[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
Au fil de mes lectures
Épigraphe

Les contributeurs
Gaby Charron | Sébastien Clerc | Emilie Buchon | Christophe Pierard | Emilie Oléron
Daniel Tremblay | Christine Daffe | Benoît Rayneau | Erika Menu | Noa Boros
François Lazar | Benoît Clarat | François Direz | Bernard Paillard | Mariane Dalpé
Pierrette Denault | Philippe de Ladebat | Laurent Bohu | Christine Écuyer | Dominique Giraudet
Grégory Haleux | Julia Lobel | Florence Jaffry-Lardeux | Guy Vallières | Céline Brun-Picard | Fabien Caroulle
Jean-Claude Lyvinec | Bernard Keppenne | Agnès Kipper | Natacha Denis | Karine Villeneuve-Plouffe
Aggoun Ahcene | Benoît Chanut | Fabrice Costa | José Perez | Erica Freiberg
Michel Boustani | Naomi Lipson | Farida Belabbas | Stéphane Tufféry | Jean-Pierre Mora | Philippe Grandjean
Geneviève Bolduc | Ali Zebra | Max Ferri | Irène Jullien | Philippe Bisson | Jacques Ibanès
Michel Le Boulch | Michel Baraër | Romain Jalabert | Alger Ekoungoun | Pierre Josserand
Marie-Caroline Guilloteau | Sabine Lancelin | Thekla Christoforou | Marko Roy
Franck Nicholls | Ojo Brems | Mahmood Massoodi | Hugo Duguay
Monique Hawelka | Sandra Desureault | Antoine Cibirski | Marion Mikolajewski
Vanessa Bonnefont | Bénédicte Guilmot | Johann Garillon | Simon Chalifoux
Benoît St-Pierre | Axelle Pain | Françoise Acezat | Joël Perino
Luc Henri | Noémi Bromberg | Radi | Richard Evain

Pour contribuer à cette collection
Lire les cinq dernières contributions | Lire trois incipit choisis aléatoirement

(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

La collection répertorie actuellement
765 œuvres de 435 auteurs

Alain Robbe-Grillet
L'année dernière à Marienbad
 Minuit, Paris, 1961
Une fois de plus, je m'avance, une fois de plus, le long de ces couloirs, à travers ces salons, ces galeries, dans cette construction d'un autre siècle, cet hôtel immense, luxueux, baroque, lugubre, où des couloirs interminables succèdent aux couloirs, silencieux, déserts, surchargés d'un décor sombre et froid de boiseries, de stuc, de panneaux moulurés, marbres, glaces noires, tableaux aux teintes noires, colonnes, lourdes tentures, encadrements sculptés des portes, enfilades de portes, de galeries, de couloirs transversaux, qui débouchent à leur tour sur des salons déserts, des salons surchargés d'une ornementation d'un autre siècle, des salles silencieuses...


Emil Michel Cioran
Cahiers 1957-1972
 Gallimard
Ce qu'on appelle pessimisme n'est rien d'autre que l'art de vivre, l'art de goûter la saveur amère de tout ce qui est.


Christine Angot
Rendez-vous
 Flammarion, 2006
« Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours. »
Rimbaud

Début novembre, j'avais reçu une lettre via mon éditeur, et j'avais décidé d'y répondre. «Comme une petite annonce de Libération : vous étiez ma voisine dans l'avion AT Milan-Paris, il y a quelques semaines. Téléphoner - s'il vous plaît - au 01... ou bureau 01... ; ou écrire. Envie de vous revoir.» Je n'avais jamais pris l'avion Milan-Paris. Le type se trompait de trajet, ou ce n'était pas moi. «Par discrétion, un voisin dans un avion c'est un guet-apens, et parce que j'étais laminé par un aller-retour dans la même journée, je ne vous ai pas dit un mot. Mais vous m'intriguez, cela me ferait plaisir, en effet, de vous revoir.» L'écriture et le papier indiquaient une certaine classe. Sur le répondeur, la voix de la secrétaire était impeccable : vous êtes au secrétariat de G. Il habitait dans le sixième, et mettait tous ses numéros, professionnel, de domicile et de portable, il n'était donc pas marié. Un type seul. Il devait être moche.

J'avais appelé le bureau un lundi. La secrétaire me l'avait passé tout de suite.
- Je suis content de vous entendre. Je ne m'y attendais pas. Je suis très impressionné, je suis ému de vous entendre.
- Vous m'avez écrit, donc je vous appelle. Bien que je ne réponde jamais aux lettres. J'ai trouvé votre lettre amusante. C'est pour ça que je vous appelle. Mais je voulais vous dire que vous vous trompez de personne ou de trajet.
Il avait une voix éduquée, élégante, mais âgée. Séduisante, chaude :
- Mais si, c'était bien le Milan-Paris. Vous n'avez pas pris le Malpensa-Paris il y a environ trois semaines ?
- Si vous êtes sûr que c'était le Milan-Paris ce n'était pas moi.
- Oui oui c'était le Milan-Paris. Alors vous avez un sosie, un véritable sosie.
La voix était voilée : Où peut-on vous écrire ? Chez votre éditeur ça vous parvient apparemment. Mais...
- Je ne sais même pas où je suis, moi. Je suis dans un bureau, mais quel bureau ? Je ne sais pas. Vous faites quoi ?
- Je suis banquier.
Ça m’avait laissé un peu sans voix.
(...)