Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 23 juin 2012

Chemin faisant, page 183

La haine encaisse, la colère dépense.

S'aimer, c'est encore une occupation.

Le mal guéri est comme le péché absous ; il faut en garder doucement mémoire.

La nature ne nous a pas tous condamnés à être légers si nous sommes Français, lourds si nous sommes Allemands, excentriques si nous sommes Anglais ; elle nous dit seulement : « Prends garde ! »

L'exemple fait son chemin à petits pas.

Il y a le catéchisme de la secte, comme il y a l'esprit de la caste.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 22 juin 2012

Miette 52 : L'opinion est la reine du monde

L'orgueil

L'opinion est la reine du monde.
(Opinione regitur mundus)

Sommaire. - Inconstante renommée. - La déesse de Mémoire. - La raison condamnée à mort. - Voltaire et Bossuet bons amis. - La plus grande victoire. - Résistance impossible. - La ruse prime la force.

C'est l'inconstante Renommée
Qui, sans cesse les yeux ouverts.
Fait sa revue accoutumée
Dans tous les coins de l'univers ;
Toujours vaine, toujours errante,
Et messagère indifférente
Des vérités et de l'erreur,
Sa voix, en merveilles féconde,
Va chez tous les peuples du monde
Semer le bruit et la terreur.
Mais la déesse de Mémoire,
Favorable aux noms éclatants,
Soulève l'équitable histoire
Contre l'iniquité du Temps ;
Et dans le registre des âges
Consacrant les nobles images
Que la gloire lui vint offrir,
Sans cesse en cet auguste livre
Notre souvenir voit revivre
Ce que nos yeux ont vu périr.1

« L'opinion est si bien la reine du monde, a dit Voltaire, que, quand la raison veut la combattre, la raison est condamnée à la mort.

Il faut qu'elle renaisse vingt fois de ses cendres pour chasser enfin tout doucement l'usurpatrice.

L'opinion a changé une grande partie de la terre. Non seulement des empires ont disparu sans laisser de traces, mais les religions ont été englouties dans ces vastes ruines. »

Le philosophe de Ferney, qui ne partageait pas précisément toutes les idées de Bossuet, se trouve cependant d'accord sur ce point avec le grand orateur chrétien qui a développé la même vérité :

« Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux grands, sinon l'opinion?

Combien toutes les richesses de la terre sont-elles insignifiantes sans son consentement?

L'opinion dispose de tout; elle fait la beauté, la justice et le bonheur qui est le tout du monde. »

On a dit que l'une des plus grandes victoires que l'on puisse remporter est celle que l'on remporte sur soi-même; combien plus grande serait celle que l'on remporterait sur l'opinion!

« L'histoire du monde n'est autre chose que la lutte du pouvoir contre l'opinion générale. Lorsque le pouvoir suit l'opinion, il est fort : lorsqu'il la heurte, il tombe.2

« Le vulgaire, c'est-à-dire presque tout le monde, reçoit ses opinions toutes faites. Quand la fabrique est mauvaise, on les reçoit mauvaises, c'est-à-dire fausses, sottes, peu favorables au bien-être de la société. Nous vivons encore en grande partie sur des opinions, fabriquées dans des temps de barbarie, nous les usons jusqu'au bout. »3

Devant cette terrible adversaire, si l'on ne peut agir par la force on peut recourir à la ruse, et la flatter pour en triompher.

L'opinion gouverne en mille circonstances :
Au lieu de la fronder, feignons ses apparences.
Avec ce stratagème, on voit plus d'un esprit
Adorer le veau d'or sans perdre son crédit.


1 J.-B. Rousseau, Ode à M. le prince Eugène de Savoie.
2 Alfred de Vigny.
3 Jean-Baptiste Say.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Étude 5

Étude n°5


Prokop F, 1927
Les Blancs jouent et gagnent.
Montrer la solution

Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

Chemin faisant, page 182

Honte aux heureux s'ils ne savent en faire !

Une femme qui parle de sa vertu cherche à la placer.

On ne corrige pas sa fibre, on l'arrache.

Notre succès a besoin de flatter ceux qui nous sont chers pour nous être très doux.

Les prétentions s'habillent toutes de la même loque : la vanité.

Le mépris est le terme de ce qui nous est permis.

Le coeur remplace les bons mots par des actes.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 21 juin 2012

Chemin faisant, page 181

Le riche qui ne compte pas est plus pauvre que le pauvre qui compte.

L'homme ne connaît la mesure que par crainte, non par goût.

Ce qui est logique ne révolte personne ; l'homme est né juste.

L'estime vient du raisonnement, la confiance du coeur.

Un blasé est un riche châtié dès ici-bas.

La vertu est bien moins exigeante que l'art : chez elle l'intention compte pour le fait ; mais lui, il veut l'exécution.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 20 juin 2012

Étude 4

Brillante étude de Troitzky.


Troitzky A, 1914
Les Blancs jouent et gagnent.
Montrer la solution

Un grand merci au superbe script PGN-VIEWER trouvé sur Chess Tempo.

Chemin faisant, page 180

Une idée nouvelle est comme une jeune femme ; elle a toujours des admirateurs.

Une année qui commence : un nouveau juge qui se lève.

La vie ne nous a promis que la mort.

Le moment d'agir s'annonce de lui-même, mais sa cloche pour chacun de nous ne sonne qu'une fois.

La crainte nous rend frileux.

Rien ne réchauffe comme une franche explication.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 19 juin 2012

Chemin faisant, page 179

Obéir dans la forme, c'est gracieusement se ménager le fond.

Oui, il y a vraiment de charmants amis! ceux qui attendent d'être rentrés chez eux pour tourner votre réception sur le gril de leur critique.

Le domestique doit sentir dans son maître une main et un coeur.

La manière de traiter un livre en le lisant révèle un peu l'esprit de celui qui le lit.

Ne pas intervertir les rôles, ne pas juger son Dieu.

Je me réjouis devant un épi bien plein, comme je me réjouis devant une jeune vie pleine de sève.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 18 juin 2012

Mémorial Tal : les trois dernières rondes

Chemin faisant, page 178

Il est des choses qu'on ne comprendrait jamais sans l'amour; l'esprit n'y suffirait pas.

C'est sur le vieux révolté (le Moi) qu'il faut taper sans cesse : la bride sur le cou, rien ne l'arrête, rien ne l'intimide ; il usurpe sa place partout.

Il y a de la générosité à comprendre ce dont on n'a plus besoin.

Je plains ceux qui ne connaissent pas le bonheur de devoir leur fortune au travail de leur père, ni celui de le remercier chaque fois qu'ils la dépensent avec joie.

J'ai toujours volontiers appelé comtesses toutes celles qui le sont, et même celles qui ne le sont pas, quand elles le désirent.

Rien ne fait remonter le cours des ans comme le son d'une valse enfiévrée.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 17 juin 2012

Chemin faisant, page 177

L'équilibre entre les luttes et les forces rend le ciel quitte envers nous.

Toute l'autorité d'un pape, toute la fortune d'un empire ne peuvent rien changer à un fait : c'est ce qu'il y a de plus stable ici-bas.

Le devoir n'est pas toujours très poli. Il dit : Je veux! à pleine bouche, et : J'entends! à pleine menace. Ce qui est gentiment demandé est pourtant déjà accordé, monseigneur le Devoir!

Une main délicate cueille avec respect la dernière fleur du rosier.

Chaque coeur est appelé aux armes, mais sous un uniforme différent.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 16 juin 2012

Chemin faisant, page 176

Le silence de la nuit est solennel comme un glas.

En toutes choses il y a la paille et le grain.

La politique est comme le commerce ; il faut la faire en grand pour qu'elle intéresse.

Le vent a toujours l'air de nous fouiller, c'est pourquoi je le déteste.

Personne ne peut nous faire d'aussi beaux présents que nous-même.

L'homme a non seulement besoin de tous ses moyens de défense, il a souvent besoin d'en improviser.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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