Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 23 février 2013

De toutes les Paroisses, page 173

Il doit être humble, celui qui aime à pardonner.

Un regard qui plaint vaut une main qui se tend.

On ne guérit bien que de ce qu'on méprise : ne dorlotez pas votre mélancolie si vous voulez la vaincre.

Tout peut s'accepter avec un grain de tendresse ou de poésie.

On est souvent traqué par la vérité et obligé de lui rendre les armes.

La vraie bonté ne se laisse pas battre; on recommence, elle recommence.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

vendredi 22 février 2013

De toutes les Paroisses, page 172

La vie s'irrite si nous prenons ses prêts pour des dons.

La caresse et le mensonge ont les mêmes besoins d'appeler leurs semblables.

En croyant on se sent plus assis, plus rebondissant quand on espère.

Le courage est un grand vainqueur, même vaincu.

Il y a des mémoires qui ressemblent à certaines boutiques : tout s'y trouve, rien n'y frappe.

En élevant un enfant, erreur de chercher à créer un type ; développer ce qui existe.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

jeudi 21 février 2013

Miette 82 : C'est une fine mouche

L'expérience

C'est une fine mouche.

Sommaire. — Ne pas confondre. — Le diable et la plus belle moitié du genre humain. — Satan a trouvé son maître

La « mouche » dont il est question n'a aucun rapport même lointain avec l'insecte ailé qui mettait en fureur le lion de la fable. Notre « mouche » est une personne habile, rusée, à laquelle il est difficile d'en remontrer et qui possède flair et adresse. Dans l'acception qu'on lui attribue ici, ce mot a produit « mouchard », espion de police. Si ce dernier est parfois pris en mauvaise part, il n'en est pas de même de la « fine mouche », qui a conservé toute sa grâce, toute son élégance avec son pouvoir.

Le terme s'applique ordinairement à la plus belle moitié du genre humain et... au diable.

« Le diable est une fine mouche. »

Dans une vieille chanson :

Satan dit un jour : « Je commence
À m'ennuyer.
Je vais pour faire pénitence
Me marier. »

Et son interlocuteur de lui répondre qu'il ne sera pas le maître dans son ménage :

Satan, crois-moi,
La femme est plus fine que toi.

Certes, la femme a l'esprit fin et délié ; son sac contient plus d'un tour et d'une malice ; qu'elle soit mince et élancée ou d'énorme corpulence, c'est avec la plus belle aisance et la plus grande désinvolture qu'à vos yeux éblouis et charmés elle se révélera : « fine mouche ».

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

De toutes les Paroisses, page 171

L'amabilité nous permet toujours de garder notre rang; elle a ses poids et ses mesures.

On s'avoue colère avec gentillesse, gourmand avec satisfaction, paresseux avec délices... vaniteux, jamais.

Porter la paix dans ses paroles, dans ses exemples, la respecter où elle existe, la faire entrer où elle n'est pas, c'est bien travailler !

Que de projets de travail fait un paresseux dans son fauteuil !

On a rarement de la patience de reste, mais il suffit d'en avoir assez.

Il faut faire honneur à tout ce qu'on a reçu.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

mercredi 20 février 2013

De toutes les Paroisses, page 170

Aie l'air d'être persuadé, pour abréger le discours qui t'ennuie.

Une bêtise marche, trotte, galope jusqu'à ce qu'un esprit courageux la prenne à la bride.

Un peu de tout, un peu de bonté, un peu d'esprit, un peu de malice, un peu d'attention font un homme facile à vivre.

La politesse se contente en satisfaisant les autres.

On retrouve la faiblesse de l'homme dans le prêtre, dans l'ami, dans le juge; c'est affligeant.

Un silence prolongé humilie le bavard et le lasse.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

mardi 19 février 2013

De toutes les Paroisses, page 169

Châtiment de pouvoir tout avoir : n'avoir envie de rien.

Que de désillusions se cachent derrière une femme jeune et belle, entièrement détachée de son physique !

Où le coeur a passé reste un sourire ou une goutte de sang.

C'est souvent difficile de pouvoir soi-même se pardonner.

Que de rêves ne sont que de justes réclamations pour le bonheur !

N'attends pas la mort en condamné, attends-la dans les bras de l'espérance.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

lundi 18 février 2013

2013.7

Citation de la semaine

«Il [Benoït XVI] est convaincu que la rationalité moderne est en crise et estime [...] que la foi peut se montrer plus raisonnable que la raison humaine. Philosophiquement, cette idée est d’une médiocrité intellectuelle embarrassante.»
Paolo Flores d’Arcais, Philosophie Magazine.

Échecs

Aux qualifications Élite Pom, j'ai perdu ma dernière ronde contre Michel Guimond, le plus haut coté du tournoi. Une défaite honorable dont je commenterai d'ici peu sur ce blogue.

Je me suis inscrit au Tournoi Ouvert de Gatineau.

J'ai suivi la Classique d'Échecs Grenke. «C'est tellement difficile, jouer aux échecs.» me disait cette semaine un joueur au club. Un autre bel exemple est cette dernière partie du tournoi. Caruana a les Noirs et, s'il gagne sa partie contre Fridman, il remporte le tournoi.
Arrive ce moment où il doit prendre une décision importante. Comme spectateur en direct et bien installé dans mon salon, je possède l'évaluation de l'ordinateur qui indique que Caruana a deux coups gagnants : 1... f4 et 1... g2.


Évaluations données par Deep Hiarcs 14


Mais Caruana a choisi 1... Re4 et n'a pu faire mieux qu'une nulle après une vingtaine de coups.
br /> Les finales demandent du calcul précis. Rendus à cette phase du jeu, les joueurs sont souvent fatigués - en fait, ils étaient dans leur septième heure de concentration intense - et l'effort à fournir est considérable. Caruana est l'un des douze meilleurs joueurs au monde. Dans cette vidéo, tirée du site officiel, on le voit jouer Re4 suivi immédiatement du pion d5 par Daniel Fridman ; on peut observer la réaction du maître international et commentateur Lawrence Trent (MI). À sa droite, Mickey Adams GMI.



MELS

Dans un courriel reçu cette semaine :

La Direction de l'éducation des adultes et de l'action communautaire (DEAAC) se voit dans l'obligation de reporter les rencontres nationales prévues les 18 et 19 mars pour les gestionnaires ainsi que les 25, 26 et 27 mars pour les responsables de soutien pédagogique (RSP). Ces rencontres se tiendront à une date ultérieure.

Ceci confirme mon impression que le ministère est vraiment mal à l'aise avec l'implantation du Renouveau pédagogique à l'éducation des Adultes. Lorsque je suis devenu CP au secteur des jeunes en 2000, on nous disait que la Réforme n'arriverait aux Adultes qu'en 2006... Nous sommes en 2013, et on diffère toujours son application. Ça ne doit pas être jojo dans les bureaux de DEAAC par les temps qui courent.

WW

Ma diète se poursuit. Tout va bien : je mange beaucoup mieux et je perds du poids. Le tracker de Weight Watchers est un outil remarquable pour assurer adéquatement le suivi.

TV

L'excellente série Walking Dead a repris. De même que Touch qui, ma foi, m'étonne quelque peu. Il ne faut pas oublier que le paradigme associé au déterminisme est encore bien présent dans notre société.

Miette 81 : Ce que femme veut, Dieu le veut

L'expérience

Ce que femme veut, Dieu le veut.

Sommaire. — Persévérance et ténacité. — N'insistons pas. — Accord avec Dieu. — Pacte avec le diable. — Ainsi soit-il !

Entre autres et nombreuses qualités, chacun sait que la femme possède persévérance et ténacité ; quand elle désire quelque chose et s'est mis en tête de l'obtenir, il faut qu'elle y arrive bon gré mal gré.

« Quand une femme en tête a sa folie »... n'insistons pas.

Les esprits bien intentionnés estimaient que pour arriver à ses fins la femme aurait au préalable fait accord avec Dieu; on serait peut-être plus dans le vrai en supposant qu'elle avait fait un pacte avec le diable.

Soyons généreusement pour la première formule avec les poètes :

En considérant la nature
J'ai vu dans l'histoire future
Que ce que femme ordonnera
D'abord le Seigneur le voudra.

De même :

Ou fille, ou femme, ou veuve ; ou laide, ou belle,
Ou riche, ou pauvre ; ou galante, ou cruelle,
La nuit, le jour, veut être, à mon avis,
Tant qu'elle peut, la maîtresse au logis.1

Ou bien encore :

Ce que veut une femme est écrit dans le ciel !

Ainsi soit-il !... pourvu que ce soit sensé.


1 Voltaire.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

De toutes les Paroisses, page 168

Efforce-toi de te suffire, si la vie t'a fait solitaire ; on y arrive en souffrant et en saignant.

L'âme souffre des souffrances du corps par pitié.

Habitue ton âme à être sobre dans la joie.

En gagnant la raison, ne perds pas la pitié.

Les veufs ont reçu le don de consolation.

Un jeune qui pense, un vieux qui chante font exception.

Un bouquet dans une main, une faulx dans l'autre, c'est l'inattendu ; il réjouit ou il tue.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

dimanche 17 février 2013

De toutes les Paroisses, page 167

Un trait d'esprit préparé n'est guère de l'esprit : l'esprit doit se surprendre lui-même.

Châtiment : le trompeur a toujours peur d'être trompé.

C'est doux de revenir d'une antipathie, comme d'un voyage ennuyeux.

Chercher beaucoup et trouver toujours la même chose, c'est le sort du philosophe.

Remercie chaque jour qui passe sans malheur, il a été généreux.

Y a-t-il des présences aussi douces que certaines absences ?

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

samedi 16 février 2013

De toutes les Paroisses, page 166

Tout ce que fait l'abeille c'est en songeant à l'essaim.

Que de catégories de maris! Choisissez bien, pauvres femmes, le tas n'est pas fameux.

Il y a des gens qui compliquent tout, qui font des problèmes de tout, ils alourdiraient l'idéal même.

Aime où tu peux, respecte où tu dois.

Que c'est friand d'intriguer un curieux !

Rien ne s'ébruite plus que l'argent.

La souplesse est le mouvement de la grâce.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

Miette 80 : Les courtisans et les favoris sont comme les jetons : ils sont presque tous faux

L'expérience

Les courtisans et les favoris sont comme les jetons : ils sont presque tous faux.

Sommaire. — Sans valeur. — Sans estime. — Un choix significatif. — Le madrigal du roi. — Conseils du grand prêtre Joad. — La treille de sincérité. — Ce qu'un jeune prince apprend le mieux.

Le jeton est un petit disque en métal, bois, ivoire ou nacre, dont on se sert pour marquer et payer au jeu ; il n'a par lui-même aucune valeur, et serait traité de fausse monnaie si on l'employait comme telle.

Après avoir défini le jeton, nous devons une définition du favori; nous y serons aidé par J.-B. Rousseau dans cette épigramme :

Ami, crois-moi, cache bien à la cour
Les grands talents qu'avec toi l'on vit naître:
C'est le moyen d'y devenir un jour
Puissant seigneur et favori peut-être.
Et favori ? Qu'est-ce là ? C'est un être
Qui ne connaît rien de froid ni de chaud
Et qui se rend précieux à son maître
Par ce qu'il coûte et non par ce qu'il vaut.1

Brébeuf hasarde une comparaison :

Les courtisans sont des jetons,
Leur valeur dépend de leur place :
Dans la faveur, des millions,
Et des zéros, dans la disgrâce.

Comme on l'a vu plus haut, le jeton n'a pas de valeur, et faux comme un jeton est un axiome; quand on lui compare le courtisan, ce n'est pas pour décerner à celui-ci un brevet de franchise et de loyauté. Ceux qui approchent les grands de la terre ont en effet pour habitude de leur cacher la vérité et de les flatter.

Henri III, voulant un jour récompenser un prévôt de Paris, lui présenta deux bourses, remplies l'une de pièces d'or, l'autre de jetons. Le prévôt choisit cette dernière. Étonnement du roi. « Sire, je cherche à suivre votre exemple; Votre Majesté fait de même quand elle prend un favori ou un courtisan. »

Le roi sourit, et le prévôt n'y perdit pas.

Il n'en reste pas moins avéré que les rois ont bien du mal à savoir l'opinion de ceux qui les entourent.

Mme de Sévigné conte une petite historiette très vraie, qui vous divertira, (c'est la spirituelle marquise qui parle) : « Le roi2 se mêle depuis peu de faire des vers. Il fit l'autre jour un petit madrigal que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin, il dit au maréchal de Gramont : « Monsieur le Maréchal, lisez, je vous prie, ce petit madrigal et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent. » Le maréchal, après avoir lu, dit au roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses; il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais lu. » Le roi a fort ri de cette folie. Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le roi en fît là-dessus, et qu'il jugeât par là combien il est loin de connaître jamais la vérité. »

Ce sont peut-être les mêmes vers qui ont amené la réponse de Boileau : « Sire, rien n'est impossible à Votre Majesté, elle a voulu faire de mauvais vers, elle y a réussi. »

Le désir de Mme de Sévigné était partagé par Racine quand il dicte au grand prêtre Joad les conseils adressés au jeune roi Joas pour le prémunir contre les dangers de la flatterie3:

Loin du trône nourri, de ce fatal honneur,
Hélas ! vous ignorez le charme empoisonneur ;
De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse,
Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse.
Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois,
Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois;
Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même ;
Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême ;
Qu'aux larmes, au travail, le peuple est condamné,
Et d'un sceptre de fer veut être gouverné;
Que, s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime.
Ainsi, de piège en piège, et d'abîme en abîme,
Corrompant de vos moeurs l'aimable pureté,
Ils vous feront enfin haïr la vérité.

Toutes ces recommandations restent malheureusement stériles depuis qu'est morte la treille de sincérité, cette treille mirifique dont Désaugiers nous a chanté la vertu magique4; en mordant à la grappe on disait forcément la vérité :

Mais hélas ! par l'ordre du prince
Ce raisin justement vanté
Un jour du fond de sa province
Près du trône fut transplanté.
Pauvre treille autrefois si belle,
Que venais-tu faire à la cour?
L'air en fut si malsain pour elle
Qu'elle y mourut le premier jour.
Nous n'avons plus cette merveille
Ce phénomène regretté,
La treille
De sincérité.

Dès lors, les rois n'ont qu'une ressource et une consolation, c'est la certitude de pouvoir devenir bons cavaliers.

« En effet, disait mon vieux maître de manège, l'équitation est ce qu'un jeune prince apprend le mieux, parce que son cheval ne le flatte pas ! »


1. J.-B. Rousseau, Épigrammes, liv. II, 14.
2. Louis XIV (1643-1715)
3. Athalie, tragédie de Racine, acte IV, scène iii.
4. La Treille de sincérité, chanson.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

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