[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
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Épigraphe

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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

La collection répertorie actuellement
765 œuvres de 435 auteurs

Amélie Nothomb
Mercure
 Livre de poche n°14911
Journal de Hazel

Pour habiter cette île, il faut avoir quelque chose à cacher. Je suis sûre que le vieux a un secret. Je n'ai aucune idée de ce que ce pourrait être ; si j'en juge d'après les précautions qu'il prend, ce doit être grave.
Une fois par jour, un petit bateau quitte le port de Noeud pour gagner Mortes-Frontières. Les hommes du vieux attendent au débarcadère ; les provisions, le courrier éventuel et cette pauvre Jacqueline sont fouillés. C'est cette dernière qui me l'a raconté, avec une indignation sourde : de quoi peut-on la soupçonner, elle qui est au service du vieux depuis trente ans ? J'aimerais le savoir.
Ce rafiot, je l'ai pris une seule fois, il y a bientôt cinq ans. Ce fut un aller simple et il m'arrive de penser qu'il n'y aura jamais de retour.


Edgar Allan Poe
Le Chat noir in Nouvelles Histoires extraordinaires
Trad. Charles BaudelaireFolio
LE CHAT NOIR

Relativement à la très étrange et pourtant très familière histoire que je vais coucher par écrit; je n'attends ni ne sollicite la créance. Vraiment, je serais fou de m'y attendre, dans un cas où mes sens eux-mêmes rejettent leur propre témoignage. Cependant, je ne suis pas fou, - et très certainement je ne rêve pas. Mais demain je meurs, et aujourd'hui je voudrais décharger mon âme. Mon dessein immédiat est de placer devant le monde, clairement, succinctement et sans commentaires, une série de simples événements domestiques. Dans leurs conséquences, ces événements m'ont terrifié, m'ont torturé, m'ont anéanti. Cependant, je n'essaierai pas de les élucider. Pour moi, ils ne m'ont guère présenté que de l'horreur; : à beaucoup de personnes ils paraîtront moins terribles que baroques. Plus tard peut-être il se trouvera une intelligence qui réduira mon fantôme à l'état de lieu commun, - quelque intelligence plus calme, plus logique, et beaucoup moins excitable que la mienne, qui ne trouvera dans les circonstances que je raconte avec terreur qu'une succession ordinaire de causes et d'effets très naturels.
Dès mon enfance, j'étais noté pour la docilité et l'humanité de mon caractère. Ma tendresse de cœur était même si remarquable qu'elle avait fait de moi le jouet de mes camarades. J'étais particulièrement fou des animaux, et mes parents m'avaient permis de posséder une grande variété de favoris. Je passais presque tout mon temps avec eux, et je n'étais jamais si heureux que quand je les nourrissais et les caressais. Cette particularité de mon caractère s'accrut avec ma croissance, et, quand je devins homme, j'en fis une de mes principales sources de plaisirs. Pour ceux qui ont voué une affection à un chien fidèle et sagace, je n'ai pas besoin d'expliquer la nature ou l'intensité des jouissances qu'on peut en tirer. Il y a dans l'amour désintéressé d'une bête, dans ce sacrifice d'elle-même, quelque chose qui va directement au cœur de celui qui a eu fréquemment l'occasion de vérifier la chétive amitié et la fidélité de gaze de l'homme naturel. Je me mariai de bonne heure, et je fus heureux de trouver dans ma femme une disposition sympathique à la mienne. Observant mon goût pour ces favoris domestiques, elle ne perdit aucune occasion de me procurer ceux de l'espèce la plus agréable. Nous eûmes des oiseaux, un poisson doré, un beau chien, des lapins, un petit singe et un chat.



Lewis Carroll
De l'autre côté du miroir
Trad. Henri Parisot
Aubier-Flammarion, n° 42
LA MAISON DU MIROIR

La chose est bien certaine, la minette blanche n'y avait été pour rien : c'était entièrement la faute de la minette noire. Car la minette blanche s'était vu infliger par la vieille chatte, durant le dernier quart d'heure, un débarbouillage en règle - épreuve qu'elle avait assez bien supportée, somme toute -, de sorte que, voyez-vous, elle n'eût pu prendre aucune part au méfait en question.
Pour débarbouiller ses enfants, Dinah s'y prenait de la façon suivante : d'abord elle plaquait le pauvre petit animal au sol en lui appuyant une patte sur l'oreille ; puis, de l'autre patte, elle lui frottait à rebrousse-poil toute la figure, en commençant par le bout du nez. Or, au moment qui nous occupe, comme je viens de le dire, elle était en train de s'escrimer de toutes ses forces sur la minette blanche, qui restait allongée, parfaitement immobile, et s'essayait à ronronner (comprenant sans nul doute que tout cela était pour son bien).
Mais le débarbouillage de la minette noire avait été terminé dès le début de l'après-midi ; c'est pourquoi, tandis qu'Alice, blottie, à demi sommeillante, dans un coin du grand fauteuil, se tenait de vagues discours, ladite minette s'était livrée à une effrénée partie de balle avec la pelote de laine à tricoter que la fillette avait essayé de former, et elle avait fait rouler cette pelote en tous sens jusqu'à ce qu'elle fût complètement redéfaite ; la laine était là, répandue sur la carpette, toute pleine de noeuds et emmêlée, et la minette, au beau milieu de ce désastre, courait après sa propre queue.