L'espérance

Tout vient à point à qui sait attendre.

Sommaire. - Ne pas perdre courage. - La science des occasions. - Réflexions coordonnées. - Trop de hâte. - Surprises réservées à la patience. - Fourmis, castors et souris.

« Je prierai le lecteur, dit Henri Estienne, de considérer comment nous pouvons faire notre profit de ce proverbe, en l'alléguant à celui qui n'aura pas eu la patience d'attendre jusqu'à la fin, mais aura perdu courage. Et nommément pour les attendans de la cour cette leçon est fort bonne, que ce n'est pas bien attendre si on n'attend jusques à la fin ; sinon au cas qu'ils voyent que cette fin ne prenne aucune fin. »1

Bossuet va plus loin :

« La science des occasions et des temps est la principale partie des affaires. Il faudrait transcrire toutes les histoires saintes et profanes pour savoir ce que peuvent dans les affaires les temps et les contre-temps. Précipiter ses affaires, c'est le propre de la faiblesse, qui est contrainte de s'empresser dans l'exécution de ses desseins, parce qu'elle dépend des occasions. »

Il développait alors ces paroles de l'Ecclésiaste (ch. III, v. 1) :

Omnibus hora certa est, et tempus suum cuilibet coepto sub coelis.

« Il y a pour tout un moment fixé, et chaque entreprise a son temps marqué sous les cieux. »

De ces réflexions coordonnées découle la conclusion de ne rien précipiter, de donner à chaque chose le temps qui lui revient de droit, autrement on s'apercevra à ses dépens que :

Le temps respecte peu ce que l'on fait sans lui,

ou bien en plus vieux français :

Qui trop se haste, en beau chemin se fourvoye,

et, sans peine, la conviction viendra que l'on n'a pas trop longtemps attendu si, grâce à cette attente, on est parvenu à ses fins ; on proclamera à son tour cette vérité :

Qui bien attend ne surattend.

Si la patience réserve de douces surprises, on n'est pas moins récompensé d'être persévérant dans ses projets et dans ses actions. Croyez-en Confucius :

« La constance peut avancer lentement, mais elle n'interrompt jamais l'ouvrage qu'elle a commencé et produit de grandes choses. Apportez chaque jour une corbeille de terre, vous ferez enfin une montagne. »

Nous avons de cette vérité une confirmation dans le règne animal, ne fût-ce qu'avec les fourmis et les castors.

« Ayez la volonté et la persévérance, nous dit Franklin, et vous ferez merveille. - L'eau qui tombe goutte à goutte parvient à consommer la pierre; avec du travail et de la patience une souris coupe un câble, et de petits coups répétés abattent de grands chênes. » ,

1 Traité de la précellence du langage françois.

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.