Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 21 mars 2012

Chemin faisant, page 85

Une oeuvre de pure imagination doit rappeler le boudoir d'une coquette : un peu de désordre n'en diminue pas l'agrément.

J'ai quelquefois éprouvé une vigoureuse jouissance à être mal jugée.

Les vieilles épaules devraient se cacher, car elles n'ont même pas pour elles les vieux démons.

L'élégance est moins capricieuse que la mode ; elle a des lois.

Les enfants trop doux me font peur ; les couleurs trop tendres, je les admire en gémissant.

Les fleurs demandèrent un jour la parole aux dieux, et c'était pour défendre les papillons !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

mardi 20 mars 2012

Miette 25 : Temps pommelé, femme fardée, / Ne sont pas de longue durée.

Le temps

Temps pommelé, femme fardée,
Ne sont pas de longue durée.

Sommaire. — Jolis petits nuages. — Jolie petite femme. — Approchez et regardez. — On ne cache rien. — Oubli regrettable. — Simplicité. — Examinez bœuf, valet, femme.

Le soleil brille, le ciel est bleu, le temps paraît magnifique. Mais n'apercevez-vous pas là-bas ces jolis petits nuages blancs arrondis, comme une pomme, ayant l'apparence de l'entremets dit, oeufs à la neige? Méfiez-vous, le temps est pommelé, c'est de la pluie pour demain.

Entrez dans ce salon, voyez cette jolie femme élégamment habillée, coiffée avec un goût parfait; son visage est souriant, ses joues sont roses, elles semblent avoir le velouté de la pêche; quelle belle personne !

Approchez-vous, regardez avec attention, les sourcils sont habilement faits, la figure est couverte de rouge et de poudré, les lèvres de carmin, le teint n'est pas naturel mais composé avec art. Horreur! la jolie femme est fardée. Sa beauté n'a pas duré, un instant a suffi pour faire évanouir à vos yeux ses charmés trompeurs.

Vous avez promptement découvert

.... cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.1

Quand on devient âgé, c'est l'ordinaire usage
De vouloir se cacher la moitié de son âge.2

On est bien naïf, on ne cache rien à personne, car

On a l'âge après tout qu'on porte sur son front.3

Le seul résultat certain que l'on puisse obtenir est le ridicule; ce n'est vraiment pas la peine de se donner tant de mal pour atteindre un pareil but.

On oublie trop que

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.4

« Une belle femme est aimable dans son naturel : elle ne perd rien à être négligée et sans autre parure que celle qu'elle tire de sa beauté et de sa jeunesse. Une grâce naïve éclate sur son visage, anime ses moindres actions.»5

La simplicité est encore ce qu'on a trouvé de mieux pour charmer et séduire :

Une robe légère,
D'une entière blancheur,
Un chapeau de bergère,
De nos bois une fleur.
Oui, telle est la parure
Dont je suis enchanté,
Car toujours la nature
Embellit la beauté.6

Si la jeunesse vous abandonne, si la beauté vous délaisse, résignez-vous, remplacez-les par la grâce et l'amabilité ; soyez douce, bonne et indulgente; quand on possède ces qualités exquises, elles ne vous font jamais d'infidélité et vous conquièrent tous les coeurs.

De trois choses Dieu nous garde
De boeuf salé sans moutarde,
D'un valet qui se regarde
Et de femme qui se farde.7


1. Athalie, tragédie de J. Racine, acte II, scène 5.
2. Poisson (Raymond)..
3. Emile Augier.
4. Boileau, épître IX, Au marquis de Seignelai, (1675), vers 43.
5. La Bruyère, Les Caractères, chapitre XII: Des jugements.
6. Marie, opéra-comique de Herold.
7. Sallentin.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Études : Collection H. Mattison (19 - 24)

Études 19 - 24

19. Rigaer Tageblatt
1914
=
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20. Rigaer Tageblatt
1915
=
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21. Baltische Zeitung
1918
=
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22. Deutsches Wochenschach
1918
=
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23. Deutsches Wochenschach
1918
=
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24. Deutsches Wochenschach
1918
=
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Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

20 mars

À la télé hier soir, la première de la 14e saison de Dancing with the Stars fut exceptionnelle. Les candidats ont tous fait un bon boulot. La saison promet !

J'ai aussi regardé la dernière de la deuxième saison de The Walking Dead. D'après moi, c'est sans doute, avec Battlestar Galactica, l'une des meilleures séries télévisées des dernières années. Le jeu des acteurs est extraordinaire, l'atmosphère est tendue, apocalyptique, les maquillages sont époustouflants. Ayant lu tous les Comics, j'ai apprécié fortement l'apparition soudaine de Michonne. La troisième saison, à l'automne, verra certainement nos amis se faufiler dans la «fameuse» prison.

Toujours hier soir, discussion intéressante sur Twitter. Le thème : la progression des apprentissages. Je crois que le MELS, en prescrivant le document, entre beaucoup trop dans la salle de classe. Si le ministère était resté sur sa première idée de seulement le suggérer, les enseignants auraient pu exercer leur jugement de l'utiliser ou non. Mais là, on les force à concevoir l'acquisition des connaissances comme une série d'éléments avec une hiérarchie stricte. Dans ma conception du développement d'une compétence, ce qu'on apprend, et quand on l'apprend, peuvent varier d'un élève à l'autre. Par exemple, dans un projet en mathématique, un élève qui développe sa compétence à résoudre des problèmes peut utiliser le plan cartésien, alors qu'un autre apprendrait la trigonométrie et un autre le concept des nombres entiers. L'important, ici, c'est résoudre des problèmes. Le rôle de l'enseignant est de créer des situations d'apprentissage riches et variées qui feront probablement émerger les besoins d'apprendre des concepts divers. Avec la progression des apprentissages, on force l'enseignant à enseigner des connaissances précises à tous les niveaux scolaires. Pour moi, cette approche classique (et, aux yeux de plusieurs, sécurisante) vient quelque peu en contradiction avec l'approche par compétences. Dans le programme de formation, l'ensemble des connaissances à couvrir est bien présent. Nul besoin de les hiérarchiser.

Chemin faisant, page 84

Nos passions se rhabillent avec nous tous les matins.

Les grandes espérances, comme les grands lévriers, aiment les grands chemins.

Le Français s'écoute, l'Anglais se mesure, l'Allemand se pèse, l'Italien se mire, l'Espagnol se glorifie.

Le dernier mot de l'analyse, c'est le dégoût ou le pardon.

Les principes sont des points de refuge, où l'homme se gare de la passion.

Il est difficile de porter l'automne d'un coeur qui n'a pas eu de printemps.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

lundi 19 mars 2012

Chemin faisant, page 83

La brume se déride, l'air joue avec la plante, la corolle ouvre son corsage, l'espérance s'habille à neuf, les caresses sortent de leur sommeil, les rêves voltigent dans l'air, la nature se réveille et le printemps naît.

Nos idées sont-elles le résultat de nos forces, ou nos forces le résultat de nos idées?

Dans certaines circonstances, qu'il est bon, non seulement d'être indifférent, mais de le montrer !

On déveloute la pureté rien qu'en en parlant !

Pour devenir riche, nos talents nous servent plus que nos qualités.

Il est aussi difficile de raisonner ce qu'on aime qu'aimer ce qu'on raisonne.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

19 mars

« Le déterminisme est la seule manière de se représenter le monde. Et l'indéterminisme, la seule manière d'y exister. »

J'ai trouvé cette jolie citation de Paul Valery ici. Elle date de 1915.

Sur Images des mathématiques, lisez cet excellent billet d'Étienne Ghys intitulé Graphiques Frelatés. Cela démontre toute l'importance que l'école devait accorder aux mathématiques «citoyennes».

Sur Pictures of Math, un éclair en ralenti. Impressionnant.

dimanche 18 mars 2012

Chemin faisant, page 82

Tant que le bruit aura de la voix le charlatan aura de la chance.

Rien ne vaut le baiser d'un enfant; c'est pourquoi il faut être indulgent pour les femmes qui ne l'ont pas connu.

Faire tout ce qu'on peut, c'est faire encore si peu quand on aime !

De l'esclave à l'homme complètement libre, qu'il y a d'étapes et de degrés !

« J'ai dit tout ce que j'ai pensé. » - Qui vous l'a demandé, madame?

Voyez-vous ce petit minois fin, coquet, heureux, bien portant, inventant des sourires et creusant des fossettes sur les joues des mortels? c'est l'oubli.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

samedi 17 mars 2012

Chemin faisant, page 81

Tous les avantages qui ne servent pas, toutes les prétentions qui n'aboutissent pas, quel monde devant et derrière soi !

Réjouir vaut mieux qu'étonner.

Il y a de si douces indifférences qu'on craint de les remuer de peur de les déplacer.

Le retardataire est comme l'ivrogne, il ne recommencera plus.

Être l'esclave de sa femme de chambre, c'est avoir par trop perdu le sens de la liberté.

Toutes les infériorités sont nées jalouses, toutes les supériorités ne sont pas nées humbles ; jugez du conflit.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

vendredi 16 mars 2012

Grève et TIC

Il semble que plusieurs enseignants et syndicats d'enseignants appuient le mouvement de grève des étudiants.

C'est bien.

Pour rendre cet appui concret, puis-je leur suggérer de rendre leurs cours disponibles aux étudiants via le web ? Ainsi, ces derniers ne risqueraient pas de « perdre » la session en cours, car, évidemment, cette « menace » arrivera bientôt.

Est-il vraiment nécessaire de se rendre dans les locaux de l'université pour apprendre ? Bien sûr que non ! et cette grève pourrait le démontrer.

Miette 24 : Au temps où la reine Berthe filait

Le temps

Au temps où la reine Berthe filait.

Sommaire. — L'Empereur à la barbe fleurie. — Quelle était sa mère? — Filez et vous serez considérée. — Laudator temporis acti. — Qu'en sait-on? — Denys le Tyran et la vieille femme.

Le grand Charlemagne, vainqueur des Saxons et des Normands, le fameux Empereur d'Occident, à la barbe fleurie, cher aux enfants ne fût-ce que pour avoir créé les écoles, est trop connu pour qu'il ait besoin d'une présentation en règle.

Son nom seul me dispense
D'en dire plus long.
J'en ai dit assez, je pense,
En disant son nom,1

si j'ose risquer cette citation tronquée mais peu classique.

On n'ignore pas non plus le nom de son père : Pépin le Bref, petit de taille (bref) comme le grand Alexandre, mais d'une force musculaire qui lui permettait de trancher la tête d'un taureau d'un seul coup de sa vaillante épée.

On sait moins quelle reine eut l'honneur de lui donner le jour, bien que celle-ci se soit acquis une notoriété personnelle par ses vertus domestiques.

Dans le palais comme dans la chaumière,
Pour revêtir le pauvre et l'orphelin,
Berthe filait et le chanvre et le lin.
On la nomma Berthe la filandière.2

Telle était l'épouse de Pépin le Bref, la bienheureuse mère de Charlemagne, désignée aussi sous le sobriquet de « Berthe au grand pied ».

Bonne, douce et charitable au pauvre monde, le souvenir de ses vertus resta gravé dans le coeur du peuple qui se rappelait avec attendrissement et reconnaissance « le temps où la reine Berthe filait ».

Plus tard, quand les évêques commencèrent à s'occuper un peu plus du temporel que de la sanctification des âmes et se mirent à pressurer les vilains, on regretta l'ancien temps, le bon vieux temps, et l'on chanta :

Au temps passé du siècle d'or
Crosse de bois, évêque d'or;
Maintenant ont changé les lois,
. Crosse d'or, évêque de bois.3

On a toujours eu d'ailleurs tendance à préférer le temps passe au présent, laudator temporis acti.

Tout près de nous le poète4 n'a-t-il pas dit :

On vivait de mon temps; la femme qu'on prenait
Etait pauvre souvent, mais on n'y songeait guère.
La misère venait : on lui faisait la guerre,
On luttait vaillamment, et pour se reposer
De sa longue fatigue on avait un baiser.
Puis on luttait encore et toujours et sans crainte,
La flamme du foyer n'était jamais éteinte,
Et l'on s'y réchauffait, tenant devant ses yeux,
Un enfant, doux fruit vert d'une existence à deux.

On trouve sans cesse à se plaindre et l'on suppose que nos ancêtres étaient mieux partagés. Qu'en sait-on ? nous n'y étions pas. Alors ? Pour nous,

Le bon temps est une chimère,
L'homme jamais ne fut meilleur.5

et le scepticisme de Voltaire est à méditer :

Un jour tout sera bien, voilà notre espérance,
Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion.6

Ce n'était pas l'avis de cette vieille femme de Syracuse, que Denys le Tyran surprit dans le temple de Jupiter adressant une fervente prière au Maître des dieux pour la conservation des jours de son souverain, à elle. Denys le Tyran n'en croyait ses yeux ni ses oreilles et, s'approchant : « Dis-moi, la vieille, tu tiens donc beaucoup à moi ? — Certes, répondit-elle. — Et pourquoi donc ? — La raison en est bien simple. Ton prédécesseur n'était pas bon. J'ai prié Jupiter de nous en délivrer. Je fus exaucée, puisque tu règnes. Mais comme tu es plus méchant que lui, j'ai peur de ton successeur qui pourrait être pire encore, et je te garde ! »


1 [GGJ] La citation originale provient de l'opéra-bouffe La belle Hélène d'Offenbach, paroles de Meilhac et Halévy : Le roi barbu qui s'avance / C'est Agamemnon / Et ce nom seul nous dispense / D'en dire plus long. / Car on a tout dit, je pense / En disant ce nom. / Le Roi barbu qui s'avance / C'est Agamemnon.
2 [GGJ] Ces vers sont extraits d'un épisode du chant IX du poème de Charlemagne par Millevoye.
3 [GGJ] Guy Coquille, Histoire du Nivernais, 1595.
4 [GGJ] Il s'agit de Léopold Laluyé tiré du Poème de Claude. Notez que Genest a fait une erreur au premier vers. En effet, on doit lire «On aimait de mon temps» et non pas «On vivait...».
5 [GGJ] C'est tiré de «Le Cerf véridique - Apologue» de M. Nogaret Félix, Almanach des Muses, 1824.
6 [GGJ] Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756.


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Miette 23 : L'âge des roses

Le temps

L'âge des roses.

Sommaire. — Le sort commun. — La reine des fleurs.— Rose et cyprès. — Rose et Rosette — Collaboration imprévue. — Bossuet et Alfred de Musset s'entendent. — La jeunesse et le protocole. — Place aux vieilles.

Bien qu'élevés par le rang ou la fortune au-dessus des autres hommes, les grands de la terre n'en subissent pas moins le sort commun : tous sont mortels. Les reines aussi, fût-ce la reine des fleurs.

Celle-ci, la plus belle, la plus gracieuse, la plus parfumée entre toutes, se voit, même par la marâtre nature, traitée plus cruellement que les autres. À peine sortie de son corselet, à peine entrouverte pour le charme des yeux et de l'odorat, une précoce maturité la guette, l'épanouit rapidement pour la vouer au trépas qui oublie l'arbre vert et sombre, le cyprès.

La rose vit une heure et le cyprès cent ans.1

Cette vie éphémère de la reine des fleurs avait naturellement frappé les Latins ; ils comparaient une vie de courte durée à « l'âge des roses », passé en proverbe : quam longa una dies, aetas longa rosarum ; l'âge des roses ne dure qu'une journée.

Malherbe s'en est heureusement inspiré dans les stances célèbres adressées à son ami Du Périer qui venait de perdre une fille en pleine jeunesse, en pleine beauté :

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.2

L'histoire raconte que le poète avait désigné la pauvre enfant sous la dénomination amicale et familière de Rosette, et son manuscrit portait : « Et Rosette », etc. N'était-ce pas très lisible ? c'est possible; tous les écrivains ne sont pas calligraphes ; le correcteur avait-il la vue courte ou l'esprit distrait ? cela peut également arriver. Toujours est-il que le typographe composa : « Et Rose elle », en deux mois. Cette coquille devint une variante plus poétique et bien préférable. Aussi fut-elle adoptée par Malherbe qui ne dédaigna pas d'accepter la collaboration imprévue du modeste correcteur!

L'arrivée de l'affreuse Camarde n'est jamais que triste et douloureuse. Combien davantage quand elle s'attaque à l'enfance, à la jeune fille !

Le coeur sentimental du tendre Musset n'a pas échappé à cette douleur :

O Dieu! mourir ainsi, jeune et pleine de vie!
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Pleure, le ciel te voit! pleure, fille adorée!
Laisse une douce larme au bord de tes yeux bleus
Briller, en s'écoulant, comme une étoile aux cieux!
Bien des infortunés dont la cendre est pleurée
Ne demandaient pour vivre et pour bénir leurs maux
Qu'une larme, une seule, et de deux yeux moins beaux !3

Bossuet n'y a pas échappé non plus dans la rameuse oraison funèbre d'Henrietle-Anne d'Angleterre, dernière fille de l'infortuné Charles Ier : « Quoi donc ! elle devait partir si tôt ! Dans la plupart des hommes les changements se font peu à peu, et la mort les prépare ordinairement à son dernier coup. Madame cependant a passé du matin au soir ainsi que l'herbe des champs. Le matin elle fleurissait, avec quelles grâces, vous le savez ; le soir nous la vîmes séchée (comme l'herbe) ; et ces fortes expressions par lesquelles l'Écriture Sainte exagère l'inconstance des choses humaines devaient être pour cette princesse si précises et si littérales. »

Le grand orateur chrétien faisait certainement allusion à ce passage du psaume : Dies mei sicut umbra declinaverunt, et ego tanquam foenum arui : mes jours ont fui comme une ombre, et je fus desséché comme le foin.

L'élégant et badin Gresset ne reste pas plus insensible :

Ah! ne comptez pas tant sur vos belles couleurs,
Un jour peut les flétrir, un jour flétrit les fleurs.
La Beauté n'est qu'un lys : l'Aurore l'a vu naître;
L'Aurore à son retour ne le peut reconnaître.4

La fraîcheur et la gaîté de la belle jeunesse ne vont pas sans faire des envieux et éveiller des regrets.

Il est des cas cependant où la jeunesse perd ses droits ; par exemple en présence du rigide protocole.

Dans une solennité officielle plusieurs femmes de fonctionnaires prétendaient à la première place. Impossible de les mettre d'accord. Le grand maître des cérémonies, informé de l'incident, eut un trait de génie, peu féministe sans doute mais dénotant un fin psychologue, Il décida que la préséance des dames serait réglée par l'acte de naissance ; la première en date passerait la première. De nouvelles discussions faillirent tout gâter. Aucune ne voulait plus occuper la place d'honneur!


1 Théophile Gautier. [GGJ] Le poème s'intitule : Méditation.
2 Malherbe, livre II, stance 7, Consolation à M. du Périer, 1599.
3 Le Saule, « Premières Poésies ».
4 [GGJ] Je ne sais quelle édition Genest a consultée. C'est tiré de l'égloge 2 des Églogues de Virgile. Dans les Oeuvres choisies de Gresset (Lyon, 1810), page 233, on lit ainsi la strophe :
Ah ! ne comptez point tant sur vos belles couleurs,
Un jour les peut flétrir, un jour flétrit les fleurs:
La beauté n'est qu'un lys, l'aurore l'a vu naître,
L'aurore à son retour ne le peut reconnaître.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

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