Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 11 février 2012

11 février

J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce texte : dévalorisée usée ecrasée. D'après moi, on y trouve d'une manière bien articulée, le problème de l'école secondaire aujourd'hui.

Aujourd'hui ?

L'école obligatoire jusqu'à 16 ans a toujours eu son côté pervers.

Chemin faisant, page 44

La sympathie a le don de subite naturalisation.

L'art et la vertu s'acquièrent par pièces et par morceaux.

Nos prétentions augmentent bien plus en raison de nos succès, qu'en raison de nos mérites.

On ne peut bien consoler que ce qu'on comprend, mais on peut aimer ce qu'on ne comprend pas.

Une année sans printemps ressemble à une jeunesse sans amour : il lui manque toujours quelque chose.

Aimer un pays plus que le sien, c'est voler sa mère pour faire l'aumône.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

vendredi 10 février 2012

10 février

J'ai écrit un commentaire ce matin sur l'excellent blogue de The Dude Minds. Le billet parle de la différente interprétation du zéro chez les francophones et chez les anglophones.
Courte vidéo dans laquelle Papert fait une distinction entre les mathématiques et les mathématiques «scolaires».


Chemin faisant, page 43

Se venger ! Est-ce cicatriser sa plaie ?

Qui fait des admirateurs fait des disciples.

Le conseil est une sorte de paternité ; il engage celui qui le donne.

Le désir n'est pas toujours un coupable, mais c'est toujours un gourmand.

Quand nous vieillissons, les souvenirs nous entourent comme les lierres entourent les vieilles maisons.

Avoir l'air convaincu, n'est-ce pas la plus aimable de nos politesses ?

Nos goûts sont généralement servis avant nos devoirs.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

jeudi 9 février 2012

9 février

Choquant ce reportage de Brigitte Bureau dans lequel on voit des enfants de parents évangélistes nous faire une petite morale homophobe et pro-vie. C'est tout simplement odieux que des « croyants » utilisent des enfants pour propager leurs idées haineuses.

Pour moi, c'est un argument de plus pour supprimer complètement la religion de la charte canadienne des droits et libertés. La religion ne devrait pas avoir de place dans l'espace public.

Miette 14 : Qui a bu boira

Le goût

Qui a bu boira

Sommaire. — Noé dans la vigne. — Redoutez le vin. — Le « lait des vieillards ». — La première chanson à boire. — Racan chante le jus du raisin. — Comment il faut boire. — Guérissez ma fièvre, je guérirai ma soif.

Depuis Noé, qui planta la vigne et sut en extraire le jus du raisin, le vin eut ses détracteurs. N'en connaissant pas encore les pernicieux effets, le vénérable patriarche dut à son inexpérience de tomber dans un état voisin de l'ébriété, ce qui eut comme conséquence d'égayer à ses dépens de nombreuses et successives générations.

L'apparition de cette suave liqueur se signala par un début plutôt malheureux, qui la mit en méfiance dans l'esprit des moralistes.

« Tous les péchés, dit l'un, sont entrés dans le monde par l'intempérance ; c'est l'abstinence qui y ramène toutes les vertus ». Sa conclusion logique proscrit le vin.

L'Écclésiaste redoute son influence : « N'excitez pas à boire celui qui aime le vin, car le vin en a perdu plusieurs. »

« Les effets de l'ivresse sont souvent funestes, ajoute Buchanan ; il n'est pas de poison qui tue plus certainement que les liqueurs fortes. » Voilà le premier jalon posé pour la lutte contre l'alcoolisme.

Ces recommandations ne sont pas à dédaigner, à la condition de viser seulement ceux que leur gourmandise et leur irréflexion entraîneraient jusqu'à l'abus. Quant aux gens raisonnables, qui ne boivent qu'à bon escient et modérément, loin de leur interdire le vin, il faut leur recommander cette précieuse boisson qui fortifie les jeunes et a mérité de s'appeler « le lait des vieillards ».

Notre bon vin de France, si pur, si franc, si doux, si savoureux, quelles que soient les régions qui le produisent, mérite de la part de tous un accueil empressé et reconnaissant. C'est celui qu'il a reçu auprès des chansonniers et des poètes. Innombrables sont ceux qu'il a inspirés et qui se sont complu à célébrer ses louanges et à le glorifier.

Voici une chanson passant pour une des premières « chansons à boire » faites en France :

Que j'aime en tout temps la taverne !
Que librement je m'y gouverne !
Elle n'a rien d'égal à soi ;
J'y vois tout ce que je demande :
Et les torchons y sont pour moi
De fine toile de Hollande.

Le vin me rit, je le caresse ;
C'est lui qui bannit ma tristesse
Et réveille tous mes esprits ;
Nous nous aimons de même sorte :
Je le prends, après j'en suis pris,
Je le porte et puis il m'emporte.

Motin en est l'auteur ; Motin pour qui Boileau se montre sévère en écrivant :

J'aime mieux Bergerac et sa burlesque audace
Que ces vers où Motin se morfond et nous glace.1

En s'exprimant ainsi, le grand satirique ne devait pas viser notre chanson où ne manque pas une certaine verve et qui a le mérite d'avoir inauguré le genre. Il eût dans tous les cas applaudi celle que Racan composait pour son ami Maynard, toujours sur le vin :

C'est lui qui fait que les années
Nous durent moins que les journées ;
C'est lui qui nous fait rajeunir,
Et qui bannit de nos pensées
Les regrets des choses passées
Et la crainte de l'avenir.

Le chantre des « Bergeries »2 savait à l'occasion l'aire vibrer les cordes de sa lyre en l'honneur de Bacchus.

Un gastronome3 indique la manière de boire — c'est un talent et une science — pour en retirer tout le profit et le plaisir souhaités. Nous sommes au dessert :

Buvez, il en est temps, mais à dose légère,
Et ne remplissez pas constamment votre verre.
Mettez un intervalle égal et mesuré
Entre tous vos plaisirs ; arrivez par degré
À l'état d'abandon, de joie et de délire,
À l'oubli de tous maux que le vin doit produire.4

Un autre, franc luron, exprime naïvement sa joie de vider son verre et chante à plein gosier et à ventre déboutonné l'immense satisfaction qu'il en éprouve :

Vive le vin !
Vive ce jus divin !
Je veux jusqu'à la fin
Qu'il égaie ma vie !
Un homme est toujours franc,
Loyal et bon vivant
S'il boit sec et souvent !

Impossible après ces éloges dithyrambiques de nier l'attrait du vin sur le palais et le cerveau des mortels.

Celui qui en a goûté n'a qu'une envie, c'est d'en goûter encore. Qui a bu boira !

L'important est de ne pas se laisser entraîner, de ne pas tomber dans l'excès. Autrement on se dégrade, on se ravale à l'état de brute et l'on demeure incorrigible, pour mourir dans l'impénitence finale.

Certain ivrogne, après maint long repas,
Tomba malade. Un docteur galénique
Fut appelé. « Je trouve ici deux cas,
Fièvre ardente, et soif plus que cynique ;
Or Hippocras tient pour méthode unique
Qu'il faut guérir la soif premièrement. »
Lors le fiévreux lui dit : « Maître Clément,
Ce premier point n'est le plus nécessaire :
Guérissez-moi ma fièvre seulement
Et pour ma soif, ce sera mon affaire. »5


1 Art poétique, chant IV, vers 39 et 4O.
2 Recueil d'Idylles.
3 Joseph Berchoux.
4 La Gastronomie, poème, chant IV.
5 J.-B. Rousseau, épigramme V.

Chemin faisant, page 42

Il n'y a d'être inutile que celui qui le veut bien.

Le silence est un mépris, un moyen, un art, une paresse, une crainte, ou une dignité : il joue tous les rôles sous le même habit.

Il n'est pas rare de voir la calomnie, comme l'adultère, punie dans plusieurs générations.

On sort de la douleur comme on sort d'un antre obscur, toujours un peu surpris.

On ne se noie pas à la même profondeur de l'eau, on ne se blase pas à la même hauteur de la coupe.

Le monde est impitoyable, surtout à ceux-là qui le craignent.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 8 février 2012

8 février

Et si je reprenais mes « Quotidienneries » ? Évidemment, j'ai toujours Twitter, mais, parfois, la limite des 140 caractères est bien triste.

Toujours est-il qu'hier, en fin de journée, un enseignant entre dans mon bureau.

- Gilles, si tu as le temps, tu liras ça.

Et il me tend un texte de deux pages. En en-tête, je remarque une URL.

- C'est d'une élève qui fréquente le Centre, me précise-t-il.

Rapidement, je tape l'adresse excetera1.blogspot.com/.

- Ah ! c'est un blogue, ai-je lancé.

- Oui ? Je ne connais pas vraiment ça.

Nous finissons notre discussion et je me plonge dans la lecture. Lecture qui m'a fait un immense bien. En essayant d'en analyser les raisons, j'obtiens des pensées du genre :
  • Une élève qui écrit !
  • Un blogue !
  • Des idées !
  • Du style, du vrai style !
Il ne me reste qu'à rencontrer cette élève pour lui dire combien je l'admire.

Chemin faisant, page 41

Le prêt est le plus ingrat de tous les dons.

L'imagination ? Appelle-la, elle fuit; fuis-la, elle vient; tiens-la, elle s'échappe; ne lui parle pas, elle interroge : crois-moi, aie toujours son couvert à ta table, sans la solliciter jamais.

Les hommes croient aimer, ils désirent.

Le coeur ? le plus encombrant de tous les amis.

La louange a bien des manières de se faire payer ses caresses.

Aimer, c'est chercher à égaler.

La sérénité des vieux est un enseignement pour les jeunes.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Citations quotidiennes 08.02.12

Nous croyons parfois que la chance nous sourit. C'est à un autre qu'elle souriait, comme ces femmes de rêve que l'on rencontre dans la rue et que, dans notre dos, un autre attendait.
Paul Guth (La chance, p.65, Hachette (Coll. Notes et maximes), 1963 )

Plus les hommes font des serments pour être crus, moins ils doivent l'être. Des serments prodigués en vain, contre la loi de Dieu, ne doivent point acquérir de crédit chez les hommes.
Alexander Pope (Maximes et réflexions morales, trad. Jean de Serré de Rieux / Graphie moderne G. Jobin , p.17, Impr. G. Smith, Londres, 1739)

[...] ce sont les fausses pistes qui font les grands savants. C'est rarement - dans la biographie comme dans les autres sciences - en cherchant une chose qu'on la trouve ; c'est presque toujours en en cherchant une autre. N'appelez pas cela hasard. Il n'y a pas de hasard en bibliographie. On trouve parce que l'on cherche et quand on cherche avec flair, instinct et intelligence, on prend des notes.
Ces notes précieuses se rapprochent à un certain jour d'autres notes et forment un tout lumineux.
Jules Richard (L'art de former une bibliothèque, p.106, Éd. Rouveyre & G. Blond, 1883)

[...] L'on doit obéir, quand l'équité commande.
Pierre-Jean-Baptiste Choudard, dit Desforges (La Femme jalouse, acte 5, sc. 7 (D'Aranville), 1785)

Nous travaillons dur pour libérer l'extraordinaire énergie qui se trouve cachée dans l'atome et dans son noyau. Si nous ne consacrons pas une énergie égale - oui, et autant d'argent - à libérer le potentiel de chaque individu, alors le décalage énorme qui existe entre le niveau des ressources énergétiques physiques et celui des ressources humaines va nous condamner à une destruction universelle bien méritée.
Carl Rogers (Liberté pour apprendre?, Éd. Dunob)

Voir Au fil de mes lectures.

mardi 7 février 2012

Mathémascratcher en FGA


Hier, j'animais un atelier de 75 minutes sur Scratch dans le cadre d'un colloque régional en formation générale des adultes.

J'ai commencé par une courte présentation :



J'ai ensuite pris 15 minutes pour un voyage guidé à partir du projet PONG.

Le reste du temps, les participants devaient eux-mêmes se promener en mathématie, mais je leur avais remis les bases du projet (fichier PDF) qu'il devait produire !

Je fus, il est vrai, agréablement surpris par l'engagement des enseignants dans cette tâche. Je ne sais pas si en FGA, nous1 saurons dépasser l'approche

Faire un guide d'apprentissage - faire prétest - faire examen


qui perdure depuis des décennies ; mais une chose est certaine, si jamais cela se produit, Scratch sera là pour stimuler une vision holistique de l'enseignement des mathématiques.
1 D'après moi, le MELS devrait s'ouvrir à une évaluation plus flexible du genre par portfolio. Mais en est-il conscient ?

Chemin faisant, page 40

Le souvenir me semble être de plus noble race que l'espérance.

On est juste sans être bon, et l'on est bon sans être juste : qu'est-ce donc que la justice ? une rectitude de l'esprit.

Être amoureux, c'est avoir perdu pied complètement.

Être amoureux, c'est commencer à être infirme et ne pouvoir plus marcher qu'à deux.

L'inexact est un égoïste qui fait passer son petit bien-être avant les convenances d'autrui.

Les millions parlent mal quand ils se mêlent de la conversation.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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