[...] lire est une obscénité bien douce. Qui peut comprendre quelque chose à la douceur s'il n'a jamais penché sa vie, sa vie tout entière, sur la première page d'un livre ? Non, l'unique, la plus douce protection contre toutes les peurs c'est celle-là - un livre qui commence. (A. Baricco, Châteaux de la colère, trad. Françoise Brun, p.82, Points P373)

Gilles G. Jobin
Buckingham, QC, Canada
Dernière mise à jour : 13 février 2008
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Épigraphe

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(in-si-pit). n. m. invar. (1887, LITTRÉ  mot lat., 3e pers. sing. indic. de incipere, « commencer »). Se dit des premiers mots d'un manuscrit, d'un livre...
[Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Tome Troisième, 1963. Paul Robert, p.687]

La collection répertorie actuellement
765 œuvres de 435 auteurs

Herbert Lieberman
Nécropolis
Trad. Maurice RambaudPoints/Seuil R46
Vendredi 12 avril. 8 heures 15. FDR Drive.

Gémissements de sirènes. Hurlements de voitures de police qui se ruent vers le nord. Ambulances qui foncent dans leur sillage. En avant, la toile d'araignée grise du Queensboro Bridge. Sur l'autre rive, zébrées comme des sucres d'orge, les cheminées de l'usine Con Ed de Ravenswood, qui vomissent leurs fumées vers le ciel. Et juste au-delà, Queens, muraille hideuse qui barre l'horizon. Des péniches et des remorqueurs remontent paresseusement le courant. Des mouettes tournoient et piaillent dans le ciel.
Un flou au moment où les voitures de police plongent sur le toboggan de la 90e Rue, traversent en trombe l'ombre noire et humide, puis surgissent en plein soleil de l'autre côté. Surpris, des automobilistes braquent, se rangent en hâte pour dégager la chaussée.
Virage à gauche dans la 96e Rue, puis droit vers l’ouest jusqu'à Madison. Ensuite, de nouveau vers le nord et tout droit jusqu'à Harlem – 108e, 116e - puis à gauche dans la 126e, petite rue crasseuse, coincée entre des immeubles sordides flanqués de perrons. C'est le territoire de la 6e Brigade criminelle - un secteur célèbre par son taux de criminalité.



Chantal Thomas
Les Adieux à la Reine
 Editions du Seuil
Je m'appelle Agathe-Sidonie Laborde, un nom rarement prononcé, presque un secret. J'habite à Vienne, dans le quartier des immigrés, un appartement de la Grashofgasse. Les fenêtres ouvrent sur une cour pavée, qu'entourent au rez-de-chaussée plusieurs échopes, un bouquiniste, un perruquier, un petit imprimeur, un réparateur de violes. Il y a aussi un marchand d'épices, juste en bas de mon immeuble. Le lieu est animé, sans être trop bruyant. Aux beaux jours, il y flotte toujours, avec les senteurs d'Orient, des notes de musique.Les rosiers qui serpentent sur les façades ajoutent un charme de jardin à ce coin viennois.


Xavier Patier
La foire aux célibataires
 Pocket n°10722
Parvenu à l'âge un peu bizarre de quarante-trois ans et demi, je suis tout engourdi. Il est deux heures de l'après-midi, des assiettes sales traînent sur la toile cirée de la cuisine et, derrière la vitre, il pleut. C'est dimanche. Josyane et Christian sont partis. La télévision est allumée mais je ne la regarde pas. Tout à l'heure, il faudra que je l'installe dans la chambre de maman. Le frigo tremble. L'insert chauffe trop fort. Je bois du café dans mon verre, comme un Corrézien ordinaire. Mais je ne suis pas un Corrézien ordinaire : si j'étais un Corrézien ordinaire, à quarante-trois ans et demi, je n'habiterais plus au Couderc, à neuf kilomètres de Bugeat, avec maman qui fait de la dialyse à domicile, et mon frère Christian, et sa femme Josyane qui me trouvent paresseux depuis que j'ai arrêté le lait pour la viande et loué ma part de propriété pour devenir salarié - au moins, j'ai cinq mille francs mensuels assurés, en plus de la dialyse - et de temps en temps se moquent de moi parce que je suis resté célibataire. Pourtant, je n'ai pas dit mon dernier mot. Les choses sont plus compliquées qu'ils ne croient.