Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mardi 4 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 1

Pour se faire aimer la vie a ses promesses, pour se faire respecter elle a ses lendemains ; pour se faire craindre elle a ses douleurs.

D'aplomb sur ta volonté éclairée par la réflexion, marche !

Le tact est la science des limites.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

lundi 3 septembre 2012

Chemin faisant, page 256

L'intelligence n'a pas besoin d'ancêtres; elle a besoin de successeurs.

Le meilleur succès d'un livre de pensées c'est d'avoir fait du bien à son auteur.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.


Ce billet met fin à ce recueil d'Anne Barratin. Cependant, les Barratineries se poursuivent par la publication d'une page par jour du livre de pensées intitulé «De toutes les paroisses» publié en 1913.

Miette 68 : C'est le pot de terre contre le pot de fer

La modestie

C'est le pot de terre contre le pot de fer.

Sommaire. - La Fontaine n'en a pas l'étrenne. - Garez-vous des grands. - Sur mer. - Un vase de porcelaine de Chine. - Voyage des deux pots. - La mort du pot de terre.

L'idée généralement reçue est que les aventures du pot de fer et du pot de terre sont dues à notre grand fabuliste La Fontaine. Comme beaucoup d'idées répandues, celle-là est erronée.

La comparaison, entre le pot de fer solide et robuste et le pot de terre délicat et fragile, figure déjà dans une fable d'Esope et dans les livres saints1 :

« Ditiori te ne socius fueris. Quid communicabit caccabus ad ollam ? Quando enim se colliserint confringetur. »

« Ne va pas de société avec plus riche que toi. Que peut-il y avoir de commun entre un pot de terre et un pot de fer? En effet s'ils se choquent, le pot de terre est brisé. »

On a toujours remarqué les inconvénients et les dangers d'aller de pair à compagnon avec plus fort ou plus puissant que soi.

La prudence conseille de rester dans son milieu ; avec ses égaux et ses pareils on trouve à qui parler; l'on risque gros à vouloir fréquenter ou imiter ceux qui sont dans une situation supérieure à la vôtre :

Les petits se perdent en voulant imiter les grands.2

« Il semble que la première règle des compagnies, des gens en place ou des puissants, est de donner à ceux qui dépendent d'eux, pour le besoin de leurs affaires, toutes les traverses qu'ils en peuvent craindre.

« S'il est périlleux de tremper dans une affaire suspecte, il l'est encore davantage de s'y trouver complice d'un grand : il s'en tire et vous laisse payer doublement pour lui et pour vous.3»

Si les hommes doivent être circonspects dans les relations qu'ils ont entre eux, ils ne doivent pas l'être moins dans les rapports qu'ils ont avec les éléments.

Les grands vaisseaux peuvent se hasarder en pleine mer, mais les petits doivent côtoyer le rivage.4»

Il en va tout à fait de même pour les questions d'art :

« Si d'aventure il vous arrive un émule dont la voix ait plus de mordant et de force que la vôtre, n'allez pas, dans un duo, jouer aux poumons avec lui, et soyez sûr qu'il ne faut pas lutter contre le pot de fer, même quand on est un vase de porcelaine de Chine.5»

Si La Fontaine n'a pas le mérite de la découverte, il a celui d'avoir exposé et résumé la pensée avec sa netteté et sa concision accoutumées dans la jolie fable qui en porte le nom et dont voici la conclusion et la morale6:

Mes gens (les deux pots) s'en vont à trois pieds
Clopin clopant comme ils peuvent,
L'un contre l'autre jetés
Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
Le pot de terre en souffre ; il n'eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu'il eût lieu de se plaindre.
Ne nous associons qu'avec nos égaux ;
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d'un de ces pots.


1 Ecclésiaste, ch. XIII, v. 2 et 3.
2 Phèdre.
3 La Bruyère, Les Caractères, IX, Des Grands.
4 Franklin.
5 Berlioz.
6 Le Pot de terre et le Pot de fer, livre V, fable 2.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

dimanche 2 septembre 2012

Chemin faisant, page 255

Le caprice est hardi comme le moineau ; il se loge partout.

Un courtisan n'a pas de patrie, il est partout le courtisan.

Il est de ces gaietés froides comme un jour de givre; on sent que les larmes les traversent.

Au printemps la vie de salon pâlit devant le soleil, comme la fleur artificielle devant la vraie.

Les réconciliations ont plus de bonne volonté que de longue vie.

Vieillis dans ton cadre, meurs dans ta vieille maison.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 1 septembre 2012

Chemin faisant, page 254

Il y a beaucoup de maladies qui ne tuent pas, beaucoup de flèches qui n'empoisonnent pas.

L'homme rappelle l'enfant, quand il menace : la foudre ne lui appartient pas.

Beaucoup de gens accepteraient le bénéfice de la trahison, sans consentir à trahir.

Il y a des centièmes d'adultère, comme il y a des centièmes d'agent de change.

On vit avec un penseur comme avec un vivant.

Dans un pan de vieux mur se cache souvent un joyeux nid.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 31 août 2012

Chemin faisant, page 253

Il faut savoir en prendre et en laisser, dit-on, - en laisser surtout.

Quand je dois recevoir certaines visites, je m'encourage, en me disant : « Ne serait-ce pas encore plus désagréable d'aller chez le dentiste ?

L'homme le moins possédé de son Moi en possède toujours assez pour vivre.

Le prestige du maître rejaillit sur le domestique, la faute ne rejaillit pas.

Si les fleurs pouvaient rougir, comme elles en auraient l'occasion.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 30 août 2012

Chemin faisant, page 252

Il ne faut pas demander à l'épée d'aimer le fourreau.

Un grand port laisse entrer tous les navires ; ainsi fait l'intelligence.

Même après la mort d'un ami, je n'ai besoin de savoir de lui que ce qu'il m'aurait lui-même confié.

Nos résolutions meurent généralement en pleine jeunesse, en plein épanouissement.

Plus je vis, moins je dédaigne et plus je plains.

Le paresseux aime l'ouvrage tout fait, voilà tout.

On se sépare avec regret d'un livre de pensées : c'est quitter un ami qui s'en va, un confident qui nous console, un témoin qui nous avertit.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 29 août 2012

Chemin faisant, page 251

C'est l'écho qui fait aimer au ruisseau le murmure, à l'homme la plainte; c'est lui qui nous a appris à être indiscrets.

L'homme a besoin de l'homme; c'est la plus vraie des fraternités.

L'impolitesse accuse plus que notre race, elle accuse notre éducation.

À cheval donné, on ne regarde pas la dent, dit le proverbe. Ne donne pas ton livre; laisse à tes amis le soin de l'acheter : ils seront encore plus libres dans leur critique.

La flatterie monte aussi bien par l'escalier de service que par le grand : toute voie lui est bonne.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 28 août 2012

Chemin faisant, page 250

Le repentir lave la faute sans relever en nous la confiance.

Le vaniteux ne peut être discret, parce que tout secret confié est une préférence, et qu'à l'occasion il en sera fier.

L'admiration la plus intense est la plus silencieuse.

Le respect humain, c'est le respect de notre amour-propre.

Le charme! Comment le décrire? comment l'analyser? C'est le vainqueur irrésistible : il apparaît, et le coeur s'ouvre; il nous frôle, et tout vibre en nous; il nous regarde, et nous sommes à lui.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 27 août 2012

Chemin faisant, page 249

L'homme qui ne croit pas à l'honnêteté des femmes, flétrit en elles et sa mère et sa fille.

Sous le lierre que de jolies fleurettes attendent la main qui les découvre !

Quand les oiseaux chantent en choeur, la pie arrive; ainsi le bavard dans un groupe où règne l'harmonie.

C'est peu quelquefois de n'avoir que deux yeux pour pleurer.

La vraie humilité consiste à croire non seulement le mal qu'on dit de nous, mais aussi le bien, - sans se l'attribuer.

Dans la jeunesse les années semblent venir à nous sur la pointe des pieds, plus tard elles s'avancent à pleins talons.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 26 août 2012

Chemin faisant, page 248

Oh! l'humiliante lassitude que celle de donner!

Une mère gratifiée de cinq filles, je la plains comme une ville assiégée.

Il y a des plaisanteries d'éléphant : comment seraient-elles légères ?

J'aime mieux être suivie par un chien de rencontre que par un homme inconnu, et je prétends que vous êtes de mon avis.

On s'habitue à tout, a dit un sage quelconque : si ce monsieur-là pouvait nous donner sa science !

J'ai vu des gens pleurer sur leur Moi en souffrance avec tout le désespoir de la brebis à qui l'on enlève son agneau.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 25 août 2012

Chemin faisant, page 247

Les enfants de l'amour ne sont ni plus audacieux ni mieux réussis que les autres.

L'esprit de conduite est un des fils du bon sens.

L'indécence est une offense à chacun de nous.

Bouteille bouchée donne envie de boire.

On pleure souvent un mort qui, lui-même, ne se pleurerait pas.

Quoi que fasse l'étranger naturalisé, il lui manquera toujours de ressembler à sa mère adoptive.

On peut aimer jusqu'à l'idiotisme et n'être pas idiot.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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