[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
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Épigraphe

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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

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765 œuvres de 435 auteurs

Witold Gombrowicz
Ferdydurke
Trad. G. Sédir 10/18 Domaine étranger, N° 741

CHAPITRE PREMIER

ENLÈVEMENT

Ce mardi-là, je m'éveillai au moment sans âme et sans grâce où la nuit s'achève tandis que l'aube n'a pas encore pu naître. Réveillé en sursaut, je voulais filer en taxi à la gare, il me semblait que je devais partir, mais à la dernière minute je compris avec douleur qu'il n'y avait en gare aucun train pour moi, qu'aucune heure n'avait sonné. Je restai couché dans une lueur trouble, mon corps avait une peur insupportable et accablait mon esprit, et mon esprit accablait mon corps et chacune de mes fibres se contractait à la pensée qu'il ne se passerait rien, que rien ne changerait, rien n'arriverait jamais et, quel que soit le projet, il n'en sortirait rien de rien. C'était la crainte du néant, la panique devant le vide, l'inquiétude devant l'inexistence, le recul devant l'irréalité, un cri biologique de toutes mes cellules devant le déchirement, la dispersion, l'éparpillement intérieurs. Peur d'une médiocrité, d'une petitesse honteuses, terreur de la dissolution et de la fragmentation, frayeur devant la violence que je sentais en moi et qui menaçait dehors et le plus grave était que je sentais sur moi, collée à moi, sans cesse, comme la conscience d'une dérision, d'une raillerie, liées à toutes mes particules, d'une moquerie intime lancée par tous les fragments de mon corps et de mon esprit.

Le rêve qui m'avait tourmenté pendant la nuit et réveillé [...]



Wittgenstein Ludwig
Tractatus logico-philosophicus
Trad. Gilles-Gaston GrangerGallimard
AVANT-PROPOS


Ce livre ne sera peut-être compris que par qui aura déjà pensé lui-même les pensées qui s'y trouvent exprimées - ou du moins des pensées semblables. Ce n'est donc point un ouvrage d'enseignement. Son but serait atteint s'il se trouvait quelqu'un qui, l'ayant lu et compris, en retirait du plaisir.

Le livre traite des problèmes philosophiques, et montre - à ce que je crois - que leur formulation repose sur une mauvaise compréhension de la logique de notre langue. On pourrait résumer en quelque sorte tout le sens du livre en ces termes: tout ce qui proprement peut être dit peut être dit clairement, et sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence.


Fiodor M. Dostoïevsky
Humiliés et Offensés
Trad. E. Humbert Éd. Rencontre, 1960
PREMIÈRE PARTIE
I

L'ANNÉE passée, le 22 mars au soir, il m'est arrivé quelque chose d'extrêmement singulier. J'avais parcouru la ville toute la journée à la recherche d'un logement. Le mien était humide, j'y avais attrapé une mauvaise toux et j'avais déjà voulu le quitter en automne mais la chose avait traîné jusqu'au printemps. J'avais donc cherché toute la journée, sans rien trouver : il me fallait avant tout un logement bien aéré ; il pouvait n'avoir qu'une seule chambre, à la rigueur; mais elle devait être spacieuse ; en même temps, le loyer devait en être modeste. J'ai remarqué que dans un logement étroit les idées sont mal à l'aise, et j'ai toujours aimé aller et venir par la chambre en méditant mes nouvelles. Et puisque je parle de mes nouvelles, j'ajouterai que j'ai toujours trouvé plus de charme à les rêver qu'à les écrire. Et pourtant je ne suis pas paresseux. D'où cela peut-il bien venir ?
Dès le matin, je m'étais senti indisposé, et, vers le soir, mon état avait encore empiré j'avais la fièvre, et comme j'avais été tout le jour à courir, j'étais harassé de fatigue en arrivant quelques instants avant le coucher du soleil à la Perspective de Voznessenski. J'aime le soleil de mars à Pétersbourg, à son coucher surtout, par une belle soirée sereine et par un temps de gel. La rue tout entière, inondée de flots de lumière […]