Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mardi 28 août 2012

Chemin faisant, page 250

Le repentir lave la faute sans relever en nous la confiance.

Le vaniteux ne peut être discret, parce que tout secret confié est une préférence, et qu'à l'occasion il en sera fier.

L'admiration la plus intense est la plus silencieuse.

Le respect humain, c'est le respect de notre amour-propre.

Le charme! Comment le décrire? comment l'analyser? C'est le vainqueur irrésistible : il apparaît, et le coeur s'ouvre; il nous frôle, et tout vibre en nous; il nous regarde, et nous sommes à lui.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 27 août 2012

Chemin faisant, page 249

L'homme qui ne croit pas à l'honnêteté des femmes, flétrit en elles et sa mère et sa fille.

Sous le lierre que de jolies fleurettes attendent la main qui les découvre !

Quand les oiseaux chantent en choeur, la pie arrive; ainsi le bavard dans un groupe où règne l'harmonie.

C'est peu quelquefois de n'avoir que deux yeux pour pleurer.

La vraie humilité consiste à croire non seulement le mal qu'on dit de nous, mais aussi le bien, - sans se l'attribuer.

Dans la jeunesse les années semblent venir à nous sur la pointe des pieds, plus tard elles s'avancent à pleins talons.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 26 août 2012

Chemin faisant, page 248

Oh! l'humiliante lassitude que celle de donner!

Une mère gratifiée de cinq filles, je la plains comme une ville assiégée.

Il y a des plaisanteries d'éléphant : comment seraient-elles légères ?

J'aime mieux être suivie par un chien de rencontre que par un homme inconnu, et je prétends que vous êtes de mon avis.

On s'habitue à tout, a dit un sage quelconque : si ce monsieur-là pouvait nous donner sa science !

J'ai vu des gens pleurer sur leur Moi en souffrance avec tout le désespoir de la brebis à qui l'on enlève son agneau.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 25 août 2012

Chemin faisant, page 247

Les enfants de l'amour ne sont ni plus audacieux ni mieux réussis que les autres.

L'esprit de conduite est un des fils du bon sens.

L'indécence est une offense à chacun de nous.

Bouteille bouchée donne envie de boire.

On pleure souvent un mort qui, lui-même, ne se pleurerait pas.

Quoi que fasse l'étranger naturalisé, il lui manquera toujours de ressembler à sa mère adoptive.

On peut aimer jusqu'à l'idiotisme et n'être pas idiot.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 24 août 2012

Chemin faisant, page 246

Allez, venez, cherchez, remuez les pôles, secouez les mondes, partout où se trouve l'homme, vous trouverez l'orgueil.

Avoir besoin de reconnaissance, c'est compter sur le tant pour cent.

La chance n'est pas prodigue : elle n'a qu'une main pour donner.

Tâchons dans la conversation d'aider les autres à loger la flèche dans la cible ; ils nous trouveront charmants.

L'étiquette est au prince ce que sa toile est à l'araignée : elle le protège.

L'engouement ne dure pas plus que le vent à la voile qu'il gonfle.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 23 août 2012

Chemin faisant, page 245

Il n'est pas permis de donner à Dieu sa démission : se suicider, c'est l'oublier.

Femmes et fleurs perdent à trop ouvrir leur corsage.

Le médecin vit de la maladie de son client : quel déficit dans son budget, s'il vivait de la santé qu'il lui conserve.

Les générations, comme les saisons, se suivent sans se pleurer.

Il y a des gens qui ont besoin de faire tout comme tout le monde ; les heureuses gens !

L'esprit n'a pas besoin de grandes batailles pour montrer sa force ; une simple escarmouche lui suffit.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 22 août 2012

Miette 67 : Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse

La modestie

Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.

Sommaire. - User use. - Audace expose. - Moine guetté par les diables. - Plus d'oreillette.

Plus on se sert d'un objet, plus il s'use, jusqu'à ce qu'il devienne hors d'état de servir.

Plus on s'expose au danger plus on a de chance d'y succomber.

C'est en ce sens que parle l'Ecriture :

Qui amat periculum in illo peribit,

c'est-à-dire:

Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte.

Ce proverbe prend place dans un fabliau de la fin du XIIIe siècle :

Un moine se rendait tous les soirs avant l'office auprès d'une dolente (style de l'époque) - en langage actuel, d'une malade - ; pour y aller il fallait traverser une rivière ; mais les diables, qui avaient résolu sa perte, le guettèrent si bien qu'une nuit ils le firent noyer.

Tant i alla, et tant i vint
Que laidement l'en désavint :
Tant va li pos au puits, qu'il brise.

Dans le Trésor des Sentences de Gabriel Meurier donne cette interprétation, d'une gracieuse naïveté:

Tant va la cruche à la lontainette
Qu'elle laisse le manche ou l'oreillette.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 244

Il n'y a que l'exception qui nous flatte.

On ne sait pas toujours se passer de ce qu'on méprise.

L'orgueil est puni dans les deux vies : dans celle-ci et dans l'autre.

En fait d'esprit, qui ne s'est trompé? en fait de coeur, qui ne s'est repenti?

On ne doit condamner que le lièvre sans l'entendre.

L'entêtement est une cécité.

Parler de soi est une tentation que tous connaissent et à laquelle fort peu résistent.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 21 août 2012

Chemin faisant, page 243

Quand on lève les yeux, comme le champ est grand devant soi !

Il ne faut que du bon sens pour n'être pas ridicule.

Il faut parfois beaucoup de temps pour comprendre la vérité.

Quand je souffre, je ne puis m'empêcher de dire : S'ils me voyaient, quelle bonne journée pour mes envieux!

La douleur a beau nous montrer qu'elle nous aime, nous, nous ne l'aimons pas.

L'amour-propre, c'est plus que l'amour de soi, c'est l'amour de tout ce qu'on fait.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 20 août 2012

Chemin faisant, page 242

Il y a des hommes qui ne peuvent pas compromettre, comme il est des venins qui ne peuvent prendre.

Le littérateur qui sent devant lui son public en écrivant lui appartient trop ; il faut être soi, puis lui.

Je reconnais le degré de mon amitié à ma susceptibilité pour ceux qu'on analyse devant moi.

Quand tu me montreras l'Homme dont nul n'a médit, je commencerai à m'affliger qu'on ait médit de moi.

L'amour de nous-même nous fait tout accepter.

Comment se plaindre, quand on a trouvé des amis plus jaloux que nous-même de notre succès?

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 19 août 2012

Miette 66 : L'excès en tout est un défaut

La modestie

L'excès en tout est un défaut.

Sommaire. - Hippocrate dit oui, Galien aussi. - Conseil selon la formule. - Le bon devient mauvais - Suprême ressource. - Gare aux eaux !
Hippocrate avait révélé le moyen de bien se porter. Quoique les docteurs ne soient pas toujours d'accord et qu'on ait l'habitude de répéter : « Hippocrate dit oui, Galien dit non », celui-ci partageait l'avis du vieillard de Gos et en donnait la formule : « Id est : cibi, polus, somni, ornnia moderato, sint; c'est-à-dire : nourriture, boisson, sommeil, soyez modérés en tout ». C'est précisément le sens de notre proverbe, et disons hardiment avec les pères de la médecine : « L'excès en tout est un défaut ».

Répétons-le avec Guy du Faur, qui l'a commenté dans ses Quatrains moraux :

La modération est la vertu suprême,
L'excès mine le corps, il dégrade l'esprit.
 son funeste joug quiconque s'asservit
Est aux autres nuisible et se nuit à soi-même.

Insistons-y avec le vicomte Morel de Vincé : de sa Morale de l'Enfance, en 512 quatrains, détachons celui-ci :

Craignez l'excès de zèle et dans les vertus mêmes
Sans cesse conservez la modération.
Dans le milieu toujours est la perfection :
On ne la trouvera jamais dans les extrêmes.

Evidemment, il y a de bonnes choses dans la vie, le vin par exemple :

Le bon vin, quand on se modère,
Procure un effet salutaire ;
De la santé c'est le soutien,
Voilà le bien.

Mais,

Si la raison n'est attentive,
D'encor en encor il arrive
Qu'un coup de trop nous est fatal :
Voilà le mal.1

Les bons dîners, les joyeux soupers, les bals, les fêtes, les parties de plaisir, le travail lui-même, ce grand et souverain consolateur, tout cela présente, sur le moment, charme, joie et délices, à la condition de n'en pas abuser, uti, non abuti; autrement, gare aux maladies qui sournoisement vous guettent au détour du chemin. Je sais bien que l'on compte sur la saison des villes d'eaux pour se refaire la santé et chasser malaises et douleurs.

Mais hélas ! dès que chacun rentre
Chez soi, chacun est mécontent;
Celui qui se plaignait du ventre
Souffre des reins à chaque instant.

Les eaux à ce neurasthénique
D'un peu de goutte ont fait present ;
Et ce goutteux (destin inique)
Est neurasthénique à présent...

À seules fins (car tout s'enchaîne)
Que tous, malades et badauds,
Refassent, la saison prochaine,
La fortune des villes d'eaux.2

Le remède, on le voit, peut être pire que le mal ; soyez-en donc bien convaincus : « L'excès en tout est un défaut ».

Tout vouloir est d'un fou ; l'excès est son partage ;
La modération est le trésor du sage ;
Il sait régler ses goûts, ses travaux, ses plaisirs.
Mettre un but à sa course, un terme à ses désirs.3


1 Panard, Le Bien et le Mal, chanson.
2 Hugues Delorme
3 Voltaire, Discours iv.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Chemin faisant, page 241

On a l'esprit gros comme le corps.

L'oeuf est pondu ; mangez-le comme vous voudrez.

Les bois ne donnent pas tous la même ombre, mais font tous la même cendre.

On a vite mangé toutes ses économies de prudence et de sagesse.

Quel est le plus grand tort d'une dame de compagnie? D'occuper la place d'êtres rêvés ou absents.

Qu'il y a de douces redites, d'innocentes bêtises et de majuscules naïvetés!

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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