Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 18 février 2012

Miette 16 : Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son

L'ouie

Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son.

Sommaire. — Toujours la même note. — Écoutez celui qui ne parle pas. — Bien jugé, mais injustice. — Que chacun prenne la parole. — Imposez le silence.

Vous faites résonner une cloche, soit en la frappant avec un morceau de bois ou de fer, soit en agitant son battant à l'aide d'une corde, c'est toujours le même son qu'elle vous répond, toujours la même « note », comme on dit en musique. Un son, un seul son frappe vos oreilles.

Quand un différend ou une discussion survient entre deux personnes, si vous n'écoutez que l'une d'elles, vous n'êtes pas éclairé sur leur situation respective. Vous n'avez entendu qu'un son de cloche, et d'aucuns prétendent :

Qui n'entend qu'une cloche n'entend rien.

Sénèque a dit :

Qui slatuit aliquid parle, inaudita altera
AEquum licet statuerit, haud aequus fuit.

« Sans écouter parti, qui juge par office,
Malgré qu'il juge bien, il fait une injustice. »

Plus sévère encore et rigoureux se montre le grand Corneille :

Quiconque, sans l'ouïr, condamne un criminel,
Son crime eût-il cent fois mérité le supplice,
D'un juste châtiment, il fait une injustice.

Pour être bien renseigné, bien documenté, et vous permettre une opinion sérieuse et raisonnée, prenez le soin d'écouter les diverses personnes au courant de l'affaire en cause et ne vous contentez pas d'un seul son de cloche.

Imbu de cette vérité, un juge, dont l'audience s'écoulait dans un brouhaha indescriptible, et qui depuis le début n'avait perçu que ce son unique et cacophonique, s'écria tout à coup : « Huissier, imposez silence ! il est étrange qu'on fasse tant de bruit, nous avons jugé je ne sais combien de causes sans les entendre. »


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 51

Il y a des erreurs qui sont saintes tant elles sont généreuses, et qu'il faut savoir respecter quand on ne peut pas ou qu'on ne doit pas dire la vérité.

On estime l'homme avec lequel on s'explique.

L'indécision nous rend mineurs toute notre vie.

Il y a de pénibles jouissances, de doux regrets, d'affectueuses séparations, de charitables ironies, de luxueuses détresses ; qu'est-ce qu'il n'y a pas ici-bas ?

Aimer, ce n'est pas toujours absoudre l'être aimé, c'est regretter de ne pouvoir toujours le faire.

La nature se sert des gens vulgaires pour faire souffrir ceux qui ne le sont pas.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

vendredi 17 février 2012

17 février

Hier, je suis intervenu sur un billet de Patrick Giroux, professeur à l'UQAC. J'en garde une trace ici :
Je pense qu'on oublie un élément important : la posture pédagogique.

En effet, si on croit que l'enseignant détient une certaine connaissance et que c'est à lui de la transmettre, alors un bon livre de référence (numérique ou pas) devient nécessaire pour ne pas perdre un temps ridicule à prendre des notes pendant que le prof nous déverse «la» connaissance.

Mais si on croit plutôt que l'enseignant doit être dégagé d'enseigner des connaissances, alors là plusieurs ressources doivent être suggérées à l'élève pour qu'il puisse les acquérir, ces connaissances. Je suppose que dans ce contexte, un «bon» prof serait capable de détecter des ressources facilitantes (et pas nécessairement les mêmes) pour chacun de ses élèves. Cette posture pédagogique particulière en fait titiller plus d'un. J'ai écrit un petit billet à cet égard. C'est ici.

Stéphane mentionne aussi le côté «social» de l'apprentissage. Je suis d'accord avec lui en nuançant cependant que social n'est pas équivalent à «dans une salle de classe». On apprend beaucoup via les réseaux sociaux aujourd'hui, et, physiquement parlant, y'a plein de gens que je ne n'ai jamais rencontrés de ma vie et qui m'ont drôlement aidé à mieux comprendre certains phénomènes.

Dans le billet original, Patrick mentionne des supports genre Ipad ou autres. J'avoue que ces considérations, sans doute importantes, me laissent maintenant froid. J'ai passé plusieurs années sous Windows, puis une autre dizaine sur Linux, et me voilà sur Mac. Je pourrais discourir longtemps sur les bénéfices des uns et des autres. Mais je pense qu'il faut laisser le choix aux gens.

J'utilise un Ipad depuis plusieurs mois maintenant, mais principalement pour lire. Je pense que je saurais bien utiliser cette technologie si j'étais en salle de classe. Par ex : filmer les séquences d'apprentissage des élèves, garder des traces vidéo ou sonores dans un portfolio, créer des oeuvres littéraires, artistiques, etc. Mais j'avoue que pour développer, je ne me passerais pas de mon ordinateur.

Le problème, il est toujours le même, on ne propose que ce qu'on connaît. Si on aime les tablettes, hop, on en veut ! Si on aime Word, hop, on le propose, etc.

Il est tellement difficile, aujourd'hui, de «tout» savoir, et surtout, de savoir ce qu'on veut savoir... Nous sommes entourés de stimuli qui ne sont pas nécessairement stimulants pour tous !

Quoi qu'il en soit, le livre scolaire format papier va disparaître. Les exemples disponibles sur IBook démontrent bien ce fait, à mon avis.

Puis, cet autre commentaire suite à celui de Stéphane.
Stéphane, cela fait maintenant 2 ans que je suis passé sur un MacBook Pro. J'en reparlerai peut-être un jour... :-)

Je ne dis pas que l'enseignant n'explique plus ; je dis simplement qu'il n'enseigne plus les connaissances ! Mais si un élève, pour une raison ou une autre se trouve en «trouble» devant ce qu'il apprend (par ses lectures, des vidéos, des échanges avec les autres, etc.) alors l'enseignant lui «explique». C'est le modèle d'enseignement individualisé tel qu'on le vit à l'éducation des Adultes que je propose.

Par ailleurs, pourquoi vouloir avancer rapidement ??? Quelqu'un a dit :« Pour apprendre vite, étudiez lentement» et je suis de cet avis. La vitesse et l'efficacité dans l'apprentissage, ce n'est pas important, à mon sens. Cela revient à comprendre la culture du bogue (par opposition à la culture de l'erreur) : pour apprendre, il faut des bogues et la possibilité de modifier le projet suite à ces bogues. C'est complètement différent de l'approche : Voici la bonne méthode pour factoriser des trinômes ; ainsi, tu ne feras plus d'erreurs.

Pour ce qui est du wiki, je ne crois pas du tout que c'est du travail partagé «à l'ancienne.» Rien qu'à voir la physionomie des gens à qui je propose l'outil pour un travail collaboratif, on sent la différence. Lorsque je leur dis qu'on peut (et en fait on «doit») modifier le texte écrit par un autre, ils ressentent un profond malaise. Ils ont peur d'offusquer l'auteur original. Ils ne comprennent pas le principe d'une écriture COMMUNE pour ESPÉRER améliorer un produit. C'est beaucoup plus que du «tu fais ta part, je fais la mienne, et on collera tout ça ensemble après.»

Mais, il faut bien l'avouer, les wikis ne pognent pas fort. (Tout comme ton KF d'ailleurs !) Pourquoi ? Parce que l'approche collaborative n'est pas dans notre culture. On préfère l'approche compétitive : Écris un texte, j'en écris un aussi, et on votera pour le meilleur. Ou encore, écris une note, je vais l'évaluer et te dire ce qu'il faut que tu modifies. Construire ensemble, ce n'est vraiment pas dans l'esprit de la masse !

Je crois que l'écriture commune d'un texte pédagogique pourrait nous faire du bien. Commençons avec ceux qui sont déjà dans ce mode de pensée, et attendons patiemment que d'autres suivent. Que voulez-vous ? il faut bien une ou deux locomotives pour tirer des wagons potentiels.


Et ce matin, ce paragraphe que j'ai ajouté :
J'apprécie la nuance apprendre rapidement vs plus rapidement. Car dans cette dernière, on sent le respect de l'individu. Le «plus rapidement» signifiant sans doute «plus rapidement que s'il était seul.» Pourtant, la classe traditionnelle me laisse un arrière-goût contraire : l'élève y est souvent ralenti par le groupe. Pour moi, le socio-apprentissage passe beaucoup plus par mes choix (variés) de ressources que par les personnes qui les créent. Mais si je «bloque» en acquérant certaines connaissances, alors les personnes auxquelles je m'adresse sont plus importantes que ce qu'elles «savent». Je cherche l'humain-pédagogue qui me fera prendre conscience de mon blocage et me donnera DES moyens pour le surpasser.



Il faut lire cet excellent billet de Will Richardson.



« Si avantageux que se veuillent le principe d'équité salariale et le souci d'une marchandise « propre », assainissant production et consommation, nous avons appris qu'une économie au service de l'homme met d'abord l'homme au service de l'économie. Les bons pasteurs de la plus-value commencent toujours par nourrir le troupeau avant de l'envoyer à la boucherie. »
Raoul Vaneigem, Pour l'abolition de la société marchande pour une société vivante, p.93, Rivages poche n°480.

Chemin faisant, page 50

Un sot qui va ouvrir la bouche nous suspend à ses lèvres par l'effroi.

La vraie charité, obligée de révéler ses actes, est aussi malheureuse que la chasteté sous des voiles en lambeaux.

La superstition est un reste de barbarie, sans que le superstitieux soit un barbare.

Tout vieillit, mais tout ne se ride pas !

Le blasé a l'air de boire la joie dans un crâne.

Il est peu de satisfactions aussi douces que celle de se sentir à la hauteur de l'attaque.

La médisance est comme la note à payer ; quand on a monnaie en poche elle inquiète peu.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 16 février 2012

16 février

Quel grand texte de Paul Valéry sur les diplômes. Il serait intéressant d'entamer une discussion autour de ce jugement avec les enseignants, les directeurs d'école et, pourquoi pas, certains politiciens.



À la lecture de certains gazouillis que j'ai vus passer hier sur Twitter, je me dis qu'on gagnerait à bien comprendre ce que sont les sophismes dans le but de les éliminer du discours.



Étonnante et pratique, finalement, l'application Lumix de la Grics. Mais je suis encore persuadé qu'il faut absolument initier les gens aux manipulations des bases de données.



Plusieurs filtres disponibles dans Sumo Paint. Marie en illustre un ici :

Chemin faisant, page 49

L'hypothèque de la mort : la maladie.

Nos actions sont des pensées que nous mettons sur des jambes.

Les larmes dépouillent à la frontière terrestre toute leur humilité et arrivent à Dieu en vainqueurs.

Si le riche a le monde à ses pieds, il a la trahison au-dessus de sa tête.

Croire trop peu, c'est douloureux; croire trop, c'est dangereux.

Un homme riche ne doit jamais se demander pourquoi on l'aime.

Le pardon qu'on demande n'est généralement pas plus sincère que celui qu'on accorde.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 15 février 2012

15 février

Diable ! Justin Trudeau a une tête sur les épaules. Belle à voir l'expression de sa sainte colère. Car, en effet, on ne sait plus trop où le Canada s'en va. Bien sûr, les séparatistes du Québec ont commencé à attaquer Harper et sa gang ; mais en écoutant Madame Marois, on sent tellement la... « stratégie ». Tudeau, lui, s'exprime avec son âme d'amoureux. C'est beaucoup plus fort.

Formation Lumix aujourd'hui. Cette application de la Grics ne m’enthousiasme pas ; je sais qu'on peut faire la même chose avec Access branché sur leur base de données.
- Mais il faut connaître Access, me répond-on.
- So what ? Enseignez-le-nous ! Ainsi, nous serions beaucoup plus autonomes.
Apprendre le fonctionnement d'une base de données est libérateur.

Nouveau billet d'Élaine. Il contient, entre autres, un épisode avec la directrice du Centre. J'ai laissé un court commentaire suggérant des lectures.

Amour, incessante création. « Raison mystérieuse et imprévue, mesure parfaite et réinventée », comme le chante Rimbaud. Tu étais ma volonté évidente. Tu m'as fait comprendre que ce n'est pas ce qui vient à nous, mais bien ce qui vient de nous qui est la vie véritable. Je voulais être. Aimer, c'est être. Et c'est créer sa vie bien plus que de la recevoir.
Hélène Grimaud (Variations sauvages, p.132, Pocket n°12304)

Chemin faisant, page 48

Donner ! Aimer ! C'est la même chose sous un autre nom.

Que ferait le courage si la vie était facile ! Le voyez-vous vivre en se croisant les bras ?

Dans la douleur, derrière tout ce que nous pouvons dire, il y a tout ce que nous devons taire.

Une demande en mariage à un certain âge c'est le fer rouge sur notre dignité.

L'envieux est le plus pauvre de tous les pauvres ; il ne se réchauffe à aucun soleil, il ne se réjouit à aucun foyer; il est pauvre en naissant, pauvre en vivant, pauvre en mourant.

Le plus malin de tous est encore le plus soumis.

Traîner une peine c'est la porter deux fois.

Nos forces sont des témoins que nous ne consultons pas assez souvent.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Miette 15 : Sa langue va comme un cliquet de moulin

L'OUIE

Sa langue va comme un cliquet de moulin

Sommaire. — Petite définition. — Simple rapprochement. — Énigme. — Accord arabe et anglais. — Appréciations multiples. — La femme mise en cause. — Épitaphes. — Pour parler, taisez-vous.

Le cliquet est un petit levier qui empêche une roue crénelée de tourner dans un sens contraire à celui de son mouvement propre ; quand la rotation se fait normalement, le cliquet, alternativement levé et tombé sur chaque cran, rend un petit son sec d'autant plus fréquent que la roue tourne plus vite.

Les roues de moulin à eau ou à vent possèdent une allure particulièrement rapide.

Dans la bouche de certaines personnes, la langue remplit l'office d'un véritable cliquet, bondissant et rebondissant sans cesse et avec volubilité. Si elle sert, à parler, elle a servi aussi à beaucoup faire parler d'elle; que n'a-t-on pas dit, surtout médit et écrit sur son compte !

Ésope avait tenté d'établir une juste balance entre les biens et les maux dont la langue est la cause ou le prétexte, en expliquant qu'elle apparaît, tour à tour, la meilleure et la pire des choses. Il n'a pas été suivi par la postérité, qui tend plutôt à la charger de tous les péchés d'Israël.

Avant de dire de la langue ce que nous avons à en dire, permettez-nous de vous donner, sous forme d'énigme, une définition qui nous a paru agréablement tournée :

Je condamne, j'absous, je loue, je blasphème,
À parler bien ou mal mon penchant est extrême.
Je suis dans l'univers de grande utilité
Et fais tout l'ornement de la société.
Sans te mettre, lecteur, l'esprit à la torture,
À mes fruits, reconnais mes talents et mon nom ;
Quoique je sois sans dents, je fais mainte morsure,
Chaque instant je te sers et ne crains point l'usure ;
Naître, vivre et mourir dans certaine prison,
Est le sort qui me fut prescrit par la nature.
Sans douleur je ne puis quitter mon domicile,
Bien que tel soit l'usage en Turquie, à Maroc ;
M'ôter de mon logis, c'est me rendre inutile ;
Mais nul ne peut, ami, m'ôter de Languedoc.1

Maintenant que la voilà définie et portraiturée, nous allons pouvoir parler de la langue en connaissance de cause, raconter ce qu'on en pense et donner libre carrière aux appréciations. Elles sont multiples.

Chacun la traite suivant son humeur, mais rarement lui adresse un compliment.

Quand, par hasard, on se risque à lui reconnaître quelques qualités, on prend un air honteux pour s'en excuser aussitôt en lui préférant le silence.

N'a-t-on pas le proverbe arabe :

La parole est d'argent, mais le silence est d'or,

adopté par les Anglais :

" Speak is silver, but silence is gold " ?

Et le précepte de Confucius :

Parler, c'est semer,
Écouter, c'est recueillir?

Vous sentez immédiatement la restriction.

On lit dans le Coran : « Le talent le plus rare comme le plus utile est de savoir écouter. »

D'après une maxime orientale : « Personne ne fait plus paraître sa bêtise que celui qui commence de parler avant que celui qui parle ait achevé. »

Suivant une autre : « Les hommes ont sur les bêtes l'avantage de la parole; mais les bêtes sont préférables aux hommes si les paroles ne sont de bon sens. »

Les gens pratiques pensent qu'on ne peut bavarder et travailler tout ensemble :

« Ce n'est pas la quantité de paroles qui remplit le boisseau.2 »

Ni mon grenier ni mon armoire
Ne se remplit à babiller.3

« En tout travail il y a quelque profit; mais le babil des lèvres ne procure que disette.4 »

Les philosophes déplorent la langue et les bavards :

Moins on pense, plus on parle.5

« Il est étonnant qu'on ait donné tant de règles aux hommes pour leur apprendre à parler et qu'on ne leur en ait donné aucune pour enseigner à se taire.6 »

Avec les moralistes, c'est le dédain et le mépris qu'elle obtient en partage :

« Il est des vices dangereux; il en est de déplaisants, il en est de ridicules; le babil réunit tous ces inconvénients ; en disant des choses ordinaires, le babillard est ridicule; en disant des méchancetés, il est odieux.7 »

« Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c'est qu'il n'y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut dire, qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit.8 »

« L'on se repent rarement de parler peu, très souvent de trop parler, maxime usée et triviale que tout le monde sait et que tout le monde ne pratique pas.9 »

« Celui qui ne sait pas se taire, sait rarement bien parler.10 »

Les humoristes le prennent du côté léger et badin, mais ne l'en estiment pas davantage.

L'un d'eux signale que la nature nous a donné deux oreilles et une bouche seulement pour nous apprendre qu'il faut plus écouter que parler.

En général, ils s'attaquent de préférence à la femme dans leur douce ironie :

Qu'une femme parle sans langue
Et fasse même une harangue,
Je le crois bien.
Qu'ayant une langue, au contraire,
Une femme puisse se taire,
Je n'en crois rien.

D'un autre :

Il se peut que sans langue une femme caquette,
Mais non qu'en ayant une elle reste muette.

Au besoin, ils vont jusqu'à faire prononcer par la femme elle-même sa propre condamnation :

C'est conscience à vous que de vouloir forcer,
Pendant deux ans entiers, des femmes à se taire.
Pour moi, j'aimerais mieux vivre en un monastère,
Jeûner, prier, veiller, et parler tout mon soûl.11

Quant aux fantaisistes, ils n'ont de préférence pour aucun sexe, et distribuent des épitaphes aussi bien à l'homme qu'à la femme :

Ci-gît la vieille Radegonde
Qui fut jolie assez longtemps.
Cette maman petite et ronde
Fit beaucoup de bruit dans le monde :
Elle y parla quatre-vingts ans.12

Voilà pour « ma voisine » ; quant à « mon voisin », il ne perdra rien pour attendre, et voici son cadeau :

Ci-gît un babillard qui la nuit et le jour
Faisait un moulinet de sa langue archifolle ;
La mort voulut enfin lui parler à son tour
Et put seule un matin lui couper la parole.

Mais je m'en aperçois bien tard, je me suis laissé entraîner à bavarder peut-être plus que de raison, et ma plume a marché « comme un cliquet de moulin ». N'aurais-je pas mieux fait de profiter de tous ces bons conseils en observant celui-ci qui les résume tous :

Et si tu veux parler, commence par te taire!


1 Le Mercure de France, du 6 mai 1786.
2 Franklin.
3 La Fontaine, La Mouche et la Fourmi, livre IV, fable 5
4 Salomon, Livre des Proverbes, chapitre XIV.
5 Condillac.
6 Montesquieu.
7 Plutarque.
8 La Rochefoucauld.
9 La Bruyère, Les Caractères, chapitre XI, De l'homme.
10 Pierre Charron.
11 Le Philosophe marié, acte 1, scène iv, comédie de Destouches.
12 L'abbé de La Reynie, 1786.


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

mardi 14 février 2012

14 février

Encore une vingtaine de mois avant la retraite. Il est certain que je n'aurai pas un gros ménage de bureau à faire. Mais celui de mon ordinateur - je travaille avec mon ordinateur personnel - sera énorme : plein de courriels à mettre à la poubelle (j'en ai plus de 10000 dans mon GMAIL et presque autant dans mon YAHOO), des fils RSS à supprimer, des fichiers à supprimer...




Où sont passés les blogueurs québécois en éducation ? Écrire n'est-il pas un moyen à privilégier pour une pratique réflexive réussie ?




Bon, c'est la Saint-Valentin. Allons-y avec quelques citations :

« Il n'y a pas d'amour, dit Pierre Reverdy : il n'y a que des preuves d'amour. »
Claude Roy (La fleur du temps, journal 1983-1987, p.83, Folio n°2388)

Mais l'amour nous aveugle, et contre tout devoir
Quiconque a de l'amour a bientôt de l'espoir.
Pierre Du Ryer (Alcionée acte 2 sc. 2 (Alcire) p.101, in Théâtre du XVIIe siècle T. II, Gallimard/Pléiade, 1986)

L'amour vole aux amants les heures qu'ils ne passent pas ensemble : séparés, on ne vit plus, on attend de vivre.
Maurice Chapelan (Amours amour, p.193, Grasset, 1967)

L'amour est le premier plaisir, la plus douce et la plus flatteuse de toutes les illusions.
Marquise de Lambert (Réflexions diverses in Oeuvres de Madame La Marquise de Lambert, p.193, 1766)

Tout a été dit sur l'amour, et l'amour est toujours l'amour.
Henri de Régnier (« Donc », p.89, Ed. du Sagittaire, 1927)

Chemin faisant, page 47

Il y a tant de manières d'être utile que le bien s'impose à chacun de nous.

Il est bien plus facile de vivre avec les qualités des autres qu'avec leurs vertus.

Il faut parler juste au chagrin ou ne pas s'en mêler : que de gens écorchent la plaie en voulant la panser !

Les rassasiés sont toujours les plus intolérants.

Le duo a été créé par la nature et le trio par la société.

Penser, c'est voyager à prix réduit.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

lundi 13 février 2012

Évaluer est une compétence

Mes lecteurs le savent : je ne crois absolument pas aux quelconques bienfaits d'une évaluation institutionnelle classique ; par cette dernière j'entends une évaluation de performance généralement administrée en fin d'une séquence d'apprentissages ou en fin de parcours scolaire.

Le problème, c'est que peu de gens savent évaluer autrement. Or l'approche par compétence amenait aussi une réforme de l'évaluation, cette dernière devant se réaliser principalement en cours d'apprentissage et non en fin de parcours ; d'une évaluation « jugement/tri social », on désirait une évaluation « aide à l'apprentissage. » Pour ce faire, on favorisait des outils diversifiés : portfolio, dossier d'apprentissage, journal de bord, grilles de forces et défis, etc.

Pourquoi la nécessité de ces outils, me demanderez=vous ? Parce que, justement, on voulait apprécier chez l'élève son développement de compétence, et non plus sa capacité à retenir et à utiliser ses acquis scolaires le temps de réussir un examen. Mais, surtout, on désirait que l'élève sache qu'il était en train d'apprendre et de s'améliorer par rapport à lui-même. Oui, on voulait que l'élève reconnaisse chez lui-même et par lui-même les progrès qu'il accomplissait. Nous voulions briser l'idée que, par un bulletin, c'est l'enseignant qui savait que l'élève savait (tout au moins dans l'étape en cours).

En 2003, l'équipe de conseillers pédagogiques dont je faisais partie à la commission scolaire au Coeur-des-Vallées s'est penchée sur la question évaluative, mais non par rapport aux élèves (pour nous, le programme de formation était clair à cet égard) mais bien par rapport aux différents intervenants du monde scolaire : les enseignants, les directeurs d'école et les conseillers pédagogiques.

Nous notions alors un manque flagrant : on savait comment évaluer les élèves, mais nous n'avions aucun outil pour mettre en place une évaluation desdits intervenants.

En équipe, nous avions développé (les lecteurs qui ont lu le programme de formation au primaire reconnaîtront le modèle! ) les trois compétences pour chaque groupe d'intervenants.

Plusieurs raisons me poussent aujourd'hui à ressortir ces vieilleries.

D'abord, cette idée de François Legault et sa gang d'évaluer les enseignants. N'ayant pas lu le programme de la CAQ, je l'interprète en me basant sur ce qu'ont rapporté les médias, les twitteurs et les blogueurs. M. Legault souhaite des enseignants plus « performants. » Mais nulle part je n'ai vu comment on mesurera cette performance. Se fera-t-elle en fonction de la réussite des élèves ? En fonction de la moyenne de la classe ?

Puis, récemment, sur Twitter, François Rivest, un collègue CP de Montréal, a laissé un gazouillis référant à l'un de ses billets. Dans ce dernier, François mentionne les compétences professionnelles des enseignants.

C'est alors que je me suis souvenu du travail que nous avions effectué chez nous. Les compétences professionnelles, c'est bien beau, mais quelle est le rapport avec la compétence à appliquer le programme de formation de l'école québécoise ?

Bien sûr, en présentant notre réflexion à nos patrons, aux directeurs et aux enseignants, tout le monde trouvait ça extraordinaire. Cependant, rapidement, c'est tombé lettre morte. Oubli complet. Hop ! dans ces limbes qui, on le sait, n'existent même plus.

Le problème avec l'évaluation par compétence, c'est que, à part quelques irréductibles, personne vraiment n'y croit. Même le MELS nous envoie des examens (il appelle ça : situations d'évaluation) de fin de parcours que tous regardent comme un merveilleux modèle d'évaluation. Plus personne maintenant ne considère l'approche portfolio, sinon pour conserver (comme dans le bon vieux temps) les exercices, les examens et les devoirs de l'enfant.

Bref, le sentiment que j'en ai, c'est que plusieurs se prennent au sérieux au regard de l'évaluation alors que nul ne croit aux outils permettant aux intervenants d'améliorer leurs compétences.

Bien sûr, tout le monde comprend l'approche populiste Legault en disant qu'il est normal qu'on veuille évaluer les enseignants. Le problème, c'est que les politiques ne connaissent absolument rien à l'approche par compétence.

Oh ! je n'en veux pas aux politiciens ; ce sont des gens de bonne volonté, et qui agissent en fonction de leurs connaissances et de leurs intuitions. J'en veux surtout aux services pédagogiques des CS de n'avoir pas su expliquer aux journalistes et aux politiciens ce qu'était vraiment le programme par compétence. Je crois que l'échec de cette réforme est en grande partie dû à ce manque complet de communication des services pédagogiques vers la population.

En tout cas, chez nous, on a vraiment essayé fort. Voici d'ailleurs le document (PDF) que nous avions pondu. Il contient aussi les grilles d'évaluation. Mais, de grâce, si vous y référez, n'oubliez pas de mentionner les sources !









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