[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

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765 œuvres de 435 auteurs

Agatha Christie
Le Vallon
Trad. ? Le livre de poche n° 1464/65
À six heures treize très exactement, ce vendredi-là, les grands yeux bleus de Lucy Angkatell s'ouvrirent sur une nouvelle journée. Tout de suite bien éveillée, comme toujours, elle se mit à réfléchir. Son esprit, extraordinairement actif, évoquait déjà un certain nombre de problèmes, dont elle ne tarda pas à décider qu'il lui fallait les examiner avec quelqu'un. Elle choisit pour cela Midge Hardcastle, qui était arrivée au Vallon la veille au soir. Elle se leva vivement, jeta une robe d'intérieur sur ses épaules, demeurées fort belles, et s'en fut vers la chambre de sa jeune cousine. Comme ses pensées allaient toujours bon train, Lady Angkatell, tout en marchant et suivant une habitude qui datait de longtemps, répétait à la muette la conversation qu'elle allait avoir, sa fertile imagination lui fournissant, non pas seulement ses propres répliques, mais aussi celles de Midge.
L'entretien était donc déjà très avancé quand elle ouvrit la porte de Midge, tout en achevant à haute voix une phrase dont le début n'avait pas été prononcé : 
« ... de sorte qu'il vous faut bien convenir, ma chérie, que ce week-end va représenter de sérieuses difficultés ! »
Arrachée d'un coup au sommeil profond où elle se complaisait. Midge ne répondit que par un grognement inarticulé. Lady Angkatell allait à la fenêtre et écartait les rideaux. Un pâle soleil de matin de septembre pénétra dans la pièce.


Julio Cortázar
Les armes secrètes
Trad. Laure Guille-BataillonFolio, Gallimard
AXOLOTL
Il fut une époque où je pensais beaucoup aux axolotls. J'allais les voir à l'aquarium du Jardin des Plantes et je passais des heures à les regarder, à observer leur immobilité, leurs mouvements obscurs. Et maintenant je suis un axolotl.

Le hasard me conduisit vers eux un matin de printemps où Paris déployait sa queue de paon après le lent hiver. Je descendis le boulevard de Port-Royal, le boulevard Saint-Marcel, celui de l'Hôpital, je vis les premiers verts parmi tout le gris et je me souvins des lions. J'étais très ami des lions et des panthères, mais je n'étais jamais entré dans l'enceinte humide et sombre des aquariums. Je laissai ma bicyclette contre les grilles et j'allai voir les tulipes. Les lions étaient laids et tristes et ma panthère dormait. Je me décidai pour les aquariums et, après avoir regardé avec indifférence des poissons ordinaires, je tombai par hasard sur les axolotls.


Paulo Coelho
L'Alchimiste
Trad. Jean Orecchioni
J'ai lu, n° 4120
Il se nommait Santiago. Le jour déclinait lorsqu'il arriva, avec son troupeau, devant une vieille église abandonnée. Le toit s'était écroulé depuis bien longtemps, et un énorme sycomore avait grandi à l'emplacement où se trouvait autrefois la sacristie.
Il décida de passer la nuit dans cet endroit. Il fit entrer toutes ses brebis par la porte en ruine et disposa quelques planches de façon à les empêcher de s'échapper au cours de la nuit. Il n'y avait pas de loups dans la région mais, une fois, une bête s'était enfuie, et il avait dû perdre toute la journée du lendemain à chercher la brebis égarée.
Il étendit sa cape sur le sol et s'allongea, en se servant comme oreiller du livre qu'il venait de terminer. Avant de s'endormir, il pensa qu'il devrait maintenant lire des ouvrages plus volumineux: il mettrait ainsi plus de temps à les finir, et ce seraient des oreillers plus confortables pour la nuit.
Il faisait encore sombre quand il s'éveilla. Il regarda au-dessus de lui et vit scintiller les étoiles au travers du toit à moitié effondré.
« J'aurais bien aimé dormir un peu plus longtemps », pensa-t-il. Il avait fait le même rêve que la semaine précédente et, de nouveau, s'était réveillé avant la fin.