Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 15 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 12

Après avoir perdu toutes leurs feuilles, comme ils ont l'air honteux de leur nudité, les arbres! Ils nous regardent en vaincus.

Il faut souvent reprendre haleine plusieurs fois avant de pouvoir entendre toute la vérité.

On fait souvent des heureux à bien bon marché.

En devenant sage l'Enfant prodigue a dû rester généreux.

Le sacrifice se lasse aussi, sans oser le dire.

Nos beaux amis, nos bons amis, tâchons de n'avoir jamais besoin d'eux, pour ne pas les voir manquer à l'appel.

On arrive toujours au bout, les chemins seuls sont différents.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

La jeune fille

Marie dessine merveilleusement bien. Voici un exemple :

vendredi 14 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 11

Les yeux qui ne savent pas voir ne sont agréables qu'aux gens qui trompent.

L'ironiste épluche ce qui se dit et ce qui se fait, pour en fabriquer sa sauce piquante.

Il y a des gens qui se blottissent dans "la paresse comme dans un nid.

L'être sévère se proclame toujours juste.

Commence par parler toilette à une femme, et tu verras si tu peux aller plus loin.

Fi des sucreries littéraires ! Pas de confiserie dans le style !

Une femme peut être aussi profonde qu'un homme, à condition pourtant qu'elle soit revenue de l'amour, de ses jeux et de ses fantaisies.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

jeudi 13 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 10

Ce qu'un riche connaît le mieux, c'est le faux ami.

La vie tourne poliment le dos à la vieillesse, assez longue à comprendre.

Il y a des gens qui s'essoufflent en médisant.

Qu'il est important de sentir et de comprendre ce qu'on est aux autres, pour se conduire avec eux !

Puisqu'il le faut, faisons la part du feu, mais surveillons la flamme.

De la largeur d'idées, c'est de l'espace en soi, autour de soi et devant soi.

Ne plains que le honteux, tu n'auras pas trop à faire.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

mercredi 12 septembre 2012

Miette 70 : Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait

L'expérience

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.

Sommaire. - Pour être un Jupiter. - Dans l'ordre matériel et dans l'ordre moral. - Voeux, exhortations, conseils. - Le grand ami. - Ne pas mépriser le balancier. - Villon a le coeur fendu.

Si jeunesse savait,
Si vieillesse pouvait.

Ainsi libellé le proverbe a pris la forme moderne; voici comme on l'énonçait autrefois :

Si jeune savait et vieil pouvait,
Jamais disette n'y aurait.
Si jeune savait et vieil pouvait,
Un Jupiter il serait.

La nature humaine n'est-elle vraiment pas bien étrange? De siècle en siècle, d'âge en âge, de peuple à peuple, les générations qui se sont succédées ont bénéficié de ce qu'ont fait leurs aînées; pour l'habitation, pour le bien-être, pour la santé, l'expérience des anciens a profité aux descendants.

Dans l'ordre matériel, on a tiré parti sans hésitation et avec empressement des progrès de la science et de l'industrie.

Il en va tout autrement dans l'ordre moral.

Où a-t-on vu que l'expérience des pères ait jamais servi aux enfants? Ceux-ci écoutent les parents s'ils sont respectueux; quant à les croire sur parole et à suivre leurs sages conseils, c'est une autre affaire !

0 giuventù, primavera della vita !
« 0 jeunesse, printemps de la vie ! »

Comme nous la gaspillons et combien nous nous préparons de regrets et de remords !

Mais où vais-je m'égarer à faire de la morale aux jeunes gens? Je n'ai pas l'illusion d'avoir plus d'influence que mes prédécesseurs. Aussi bien leur sera-t-il plus profitable que nous placions sous leurs yeux des avis et des réflexions autrement autorisés que les nôtres. Ecoutez ces voeux que Lacépède leur adresse :

« Le jeune homme ne vit que d'élans et de transports, heureux quand ses transports ne l'entraînent que dans la route qu'il doit parcourir ! Heureux lorsque les mains sages qui le dirigent ne s'efforcent pas d'éteindre le feu qui le dévore et qu'elles ne pourraient parvenir à étouffer, mais qu'elles cherchent à contenir ce feu, à le lancer vers les vertus sublimes, vers tout le bien où la jeunesse peut atteindre ! »1

Et plus loin, ces exhortations d'avoir confiance dans les vieillards et de les entourer de respect, d'aide et d'affection.

« C'est un Dieu consolateur (le vieillard), laissé au milieu de ses enfants pour y être une image du Dieu qu'ils adorent, pour leur transmettre ses bénédictions, pour les aider de ses conseils, pour les soutenir par le secours de ses encouragements et de sa tendresse touchante, lorsqu'il reçoit de leur amour et de leur reconnaissance tous les secours que ses maux peuvent réclamer. Et quel est le coeur qui ne sera pas déchiré, si le vieillard auguste et respectable est obligé de courber sa tête défaillante sous le poids de la misère ou sous celui de l'infortune? »2

Moins sentencieux, Watelet leur donne même conseil en quatre petits vers courts mais non moins charmants :

Ah ! dans le printemps de vos jours,
Jeunes enfants, chérissez la vieillesse,
Elle a grand besoin de secours,
Et vous, grand besoin de sagesse.3

Quel chagrin pour un fils de n'avoir plus auprès de lui ce grand ami, ce Mentor qu'on appelle un tendre père !

Hélas ! il a perdu cette sainte défense
Qui protège la vie encore après l'enfance,
Ce pilote prudent, qui, pour dompter le flot,
Prête une expérience au jeune matelot !
. . . . . . . . . . . . . .
Quand l'aïeul disparaît du sein de la famille
Tout le groupe orphelin, mère, enfant, jeune fille,
Se rallie inquiet autour du père seul
Qui ne dépasse plus le front blanc de l'aïeul.
C'est son tour maintenant. Du soleil, de la pluie
On s'abrite à son ombre, à sa tige on s'appuie.
C'est à lui de veiller, d'enseigner, de souffrir,
De travailler pour tous, d'agir et de mourir !
Voilà que va bientôt sur sa tête vieillie
Descendre la sagesse austère et recueillie.4

Le doux et bucolique Florian vous chantera doucement le même air sur son rustique pipeau :

Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit
Que sans règle et sans frein tôt du tard on succombe ?
La vertu, la raison, les lois, l'autorité,
Dans vos désirs fougueux vous causent quelque peine :
C'est le balancier qui vous gène,
Mais qui fait votre sûreté.5

Si je ne vous ai pas encore Lout à l'ait persuadés, jeunes gens, peut-être êtes-vous déjà ébranlés, et vous laisserez-vous tout à fait convaincre par le joyeux Villon, confus de repentir au souvenir de sa folle jeunesse :

Bien sçay se j'eusse estudié
Ou temps de ma jeunesse folle
Et à bonnes meurs dédié (consacré).
J'eusse maison et couche molle !
Mais quoy ? je fuyoye l'escolle
Comme faict le mauvays enfant....
En escrivant ceste parolle
À peu que le cueur ne me fend.6


1 Poétique de la musique (1833).
2 Poétique, de la Musique (1833).
3 Les Saules et le Ruisseau, fable.
4 Victor Hugo à M. Louis B., À propos de la mort de M. Hugo, père.
5 Florian. Le Danseur de corde et le balancier, liv. II, fable 16.
6 Le Grand Testament.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

De toutes les Paroisses, page 9

Les plus belles chutes de phrases, les mots les plus heureux, les comparaisons les plus saisissantes, sont presque toujours des cadeaux de l'inconscient.

On estime toujours ses goûts, ce qui permet de les suivre.

On gagne la sérénité, c'est le prix de la lutte.

Les honneurs se croient souvent dispensés de l'honnêteté.

Que tout est peu! et ce peu va toujours s'aflaiblissant; il n'y a d'enviable que les attirances de l'Infini.

Soyons vieux gaîment, pour rendre la vieillesse aimable : elle a si mauvaise réputation.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

mardi 11 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 8

On interroge les beaux yeux cernés.

N'éveille pas la tentation, elle a l'oreille fine.

Le coeur vit sur des réalités ; l'esprit s'en courbature.

Salue ce qui t'a réjoui, tu lui dois toujours.

On est bien pauvre quand on n'a plus besoin de personne que de tout le monde.

L'impertinence est une porte de sortie que prennent facilement les gens qui ont tort.

La mémoire chez autrui fait croire à beaucoup plus qu'il n'y a.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

La théorie des finales et la multiplication

Knowing endgame theory in an effort to get better at endgames is much like knowing your multiplication tables in an effort to get better at algebra; it's necessary knowledge and part of the language of endgames just like multiplication tables are part of the language of algebra.
Jesse Eddleman, How to Study the Chess Endgame

lundi 10 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 7

N'oublie jamais de donner son titre à qui en a acheté un.

La réponse à l'injure est toujours une concession.

Où le premier chamois a passé, les autres peuvent passer aussi.

Se vaincre, c'est y penser toujours.

On aime la paix généralement plus en l'exigeant qu'en cherchant à la produire.

L'approche de la mort grossit à nos yeux les taches de notre vie.

De la bonne volonté toujours fraîche !... Dieu j'en contente.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

dimanche 9 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 6

Dans mille circonstances, il y a souvent beaucoup d'esprit à ne rien faire.

J'aime le pas ferme et l'esprit d'aplomb.

On méprise un menteur ; on se moque d'un vaniteux; quand on n'est pas obligé de faire sa cuisine on tolère un gourmand.

On a toujours besoin de tourner la page : preuve d'insatisfaction.

Des désirs vaincus ne savent pas se taire et deviennent facilement hargneux.

La force de la mesure est dans son invariabilité.

Autrefois la femme aimait le nid pour y rester, maintenant elle l'aime pour en sortir.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

Miette 69 : Chacun son métier, les vaches seront bien gardées

La modestie

Chacun son métier,
Les vaches seront bien gardées.

Sommaire. - Singulière illusion. - Indéracinable habitude. - Où la vache fait son apparition.

Bien des gens s'imaginent que s'ils ne parlaient pas de ce qu'ils ignorent ou s'ils ne se mêlaient que de ce qui les regarde, la terre cesserait de tourner. Je suis désolé de les contrarier, mais ils sont plongés dans la plus profonde erreur; la terre continuerait d'évoluer beaucoup mieux même et plus régulièrement.

Mais voilà! faites-leur donc comprendre qu'on ne fait bien que ce qu'on sait, et qu'il est sage de ne s'occuper que de ce qui vous concerne.

Ce n'est pas faute cependant qu'on le leur ai dit et redit sur tous les tons depuis que le monde est monde.

Ne sutor ultra crepidam ! criait-on à Rome ; « que le cordonnier ne s'occupe que de la chaussure ! »

Quamquisque norit artem, in hac se exerceat, conseillait Cicéron; « que chacun fasse le métier qu'il connaît. »

Equus in quadrigïs, bos in aratro ; « la place du cheval à la voiture, celle du boeuf à la charrue. »

Ramenant la même idée à ceux qui se piquent de littérature ou de poésie, Boileau leur glisse à l'oreille :

Soyez plutôt maçon si c'est votre talent,
Ouvrier estimé dans un art nécessaire
Qu'écrivain du commun ou poète vulgaire.1

En un mot : Que chacun se borne à son métier et les vaches seront bien gardées.

Vous demandez ce que les vaches viennent faire en l'occurrence.

C'est Florian, qui, pour fixer dans l'esprit cette utile recommandation, a eu l'heureuse idée de les faire figurer dans un apologue que je vais vous conter :

Un chasseur, fatigué de courir inutilement après un chevreuil, rencontra Colin, le vacher, qui lui dit :

... Si vous êtes las,
Reposez-vous, gardez mes vaches à ma place,
Et j'irai faire votre chasse.

Le Nemrod consent, donne fusil et chien à l'inexpérimenté Colin qui, le chevreuil à peine entrevu, ne fait ni une ni deux, tire, manque la bête et tue le chien. Il revient à son pré ; deux surprises l'attendent : le chasseur endormi et ses vaches... envolées.

Colin retourne chez son père
Et lui conte en tremblant l'affaire.
Celui-ci, saisissant un bâton de cormier,
Corrige son cher fils et ses folles idées.
Puis lui dit : « Chacun son métier,
Les vaches seront bien gardées »
.2

Voilà pourquoi je vous avais parlé de vaches; nos pères y avaient également fait allusion avant Florian :

Qui se mesle d'autruy mestier
Il trait sa vache en un panier.

Les Anglais emploient une figure analogue pour exprimer la même idée :

« S'entremettre pour affaire d'autrui, c'est traire sa vache en un tamis. »

Procédé peu pratique, en effet, pour récolter son lait; on ne doit être encombré de beurre ni de fromage.


1 Boileau, Art poétique, chant IV, vers 25 et s.
2 Florian, Le Vacher et le Garde-chasse, livre I, fable 12.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

samedi 8 septembre 2012

De toutes les Paroisses, page 5

Après certains deuils, le coeur se ferme complètement : le mort a emporté la clé.

On naît habile, on devient faiseur.

La meilleure amie de la vieillesse, c'est sa béquille.

En aimant Dieu, on aime tant de choses qu'on n'aimait pas !

Ceux qui déclarent : Je ne veux plus rien, comme ils veulent encore !

Rôle ingrat de vouloir persuader aux autres qu'ils sont heureux, et combien inutile !

Le crépuscule est la prière que fait le soir avant de s'endormir.

Anne Barratin, De toutes les Paroisses, Ed. Lemerre, Paris, 1913

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