Fiodor M. Dostoïevsky
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| Le Crocodile
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| Trad. J.-W. Bienstock
| Éd. Rencontre, 1960
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UN EVÉNEMENT EXTRAORDINAIRE
ou le récit véridique rapportant comment un monsieur d'un certain âge et d'une grande respectabilité fut avalé tout vif par le crocodile du " Passage " et ce qu'il en advint.Ohé! Lambert? Où est Lambert? As-tu vu Lambert?
I
C'EST le treize janvier de l'année mil huit cent soixante-cinq, sur le coup de midi et demie, qu'Elena Ivanovna (l'épouse d'Ivan Matveïtch, mon savant ami et je puis dire: mon copain en même temps que mon petit-cousin) éprouva le désir soudain de voir le crocodile que l'on montrait dans le Passage. Ivan Matveïtch se trouvait justement libre ce jour-là, car il venait d'obtenir un congé. Il avait même en poche son billet de chemin de fer pour un voyage à l'étranger entrepris plutôt par envie de voir des choses nouvelles que pour le soin de sa santé. Il ne s'opposa point à la satisfaction de l'ardente curiosité de sa femme, car il la partageait. - Excellente idée ! fit-il d'un air satisfait. Allons voir le crocodile. Au moment où nous nous préparons à un voyage en Europe, il n'est pas mauvais de faire connaissance, sur place déjà, avec les indigènes de cette contrée.
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Henri Gougaud
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| L'Inquisiteur
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| | Points/Seuil, n° R206
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Le vieux cardinal Arnaud Novelli laissa aller sa tête au creux de l'oreiller, croisa ses longs doigts maigres sur le drap et essaya d'imaginer son corps défunt, tel qu'il serait dans quelques jours, mais un rayon de soleil vint agacer ses paupières, et il ne put s'empêcher de sourire. Alors il contempla la chambre du couvent de la Daurade que le chanoine avait fait aménager pour son repos, et s'y découvrit tout soudain miraculeusement tranquille. Elle lui avait déplu, au début de sa maladie, parce qu'elle était austère et presque nue. Maintenant, il la trouvait parfaitement accordée à l'étrange simplicité d'âme qui lui venait, en ce matin d'avril, dans ce dernier lit de sa vie. Elle sentait bon le feu de chêne et l'herbe médicinale. Parfum d'enfance, qu'il respira en un long soupir délicieux. Il eut envie de dire son bonheur tout neuf à son neveu, assis à son chevet. Mais à quoi bon? Jacques Novelli, dit le Jeune, le regarderait respectueusement et ne comprendrait rien p: son intelligence était trop raide.
Le vieil Arnaud écouta les bruits du dehors : le grincement des moulins, dans l'air limpide qui montait de la Garonne, les longs cris des bateliers, un roulement de chariot sur le Pont Couvert. Une femme, au bord du fleuve, appela clairement un autre Arnaud que lui, un enfant peut-être, ou un amoureux : la voix était jeune. Le bonhomme, l'air émerveillé, pointa un index tremblant vers la fenêtre. Jacques Novelli, qui n'avait rien entendu, s'en alla tisonner les braises dans la cheminée, posa une bûche sur les chenets et se redressa en époussetant sa longue robe de frère prêcheur.
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Émile Zola
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| La fortune des Rougon |
| | GF n.216 |
Lorsqu'on sort de Plassans par la porte de Rome, située au sud de la ville, on trouve, à droite de la route de Nice, après avoir dépassé les premières maisons du faubourg, un terrain vague désigné dans le pays sous le nom d'aire Saint-Mittre.
L'aire Saint-Mittre est un carré long, d'une certaine étendue, qui s'allonge au ras du trottoir de la route, dont une simple bande d'herbe usée la sépare. D'un côté, à droite, une ruelle, qui va se terminer en cul-de-sac, la borde d'une rangée de masures; à gauche et au fond, elle est close par deux pans de muraille rongés de mousse, au-dessus desquels on aperçoit les branches hautes des mûriers du Jas-Meiffren, grande propriété qui a son entrée plus bas dans le faubourg. Ainsi fermée de trois côtés, l'aire est comme une place qui ne conduit nulle part et que les promeneurs seuls traversent.
Anciennement, il y avait là un cimetière placé sous la protection de saint Mittre, un saint provençal fort honoré dans la contrée. Les vieux de Plassans, en 1851, se souvenaient encore d'avoir vu debout les murs de ce cimetière, qui était resté fermé pendant des années. La terre, que l'on gorgeait de cadavres depuis plus d'un siècle, suait la mort, et l'on avait dû ouvrir un nouveau champ de sépultures, à l'autre bout de la ville. Abandonné, l'ancien cimetière s'était épuré à chaque printemps, en se couvrant d'une végétation noire et drue. Ce sol gras, dans lequel les fossoyeurs ne pouvaient plus donner un coup de bêche sans arracher quelque
[…]
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