[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
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Épigraphe

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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

La collection répertorie actuellement
765 œuvres de 435 auteurs

Yves DESVAUX VEESKA
Le Petit Dictionnaire Qui N'A Pas Peur Des Gros
 Textes & Prétextes
Agenda
Un vieil agenda se lit comme un roman sur la futilité de nos urgences.

Aphorisme
Un aphorisme bien tourné fait paraître profonde une pensée creuse.

Asticot
Le dernier animal familier de l'homme.

Corps
Incroyable assemblage d’os, de gras, de poils, de liquides poisseux et de matières gluantes diverses dont on peut néanmoins tomber amoureux dés qu’il y a une âme dedans.

Cul
Partie du corps qui prend beaucoup de place dans la tête.

Cruauté
Il est cruel de demander une obéissance aveugle à un sourd.

Egoïsme
Défaut épouvantable. Surtout chez les autres.

Eloge funèbre
Il faudrait pouvoir lire leur éloge funèbre aux suicidés, pour leur remonter le moral.

Expérience
L'expérience permet de ne jamais refaire une erreur de la même manière.

Généralités
Les généralités, souvent, ne veulent pas dire grand chose. Cela dit, il ne faut pas généraliser.

Mort
Avec tous ces gens qui meurent tout le temps, on ne sait toujours pas ce qui se passe après la mort. L'information circule mal.

Perversité
Exemple : avoir un goût pervers pour la normalité.

Prostitution
Action de vendre son corps quand on ne lui accorde plus de valeur.

Rire
Se pratique en découvrant les dents, en plissant les yeux, et en hoquetant convulsivement. Le rire, activité hygiénique, est recommandé aux personnes déprimées.

Sexe
Même les gens qui ne s'intéressent pas au sexe en ont un. La nature est espiègle.


Bahiyyih Nakhjavani
La Sacoche
Trad. Christine Le BoeufActes Sud, 2000
Le Voleur

Il était une fois un voleur qui gagnait sa vie en détroussant les pèlerins sur la route entre La Mecque et Médine. C'était un Bédouin, né dans les dunes et qui ne s'était jamais connu de père. Les prêtres aussi lui étaient étrangers, et il ne se souciait ni du Prophète ni de ses lois. Ayant été élevé par plusieurs mères qui étaient toutes mortes avant qu'il n'eût appris l'art de la rapine, il n'avait reçu que peu d'amour et pas du tout d'éducation. Mais il avait toujours été libre.

La liberté, pour le Bédouin, c'était l'air qu'il respirait dans le désert. C'était cet espace ouvert à tout le possible, du connu au contesté, ce lieu inhabité, en suspens entre des réalités apparentes. Il était de naissance héritier de ce vide ; c'était un legs qui lui avait été transmis gratis. Enfant, il en connaissait déjà la valeur, mais il lui fallait encore définir cette liberté pour lui-même. Les habitants des villes, découvrit-il, ne s'y fiaient pas : ils emprisonnaient ses myriades de significations au coeur de volontés et de murailles humaines. Les seuls endroits où il en trouvait des vestiges dans le fouillis des villes et les villages sordides, c'étaient ces jardins secrets où fleurissaient des arbres fruitiers.



Georges Perec
W ou le souvenir d'enfance
 L'Imaginaire/Gallimard
I

J'ai longtemps hésité avant d'entreprendre le récit de mon voyage à W. Je m'y résous aujourd'hui, poussé par une nécessité impérieuse, persuadé que les événements dont j'ai été le témoin doivent être révélés et mis en lumière. Je ne me suis pas dissimulé les scrupules - j'allais dire, je ne sais pourquoi, les prétextes - qui semblaient s'opposer à une publication. Longtemps j'ai voulu garder le secret sur ce que j'avais vu ; il ne m'appartenait pas de divulguer quoi que ce soit sur la mission que l'on m'avait confiée, d'abord parce que, peut-être, cette mission ne fut pas accomplie - mais qui aurait pu la mener à bien ? - ensuite parce que celui qui me la confia a, lui aussi, disparu.
Longtemps je demeurai indécis. Lentement j'oubliais les incertaines péripéties de ce voyage. Mais mes rêves se peuplaient de ces villes fantômes, de ces courses sanglantes dont je croyais encore entendre les mille clameurs, de ces oriflammes déployées que le vent de la mer lacérait. L'incompréhension, l'horreur et la fascination se confondaient dans ces souvenirs sans fond.
Longtemps j'ai cherché les traces de mon histoire, consulté des cartes et des annuaires, des monceaux d'archives. Je n'ai rien trouvé et il me semblait parfois que j'avais rêvé, qu'il n'y avait eu qu'un inoubliable cauchemar. [...]