[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
Au fil de mes lectures
Épigraphe

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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

La collection répertorie actuellement
765 œuvres de 435 auteurs

Laurent Mauvignier
Apprendre à finir
 Éd. de Minuit, 2000
Il y aura toujours quelqu'un pour repeindre les plinthes. Toujours quelqu'un pour colmater les brèches et enduire les plâtres qui se fendent. Et je n'aurai plus à m'inquiéter de savoir quelles mains sauront tenir avec dans la poigne ce qu'il faut de force et dans l'oeil de précision, la lourdeur du sécateur pour que les troènes ne débordent pas, pour que les thuyas ne s'étouffent pas. Il y aura quelqu'un, je me disais, il y aura quelqu'un parce que je savais qu'un jour il irait mieux. Parce qu'on m'avait dit : demain. Demain il rentrera.

Les blouses pas fermées qui s'ouvraient sous leurs mouvements, l'ambulance qu'ils avaient garée devant la grille, le bruit de la porte arrière et du brancard, les bruits de fer des portes, des pièces métalliques du brancard sur le bitume devant la maison et enfin je suis sortie, moi qui regardais tout [...]



Javier Marías
Le Roman d'Oxford
Trad. Anne-Marie et Alain KeruzoréRivages
Deux sur trois sont morts depuis mon départ d'Oxford, et cela me fait penser, par superstition, qu'ils avaient peut-être attentdu que j'y aille et que je consomme mon temps là-bas pour me donner l'occasion de les connaître et pouvoir parler d'eux aujourd'hui. Il se peut, donc, que - toujours par superstition - je sois obligé de parler d'eux.


Marc Gendron
Le noir et le blanc
 XYZ éditeur, 1994
elles s’étaient de but en blanc insinuées jusqu’en ses tréfonds les ténèbres de son trépas solitaire dans les blés en herbe – elle avait été son point d’ancrage dans le monde (comme le fil qui empêche le cerf-volant de s’élancer vers les nuages) et depuis le crash de l’auto au milieu d’un tourbillon de ferraille il avait maintes fois exploré les grands espaces de la douleur et maudit les galaxies qui fuyaient vers Ailleurs les yeux tout rouges : un cri c’est la vie un corps c’est la mort, tant et si bien que souvent il cueillait un soupir d’adieu sur ses lèvres tandis qu’en ce jour de colère opaque (étranglé par les sanglots et grincements de dents) il n’avait pu que se pencher au-dessus du vide et lancer une poignée de lys dans la fosse

entre son studio sous les combles et les plages de la tendresse il s’était creusé un gîte – entre leurs silences et leurs confidences (reflétant le souci de soi et de l’Autre) avaient retenti des concertos éparpillant leurs éclats dans toute la maison et la Sonnawagonne l’avait à l’improviste fauchée sec et dru, l’avait engrangée dans les greniers de Néant et il resta planté les bras ballants devant ses tableaux : des déjeuners sur la terrasse, des nus transcendant l’escalier, des cathédrales de verre fauves et catapultée hors de la Comet furibonde (sur une route glissante de pluie à l’orée de la brunante) Katia se fondit dans le décor à la belle épouvante [...]