or!

« O formose puer, nimium ne crede colori1 : O bel enfant! ne vous en rapportez pas trop à la couleur !»


1 Virgile, deuxième Églogue.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 116

Entre relations, il est doux de s'entendre, il est intéressant de se comprendre, il est charmant de se deviner.

Il est des gens qui inspirent tant de confiance qu'on voudrait avoir un secret à leur confier.

Dans un moment d'exaltation filiale, j'ai entendu une fille dire à sa mère : « Que n'ai-je un péché d'amour à te pardonner ! »

Tous les vieux se font professeurs à leur insu.

Il faut du courage, et il en faut de rechange.

La laideur est le moins réclamé de tous les droits.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 20 avril 2012

Chemin faisant, page 115

Les retours sur les peines endurées sont des poisons lents pour le courage.

Oui, certaines insolences sentent vraiment bon.

Il est plus ordinaire de ne pas être de son âge dans la vieillesse que dans la jeunesse

Frôler le mensonge sans le commettre, c'est une adresse plus qu'une vertu.

J'ai été disposée à pardonner plus facilement ce que j'ai deviné; est-ce parce que j'y étais préparée ou parce que la perspicacité était flattée en moi?

La tentation dédaigne certains êtres, comme le goût certains palais.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Une autre question ?

Si j'étais journaliste, je poserais des questions du genre :

- Madame Beauchamp, condamnez-vous la violence de certains policiers lorqu'ils sont intervenus à l'UQO cette semaine ?
- Nunc suscipit lorem condimentum justo tincidunt congue. Maecenas non orci lectus. (Réponse incompréhensible.)
- Donc, si je comprends bien, vous ne condamnez pas ces gestes-là.
- Je le répète : Nunc suscipit lorem condimentum justo tincidunt congue. Maecenas non orci lectus.
- Madame la ministre, vos critères pour condamner la violence sont-ils des absolus ?
(Intervention de l'attaché de presse.)
- Autre question s'il-vous-plaît !

jeudi 19 avril 2012

Chemin faisant, page 114

La reconnaissance nous ouvre tantôt la bouche et tantôt nous la ferme.

Le travail ne laisse que de bons souvenirs : les gens qui ont beaucoup travaillé voudraient pour la plupart recommencer la vie.

Nos besoins savent rarement parler à la troisième personne.

Il n'est pas long le catéchisme de la vie : supporte !

Ne lasser personne de soi, même ceux qui nous aiment, que c'est difficile !

Ce n'est pas d'être sans caprices qui fait notre mérite, c'est de savoir les étrangler.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 18 avril 2012

La soustraction chez les entiers : (-2) - (+3)

Chemin faisant, page 113

Le jour où les capitaux s'en vont d'une maison, les relations les suivent, ne cesse-t-on de dire aux gens riches, pour les prévenir; mais que ferait-on des relations sans les capitaux? je vous le demande. C'est fort heureux que le déménagement soit complet.

Imagination! on m'avait toujours dit que tu existais en moi, et cependant je t'ai reniée longtemps, pardonne-le-moi. Au déclin de ma vie, je sens que tu as illuminé beaucoup d'heures tristes, adouci beaucoup d'amertumes ; que ton souffle a souvent aéré mon esprit, ta présence souvent trompé mon coeur. Je ne serai donc jamais de ceux qui te jettent aux gémonies, tout en plaignant ceux qui ne savent pas, sans en tomber, s'amuser à ton balcon.

Je m'habitue difficilement à voir dans la chambre d'une femme le portrait du premier mari accroché à côté de celui du second ; et vous, lecteur?

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 17 avril 2012

La soustraction chez les entiers : (-2) - (-5)

Chemin faisant, page 112

Je ne peux pas prier pour les belles âmes ; il me semble que je diminue la miséricorde de Dieu.

L'approche du bonheur est comme un premier baiser, il rend un peu timide et confond : soyez sans inquiétude, on s'y habitue.

Et même d'un empereur tout chamarré de gloire, la Mort ne fait qu'une bouchée!

Il est difficile de bien se tenir devant un bonheur qu'on est obligé de blâmer, comme devant une inconvenance à laquelle on ne peut pas répondre.

Ce n'est rien d'être bon, c'est tout de le rester.

Ce n'est pas la peur de voir notre secret connu qui nous le fait toujours taire, c'est souvent parce que nous sentons qu'il ne doit pas être dit par notre bouche.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 16 avril 2012

Chemin faisant, page 111

On ne gagne pas toutes ses parties avec la franchise, mais on se retire toujours avec l'honneur.

La curiosité s'égare dans l'ardeur de sa fièvre ; elle voit un théorème là où il n'y aurait qu'à faire une simple addition ou une soustraction.

Que j'ai peur du silence, quand il est fatigué de se taire!

Une des plus dures morsures est celle du remords : comment Dante n'en a-t-il pas puni quelques-uns de ses réprouvés ?

Les actes de piété ne m'édifient pas plus qu'un baiser ne me convainc : ce qui m'édifie chez une dévote, c'est la générosité de la langue; et combien de fameuses dévotes, cotées même, en manquent!

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 15 avril 2012

Chemin faisant, page 110

Les années s'habillent et se déshabillent chez le grand costumier le Temps.

La tâche est comme la belle-mère, déjà dure à accepter de nom.

C'est si juteux, une bonne réplique! Jamais pêche de Montreuil n'a été si savoureuse.

On aime quelquefois plus à être calomnié que plaint : affaire de goût.

La reconnaissance et la générosité ont besoin de promptitude pour garder tout leur parfum.

Tous ceux qui sortent d'un nid devraient savoir aimer et plaindre ceux qui n'ont pas connu la douceur de ses plumes.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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