[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
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Épigraphe

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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

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765 œuvres de 435 auteurs

Marguerite Duras
L'amant
 
Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et il m’a dit : « Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté.»


Guy de Maupassant
Le Horla
 
8 mai

Quelle journée admirable ! J’ai passé toute la matinée étendu sur l’herbe, devant ma maison, sous l’énorme platane qui la couvre, l’abrite et l’ombrage tout entière. J’aime ce pays, et j’aime y vivre parce que j’y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l’attachent à ce qu’on pense et à ce qu’on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l’air lui-même.


Fiodor M. Dostoïevsky
Crime et Châtiment
Trad. Arthur Adamov Éd. Rencontre, 1960
DANS les premiers jours de juillet, par une chaleur torride, un jeune homme sortit, vers la fin de l'après-midi, de la petite chambre qu'il occupait, ruelle S..., et, lentement, l'air indécis, se dirigea vers le pont K...
Il avait, par bonheur, réussi, en descendant l'escalier, à éviter sa logeuse. La chambre du jeune homme était située sous les combles d'une haute maison de quatre étages, et ressemblait davantage à un réduit qu'à un logement. La propriétaire, qui lui louait cette chambre avec pension et service, habitait elle-même l'étage inférieur, et, chaque fois qu'il sortait, il devait obligatoirement passer devant la cuisine, dont la porte restait presque toujours ouverte sur l'escalier. Et, chaque fois, le jeune homme, en passant, éprouvait une sensation de gêne et de malaise dont il avait honte, et qui le rendait sombre. Il s'était fortement endetté vis-à-vis de sa logeuse, et redoutait de se trouver face à face avec elle.
Non qu'il fût si poltron et si terrorisé - bien au contraire - mais depuis quelque temps il se trouvait dans un état de tension et d'énervement qui confinait à l'hypocondrie. Il vivait à tel point isolé et replié sur lui-même, qu'il craignait toutes les rencontres, et pas seulement […]