Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

dimanche 29 janvier 2012

Miette 11 : Ventre affamé n'a pas d'oreilles

Le goût

Ventre affamé n'a pas d'oreilles

Sommaire. — Influence du physique sur le moral. —Tête. perdue. — Regrets et remords. — Oreille distraite. — Cri de l'estomac. — Ventre sans oreilles. — La pitance avant tout! — Les « ventre affamé ».

L'état physique a la plus grande influence sur le moral. Un homme bien portant sera plus facilement gai et affable qu'un valétudinaire. Celui qui souffre du foie ou de l'estomac se montre aisément grincheux et désagréable.

Quand on est sous le coup d'une émotion violente, on perd la tête, on n'est plus maître de soi. De tristes exemples l'ont prouvé lors de l'incendie de l'Opéra-Comique en 1887 et plus récemment à celui du Bazar de la Charité, rue Jean-Goujon.1 Des hommes, qui de sang-froid auraient fait preuve de hardiesse et de courage, ont, dans ces circonstances, été tellement affolés à la vue des flammes que brutalement, bestialement, ils bousculèrent tout sur leur passage, n'ayant d'autre souci que d'échapper au sinistre, d'autre préoccupation que la fuite. La peur paralysait en eux tout autre sentiment; et combien ont dû le lendemain en subir les plus cuisants regrets, les plus pénibles remords !

En temps normal, ne cherchez pas à retenir l'attention d'une personne qui n'a pas dîné ; elle vous écoutera d'une oreille distraite ; si l'heure s'avance davantage et que son estomac « crie la faim », la voilà transformée en « ventre affamé » et elle n'a plus d'oreilles du tout, même si vous cherchez à la retenir parle bouton de sa redingote.

Caton avait remarqué ce phénomène gastronomique lorsqu'il haranguait le peuple romain par un temps de disette : « Arduum est, Quirites, ad ventrem auribus carentem verba facere : Il est dur, citoyens, disait-il, de faire un discours à un ventre qui na pas d'oreilles. »

On ne l'ignore pas non plus dans les assemblées délibérantes ; quand l'heure du repas a sonné, les orateurs ont beau s'évertuer à la tribune, ils n'arrivent plus à captiver l'attention. Le ventre crie, le ventre a faim, il n'a pas d'oreilles ; tant pis pour le pays, tant pis pour la patrie ; allons manger ; la pitance avant tout !

À un moment l'esprit boulevardier s'est souvenu de ce proverbe qu'il a accommodé à sa façon primesautière.

Les femmes se coiffaient alors en bandeaux cachant complètement les oreilles pour venir former en arrière le chignon.

Ces élégantes furent désignées du sobriquet de « ventre affamé ». Cette appellation leur déplut-elle ? Toujours est-il que la nouvelle mode n'eut pas de succès ; la coiffure disparut et le nom avec elle. C'est dommage, car c'était bien drôle.


1 [GGJ] Compte rendu du drame sur Wikipédia.


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Citations quotidiennes 29.01.12

« En quoi consiste la barbarie, demandait Goethe, sinon précisément en ce qu'elle méconnaît ce qui excelle ? »
Thomas De Koninck (La nouvelle ignorance et le problème de la culture, p.33, PUF, 2001)

Les professeurs de français devraient être des professeurs de mathématiques: ils passent leur temps à compter les fautes des élèves.
Ernest Abbé (Pamphlet 1: De l'éducation p. 54, éd. Quadrature, 1996)

Le malheur est qu'on ne veuille pas faire pour les vivants ce qu'on fait pour les morts. On épie le passage du temps sur les traits des siens tant qu'ils vivent. Pourquoi ?... Pourquoi ne fixe-t-on pas, une fois pour toutes, dans son coeur, les images agréables et les beaux visages qu'on aime... et pourquoi ne s'y tient-on pas ?
Jean Sarment (Léopold le Bien-Aimé [L'Abbé, acte III], p.29, La Petite Illustration, 5 nov. 1927)

Les artistes gênés sont impitoyables : ils fuient ou se moquent.
Honoré de Balzac (La Maison du Chat-qui-pelote, p.75, Classiques Garnier, 1963)

Voir Au fil de mes lectures.

Chemin faisant, page 30

Être bon n'est un mérite que quand on est né méchant.

Les larmes sont comme le collier de perles : moins il y en a, plus on y croit.

On revient de bien des choses, mais on revient encore plus de bien des gens.

La plus riche de toutes les vertus : le détachement.

Ne nous fait pas souffrir qui veut.

Pour être bien rempli, chaque jour de notre vie doit avoir entrevu le dernier.

Il faut considérer la joie comme une étrangère, et la peine comme une fille de la maison.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

Lire le premier billet consacré à cette série.

samedi 28 janvier 2012

Chemin faisant, page 29

On est généralement plus content d'avoir dit la vérité que de l'avoir entendue.

Tous les bonheurs se paient, si tous les malheurs ne se méritent pas.

C'est le cœur qu'on tend souvent au collier, et pas toujours le cou.

Pourquoi craint-on sa conscience? Parce que c'est un créancier.

Les larmes, en confondant les castes, démentent les préjugés.

Qu'il y a de genres de solitudes produites par cet état unique : être seul !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Citations quotidiennes 28.01.12

[...] la vertu consiste d'abord à prendre son temps.
André Dhôtel (Le pays où l'on n'arrive jamais, p.129, Librio n°276)

Dieu est la commode sténographie qui réunit, en une seule étreinte, l'origine et le destin. Concilier ces deux instances est l'effort immémorial de l'espèce.
Carlos Fuentes (Diane ou La chasseresse solitaire, trad. Céline Zins, p.10, nrf Gallimard)

Si tu prends un rôle au-dessus de tes forces, non seulement tu y fais pauvre figure, mais celui que tu aurais pu remplir, tu le laisses de côté.
Epictète ( Manuel, trad. Mario Meunier, p.226 Éd. Garnier-Flammarion n°16)

C'est une chose étonnante de constater avec quel acharnement nous refusons la fatalité du provisoire.
Hervé Bazin (Ce que je crois, p.75, Livre de Poche n°5141)

[...] un vieux proverbe mozarabe : « Le flambeau n'éclaire pas sa base. »
Auguste Villiers de l'Isle-Adam (Deux augures, p. 52 Contes Cruels, éd. Classiques Français.)

Voir Au fil de mes lectures.

vendredi 27 janvier 2012

Chemin faisant, page 28

Même quand on croit avoir conquis le bonheur, il faut savoir le perdre.

Qu'est-ce que le découragement? Une intermittence de l'espérance.

Le cœur n'a pas besoin d'attendre le soir pour avoir fait sa journée.

On est encore riche avec des regrets, puisqu'il y a des remords.

Il est encore plus consolant de voir le vice puni que la vertu récompensée.

Tous les bonheurs qui se connaissent, comme toutes les vertus qui s'ignorent, ont chance de durer.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Miette 10 : L'appétit vient en mangeant

Le goût

L'appétit vient en mangeant

Sommaire. — La cloche sonne. — Le rat du poète Horace. — Conscience pure, estomac plein. — L'ivresse ou l'indigestion vous guette. — Théorie du domestique. — Béatitude du maître.

« Le Créateur, en obligeant l'homme à manger pour vivre, l'y invite par l'appétit, et l'en récompense par le plaisir. »1 a

La cloche du dîner vient de sonner; vous vous dirigez à pas lents et comme attristés vers la salle à manger. Vous n'avez pas faim ! Vous vous mettez tout de même à table.

Vous goûtez au premier mets, dente superbo, « d'une dent dédaigneuse », comme le rat d'Horace; cela vous semble assez bon, vous y prenez goût ; de même au second service et ainsi de suite jusqu'à la fin du repas que vous quittez d'un pas allègre et d'un air réjoui, satisfait du devoir accompli, la conscience pure et l'estomac plein.

C'est en mangeant que peu à peu l'appétit vous est venu.

De même dans le courant de l'existence, quand on trouve du plaisir à une chose, on est enclin à vouloir l'accentuer et en jouir le plus possible.

Quo plus sunt potae, plus sitiunlur aquae.2 b

« Plus on a bu, plus on a soif. » Plus on a du bien, plus on veut en avoir. Ce n'est pas toujours raisonnable, car on atteint aisément l'exagération qui mène à l'ivresse ou à l'indigestion.

Pour l'accroissement de sa fortune on se donne aussi beaucoup de mal, on passe beaucoup de nuits sans sommeil ; la tranquillité et le bonheur ne sont pas fatalement au bout.

C'était la théorie d'un domestique observateur qui l'exposait d'une façon assez réjouissante quoique paradoxale : « Les maîtres sont les parias de la société, c'est nous qui sommes les privilégiés. Voyez plutôt : un maître se tue au travail; quelle est son ambition ? De nourrir un domestique ! Il se remet au travail pour nourrir un second domestique. Quand un maître peut arriver à nourrir six domestiques, il est au comble de ses voeux ! »


1 Brillat-Savarin, Physiologie du goût.
a [GGJ] Jean Anthelme Brillat-Savarin, né le 2 avril 1755 à Belley et mort le 1er février 1826 à Paris, fut un illustre gastronome français. - Wikipédia
2 Ovide.
b [GGJ] Tiré de Les Fastes, I, 216.


Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.

Citations quotidiennes 27.01.12

Celui qui s'attarde trop à examiner ses projets ne les exécute pas. Pas de meilleure recette pour écrire que l'écriture.
Adolfo Bioy Casares (Nouvelles démesurées, trad. Eduardo Jimenez, p.111, Éd. Robert Laffont, coll. Pavillons,1989)

Mari qu'on n'aime pas, le paiera cher un jour.
Fabre d'Églantine (L'Intrigue Épistolaire, acte 4, sc. 6 (La Soeur), 1791)

Je crois profondément que nos civilisations humaines sont à la recherche, parce qu'elles en ont avidement besoin, d'une attitude permettant à chacun de mieux se situer dans l'immense aventure cosmologique, en mettant en harmonie ce qu'elles savent avec ce qu'elles sentent.
Jean E. Charon (L'esprit cet inconnu, p.21, Éd. Albin-Michel)

[...] il vient dans la vie une heure [...] où les yeux las ne tolèrent plus qu'une lumière, celle qu'une belle nuit comme celle-ci prépare et distille avec l'obscurité, où les oreilles ne peuvent plus écouter de musique que celle que joue le clair de lune sur la flûte du silence.
Marcel Proust (Du côté de chez Swann, p.154, Folio n°821)

Bien des hommes ont été tout aussi troublés moralement et spirituellement que tu l'es en ce moment. Par chance, quelques-uns ont écrit le récit de leurs troubles. Si tu le veux, tu apprendras beaucoup en les lisant. De même que d'autres, un jour, si tu as quelque chose à offrir, d'autres apprendront en te lisant. Et ce n'est pas de l'éducation. C'est de l'histoire. C'est de la poésie.
Jerome David Salinger (L'attrape-coeurs, trad. Annie Saumont, p.228, Livre de Poche n°2108)

Voir Au fil de mes lectures.

jeudi 26 janvier 2012

Citations quotidiennes 26.01.12

Comment peut-on exciter la curiosité chez des êtres tourmentés par l'angoisse de la faute et la peur des sanctions? Certes, il existe des professeurs assez enthousiastes pour passionner leur auditoire et faire oublier un instant les détestables conditions qui dégradent leur métier. Mais combien, et pendant combien d'années?
Raoul Vaneigem (Avertissement aux écoliers et lycéens, p.27, Mille et une nuits, n°69)

L'érotisme est une pornographie de classe.
Robert Escarpit (Lettre ouverte au diable, p.78 Éd. Albin Michel 1972)

Vous savez, tout prédicateur un peu ambitieux, pour peu qu'on l'écoute et que cela lui monte à la tête, commence toujours par dire que la religion fout le camp. C'est leur fonds de commerce.
Orhan Pamuk (Mon nom est Rouge, trad. Gilles Authier, p.288, Folio n°3840)

Une chose m'inquiète : si le Paradis a une porte, c'est qu'il y a des murs...
Grégoire Lacroix (Les Euphorismes de Grégoire (238), p.39, Max Milo, 2006)

On est tous frères, c'est entendu. Mais on n'est pas jumeaux.
Louis Pauwels (Blumroch l'admirable, Éd. Gallimard, p. 37)

Voir Au fil de mes lectures.

Chemin faisant, page 27

Ne sois pas chose, ô femme! même dans les mains de celui que tu aimes ; sois être.

Aimer et jouer l'indifférence, le plus difficile de tous les jeux.

Il ne faut que trois violettes pour parfumer une chambre, il ne faut qu'un regard pour changer le cours d'une vie.

Chaque amoureux croit prendre un brevet d'invention.

Si la beauté nous donne des succès, l'intelligence nous donne des revanches.

Les heures nous restent pour pleurer les instants.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 25 janvier 2012

Chemin faisant, page 26

L'homme qui nous oublie nous rend souvent un signalé service.

L'Amour à l'Amitié : Ote-toi de là que je m'y mette ! Mets-toi là que je m'en aille !

Quelle est la femme qui n'a pas rêvé d'habiter quelques instants l'âme de son mari?

En vieillissant il faut s'arranger de ce qui reste, sans songer à ce qu'il y avait.

Si j'étais jeune, je dirais : Le bouquet que tu m'offres, à qui pensais-tu quand tu l'as cueilli ?

Flair de femme se trompe encore moins que palais de gourmand.

La physionomie est comme l'atout de la laideur; la nature semble lui dire : Tâche avec cela de gagner ta partie.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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Deuxième essai HTML5

Mon deuxième essai en HTML5 avec Hype. Plusieurs scènes à ajouter, mais ça donne une bonne idée de ce qu'on pourrait faire pour enseigner des concepts importants.

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