Caleb Carr
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| L'aliéniste |
| Trad. René Baldy et Jacques Martinache | Pocket n°10079 |
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8 janvier 1919
Theodore est en terre.
Ces mots semblent vides de sens sous ma plume, aussi vides de sens que, cet après-midi, la vision de son cercueil disparaissant dans le sol sableux près de Sagamore Hill, l'endroit qu'il chérissait entre tous. Debout dans la bise de janvier qui giflait le détroit de Long Island, je pensais en moi-même: « C'est une farce, bien sûr. Il va faire sauter le couvercle, il va nous éblouir de son grand sourire ridicule et nous briser les tympans de son rire strident. Ensuite, il va nous crier qu'il y a «du pain sur la planche», que nous devons «retrousser nos manches» parce que nous sommes tous mobilisés pour aller défendre une variété rarissime de salamandre contre la rapacité d'un géant industriel prêt à installer sans vergogne une immonde manufacture en pleine zone de reproduction de ces petits batraciens. » Et je voyais bien que je n'étais pas seul à nourrir de telles divagations. Tous ceux qui assistaient aux obsèques attendaient une sorte de coup de théâtre; cela se lisait sur leurs visages. Il semble bien que ce sentiment soit largement partagé dans le pays, et même dans le monde: la disparition de Theodore Roosevelt est, tout simplement, une idée inacceptable.
Depuis quelque temps, déjà, Theodore était sur le déclin mais personne ne voulait le remarquer.
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Dominic Champagne (et cie)
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| Cabaret neiges noires (Théâtre) |
| | vlb éditeur, coll. théâtre |
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LE PROLOGUE
Ami public, bonsoir...
La scène est à Montréal
Et vous avez devant vous
Ce que la magie du théâtre depuis des siècles
Vous présente comme étant Le Prologue
C'est-à-dire ce personnage
Plus ou moins incarné
Qui entre au début de la pièce
Pour introduire l'action en situant le décor
Le contexte de l'histoire, et ceatera...
Seulement ce soir je me fais aucune illusion
Sur la pertinence de ma présence
Sur cette scène devant vous
Ni sur les possibilités que j'ai
De vous faire croire que je suis
Rien d'autre qu'un simple comédien
Qu'un metteur en scène a appelé
Pour lui proposer n'importe quel rôle
Et qui a accepté de jouer
Tout bonnement pour gagner sa vie
De façon plus ou moins honorable
En sachant pertinemment qu'un autre comédien
Aurait très bien pu venir faire tout ça
À ma place aussi bien que moi sinon mieux
S'il avait eu la chance d'être appelé
Parle metteur en scène avant moi
La scène est à Montréal
C'est pas une convention théâtrale
C'est la dure réalité de la vie
Disons que c'est le point A d'un spectacle
Qui devrait aboutir - si tout va bien -
À un point B qui sera la fin du spectacle
(C'est clair)
On vous invite d'ailleurs
À boire généreusement d'ici là
Normalement ça devrait vous aider
À passer au travers
Parce que y a un problème
Avec le spectacle auquel vous allez assister
Quand je vais finir par me taire
C'est que ce spectacle sur lequel on a sué
Depuis des mois pour un salaire de crève-faim
Et pour lequel vous avez payé
Probablement trop cher
Eh bien ce spectacle-là
N'a aucun sens.
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Patrick Süskind
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| Le pigeon |
| Trad. Lortholary Bernard | Fayard |
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Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rein de notable, sauf de mourir un jour.
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