Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

dimanche 22 janvier 2012

Citations quotidiennes 22.01.12

On doit mieux aimer ses amis pour leurs défauts que pour leurs qualités.
Philippe Soupault (L'Amitié, p.30, Hachette, coll. notes et maximes, 1965)

[...] le merle était le symbole de tous ceux qui font toujours un pas de côté tout en restant dans le droit chemin.
Arthur Keelt (Le merle, trad. Jean-Bernard Pouy, p.146, L'Atalante, 2002)

On peut, à la rigueur, parvenir à la jouissance sans acquitter le prix d'un travail rude et pénible, mais non pas à la joie, cette «merveilleuse étincelle divine».
Konrad Lorentz (Les huit péchés capitaux de notre civilisation, trad. Elizabeth de Miribel, p.70, Flammarion)

La noblesse est peut-être un abus dans le monde.
François de Neufchâteau (Paméla, acte 3, sc. 9 (Artur), 1795)

Voir Au fil de mes lectures.

samedi 21 janvier 2012

Éditeurs, réveillez-vous !

L’annonce d’Apple ébranle.

Leur manière d’entrer dans le monde scolaire est tout simplement brillante ; l’idée d’offrir gratuitement une trousse de conception (Ibooks author) aux auteurs potentiels est géniale. Apple montre la voie.

Espérons maintenant que cette idée sera reprise par des développeurs de logiciels libres ; car, idéalement, il me semble que le produit final (le livre) devrait être dans un format ouvert.

Je ne sais pas comment les éditeurs scolaires vont prendre la chose. Mal, sans doute. Mais ils n’ont qu’eux-mêmes à plaindre.

Je me rappelle, à l’Aquops 1998 (ou 1999, je ne sais plus trop), j’avais présenté un atelier de deux heures sur une manière dynamique de faire des maths avec le web. Et j’avais prédit que les éditeurs de livres scolaires classiques, s’ils ne s’ajustaient pas à la nouvelle réalité, seraient appelés à disparaître. Dans la salle, un éditeur était rapidement intervenu en manifestant son grand scepticisme. Je crois que j’avais haussé les épaules.

Les éditeurs ont de grandes forces, c’est certain. Mais ils manquent d’imagination. Si j’étais dans leurs souliers, je demanderais une subvention au MELS pour développer, avec des gens du milieu, du matériel virtuel libre de droits pour les écoles québécoises. Je tenterais de prendre la direction dans ce domaine pour, éventuellement, me rendre indispensable. Pour cela, il faut que les éditeurs laissent tomber quelques principes auxquels ils tiennent obstinément.

Il faut en effet qu’ils apprennent à publier RAPIDEMENT (et avec plein d’imperfections) une première édition.
Il faut qu’ils laissent le livre évoluer librement après cette première édition.
Il faut qu’ils reconnaissent que la perfection n’est pas de ce monde, mais qu’un livre ouvert peut devenir éventuellement quasi parfait.
Il faut aussi qu’ils oublient l’idée d’une version unique.

Miette 8 : Chercher une aiguille dans une botte de foin

La vue

Chercher une aiguille dans une botte de foin

Sommaire. — Aiguille en main, botte devant soi. — Demi-tour! — Fixe! — Problème à résoudre. — Le roman, la femme et le charlatan.

Supposez que vous ayez devant vous une botte de foin — d'aucuns préfèrent que ce soit une charretée ; — je suis moins généreux et je crois qu'une botte suffira largement à l'expérience que je vais vous conseiller.

Vous avez donc devant vous une belle botte de foin ; laissez-y négligemment tomber une aiguille; faites une pirouette ; puis, une fois revenu en face de ladite botte, tâchez de retrouver votre aiguille. Quand vous y serez arrivé, vous me direz combien vous avez mis de temps à résoudre le problème... si toutefois vous y parvenez jamais.

Rien en effet n'est si difficile que de découvrir cette petite tige d'acier au milieu de toutes ces brindilles.

Désaugiers trouve que d'autres découvertes ne sont pas plus commodes à réaliser, quand il chante :

Chercher l'esprit dans un drame,
Le bon sens dans un roman,
La raison chez une femme,
L'honneur chez un charlatan,
Ah ! c'est chercher une aiguille
Dans une botte de foin.1

On voit que, s'il ne manquait pas d'humour, le chansonnier n'était pas tendre pour tout le monde.


1 [GGJ] Marc-Antoine Désaugiers (1772-1827) dans Le Foin.

Chemin faisant, page 22

Un homme qui rêve, c'est généralement le feu qui commence à prendre à la maison.

Les Anglais ont inventé le mot « shocking » pour les autres plus que pour eux-mêmes, les inventeurs ne profitant pas toujours de leurs inventions.

Les compagnons du rêve sont comme les compagnons de la débauche ; au réveil, on leur en veut toujours un peu.

Que tu le veuilles ou que tu ne le veuilles pas, si je suis estimable je t'impose l'estime.

Il y a de ces choses qu'on dit pour qu'elles ne nous soient jamais redites; c'est à l'amitié de les sentir et de les respecter.

On espère quelquefois moins par espérance que par besoin d'espérer.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

Citations quotidiennes 21.01.12

[...] Parmi les goûts si divers que la Providence a départis aux humains, l'amour des livres est celui qui, après avoir donné, pendant la prospérité, les plus grandes, les plus véritables jouissances, ménage, pour toutes les peines de la vie, les plus douces, les plus pures, les plus durables consolations.
Jean-Baptiste Tenant de Latour (Mémoires d'un bibliophile, p. 251, E. Dentu, 1861)

Dans tous les êtres, notamment dans l'homme, deux forces se manifestent : la concentration du moi, qui intervient par la naissance, et sa dispersion, qui intervient par la mort.
Edmond Thiaudière (La Proie du Néant (Notes d'un pessimiste), p.219, Paul Ollendorff, 1886)

Le catholicisme se recommande à nous par sa durée, et il a l'évidence, la majesté ou, si l'aimez mieux, la brutalité d'un fait. La philosophie est la raison contente ; le protestantisme est une raison mécontente, qui se donne beaucoup de mal pour remplacer ce qu'elle a perdu.
Victor Cherbuliez (La vocation du comte Ghislain, p.16, Hachette, 1888)

Nous travaillons dur pour libérer l'extraordinaire énergie qui se trouve cachée dans l'atome et dans son noyau. Si nous ne consacrons pas une énergie égale - oui, et autant d'argent - à libérer le potentiel de chaque individu, alors le décalage énorme qui existe entre le niveau des ressources énergétiques physiques et celui des ressources humaines va nous condamner à une destruction universelle bien méritée.
Carl Rogers (Liberté pour apprendre?, Éd. Dunob)

[...] L'orgueil, dans les rois, est facile à blesser.
Jean-François Marmontel (Numitor, acte 1, sc. 1 (Agénor), 1782)

Voir Au fil de mes lectures.

vendredi 20 janvier 2012

Chemin faisant, page 21

Sagesse ne veut pas plus dire cheveux blancs que cheveux blancs sagesse.

Un rêve est un capital placé sur la déception.

Quand la tâche ne nous grandit pas, elle nous écrase.

Mets ton or près de ton cœur, et tu verras combien peu il a le pouvoir de consoler.

Il est des gens qui ont peur d'un souvenir comme d'un mort : plutôt craindre une espérance comme un vivant.

Les patiences accumulées, comme les rivières endiguées, produisent les plus grands débordements.

Les philosophes sont bien plus facilement amoureux que les amoureux philosophes.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

jeudi 19 janvier 2012

Citations quotidiennes 20.01.12

Le méchant suppose tous les hommes perfides comme lui : les bons sont faciles à tromper.
Bias (de Priène) (Moralistes anciens, p.532, choix de Louis Aimé-Martin, Lefèvre et Chapentier, Paris, 1844)

Vraiment, l'on dit bien vrai, que toujours les flatteurs
Sont plus crus mille fois que les bons serviteurs.
Paul Scarron (Jodelet, acte 2, sc. 1 (Béatrix), 1645)

2. excès
exclure la raison, n'admettre que la raison.
Blaise Pascal (Pensées in Oeuvres Complètes, p.524, Seuil, 1963)

Éprouver de la honte est automatique en moi, inéluctable, peut-être est-ce bon ; le crime grave, c'est de céder à la honte.
Philip Roth (Tromperie, trad. Maurice Rambaud, p.184, Folio n°2803)

François : Vous savez, ces moments merveilleux...
Françoise : ... où l'on cherche à paraître
Aussi beaux que les dieux, aussi forts que les rois,
Ces moments merveilleux où l'on voudrait bien mettre
L'Éternité du monde et le meilleur de soi.
Françoise Dorin (Comme au théâtre in Théâtre II, p.32, Julliard, 1973)

Voir Au fil de mes lectures.

Les idées et non le chef

Le PQ est un parti bien spécial. En général, les membres y sont parce qu'ils croient fermement à la souveraineté.

Les souverainistes (les vrais !) sont têtus, et ce n'est pas un mal. C'est pourquoi ces têtes fortes ne se rallieront jamais derrière un chef, mais bien derrière une idée. Et s'ils sentent le moindrement que le goût du pouvoir prime sur la mise en avant d'une idée, ils feront tout pour débattre de la chose.

Le PQ a besoin d'un nouveau chef. Mais ce dernier devra bien comprendre que sa petite personne n'est pas importante. Le leader au PQ est un coordonnateur des forces souverainistes, non pas un chef qui dicte à ses indiens l'endroit où chasser et sur quoi tirer.

PS. Je ne suis pas péquiste ; je n'ai jamais digéré comment René Lévesque avait cochonné les enseignants dans les années 80.

Chemin faisant, page 20

Une activité inoccupée souffre plus qu'une paresse qui s'emploie.

Folie réussie ne justifie pas la folie.

Être grand, c'est avoir dépassé le niveau de la faiblesse sans l'avoir oublié.

Ne prenons pas nos dons pour des mérites, prenons plutôt nos mérites pour des dons.

Ne blâmons que ce qui est mal, et non ce qui est étrange; l'étrange a parfois tant souffert !

De la jeunesse de reste, c'est souvent plus gênant qu'une vieillesse précoce.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Citations quotidiennes 19.01.12

La vérité ne triomphe jamais tout de suite, mais les imbéciles finissent par mourir.
Jacques Bergier (Cité par Louis Pauwels dans Les dernières chaînes, p.121, Pocket n°10493)

Personne ne se charge l'esprit de choses de peu d'importance s'il n'a une très bonne raison pour le faire.
Sir Arthur Conan Doyle (Une étude en rouge in Sherlock Holmes, tome 1, Robert Laffont, coll. Bouquins, trad. Pierre Baillargeon, p. 15)

Est-ce vraiment digne d'un homme de qualité de mettre le nez dans le nombril des cadavres ? Cette nouvelle mode s'appelle « autopsie » ; en ce qui me concerne, je la considère comme une tricherie. En rendant l'enquête trop facile, on tue le plaisir. Le mystère n'existe plus. Je suis hostile à ce genre de méthodes, j'y discerne un goût de la facilité des plus suspects. Une paresse de fonctionnaire sans talent. Selon moi, un bon policier est un voyant qui doit se fier avant tout à ses intuitions. Une sorte de médium.
Serge Brussolo (Les Inhumains, p.119, Intégrale Brussolo, Éd. Vauvenargues, 2007)

Il n'y a pas de troubles mathématiques. Il n'y a que des enfants troublés.
Stella Baruk (Échec et maths, Éd. Seuil Points/S11)

On doit pour l'équité parler contre soi-même.
Jean-François Roger (L'Avocat, acte 2, sc. 6 (Armand), 1806)

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mercredi 18 janvier 2012

Chemin faisant, page 19

Il y a des yeux qui demandent et d'autres qui prennent.

Il faut quelquefois être indiscret pour être assez affectueux.

Considère l'humanité comme un malade pour t'étonner peu et supporter beaucoup.

Nous prenons quelquefois les gens en horreur en raison de ce que notre imprudence leur a confié.

Que de gens, pour se plaindre, n'attendent que la complaisance d'un écho !

Les conquérants veulent des témoins, voilà pourquoi les conquêtes sur nous-même nous affriandent peu.

Il vaut mieux chanter avec son esprit qu'avec son cœur, parce qu'en chantant le cœur peut finir par se prendre au sérieux.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Miette 7 : Quand on parle du loup on en voit la queue

La vue

Quand on parle du loup on en voit la queue

Sommaire. — Pourquoi la queue et pas la tête ? — Tout pour la rime. - Le soleil et ses rayons. — La rose et son parfum.

A notre époque privilégiée, les bêtes féroces et carnassières ont disparu de nos contrées ; bien exceptionnellement on est mis en présence d'un loup ailleurs que dans les jardins zoologiques. Il n'en était pas de même autrefois ; le loup se chassait couramment ; on en parlait fréquemment, c'était un sujet de conversation très répandu, si bien qu'on en vint à dire : « Quand on parle du loup on en voit la queue ».

Pourquoi voyait-on sa queue d'abord et non sa tête, à l'inverse des rencontres habituelles ? On en donne plusieurs raisons.

Le loup voit de très loin, à travers taillis et broussailles dans lesquels il se cache et guette sa proie ; l'homme n'a pas aussi bonne vue ; quand, à la poursuite du loup, on apercevait la bête, celle-ci avait prévenu les chasseurs et déjà pris la fuite ne donnant que sa queue à contempler.

Une autre raison, euphonique celle-là ; on n'aurait pas trouvé joli de dire « quand on parle du loup on en voit la tête » et l'on a préféré versifier :

Quand on parle du leup,
On en voit la queue.

Dans le vieux langage, notamment en Picardie, le loup s'appelait un leup :

« Biaux chires leups, n'écoutez mie
Mère tenchent chen fieux qui crie. » 1

a dit La Fontaine.

Les loups ayant disparu, on a fait l'application du dicton aux personnes qui survenaient inopinément au moment où l'on parlait d'elles en bien ou en mal ; ce dernier cas est de beaucoup le plus ordinaire, comme chacun sait. Pour être plus aimable, mais non moins hypocrite, on dit aussi : « Quand on parle du soleil on en voit les rayons » ; et mieux encore à l'adresse d'une dame : « Quand on parle de la rose on en voit les boutons ». Les épines sont précieusement conservées pour l'égratigner à loisir quand elle aura le dos tourné.

Parlant d'une personne ou songeant à elle, il n'est pas très surprenant de la voir venir ou d'en recevoir une lettre ; vous avez mêmes motifs de penser l'un à l'autre ; un même sujet vous préoccupe.

Vous avez pu observer un cas plus bizarre : au cours d'une promenade, vous croyez apercevoir à plusieurs reprises parmi les passants quelqu'un de connaissance; vous aviez été le jouet d'erreurs ou victime de ressemblances. Tout à coup ce quelqu'un vous apparaît en chair et en os. Comment expliquer cette étrange coïncidence ? Mystère !

1 La Fontaine, Le Loup, La Mère et l'Enfant, livre IV, fable 16.

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