Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

dimanche 28 mai 2006

Encore Mankell

La lecture d'un bon polar fait toujours du bien. Le retour du professeur de danse d'Henning Mankell vient tout juste de paraître en français et, comme pour tous ses livres, je m'y suis précipité.

Les connaisseurs de cet auteur suédois savent qu'il a publié une série dont le héros est le commissaire Wallender. Mais ici, point de Wallender : on y trouve plutôt le commissaire Stefan Lindman, 37 ans, à qui on annonce qu'il est atteint d'un cancer de la langue. Au même moment, il apprend qu'un de ses anciens collègues de travail, à la retraite depuis une dizaine d'années, a été sauvagement assassiné.

Évidemment, un polar, c'est d'abord pour se détendre. Mais Mankell a l'art de confectionner des personnages solides et crédibles. Et quelques questions sont intéressantes : comment réagir lorsqu'on se sait atteint d'un cancer ? L'étonnement qu'on peut ressentir quant, après avoir travaillé pendant des années avec un collègue, on se rend compte qu'on ne le connaissait pas du tout ? Mankell explore la collaboration de la Suède durant la Seconde Guerre mondiale. Et, plus actuel, de l'expansion des réseaux néo-nazis.

Si nous n'avez jamais lu de Mankell, c'est là une excellente introduction à son style et sa méthode. Vous ne serez pas déçu et vous aurez passé un bon moment. Si vous êtes déjà fan, je n'ai pas à vous convaincre : ce livre vous plaira certainement.

Dernier détail, sans doute insignifiant, mais qui a attiré mon attention. Tous les personnages se tutoient : même quand un policier interroge pour la première fois un personnage, il le tutoie. La réceptionniste de l'hôtel tutoie les clients, etc. La traductrice du livre est Anna Gibson. Elle a déjà traduit plusieurs de ses bouquins et, après vérification parmi ceux-ci, il semble bien que c'est la première fois qu'elle ait pris ce partie. Je ne connais évidemment rien au suédois, mais je me demande si c'est vraiment son choix, comme traductrice, de procéder ainsi où si c'est Mankell qui a employé systématiquement le tutoiement. D'ailleurs, y a-t-il, en suédois, une marque distinctive comme en français qui indique le tutoiement ?

vendredi 26 mai 2006

Les examens

« Les examens et les compositions servent, comme les notes, à vous faire peur pour que vous travailliez davantage.

Il y a encore pas mal d'écoles où l'on pense que les examens et les compositions permettent de mesurer vos connaissances et votre niveau. C'est faux ! Jamais un examen ne permettra de déterminer ce que vous savez.

Aux examens et aux compositions, on vous donne le plus souvent à faire des faux devoirs. Ils sont faux parce que vous ne pouvez les faire dans les mêmes conditions que les devoirs ordinaires. Les examens montrent ce que vous avez appris par coeur ou ce qu'on vous a enfoncé dans la tête. Mais ils montrent bien rarement si vous êtes capables de réfléchir et de trouver vous-mêmes la solution d'un problème.

Il est impossible et absurde de se fier aux résultats des examens et compositions. D'abord, on vous donne à faire des faux devoirs, ensuite il y a toujours quelques élèves qui sont nerveux, angoissés et d'autres aussi qui n'ont pas de chance ; vous n'avez pas le droit de discuter des sujets avec vos camarades, et, que ce soit un examen oral ou écrit, vous n'avez qu'un temps de réflexion limité avant de répondre.

Dans les écoles ou les classes où il y a sans arrêt des examens et des compositions (compositions trimestrielles, semestrielles, examens blancs, examens de passage, examens de fin d'études, BEPS, Bac ou autres), la qualité de l'enseignement et de l'apprentissage est très gravement compromise.

Les professeurs n'enseignent pas une matière, mais à passer des examens, et les élèves n'apprennent pas grand-chose, sauf dans certains cas à passer des examens l'enseignement devient nécessairement faux et réciproquement.

Ça peut changer

II y a encore beaucoup d'écoles et de lycées qui ont des examens de fin d'année ou des examens de passage jusqu'en terminale. Ces examens font perdre un temps considérable aux élèves et aux professeurs. Il faudrait essayer de les supprimer. Ça ne sera pas facile, parce que c'est attaquer tout le système d'enseignement français, qui repose sur la sélection, la répression, l'exclusion.

Les examens académiques, comme le BEPS ou le Bac se déroulent presque toujours de façon stupide. Il y a des centres où l'on vous fouille ou presque avant de vous laisser entrer dans les salles d'écrit ; pour l'oral, on vous fait attendre une heure ou deux, puis on vous fait tirer un petit bout de papier et vous devez répondre presque tout de suite.

Il y a de quoi devenir nerveux ! Beaucoup d'élèves se sentent complètement bloqués à cause de ça au moment d'écrire ou de répondre.

Ce qu'il faudrait, c'est que les examens se déroulent d'une autre façon : que les élèves aient le droit d'apporter des livres et pour certains examens écrits des notes ; que l'examen puisse avoir lieu dans une bibliothèque pour que vous puissiez consulter tous les livres dont vous avez besoin ; que pour préparer votre réponse à l'examen oral, on vous accorde un délai de quelques heures ou d'une journée (ou peut-être simplement d'un quart d'heure).

Des examens qui se dérouleraient comme ça seraient bien plus significatifs. On saurait au moins si les élèves savent se documenter sur un sujet et le présenter.

Compositions et examens trimestriels avec classement ont tendance, depuis quelques années, à disparaître dans certains établissements. S'ils sont encore en vigueur dans le vôtre, engagez la bataille sans oublier de vous assurer de l'appui effectif du plus grand nombre possible de professeurs.

Il vous sera difficile de lutter contre les examens de passage, et les grands examens comme le BEPS ou le Bac, parce que c'est le ministère et non la direction de votre établissement qui décide. Envoyez au ministère des projets de réforme que vous aurez élaborés avec certains de vos professeurs et qui seront signés aussi par eux.

Contre les compositions et examens de toute sorte, vous pouvez toujours, si tous les autres moyens se sont révélés inefficaces, faire la grève : remettre une copie blanche, refuser d'entrer dans les salles d'examen. Mais il ne faut pas le faire seul, ça ne servirait à rien ! Il faut que toute une classe, ou toute une école ou tous les élèves d'une ville se mettent d'accord pour faire la grève des examens. »

Bo Dan ANDERSEN, Soren HANSEN et Jesper JENSEN, Le petit livre rouge des écoliers et des lycéens, 1969-1970.

La version française, publiée en 1971, a été interdite en France par le Ministère de l'intérieur.

jeudi 25 mai 2006

Les notes au secondaire

Je ne veux pas trop m'éterniser sur le sujet car, comme vous le savez sans doute, les notes données au bulletin sont le moindre de mes soucis. Mais pour bien comprendre ce que le MELS veut dire lorsqu'il est question de mettre de notes, voici deux pages tirées de la formation donnée par le ministère à l'hiver 2006. Le document PowerPoint est disponible ici. Pour obtenir le code d'accès, contactez le service éducatif de votre CS.
Le première illustration indique comment on pourrait attribuer une cote aux compétences. Par exemple, si 4-5-4 sont les niveaux atteints par l'élève dans les trois compétences d'une discipline. L'enseignant attribuerait alors la cote B-TRÈS BIEN à cet élève.

Dans le cas des notes, le calcul est vraiment brillant. Regardez le tableau ci-dessous. Notez que c'est un exemple car chaque compétence aura son propre tableau.
Si l'enseignant situe l'élève au niveau 5 pour la première compétence, au niveau 2 pour la deuxième et au niveau 3 pour la troisième, la note attribuée sera 40% + 14% + 15% soit 69%.

lundi 22 mai 2006

CA

Les automates cellulaires (connus sous l'acronyme CA pour cellular automata) sont fascinants. Le Web fourmille d'informations au regard de ces petites bêtes : une courte recherche dans Google vous lancera dans une belle aventure les entourant. Toujours est-il que ce matin, je suis tombé sur ce site. Le monde cablé est un type d'automate simulant entre autres, des circuits électriques.

Une simulation très simplifiée de l'activité d'un cerveau donne une petite idée du potentiel du Wireworld.


Mais c'est cette autre qui m'a le plus impressionné. Le simulateur compte, en binaire, jusqu'à 16 avant de laisser une retenue. Cette image vous permettra de bien suivre l'évolution du calcul.


Les électrons arrivent en bas à gauche dans l'ordre (de 1 à 16) sous forme de nombre binaire : 0001, 0010, 0011, etc. Sur l'image, ils en sont au nombre 0101 équivalent au nombre 5. En arrivant au nombre 1111, un électron sortira tout en haut de l'applet. Extraordinaire, n'est-ce pas ?

Positivement tordu

Hier, on a eu droit à quelques heures d'ensoleillement. Nous sommes donc allés sur le marché à Ottawa prendre une petite soupe, acheter du poisson et des légumes. Évidemment, la librairie du Soleil étant tout à côté, je n'ai pu résister à la tentation d'y faire un p'tit tour. J'ai acheté le dernier Mankell et le Science avec Conscience d'Edgar Morin.

Cela faisait un bout de temps que j'avais visité réellement - j'y achète virtuellement - Chapters qui est au coin de Sussex et Rideau. En farfouillant dans la section mathematics, je suis tombé sur Negative Math sous-titré How mathematical rules can be positively bent qu'on pourrait traduire littéralement par « comment les règles mathématiques peuvent être positivement pliées. » Un survol du livre me suggère qu'il serait sans doute préférable de traduire bent par « torduees » ou « fléchies ». Toujours est-il que je pouvais difficilement résister à un livre où il est question des nombres entiers. Ce résumé me met déjà l'eau à la bouche.

dimanche 21 mai 2006

1.2.4

Deplus plusieurs mois déjà, je voulais passer à la version 1.2.4 de Dotclear. J'ai donc pris un peu de temps pour relooker le site à l'aide du thème Kit 1.0. Ce dernier est un squelette très simple, mais il fait bien mon affaire. J'ai créé les images à l'aide de ContextFree et Gimp.

J'ai aussi ajouté quelques greffons auquels je tenais particulièrement dont celui qui permet de lister tous les titres des billets par catégories ou par mois.
arbre contgext free

jeudi 18 mai 2006

ANKS

Le livre, commandé dimanche dernier chez Chapters, est arrivé deux jours plus tard. A New Kind of Science jette les bases d'une science qui ne s'exprime plus avec les mathématiques mais bien à partir de programmes informatiques simples.
Indeed, I even have increasing evidence that thinking in terms of simple programs will make it possible to construct a single truly fundamental theory of physics, from which space, time, quantum mechanics and all the other known features of our universe will emerge. (p. 4)

Feuilleter ce pavé de près de 1300 pages est un véritable plaisir. Pour ceux qui le préfèrent, ce livre est disponible gratuitement en ligne. Comme je me voyais mal le lire sur écran, j'ai choisi de l'acheter pour goûter, bien ancré dans mon sofa, sa lecture.

Je compte bien, au fur et à mesure que je terminerai un chapitre, faire un résumé de ma compréhension ici. Le livre en contenant douze, je m'embarque donc dans une aventure scientifico-littéraire qui devrait prendre un an à compléter.

dimanche 14 mai 2006

Le peuple des connecteurs

Notes de lecture


Estéban, futur connecteur !


Prélude : ne pas obéir. Dans ce chapitre, l'auteur introduit la notion de décentralisation. L'idée centrale des connecteurs est le principe d'auto-organisation en l'absence de chef. [...]

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samedi 13 mai 2006

Belle fin de semaine

Youppi ! On garde le p'tit en fin d'semaine.


mercredi 10 mai 2006

Cursus

Pour la plupart de nos contemporains, les mathématiques sont administrées et ingurgitées comme un médicament.
Seymour Papert, Jaillissement de l'esprit, Champs-Flammarion/210, trad. Rose-Marie Vassallo-Villaneau.


Pour l'obtention d'un bac en enseignement au primaire, voici ce que je suggérerais de mettre au programme comme cours obligatoires (en plus des cours de didactique) :
  • Un cours de géométrie plane : les étudiants y (re)découvriraient les joies du pur raisonnement mathématique
  • Un cours de théorie des nombres : pour alimenter la culture arithmétique des étudiants
  • Un cours de théorie des ensembles : pour bien saisir les nuances du langage mathématique
  • Un cours type «découverte des maths à l'aide des TIC»
Il ne faut pas oublier qu'une grande partie des étudiants qui s'inscrivent dans ce département n'ont pas fait de mathématiques depuis plusieurs années. Parfois (souvent?), ils sont mathophobes. D'autres ressentent un certain malaise avec cette matière. Il est donc urgent que la formation universitaire leur permette de (re)trouver le plaisir intellectuel qu'apportent les mathématiques. Les universités ne devraient pas s'assurer que les étudiants soient « bons en maths » avant d'y entrer, mais bien qu'ils soient compétents à enseigner cette matière à la sortie de leur formation.

mardi 9 mai 2006

Cinq

Oublions ces examens qui agissent comme des aimants pernicieux en orientant les efforts vers la « réussite ». En réalité, ils ne sont que des événements anecdotiques, de peu d'importance à côté de l'enjeu essentiel : construire cet outil fabuleux qu'est notre intelligence.
Albert Jacquard, Petite philosophie à l'usage des non-philosophes, p. 10, Éd. Québec-Livres.


Petite nouvelle aujourd'hui où on apprend qu'à l'Université de Montréal, la moitié des étudiants admis au baccalauréat en enseignement primaire échouent au test d'entrée en maths. Vous trouverez ici quelques questions typiques de ce test.

Jetons un oeil sur la question 4 :

Dans le chiffre 2500, quelle est la valeur du 5 ?


Je ne sais qui a rédigé la question, mais 2500 n'est pas un chiffre, mais bien un nombre. Par ailleurs, la valeur de 5 n'est-elle pas toujours 5??? À mon avis, la question devrait se formuler ainsi : Que représente le chiffre 5 dans le nombre 2500.

Sans doute que nos grands penseurs de l'UdM prendront le temps de modifier cette question!

La question 7 est aussi intéressante :

Comment se nomme la propriété mathématique qui fait que 3 + 4 est égal à 4 + 3 ?

Généralement, cela fait au moins deux ans que ces étudiants n'ont pas fait des mathématiques. Demander de se souvenir du mot « commutativité » sachant que, sans doute, ils ne l'ont pas employé plus que quelques fois dans leur jeune vie indique que cette université met beaucoup d'importance sur la rétention de niaiseries. J'aurais modifié la question ainsi : «Citez un contexte dans lequel la commutativité de l'addition (ex. 3+4 = 4+3) est importante dans votre vie.»

lundi 8 mai 2006

Écrire, compter et ...

« Je suis toujours surpris de rencontrer des jeunes gens de 20 ans qui ne savent pas programmer. Je crois qu'il leur manque une qualité essentielle pour percevoir la merveilleuse simplicité du monde. L'informatique devrait être une matière fondamentale au même titre que les langues ou les mathématiques. Nous devrions tous savoir écrire, compter et programmer, sinon nous ne pouvons plus comprendre le monde et nous y épanouir.
  - Pour moi, écrit le mathématicien Gregory Chaitin, vous ne comprenez quelque chose que si vous êtes capable de le programmer. (Vous, et personne d'autre !) Autrement, vous ne le comprenez pas vraiment, vous pensez seulement que vous le comprenez. »
Thierry Crouzet, Le peuple des connecteurs, p.98, Bourin 2006.

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