Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mardi 20 septembre 2005

La pensée unique

La pensée unique c'est la répétition, entend-on dans cette chronique (7 minutes en format rm) de Michel Serres.

Lianes :
Le sens de l'info chez Radio-France.
Quelques citations tirées de mes lectures de Michel Serres.
Michel Serres à l'Encyclopédie de l'Agora.

vendredi 16 septembre 2005

WikiQuote

Il semble que Wikiquote, version française, soit menacé de disparition. C'est un site de citations français qui forcerait la fermeture pour cause de plagiat.

En ce qui me concerne, je sais que plusieurs de «mes» citations se retrouvent sur Wikiquote (et sur bien d'autres sites français de citations!). Évidemment, c'est toujours un peu frustrant de voir qu'avec un simple copie-colle et un réarrangement mineur du fichier, on donne l'illusion d'avoir travaillé très fort et de passer pour un collaborateur à la connaissance universelle. Il reste que piller en tout ou en partie une base de données, c'est, à mon avis, répréhensible.

Je ne veux pas vraiment parler de cette question de plagiat, mais plutôt de ma décision, lors de la création de Wikiquote, de ne pas y participer.

D'abord, lorsque j'ai pris connaissance d'outils Wiki (bien avant Wikiquote), j'ai immédiatement pensé transférer toute ma base de données sous cette forme. Avec quelques scripts, cela eût été relativement simple à faire. Puis, je me suis rendu compte que la base perdrait de son efficacité. En effet, les pages wikis sont créées à la volée. Par exemple, sur un site de citations, il peut être intéressant d'avoir une page bonheur où toutes les citations faisant référence à ce thème s'y trouveraient. Prenons la citation de Beaumarchais : «L'amour n'est que le roman du coeur, c'est le plaisir qui en est l'histoire.» tirée du Mariage de Figaro. Pour que le wiki soit efficace, il faudrait que cette même citation se retrouve sur le thème «amour», «plaisir» et pourquoi pas, «coeur». Par ailleurs, on devrait aussi la trouver sous Beaumarchais et sous l'oeuvre Mariage de Figaro. C'est donc dire qu'en ajoutant cette citation, il faut penser à l'ajouter sur plusieurs pages wikis pour que l'internaute puisse tomber dessus selon sa propre recherche. Cela n'est vraiment pas pratique, et augmente immensément les risques de bruits autour de la citation. En effet, si un internaute qui veut bien contribuer au site décide de créer une nouvelle page wiki sur, par exemple, le mot roman et y inscrit cette citation sous cette forme : «L'amour n'est que le roman du coeur; c'est le plaisir qui en est l'histoire.» soit un point-virgule au lieu de la virgule, on se retrouve avec deux variantes de la citation. Qui dit vrai? Croyez moi, il est très très difficile de faire une citation exacte. Et, à cet effet, je crois qu'Au fil de mes lectures et Bribes sont les deux seuls sites fiables du web (toutes les langues confondues) où l'internaute peut toujours vérifier par lui-même la citation. J'ai trouvé énormément d'erreurs sur tous les autres sites à citations même ceux qui sont abondamment «sponsorisés ».

C'est donc pour cela que je crois qu'un Wiki n'est vraiment pas un bon outil pour un site à citations collaboratif.

Pour qu'un tel site fonctionne, il faudrait :
  1. Qu'un formulaire permette à l'internaute de soumettre une citation.
  2. Que les champs du formulaire soient rigoureusement remplis. Parmi ces champs, l'auteur, la référence exacte, le traducteur, la citation précise.
  3. Qu'une équipe de vérificateurs (des bibliothécaires?) puissent valider la citation avant de l'accepter sur le site.
Pour le reste, il suffit de faire un site comme n'importe quel site de citations sur la toile qui permet une recherche par auteur ou par mot-clé.

Une autre belle possibilité serait de mettre sur pied un équipe de volontaires qui entreraient les citations tirées de recueils qui sont maintenant du domaine public.

mardi 13 septembre 2005

Défi à Découverte

Il est rare qu'on entende parler des mathématiques au primaire à la télé. Dimanche dernier, on a eu droit à un petit 15 minutes avec M. Robert Lyons. Ce dernier a illustré que les enfants étaient capables de factoriser des trinômes. Je reviens sur ce problème car il cache selon moi d'énormes pièges. Comme on ne voyait pas la fin de la leçon de M. Lyons, il est difficile de porter un jugement sur l'efficacité de celle-ci.
Le problème

Les enfants devaient factoriser 6x2 + 5xy + y2.

Au tableau, on voyait 6 carrés, 5 bâtonnets et un petit cube. L'enseignant demandait aux élèves de faire un «plancher» rectangulaire et sans trou avec ces formes. (Désolé pour mon illustration : j'ai fait ça rapidement avec OpenOffice Draw.)

Après quelques essais, tous arrivaient à un résultat pouvant se traduire par «la réponse» (3x + y)(2x + y).

Clairement, le carré représentait le x·x. Le bâtonnet : x·y et M. Lyons avait choisi le cube comme représentant y2. Mais le plus dangereux est que cette représentation est ... incohérente : Pourquoi un cube pour représenter un carré ??? Je n'ai entendu aucun enfant poser la question. Il est vrai que pour la durée du reportage, ils ont certainement dû couper plusieurs interventions des élèves ce qui est bien dommage. En tout cas, j'aurais bien aimé entendre la réponse de M. Lyons.

Autre question. Pourquoi prendre un carré (physique) pour représenter x2 ? Tout le monde répondra par l'évidence même que x·x PEUT être représenté par un carré. Ah oui? En fait, un NOMBRE naturel carré peut être FIGURÉ (on appelle d'ailleurs cela un nombre figuré) sous une forme carrée. Par exemple, 16 est un nombre carré.

Il y aussi des nombres triangulaires (1, 3, 6, 10, etc.), pentagonaux, etc. desquels on peut trouver d'intéressantes propriétés.

Clairement on peut représenter x2 sous la forme d'un carré si on sait que x fait partie de l'ensemble des réels positifs non transcendants (par exemple pi2 ne peut pas se réprésenter sous forme d'un carré de pi sur pi car pi est transcendant.). Or, pour bien faire les choses, l'algèbre étant d'abord une généralisation utile, dans le trinôme de départ, x et y sont des nombres RÉELS (généralisation utile) et, donc, peuvent être entre autres négatifs ou transcendants. Quel sens aura alors ce carré physique si x est négatif? Et la factorisation est-elle toujours possible dans les cas où x ou y sont transcendants? L'image mentale d'un carré risque ici de nous amener une conclusion qui pourrait être fausse pour TOUS les nombres. D'accord, ce n'est pas le cas ici, mais il reste que cette image ne peut être utilisée comme preuve. Cette vision donne de la plausibilité à la réponse mais n'est en aucun point algébriquement et mathématiquement rigoureuse. La manipulation peut servir de support au raisonnement, mais elle ne le remplace pas. Encore une fois, le reportage ne montrait nulle part les questionnements soulevés par les élèves. L'objectivation était aussi absente du montage.

Par ailleurs, la traduction d'un nombre carré en surface peut aussi poser problème. 16 peut prendre la forme d'un carré, mais on ne parlera certainement pas ici de surface ! Or, le plancher, c'est d'abord une surface. Mais j'ai déjà parlé de ce piège dans un autre billet.

L'idée de factoriser «physiquement» est riche et vraiment intéressante. On voit la solution apparaître sous nos yeux et on a l'impression que l'algèbre, c'est pas si compliqué après tout. Mais pour ne pas créer de fausses représentations dans l'esprit des élèves, il faut porter énormément attention sur ce que les enfants ont réellement compris. Et s'assurer que malgré la simplicité de l'algèbre, l'élève sache bien que ce n'est tout de même pas une matière simpliste.

dimanche 11 septembre 2005

Spip.Clear

Je viens juste de constater l'existence de Spip.Clear, un squelette de blog parmi les autres, entièrement pompé (avec la permission du concepteur) sur le thème par défaut de DotClear. Une belle réussite, si je me fie à cet exemple.

Beauté IV

Un matin, juste au lever du soleil, un moine bouddhiste commence à gravir une montagne. Le sentier, très étroit, monte en spirale jusqu'au temple qui brille au sommet.
Le moine grimpe tantôt vite, tantôt lentement et s'arrête plusieurs fois pour se reposer et manger les fruits secs qu'il tire de sa besace. Il arrive au temple peu avant le coucher du soleil. Après quelques jours de jeûne et de méditation il se met en devoir de redescendre, part au lever du jour, prend le même chemin, va plus ou moins vite, s'arrête plusieurs fois. Cependant il va plus vite en moyenne, bien entendu, à la descente qu'à la montée.
Démontrez qu'il existe un point du sentier que le moine occupera à chaque voyage exactement à la même heure.

(Scientific American, 1961. J'emprunte ici la version tirée du livre Le cri d'Archimède, d'Arthur Koestler, Calman-Lévy, 1965, trad. Geroges Pradier.)
Écoutons Koestler : « Je me suis amusé à poser ce problème à des amis, hommes de science et autres. Certains essayent les mathématiques; certains veulent "raisonner" et arrivent à la conclusion que ce serait une coîncidence invraisemblable que le moine se trouve à la même heure au même endroit en deux occasions différentes. Mais d'autres - appartenant à la catégorie des visuels - voient la solution [...].» (op. cit. p. 166)

Voyez-vous la solution?

Pour ceux qui seraient tentés d'utiliser les mathématiques, voici le théorème qui vous aidera :

samedi 10 septembre 2005

Aquops

À la prochaine rencontre des RÉCIT, l'AQUOPS viendra « recueillir nos besoins, attentes et enjeux relatifs à l'intégration des TIC et ce à l'égard de deux sujets: l'AQUOPS (mission et buts) et la programmation de son prochain colloque (ateliers et journée thématique).»

Depuis l'annonce de ses difficultés et la menace de sa disparition au printemps dernier, je me posais de sérieuses questions sur le rôle de cette organisation au Québec. Par exemple, l'Aquops sert-elle à autre chose que l'organisation d'un très bon colloque? L'Aquops a-t-elle une influence sur l'intégration des TIC? L'Aquops est-elle utile à ses membres? Quelle est donc la véritable place de l'AQUOPS dans le paysage pédagotic provincial?

Or je sentais, et je sens toujours, que l'Association est une force, mais une force molle. Autrement dit, à part l'organisation et la réalisation de son colloque, on voit peu l'exercice de son leadership. Par ailleurs, qu'on y soit membre ou pas ne semble pas faire de différence au niveau de notre travail quotidien. C'est pourtant une force car tous ses membres ont une vision enthousiaste des TIC. Comment l'Aquops peut-elle dynamiser cette force? Ci-dessous, my two cent.

Je pense que l'Aquops devrait immédiatement ouvrir son site à l'accueil de matériel pédagogique sous licence libre. Je pense en effet qu'il est temps d'offrir aux enseignants et aux enfants des manuels scolaires entièrement libres. Actuellement, notre gouvernement finance des éditeurs qui nous vendent leurs livres dont ils demeurent propriétaires.

Je crois que l'Aquops devrait centraliser les efforts des pédagogues québécois (mondiaux?) qui désirent rendre publics et librement accessibles leurs écrits, leurs notes de cours, leurs préparations de cours, leurs textes pédagogiques, etc.

Je pense que l'Aquops pourrait innover en facilitant le travail de ces partageurs de la connaissance en créant une espèce de wiki dans le style wikipedia, mais concentré sur les manuels scolaires.

Je pense que l'Aquops pourrait mettre sur pied des équipes de bénévoles (pour tous les domaines disciplinaires) qui se chargeraient de faire vivre les projets (élaboration/écriture/conception).

Je pense que l'Aquops pourrait établir une liste de programmeurs bénévoles prêts à mettre un peu de temps sur des illustrations dynamiques de grands pans de cette connaissance : animations FLASH, animations JAVA, etc. Tout doit être ouvert !

Il ne s'agit pas ici pour l'Association de faire comme bien d'autres le faisaient dans le temps (vous vous rappelez les «envoyez-nous vos projets, on va les centraliser sur notre site, etc.» ?). Ces sites n'étaient que des collectionneurs de contenu. Il faut devenir GÉNÉRATEUR de contenu. Un générateur de contenu aide à la construction de ce contenu par exemple en suggérant des améliorations, en proposant des animations associées au contenu, en aidant/stimulant/soutenant la création de contenu, et plus encore... (Voir ici pour un exemple brillant de contenu libre.)

Il faut absolument commencer la nouvelle ère du partage éditorial des connaissances dans le domaine de la pédagogie. Si l'Aquops ne prend pas ce créneau, quelqu'un d'autre le fera, car cette voie est, je le crois profondément, incontournable. Il faut donc agir immédiatement.

Vous le savez, je suis entièrement vendu à la cause du logiciel libre en éducation. Je suis aussi profondément convaincu qu'il faut offrir à nos enseignants et nos élèves du matériel adaptable à leurs besoins. Que l'AQUOPS prenne un véritable leadership dans ce domaine serait une excellente nouvelle !

jeudi 8 septembre 2005

Maison-Page

Le journal web (un vrai de vrai, pur HTML, pure simplicité) de Jean-Pascal est l'un des meilleurs de la Grande Toile.

Cet extrait tiré du mois de septembre m'a bien fait rire :
« Si vous avez des supérieurs, au boulot, ils sont probablement, comme on sait, incompétents. Voilà. Donc, logiquement, si des décisions doivent être prises, vous pouvez effectuer, de façon assez simple, ce raisonnement : faites la liste des décisions possibles, en les classant hiérarchiquement, c'est à dire de la plus mauvaise décision à la meilleure décision possible. Ensuite, attendez. Et voici : la décision prise par votre supérieur sera la plus mauvaise décision. Il est utile de faire ce genre de raisonnement, parce que cela permet de se préparer. Se voir imposer une mauvaise décision est toujours un choc. De plus, se révolter frontalement est (totalement) inutile. En annexe, on peut affirmer que, dans la plupart des cas, la décision qu'on vous imposera sera PIRE que celle que vous aviez imaginée - en bas de votre liste. La capacité de nuisance d'un chef est redoutable. Allez donc boire un coup.
Etape suivante. Un an après la mauvaise décision, suivie du défilé d'effets pervers et autres échecs liés à celle-ci, le supérieur (ou son remplaçant, ha ha) décide de pratiquer un changement. Souvent, ce changement-là va dans la bonne direction. Vous êtes en droit de vous dire : "Enfin ils ont compris". En attendant cette nouvelle décision, recommencez au début du paragraphe suivant. Si. »

Portail

Portail scolaire : sanctuaire de la bonne conscience bureaucraTIC.

mardi 6 septembre 2005

Nathalie Cloutier

C'est toujours pour moi un immense plaisir d'écouter Nathalie Cloutier. Cette dame, que vous ne connaissez probablement pas, est lectrice de nouvelles à Espace Musique. Elle est sans doute la meilleure lectrice que j'ai jamais entendue, à part, peut-être, mais dans un tout autre registre, Andréanne Laffont. Si vous avez une chance, syntonisez Espace Musique vers la demi-heure. Il y a toujours un petit 2 minutes de nouvelles. Si c'est madame Cloutier au micro, prenez le temps de bien l'écouter. L'intonation de sa voix est très particulière. Ses fins de phrases sont uniques. Vraiment. Fantaisie : qu'elle me lise à haute voix un Christian Bobin. Puis, pour le thrill, un Thomas Bernhard.

Note 1 : Je m'ennuie terriblement de la Chaîne culturelle. Avec la venue d'Espace Musique, je n'écoute à peu près plus la radio. Il me semble que Radio-Canada a fait une véritable gaffe en effectuant ce changement.

Note 2 : Andréanne Laffont. Je me demande ce qu'elle est devenue. Elle était une grande animatrice des années 70. D'ailleurs, pourquoi croyez-vous qu'une de mes filles se prénomme Andréanne?

Note 3 : J'ai recherché le courriel de Nathalie Cloutier sur le site de Radio-Canada pour lui signaler toute mon admiration, mais peine perdue... Alors, si jamais elle fait une petite recherche sous son nom sur le web. peut-être tombera-t-elle sur mon billet faisant l'éloge de son merveilleux talent...

lundi 5 septembre 2005

Pourquoi M$ veut manger LL

Le livre date du début des années 60. C'est une espèce d'allégorie où la découverte du feu représente l'énergie atomique. Mais aussi, comme il est bien dit ici, « ce livre aborde des questions éthiques, sociales, économiques voir philosophiques (etc.) et montre du doigt ce qui pose problème encore aujourd'hui. »

Voici la transcription de trois pages (156 et suivantes) qui m'ont bien fait rire. Je n'ai pu m'empêcher de faire un léger parallèle entre les tenants du logiciel propriétaire et les tenants du libre. Cette courte lecture vous donnera peut-être le goût de lire ce petit roman de 180 pages au complet. C'est chez Pocket, pas cher, pas cher...

- Est-ce que j'ai bien compris, papa? Est-ce que tu te proposes vraiment de divulguer ta fo­mule d'allume-feu à n'importe quel Pierre, Paul ou Jacques en Afrique?
Père leva les sourcils.
- Bien entendu. Où veux-tu en venir?
Je fis une pause avant de répondre. Puis, les lèvres serrées, je dis avec le plus grand calme.
- Simplement à ceci : que je m'oppose absolument à toute divulgation de secrets intéressant notre sécurité, au profit d'une horde étrangère.
Mes paroles furent suivies d'un profond silence : Père regarda l'un après l'autre les visages surpris et attentifs, et dit lentement
- Ah oui? Et pour quelle raison?
- Pour différentes raisons, dis-je. Je les sou­mets aux réflexions de tous. Primo, parce que ce secret est le nôtre, que c'est à nous de décider si nous voulons nous en défaire. J'étais trop jeune alors, sinon je ne t'aurais jamais laissé dilapider un monopole de fait en allant dire aux gens comment se procurer du feu sauvage sur les volcans; mainte­nant, si l'on en juge par les volutes de fumée qui se lèvent un peu partout dans le pays, presque tout le monde en a, y compris mes charmants beaux-­parents. Et nous, qu'y avons-nous gagné? Pas même le cuissot d'un cheval.
- Pouvais-je le refuser à tous ces pauvres gens? dit père.
- Tu pouvais, dis-je, le leur vendre, en auto­riser l'usage sous licence; mais tu l'as tout simplement bradé, gaspillé pour rien, pas même des clopinettes. Cela ne se reproduira pas, voilà ce que je dis.
- Tu voudrais, si je comprends bien, dit père, que je leur fasse payer des leçons particulières? Six zèbres et trois bisons pour le maniement de la latérite, autant pour le combustible, autant pour le soufflage du feu dormant en feu flambant? Voilà ce que tu as en tête?
- Et pourquoi pas? Cela n'aurait rien d'immoral. Mais ce serait encore beaucoup trop bon mar­ché, à ce prix-là. Mon intention pour le moment, c'est que la horde garde pour elle le feu artificiel. Quelques vingtaines de zèbres ne nous revau­draient pas cet avantage. Les autres hordes devront admettre que nous sommes, tu l'as dit, la puissance dominante. Il faut, si elles veulent mettre un feu en route, qu'elles soient obligées d'en passer par nous et par nos conditions.
- Plus un mot! cria père, rouge d'indignation. L'inventeur, c'est moi. L'invention m'appartient et j'en ferai ce que je voudrai.
- Mais toi, répliquai-je, tu appartiens à la horde et tu devras faire ce qu'elle veut. Tu n'es pas seul en jeu. Moi je pense aux enfants. A leur carrière future, et non à des rêves romanesques. Et je déclare que, pour des utopies, tu ne gâcheras pas les chances de nos fils de s'établir comme des pyrotechniciens professionnels. Je ne dis rien, Oswald, contre la chasse et le métier des armes. Je dis seulement que l'on peut désormais penser à d'autres professions, par exemple pour ceux de nos garçons qui manqueraient de jambes ou de souffle.
- Ce n'est pas bête du tout, dit Oswald. Pour­quoi ferions-nous bénévolement cadeau de nos idées, gratuitement et à l'oeil, à tous ces salopards?
- Pour le bien de la subhumanité, dit père. Pour le salut de l'espèce. Pour l'accroissement des forces évolutionnaires. Pour...
- Des mots, des mots, des mots! lançai-je bru­talement.
- Ernest! gronda mère. Qu'est-ce qui te prend de parler à ton père sur ce ton?
- Je lui parlerai comme un fils doit parler à son père quand il se conduira comme un père doit se conduire avec ses enfants, mère, dis-je en me contenant.
- Ton père a toujours été un jeune homme très idéaliste, dit mère, mais c'était déjà comme pour l'excuser.
- Je suis un homme de science, dit père d'une voix calme. Je considère que les résultats de la recherche individuelle sont la propriété de ta sub­humanité dans son ensemble, et qu'ils doivent être mis à la disposition de tous ceux qui... eh bien... explorent où que ce soit les phénomènes de la nature. De cette façon le travail de chacun profite à tous, et c'est pour toute l'espèce que s'amassent nos connaissances.
- Père a raison, dit Tobie, et il fut remercié d'un regard.
- Très bien, affectai-je d'admettre. J'admire ce principe, père, très sincèrement. Mais permets-moi, à ce sujet, de faire deux observations. La première, c'est celle-ci : quelle aide avons-nous reçue, nous, de la part des autres chercheurs? Je suis moralement certain que, s'il s'en trouve quel­que part, ils restent les fesses serrées sur toute chose utile qu'ils ont pu découvrir. Comment leur faire lâcher prise, si nous ne nous réservons pas nous-mêmes une monnaie d'échange?
Quelques citations tirées au fil de ma lecture.

mercredi 31 août 2005

La reliance

Ce superbe texte d'Edgar Morin date de 1997. Quelques extraits :

[...] connaître, c'est, dans une boucle ininterrompue, séparer pour analyser, et relier pour synthétiser ou complexifier.

Quand Pascal disait «Je tiens pour impossible de connaître le tout si je ne connais les parties ni de connaître les parties si je ne connais le tout», il soulignait avec force que la vraie connaissance, c'est une connaissance qui fait le circuit de la connaissance des parties vers celle du tout et de celle du tout vers celle des parties.

Plus notre esprit veut être autonome, plus il doit lui-même se nourrir de cultures et de connaissances différenciées. Schrödinger avait déjà énoncé que dans notre identité, nous portons l'altérité, ne serait-ce que l'altérité du milieu. Dans notre identité d'individu social, nous portons l'altérité de la société. Dans notre identité de sujet pensant, nous portons l'altérité de l'héritage génétique qui est celui de l'humanité, et l'héritage pulsionnel qui est celui de notre animalité.

[...] la réforme de pensée nécessite une réforme des institutions qui nécessite elle-même une réforme de pensée. Il s'agit de transformer ce cercle vicieux en circuit productif. La condition est que puisse apparaître quelque part une déviance fructueuse qui permette d'essaimer et de devenir une tendance.

[La littérature] est une école de vie. C'est l'école où nous apprenons à nous connaître nous-mêmes, à nous reconnaître, à reconnaître nos passions. La Rochefoucault disait que sans roman d'amour, il n'y aurait pas d'amour; il exagérait peut-être, mais les romans d'amour nous font reconnaître notre façon d'aimer, nos besoins d'aimer, nos tendances, nos désirs. Il est fondamental de donner à la littérature son statut existentiel, psychologique et social, qu'on a tendance à réduire à l'étude des modes d'expression. Du même coup, à partir des grandes œuvres d'introspection comme les Essais de Montaigne, on inciterait à la nécessité d'auto-connaissance pour chacun ; on réfléchirait aux problèmes et difficultés qu'elle pose, à commencer par la présence en chacun d'une tendance permanente à l'auto-justification et à l'auto-mythifi-cation, à la self deception ou mensonge sur soi-même.

Un être humain est une galaxie; il est non seulement extraordinairement complexe, mais il possède sa multiplicité intérieure. Il n'est pas le même à tout moment de son existence; il n'est pas le même en colère, il n'est pas le même quand il aime, il n'est pas le même en famille, il n'est pas le même au bureau etc. Nous sommes des êtres de multiplicité en quête d'unité et les phénomènes de dédoublement et de triplement de personnalité, considérés comme cas pathologiques, sont en fait l'exaspération de ce qui est absolument normal.

C'est la tendance à la réduction qui nous prive des potentialités de la compréhension : entre les peuples, entre les nations, entre les religions. C'est elle qui fait que l'incompréhension règne au sein de nous-mêmes, dans la cité, dans nos relations avec autrui, au sein des couples, entre parents et enfants.

Les statistiques mystérieuses

Lu dans Vie & Santé, août 2005, p.52 (c'est moi qui souligne) :

« Chez 5% à 10% des enfants d'âge scolaire, la capacité de lire se situe sous la moyenne. » (Raynald Bouchard)

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