Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

dimanche 3 juin 2012

Étude 1




Mees W, 1957
Les Blancs jouent et gagnent.
Comment les Blancs peuvent-ils forcer la promotion sécuritaire d'un pion ?
Montrer la solution

Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

Miette 46 : À trompeur trompeur et demi

Le jeu

À trompeur trompeur et demi.

Si vous vendez à votre prochain ou si vous achetez de votre prochain, qu'aucun de vous ne trompe son frère. (Lévitique, 25,14.)



Sommaire. - Essai dangereux. - Subtile finesse. - Proposition du renard. - Contre-proposition du coq. - Les chiens ignorent la bonne nouvelle.
À trompeur trompeur et demi.

A regnard1, regnard et demi2,
Il n'est si fin regnard
Qui ne trouve plus finard3.

Quand on essaie de tromper, il peut fort bien arriver que l'on ait affaire à plus habile que soi et qu'on n'obtienne d'autre réussite que d'être trompé à son tour avec usure.

D'après La Rochefoucauld :

« La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomber dans les pièges qu'on nous tend ; et l'on n'est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres. »

Au surplus, voici une modeste petite fable qui expliquera la morale de ce proverbe :

Un renard, voyant des poules juchées, avec leur coq, dans une cour, tâchait de les attirer par de belles paroles :
« J'ai, dit-il, une bonne nouvelle à vous apprendre : c'est que les animaux ont tenu un grand conseil, et ont fait entre eux une paix éternelle. Descendez et célébrons cette paix de bonne amitié. »
Le coq, plus fin que le renard, se dresse sur ses ergots et regarde de tous côtés.
« Que regardez-vous ? dit le renard.
- Je regarde deux maîtres chiens qui s'avancent. »
Et renard de fuir à toutes jambes.
« Eh! dit le coq, pourquoi fuyez-vous? la paix est faite entre les animaux.
- Oh ! réplique le renard en se retournant, mais fuyant de plus belle, peut-être que ces deux chiens n'en savent pas encore la nouvelle. »

Voilà une bonne petite leçon de diplomatie.


1 Ancienne orthographe du mot « renard ».
2 et 3 Trésor des Sentences, de Gabriel Meurier.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

samedi 2 juin 2012

Chemin faisant, page 160

Il faut être plus indépendant de fond que de forme.

Le bruit des feuilles mortes, quelle douce mélodie !

J'étais heureuse quand je croyais à tous les yeux qui pleurent. O vie, pourquoi m'as-tu enlevé cette félicité!

Vigoureusement aimer, c'est vigoureusement vivre.

Croyez-moi, mes amies, n'invitez personne à votre enterrement : on en trouvera la morte plus charmante; on vous saura gré de cette attention.

Supporte ce que tu dois, aime qui tu peux.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Miette 45 : Être le dindon de la farce

Le jeu

Être le dindon de la farce.

Sommaire. - Le sifflet et la « roue ». - Sur les tréteaux.

Vous êtes-vous parfois, au cours d'une promenade à la campagne, arrêté devant une troupe de dindons ? Vous êtes-vous amusé à siffler? Tout aussitôt les dindons de s'arrêter sur place, redresser la tête, prendre un air important et majestueux, étaler les plumes de leur queue et autrement dit, faire la roue, puis glousser éperdument.

Avaient-ils l'air assez sots et stupides !

C'est en souvenir de cette attitude que, dans les comédies ou farces du moyen âge, on dénommait pères-dindons, sur les tréteaux, les pères trompés et bernés par de vilains fils et de perfides valets.

Pour abréger et n'être pas moins bien compris on appelait tout court : les dindons de la farce, les personnages constamment bafoués au cours de la pièce.

Le nom en est resté à ceux qui sont dupes dans une affaire ; souhaitons qu'on ne puisse jamais dire de nous : il est le dindon de la farce.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

vendredi 1 juin 2012

Chemin faisant, page 159

Il est plus facile à la beauté d'être généreuse envers la laideur qu'à l'esprit de l'être envers la sottise.

Qu'il faut avoir aimé pour arriver à maudire !

Les gens qui pouvant se défendre se plaignent, sont des lâches !

Un bon serviteur m'édifie au moins autant qu'un bon maître.

Il ne faut pas jouer avec le défi des jeunes ni avec la lassitude des vieux.

Certaines indifférences sont des récompenses ; il faut bûcher ferme pour les mériter.

La crainte protège l'amour, comme la paupière les yeux.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Miette 44 : La Fortune est aveugle

Le jeu

La Fortune est aveugle.

Sommaire. - Un pied sur une roue. - Bandeau sur les yeux. - Elle n'est pas sourde. - Caprice et fantaisie. - Fragilité. - Critiques sur critiques. - Injures sur injures. - Patience et résignation.

L'Allégorie représente la Fortune un pied sur une roue, « manière de courir pas commode du tout » ; et un bandeau sur les yeux, qui facilite encore sa marche en lui permettant de ne rien voir, d'aller à l'aveuglette et d'agir à tort et à travers.

Pendant qu'ils étaient en veine de générosité à son égard, les faiseurs de divinités et de mythologie auraient bien pu lui boucher en même temps les oreilles; ils lui auraient épargné le déplaisir d'entendre les appréciations que l'on débite sur son compte, propos plus désobligeants que flatteurs.

Le grief le plus sérieux qu'on lui oppose est la cécité.

« La Fortune est aveugle, et presque toujours ceux qu'elle embrasse deviennent aveugles comme elle ».1

La Fortune est aveugle, ouvre ou ferme sa main ;
Et puissant aujourd'hui, on ne l'est pas demain.2

On la traite, de capricieuse et de fantasque :

« L'on ne saurait s'empêcher de voir dans certaines familles ce qu'on appelle les caprices du hasard ou les jeux de la fortune : il y a cent ans qu'on ne parlait pas de ces familles, qu'elles n'étaient point. Le ciel tout d'un coup s'ouvre en leur faveur; les biens, les hommes, les dignités fondent sur elles à plusieurs reprises, elles nagent dans la prospérité. »3

« La Fortune distribue ses biens sans discernement. »4

De tous les vains mortels la Fortune se joue :
Aujourd'hui sur le trime et domain dans la boue.5

On lui reproche son peu de solidité.

« La Fortune est comme le verre, elle en a l'éclat et la fragilité », lui décoche Publius Syrus, trait que reprend à son compte le grand Corneille dans Polyeucte :

Toute votre félicité
Sujette à l'instabilité
En moins de rien tombe par terre ;
Et comme elle a l'éclat du verre
Elle en a la fragilité.6

Scarron, le mari de, Mme de Maintenon, qui, malgré ses infirmités, prenait la vie du bon côté et la voyait plutôt en rose, n'a que des injures au service de la Fortune :

« La Fortune est comme les grands seigneurs qui aiment mieux faire des libéralités que de payer leurs dettes ; elle ne donne rien aux gens de mérite, elle réserve toutes ses faveurs pour les ignorants et pour les sots. »

On pourrait croire que ses favoris, au moins, ont lieu de se féliciter de ses bienfaits; eh bien! pas du tout.

« Si haut que la Fortune élève un homme, elle l'exposera tant de maux qu'elle lui donne la puissance d'en faire».7

« La Fortune est le supplice de ceux qui ne l'ont pas, bien plus que la joie de ceux qui l'ont ».8

Quels regrets n'a-t-on pas de l'implorer et d'invoquer son secours!

Fortune, dont la main couronne
Les forfaits les plus inouïs,
Du faux éclat qui t'environne
Serons-nous toujours éblouis ?
Jusques à quand, trompeuse idole,
D'un culte honteux et frivole
Honorerons-nous tes autels ?
Verra-t-on toujours tes caprices
Consacrés par les sacrifices
Et par l'hommage des mortels?9

Le mieux est de prendre la Fortune comme elle est, et d'accepter ses fantaisies en philosophe.

« Il faut gouverner la Fortune comme la santé; en jouir quand elle est bonne, prendre patience quand elle est mauvaise, et ne faire jamais de grands remèdes sans extrême besoin. »10

Ainsi que le cours des années
Se forme des jours et des nuits,
Le cercle de nos destinées
Est marqué de joie et d'ennuis.

Pourquoi d'une plainte importune
Fatiguer vainement les airs ?
Aux jeux cruels de la fortune
Tout est soumis dans l'univers.

Ainsi de douceurs en supplices
Elle nous promène à son gré.
Le seul remède à ses caprices
C'est de s'y tenir préparé.11

On ne doit pas se le dissimuler, toutes ces réflexions proviennent d'esprits plus ou moins moroses, aigris et atrabilaires. Si la Fortune n'avait eu pour eux que des sourires, ils lui auraient certainement fait la risette à leur tour. Disons donc une bonne fois et de bonne foi la vérité vraie :

« La Fortune ne paraît jamais si aveugle qu'à ceux à qui elle ne fait pas de bien. »12


1 Cicéron.
2 Boursault.
3 La Bruyère, Les Caractères, chapitre VI, Des biens de fortune.
4 La Rochefoucauld, Maximes.
5 Fréville.
6 Polyeucte, tragédie (1640), acte IV, scène II.
7 Sénèque.
8 L. Bourdon.
9 J.-B. Rousseau, Ode, À la fortune.
10 La Rochefoucauld, Maximes,
11 J.-B. Rousseau, Ode à M. d'Ussé.
12 La Rochefoucauld, Maximes.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

jeudi 31 mai 2012

Chemin faisant, page 158

Être soi, ce n'est pas dire qu'on sera tous les jours le même.

Connaître un terrain, c'est ne lui demander que tel et tel produit ; connaître une âme, c'est ne lui demander que tel et tel sentiment.

L'ami qui, après le refus d'un prêt, sait nous aimer autant qu'avant, cet ami-là s'est élevé haut sur l'échelle de l'amitié.

Les gens qui ont l'admiration gloutonne sont de bonnes gens.

Il est des défauts qu'on caresse chez ses amis, par reconnaissance de ne pas leur en voir d'autres.

Le bonheur est comme le voleur ; il se préoccupe en arrivant d'une porte de sortie.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 30 mai 2012

Chemin faisant, page 157

Le chapelet de tout ce que nous aurions préféré à côté de tout ce que nous avons, a certainement plus de cinq dizaines.

On ne doit l'absolue vérité qu'à sa conscience.

Les désirs ont des jambes de gazelle : ils vont aussi vite qu'elle et par monts et par vaux.

L'ennemi a pu être l'ami d'hier, et ce ne sera pas le moins armé contre toi !

On refait tous les jours la litière de sa vie.

Le droit de tout dire n'appartient à personne.

L'homme croit trop facilement qu'un baiser lui vaudra l'absolution.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 29 mai 2012

Chemin faisant, page 156

Quand on a pris haut son vol et qu'on est bon, on regarde avec intérêt ceux qui essaient leurs ailes.

Un homme ne croit jamais à une faute unique chez une femme.

Peu de gens sauront te faire grâce de ce que tu ne veux pas entendre.

L'indépendance est toujours un peu notre oeuvre; voilà pourquoi nous en jouissons âprement.

Un auteur est quelquefois bien étonné de tout ce que le lecteur voit, en dehors de ses intentions, dans son livre.

L'amitié nous permet d'être laids, d'être vieux, de manquer de goût et de tournure : généreuse amitié!

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 28 mai 2012

Chemin faisant, page 155

Ce n'est pas toujours par infidélité qu'on néglige ses amis : l'esprit de celui-ci fait des évolutions dans un sens, l'esprit de celui-là dans un autre, et la vie nous éloigne ainsi sans que le coeur y soit pour rien.

Ma voisine (la tentation) était ce jour-là plus gênante que jamais ; je cherchai d'abord à la gagner par la douceur : « Eh! voisine! lui dis-je, il me semble qu'on est bien bruyante, ce matin ; » mais la belle, voyant que je lui faisais un peu la cour, redoubla de tapage et d'audace, et force me fut de la prendre par les épaules et de la jeter hors du logis.

Quel honneur, un reproche !

Le jour de son couronnement, l'autorité est comme une jeune communiante ; elle ne veut que le bien.

Les forces qui ne se dépensent pas deviennent des émeutes.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 27 mai 2012

Chemin faisant, page 154

On séduit parfois l'orgueil, on ne séduit pas la fierté.

Pour beaucoup de gens, voyager, c'est changer sa valise de place, colporter ailleurs son ennui.

L'histoire est comme la musique ; elle se transpose.

Qu'il y a de joie à pouvoir être soi ! qu'il y a d'équité à permettre à chacun de l'être!

Que de bonheur on laisse dans ses langes !

Quand on laisse accuser devant soi ceux qu'on aime, on est bien près de les accuser soi-même.

Braver, ce n'est pas toujours du courage, c'est souvent du jeu.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 26 mai 2012

Chemin faisant, page 153

Toujours l'épée en main pour défendre ceux qu'on aime, c'est la croisade des gens de coeur.

Amassons des forces et des résolutions : la vie saura les dépenser.

Dieu a des miséricordes publiques et des miséricordes intimes.

On est quelquefois bêtement pur, ce qui n'empêche pas d'en être fier.

Pour tant faire, j'aime mieux être avalée par la baleine que par le fretin.

L'honneur ne nous oblige pas seulement à être honorable, il nous oblige à ne pas vivre avec ceux qui ne le sont pas.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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