Michel Dard
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| Mélusine
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| | Le livre de poche n° 5277
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En mer. J'AURAIS pu rester quelques jours de plus à Paris, pendant que Mélusine allait visiter sa forêt en compagnie de l'aîné des Lusignan : les circonstances de son départ, les fables dont elle l'a entouré, objet de ruminations que je n'aurais pas maîtrisées, eussent rendu mon séjour insupportable. J'aurais pu prendre l'avion comme tout le monde, et ce zèle, au seuil de la mission que l'on m'a confiée, eût semblé une preuve d'efficacité ; mais je ne suis attendu à New York que le 15, et je connais trop la pente malheureuse de mon imagination pour ne pas redouter la solitude d'un hôtel dans une ville étrangère, qui est par surcroît le monstre dont Mélusine fut captive. Certes, sur ce bateau, ma solitude n'est pas moindre. En quelque endroit que je sois, le souvenir, je le sais, me réveillera dès les premières heures du sommeil et l'ange de feu se lèvera de mes entrailles. Ici, du moins, je n'ai pas la charge de moi-même. La lente houle, tellement plus profonde que le souffle du sage, est le ventre auquel s'abandonne l'homme-enfant. (« Apprends à respirer », me disait Mélusine, quand je m'asphyxiais de ravissement ou de peine.) La cloche du bord, les heures monastiques, les brumes de la mer, anesthésient le coeur et figurent, à distance des mondes, la plus exceptionnelle des cliniques. Comme les goélands qui nous suivent, je ressemble à un cerf-volant que tire une main invisible.
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Bahiyyih Nakhjavani
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| La Sacoche |
| Trad. Christine Le Boeuf | Actes Sud, 2000 |
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Le Voleur
Il était une fois un voleur qui gagnait sa vie en détroussant les pèlerins sur la route entre La Mecque et Médine. C'était un Bédouin, né dans les dunes et qui ne s'était jamais connu de père. Les prêtres aussi lui étaient étrangers, et il ne se souciait ni du Prophète ni de ses lois. Ayant été élevé par plusieurs mères qui étaient toutes mortes avant qu'il n'eût appris l'art de la rapine, il n'avait reçu que peu d'amour et pas du tout d'éducation. Mais il avait toujours été libre.
La liberté, pour le Bédouin, c'était l'air qu'il respirait dans le désert. C'était cet espace ouvert à tout le possible, du connu au contesté, ce lieu inhabité, en suspens entre des réalités apparentes. Il était de naissance héritier de ce vide ; c'était un legs qui lui avait été transmis gratis. Enfant, il en connaissait déjà la valeur, mais il lui fallait encore définir cette liberté pour lui-même. Les habitants des villes, découvrit-il, ne s'y fiaient pas : ils emprisonnaient ses myriades de significations au coeur de volontés et de murailles humaines. Les seuls endroits où il en trouvait des vestiges dans le fouillis des villes et les villages sordides, c'étaient ces jardins secrets où fleurissaient des arbres fruitiers.
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Amélie Nothomb
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| Biographie de la faim |
| | Albin Michel |
Il est un archipel océanien qui s'appelle Vanuatu, anciennement Nouvelles-Hébrides, et qui n'a jamais connu la faim. Au large de la Nouvelle-Calédonie et des îles Fidji, le Vanuatu a bénéficié pendant des millénaires de deux atouts dont chacun est rare et dont l'alliance est rarissime : l'abondance et l'isolement. Cette dernière vertu, s'agissant d'un archipel, est un peu de l'ordre du pléonasme, certes. Mais on a vu des îles très fréquentées, alors qu'on n'a jamais vu d'îles aussi peu visitées que les Nouvelles-Hébrides.
C'est une histoire étrange : personne n'a jamais eu envie d'aller au Vanuatu. Même la déshéritée de la géographie qu'est par exemple l'île de la Désolation a ses thuriféraires : sa déréliction a quelque chose d'attirant.
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