[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
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Épigraphe

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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

La collection répertorie actuellement
765 œuvres de 435 auteurs

Stendhal
La chartreuse de Parme
 Livre de poche
MILAN EN 1796

Le 15 mai 1796,le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée française qui venait de passer le pont de Lodi et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur.Les miracles de bravoure et de génie dont l'Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi;huit jours encore avant l'arrivée des Français,les Milanais ne voyaient en eux qu'un ramassis de brigands,habitués à fuir toujours devant les troupes de Sa Majesté Impériale et Royale:c'était du moins ce que leur répétait trois fois la semaine un petit journal grand comme la main,imprimé sur du papier sale.


Christian Oster
Loin d'Odile
 Minuit
Exagérons. Disons qu’il fut un temps, pas si éloigné, du reste, où je vivais avec une mouche.
Ce n’est pas une métaphore. C’était une vraie mouche, et, quant à prétendre que je vivais avec elle, qu’on me pardonne, mais, à l’époque, j’ignorais ou j’avais oublié que l’existence de ce diptère n’excède jamais quarante-huit heures. En outre, vivant fort peu depuis nombre d’années – nous y viendrons –, il était parfaitement vraisemblable que j’eusse, confronté à une mouche – j’entends une mouche opiniâtre, bien sûr, une mouche solide- ment installée dans sa brève persistance de mouche, car je n’ignorais pas, malgré tout, que certaine brièveté présidait à ses jours –, éprouvé la sensation que je partageais sa vie, ou qu’elle partageait la mienne. Ou encore, pour dire les choses au plus près, qu’occupant tout ou partie de mon domicile, au gré de ses incessantes explorations, elle y défendait son territoire avec une telle constance que le moins que je pusse faire, dans ces conditions, de son point de vue, du moins, était de l’accepter, ou de l’adopter, en tout cas de la traiter avec tous les égards dus à la résidente qu’elle se proposait d’être, dont elle revendiquait clairement le statut, et ce dans le respect des droits qui lui échéaient en tant que telle.


Thomas Mann
La montagne magique
Trad. Maurice BetzLivre de Poche n.5055
UN simple jeune homme se rendait au plein de l'été, de Hambourg, sa ville natale, à Davos-Platz, dans les Grisons. Il allait en visite pour trois semaines.
Mais de Hambourg jusque là-haut,- c'est un long voyage; trop long en somme par rapport à la brièveté du séjour projeté. On passe par différentes contrées, en amont et en aval, du haut plateau de l'Allemagne méridionale jusqu'au bord de la mer souabe, et, en bateau, sur ses vagues bondissantes, par-delà des abîmes que l'on tenait autrefois pour insondables.
A partir de là, le voyage qui s'était si longtemps poursuivi en ligne droite, d'un grand jet, commence à s'éparpiller. Il y a des arrêts et des complications. Au lieu dit Rorschach, sur territoire suisse, on se confie de nouveau au chemin de fer, mais on ne parvient de prime abord que jusqu'à Landquart, une petite station alpestre, où l'on est obligé de changer de train. C'est un chemin de fer à voie étroite où l'on s'embarque après une attente prolongée en plein vent, dans une contrée assez dépourvue de charme; et, dès l'instant où la machine, de petite taille, mais d'une puissance de traction apparemment exceptionnelle, se met en mouvement, commence la partie proprement […]