Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 15 mars 2006

Thibon

J'aime bien Gustave Thibon. Philosophe catholique, par des phrases simples, il permet de comprendre comment l'intelligence peut s'accommoder de la croyance. Curieusement, il me fait regretter de ne pas avoir la foi. Je viens tout juste de terminer L'Échelle de Jacob (Fayard, 1942. Réédition Boréal Express, 1984) et d'ici quelques jours plusieurs extraits apparaîtront sur Au fil de mes lectures. Un avant-goût :

« L'amour commence par l'éblouissement d'une âme qui n'attendait rien et se clôt sur la déception d'un moi qui exige tout. » (p.39)

« Il faut partir de l'absolu dans la pensée pour réaliser le relatif dans l'action. » (p.119)

« Limites de la réceptivité -  Voici des gens pendus à toutes les radios, avides de toutes les nouvelles, réceptifs à toutes les idées. On appelle cela sensibilité, ouverture. C'est une qualité que je n'envie pas. Je serais plutôt porté à considérer comme un signe de santé et d'unité intérieures l'existence de larges zones d'indifférence. Une réceptivité universelle implique, exception faite de quelques esprits extraordinaires, une passivité dangereuse. L'écho vibre à tous les sons, mais la bouche choisit ses paroles. » (p. 141)

« Dès qu'un mot devient trop à la mode (je songe à l'engouement actuel pour la pureté, la gratuité, l'engagement, la présence, etc.), il faut se demander ce qu'il recouvre plutôt que ce qu'il signifie. Et c'est en général son contraire. La mode sort du manque. La chose « se porte » quand elle n'est plus ; elle devient vêtement lorsqu'elle a cessé d'être corps. » (p. 146)

« Tout bonheur qui n'enfante pas un devoir amoindrit ou corrompt.  » (p. 177)

Lianes

Thibon sur Wikipédia
Thibon sur Agora
Au fil de mes lectures de Gustave Thibon

jeudi 9 mars 2006

Paratexte



Je viens de recevoir un courriel dans lequel on me pose une bonne colle. Comment s'appelle la portion du texte qu'on trouve parfois juste sous le titre d'un chapitre et qui « résume » très succinctement le chapitre ? J'ai fouillé, sans succès, dans Seuil de Gérard Genette. Et le web m'est resté silencieux...

mercredi 8 mars 2006

Citation du jour

On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard.
Louis Aragon, Traité du style, p.64, L'Imaginaire/Gallimard n°59.

lundi 6 mars 2006

Dorophage

« Qui vit de présens. On dit que les chefs de certains bureaux, sont tous plus ou moins des Dorophages ; mais, ainsi que M. Jourdain fesait de la prose sans le savoir, ils pratiquent, eux, la chose sans trop en connoître le nom; or les voilà bien avertis de leur titre. Allez trouver le Dorophage, agissez en conséquence, et votre affaire interminable sera terminée. Si ces chefs n'allaient plus porter d'autre nom, comme je rirais ! »
L. S. Mercier, Néologie ou Vocabulaire de mots nouveaux, p. 197, Paris Moussard, 1801.

C'eût été bien si le juge Gomery en avait profité pour faire connaître ce très beau mot.


Virgule, point !

Lu sur Matinternet ce matin :

Prix de l'essence (en moyenne): 0,99.4 $ /litre d'ordinaire.

On comprend tous le sens de la phrase, mais le prof de math en moi se demande bien comment expliquer une pareille notation aux élèves...

dimanche 5 mars 2006

Texte +

Dans la conception web, il est important de tester son gabarit avec des textes de différentes longueurs. J'avais déjà mentionné l'utilité du fameux site Lorem Ipsum.
Mais copier-coller du texte est fastidieux et ennuyant. Je viens de découvrir deux possibilités allégeant ce travail. C'est ici et là.

samedi 4 mars 2006

JRI, 1992

«Ne dites plus informatique, dites inFORMEatique; le fait que les traitements possibles et prescrits sont toujours formels ou formalistes. Nous voilà au coeur même de l'informatique et, sans doute, au centre de ce qui en fait la culture : l'informatique est une quête incessante pour débusquer le sens sous la forme, c'est une entreprise d'enfermement dans la forme de ce que nous appelons le sens. Plus personne ne devrait demain sortir de l'enseignement obligatoire sans, au moins avoir perçu cela à propos de l'informatique. » (Ch. Duchâteau)
À lire absolument, « Peut-on définir une culture informatique ? » de Charles Duchâteau. Cet article est paru dans le Journal de Réflexion sur l'Informatique en octobre 1992 ! La revue semble aujourd'hui défunte, le web ne signalant aucun article postérieur à 1996.

vendredi 3 mars 2006

pdftotext

Le format PDF, ce n'est que du papier à l'écran. Et, donc, très difficile à manipuler. Sous Linux, si l'application XPDF est installée (urpmi xpdf), vous pouvez très facilement convertir vos fichiers PDF en format TXT. Il suffit, en ligne de commande, de lancer : pdftotext FichierOrigine.pdf FichierSortie.txt, et le tour est joué. N'oubliez pas pdftotext --help pour quelques options intéressantes.
Exercice : Essayez la commande sur le PDF du MELS !

mercredi 1 mars 2006

Portail, quand tu nous tiens...

On peut lire ici :

« Jacques Sansfaçon, directeur des Services des ressources en technologie de l'information et des communications de la CSDN, est convaincu que ce portail va révolutionner la façon de faire l'école. "On va enfin réussir l'intégration de la technologie dans l'enseignement ", dit-il. »

Wow !!! Encore un directeur des technologies qui pense qu'afficher les devoirs et leçons sur le web, donner accès aux bulletins, y consulter son agenda, etc, c'est intégrer les technologies à l'enseignement...
C'est l'fun que l'Infobourg ait obtenu les droits de reproduire cet article du SOLEIL de Québec : c'est une jolie pub pour le portail GRICS.

mardi 28 février 2006

Somnambule

« À vouloir nous expliquer le fond de notre être par des résidus que la vie du jour dépose sur la surface, [le psychanalyste] oblitère en nous le sens du gouffre. Dans nos cavernes, qui nous aidera à descendre ? Qui nous aidera à retrouver, à reconnaître, à connaître notre être double qui, d'une nuit à l'autre, nous garde dans l'existence. Ce somnambule qui ne chemine pas sur les chemins de la vie, mais qui descend, toujours descend à la quête de gîtes immémoriaux. »
Gaston Bachelard, La poétique de la rêverie, p. 128, Quadrige n°62

jeudi 23 février 2006

PhiloBlogue

La semaine dernière, j'ai rendu visite aux élèves de Mario Cyr dans sa classe de philosophie (cinquième secondaire). J'ai trouvé absolument fascinant l'art d'écouter et d'intervenir des élèves. Ils émettaient des opinions réfléchies et bien argumentées. Ils étaient capables de contredire leurs compagnons, tout en gardant un grand respect dans leurs propos. Et, surtout, ils réfléchissaient par eux-mêmes! Y aurait-il donc de l'espoir en éducation au Québec?

Entre autres, la discussion a tourné autour de l'utilisation du Philoblogue. Tout ça pour alimenter un peu plus l'atelier que j'anime à l'Aquops en avril. Mon idée n'est pas encore faite quant à l'utilisation scolaire des blogues. Par exemple, j'ai grand-peur qu'on utilise ce nouvel outil avec un contrôle enseignant tel, que plus aucun élève ne veuille y entrer des billets. Un peu comme ces conseillers pédagogiques dans les années 80 qui ont complètement dénaturé le langage LOGO en proposant des séquences d'enseignement strictes. J'ai peur qu'on écoeure les élèves avec ça, qu'on en fasse du scolaire plate. Heureusement, ce n'est pas le cas en ce qui concerne le PhiloBlogue.

Mais quand je lis Edgar Morin :
L'apprentissage de l'auto-observation fait partie de l'apprentissage de la lucidité. L'aptitude réflexive de l'esprit humain, qui le rend capable en se dédoublant de se considérer lui-même, cette aptitude que certains auteurs comme Montaigne ou Maine de Biran ont admirablement exercée, devrait être chez tous encouragée et stimulée. Il faudrait enseigner de façon continue comment chacun produit le mensonge à lui-même ou self-deception. Il s'agirait d'exemplifier sans cesse comment l'égocentrisme auto-justificateur et la bouc-émissarisation d'autrui conduisent à cette illusion, et comment y concourent les sélections de la mémoire qui éliminent ce qui nous gêne et enjolivent ce qui nous avantage (ce pourrait être par l'incitation à tenir un journal quotidien et à y réfléchir sur les événements vécus.)
La tête bien faite, p. 57, Seuil, 1999.
je ne peux qu'appuyer encore plus ma conviction qu'il y a « quelque chose à faire là ».

Je suis extrêmement fier qu'un cours de philo se donne dans une classe de ma CS. Et je ne peux que déplorer que cette pratique ne soit pas généralisée dans la province. Car, comme le dit encore Morin :
La philosophie n'est pas une discipline, c'est une puissance d'interrogation et de réflexion qui porte non seulement sur les connaissances et sur la condition humaine, mais aussi sur les grands problèmes de la vie. Dans ce sens, le philosophe devrait partout stimuler l'aptitude critique et autocritique, ferments irremplaçables de lucidité, et partout encourager à la compréhension humaine, tâche fondamentale de la culture.
La tête bien faite, id. p.59.

Bravo à Mario, bravo à ses élèves et longue vie au Philoblogue.


mardi 21 février 2006

Ce grand besoin de catégoriser...

Élève: J'existe car je suis évalué.
Enseignant: J'existe car j'évalue.
Directeur d'école: J'existe car j'ordonne d'évaluer.
Ministère de l'éducation: Rien n'existe hormis l'évaluation.
Ernest Abbé

La droite se cache toujours [...] derrière la restauration des savoirs et des évaluations.
Monique LaRue


Sur la liste privée du RÉCIT, une petite discussion sur les échelles de niveaux de compétence. On semble rechercher des échelons pour situer un enseignant relativement au développement de sa compétence TIC. Mon commentaire :

Hum... il faut se demander à qui et à quoi servent les échelles. Si on compare avec les échelles de niveaux de compétence du primaire, par exemple, c'est d'abord un outil d'enseignant permettant à ce dernier de situer l'élève au niveau de sa progression. Et, il faut bien le dire, au primaire, ce qui n'est pas le cas au secondaire, les échelles sont non prescriptives. Cela signifie entre autres, qu'au primaire, les échelles sont un outil pédagogique de plus dans la boîte à outils de l'enseignant, alors qu'au secondaire, elles serviront au classement des élèves.

Pourquoi un professionnel aurait-il besoin d'échelons ? (Pour le salaire, c'est l'fun, mais encore là avec le gouvernement Charest, échelle ou pas, c'est merdique).

Prenez votre cas personnel : avez-vous besoin d'une échelle quelconque de niveaux de compétence pour vous situer. Ou encore, aimeriez-vous que votre boss vous évalue à l'aide d'une échelle? Comment vous sentiriez-vous ???

Et bien, c'est pour ça que les échelles, je n'en veux pas. Je me mets à la place des enseignants, et je vois les super conseillers pédagogiques arriver avec les jolis échelons pour les classer et les catégoriser. C'est pas ma job de faire ça. De plus, si les patrons veulent les évaluer (les catégoriser), c'est à eux de se construire leurs propres outils d'évaluations.

Quant à l'autoévaluation, ne me faites pas rire : Y' A PERSONNE QUI FAIT ÇA ! Et surtout pas avec des échelles. À moins que vous aimiez répondre à des questionnaires genre Châtelaine. Un être intelligent s'autorégule, et c'est suffisant.

Non, des échelles, je n'en ai vraiment pas besoin, ni dans ma vie, ni dans ma job.

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