[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
Au fil de mes lectures
Épigraphe

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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

La collection répertorie actuellement
765 œuvres de 435 auteurs

Alain Robbe-Grillet
La Reprise
 Minuit
PROLOGUE
Ici, donc, je reprends, et je résume. Au cours de l’interminable trajet en chemin de fer, qui, à partir d’Eisenach, me conduisait vers Berlin à travers la Thuringe et la Saxe en ruines, j’ai, pour la première fois depuis fort longtemps, aperçu cet homme que j’appelle mon double, pour simplifier, ou bien mon sosie, ou encore et d’une manière moins théâtrale: le voyageur.
Le train avançait à un rythme incertain et dis- continu, avec des haltes fréquentes, quelquefois en rase campagne, à cause évidemment de l’état des voies, encore partiellement inutilisables ou trop hâtivement réparées, mais aussi des contrôles mystérieux et répétitifs opérés par l’administration militaire soviétique. Un arrêt se prolongeant outre mesure dans une station importante, qui devait être Halle-Hauptbahnhof (mais je n’ai aperçu aucun panneau le signalant), je suis descendu sur le quai pour me dégourdir les jambes. Les bâtiments de la gare semblaient aux trois-quarts détruits, ainsi que tout le quartier qui s’étendait sur la gauche, en contrebas.


Hubert Michel
Requiem pour une huître
 Le Dilettante
Le vingt-deux novembre, Jacques-Bénigne ne me convia pas à son anniversaire.

J'avais pourtant pris mes précautions en renonçant pour l'occasion, au détriment de mon avenir professionnel, à l'invitation de mon directeur, dans l'espoir que Jacques-Bénigne me prierait de partager la sempiternelle poule au riz de son épouse. En effet, ma carrière connaissait depuis peu un regain d'intérêt inespéré après le licenciement fortuit, mais fondé selon moi, en tout cas bienvenu, d'une poignée de mes supérieurs hiérarchiques. Leurs successeurs continuaient de m'avoir à la botte, desquels par conséquent, sans façons, j'escomptais tirer certains bénéfices en nature sans sombrer dans la compromission; ni le chantage, ni bien sûr sans m'abaisser à une quelconque planification.

De par mon éducation, je n'ai personnellement jamais eu le tempérament de gougnafier de Jacques-Bénigne, dont j'aurais pu user pour lui rafraîchir la mémoire, quand je voyais défiler les jours et se rapprocher à grands pas la date de son anniversaire, sans […]



Charles Dickens
Les aventures d'Olivier Twist
Trad. Francis Ledoux Folio n° 386
CHAPITRE PREMIER
QUI TRAITE DU LIEU OU NAQUIT
OLIVIER TWIST ET DES CIRCONSTANCES
QUI ENTOURÈRENT CETTE NAISSANCE
  Entre autres édifices publics de certaine ville que, pour de multiples raisons, j'aurai la prudence de ne pas nommer, et que je ne désire pas non plus baptiser d'un nom fictif, il en est un qui est commun depuis longtemps à la plupart des villes, grandes ou petites, à savoir un hospice ; et c'est dans cet hospice que naquit, un jour dont je n'ai pas besoin de préciser la date, car elle ne saurait présenter aucune importance pour le lecteur, à ce point de l'affaire tout au moins - c'est dans cet hospice donc que naquit le petit mortel dont le nom figure en tête de ce chapitre.
Longtemps après que le médecin de la paroisse l'eut introduit dans ce monde de douleur et de tourments, on fut considérablement enclin à croire que l'enfant ne survivrait pas pour porter quelque nom que ce fût - auquel cas les présents souvenirs n'auraient, selon toute vraisemblance, jamais vu le jour, ou bien, s'ils avaient paru, auraient compté tout au plus deux pages, possédant ainsi le mérite inestimable de représenter le spécimen de biographie le plus concis et le plus fidèle qui ait jamais existé en tous les temps et tous les pays.
Encore que je ne soit pas enclin à soutenir que naître dans un hospice constitue en soi le sort le plus heureux et le plus enviable qui puisse échoir à un être humain, j'entends bien dire que dans le cas particulier d'Olivier Twist ce fut la meilleure des éventualités qui pût se produire. Le fait est qu'on éprouva des difficulté considérables à lui persuader d'assumer lui-même la fonction respiratoire - pratique ennuyeuse, que l'usage a cependant rendue nécessaire à une existence tranquille ; il demeura quelque temps à suffoquer sur un petit matelas de bourre de laine, dans un équilibre assez instable entre ce monde et l'autre, la préférence étant nettement en faveur de ce dernier. [...]