Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 8 juillet 2006

Bibliopathie

J'aime trop les livres pour supporter de seulement leur rendre visite [...]
Claude Roy, La fleur du temps.


Nous avons tous nos folies, nos compulsions. La mienne, c'est les livres. L'achat de livres. Je ne sais pas résister. Il y a un moment à peine, j'ai commandé à la librairie Pantoute de Québec : le Moatti (voir billet suivant), le classique de Susan Blackmore La théorie des mèmes, un Savater (De l'Éducation) et, qui sort tout juste en format poche, La complexité, vertiges et promesses de Reda Benkirane.

Autre exemple de mon problème : lundi dernier, en lisant le blogue d'Alexandre Moatti, je suis tombé sur ce billet où il cite un livre dont j'ignorais complètement l'existence : La fascination des nombres de Reichmann. Via Abebooks.fr, je passai la commande chez un bouquiniste de Montreal. Deux jours plus tard, le bijou était à la maison.

Je compte bien inventorier ma bibliothèque cet été. Mon dernier inventaire sérieux date de 1990 : j'avais utilisé le logiciel DOS File Express pour ce faire. J'avais alors plus de 3000 livres. J'estime que j'en ai actuellement plus de 5000.

Je réfléchis beaucoup à ce qu'il en adviendra à ma mort. Je jongle avec l'idée de tout laisser à la bibliothèque municipale, à la condition que la collection soit bien identifiée comme étant la mienne. L'autre possibilité est de léguer tout ça à une de mes filles. Mais c'est, évidemment, un cadeau terrible : des centaines de boîtes à entreposer...

Ma bibliothèque est le fruit de ce que je suis/étais/désire/désirais/... Par exemple, j'ai plusieurs centaines de livres sur le jeu d'échecs. Dont certaines raretés. J'ai aussi une immense collection de livres sur les jeux, puzzles, casse-tête, énigmes mathématiques. Il faut voir aussi ma jolie collection de livres de citations dont la première édition du Guerlac (1931), tous les livres de Genest (années 20 et 30), Le citateur dramatique de Léonard Gallois (1829), trois des quatre éditions du Recueil d'idées du père Étienne Blanchard, etc. Cet ensemble permet un voyage unique dans cet univers très particulier de l'art de la citation.

Cette compulsion, plusieurs en souffrent. Claude Roy par exemple. J'ai terminé cette semaine la lecture de son journal 1983-1987 et j'y ai trouvé quelques pages (160-172) sur le thème bibliothèque-librairie :

« Je révère les grandes bibliothèques, arche de Noé de la parole, citadelles de mémoire, conscience et inconscience du savoir et des folies des siècles. » Un peu plus loin : « ... on sait bien que la révérence n'est pas l'amour et que le respect peut n'être pas dépourvu de froideur. Je m'incline devant les bibliothèques cardinales. J'ai souvent recours à elles. Mais je m'incline avec un peu d'effroi. Je les utilise quand je ne peux absolument pas faire autrement. Je l'avoue, je ne suis pas l'homme de ces immenses conservatoires de l'imprimé. J'aime trop les livres pour supporter de seulement leur rendre visite, pour pouvoir abandonner les volumes, à la fermeture, aux gardiens de leurs glorieuses Bastilles. J'aime que les livres partagent ma vie, m'accompagnent, flânent, travaillent et dorment en ma compagnie, se frottent aux bonheurs du jour et aux caprices du temps, acceptent des rendez-vous avec moi à des heures « impossibles », ronronnent avec la chatte au pied de mon lit,ou traînent avec elle dans l'herbe, écornent un peu leurs pages dans le hamac d'été, se perdent et se retrouvent. Les livres sont pour moi plutôt des amis que des serviteurs ou des maîtres. C'est pourquoi je préfère aux bibliothèques les magasins d'où l'on sort avec son ami sous le bras, les grandes ou les petites librairies, et les membres de leur famille, bouquineries, librairies spécialisées [...] » Et ça continue ainsi sur plusieurs pages.

Être entouré de livres me rend heureux. Entre la possibilité de me payer l'aide d'un psychologue qui pourrait me guérir de ma bibliopathie et celle d'acheter encore quelques livres, je crois que mon choix est déjà fixé.

dimanche 25 juin 2006

Modestes suggestions

Un copain me demandait récemment de lui suggérer quelques lectures pour l'été. Je constate que j'ai toujours de la difficulté à répondre à cette demande car, lorsqu'on a aimé un livre, qu'on le propose à un ami, et que ce dernier n'a pas eu le même engouement, une curieuse tristesse m'envahit.

M'enfin, voici mes quelques suggestions.

1 - Baricco. Bien des gens ont lu Soie, mais je suggère plutôt Châteaux de la colère (mon préféré) ou Océan-Mer.
2 - Folco : Dieu et nous seuls pouvons. Hé, hé, je connais plusieurs personnes qui l'ont abandonné après les trois premières pages. Mais il faut continuer : c'est un excellent roman. Faites l'expérience de le lire à haute voix à votre copain, votre copine, sur le patio.
3 - Suskind : Le Parfum. Bon, tout le monde le connaît celui-là, mais pourquoi ne pas le relire en respirant les parfums de l'été ?
4 - Borgès : Fictions. Merveilleux, sublime recueil de nouvelles.
5 - Bernhard : Maîtres Anciens. Une expérience littéraire. Un chef-d'oeuvre.
6 - Mankell : Le retour du professeur de danse. Un assez bon polar publié récemment.
7 - Sackville-West : Toute passion abolie. On tombe en amour avec la p'tite vieille.
8 et 9 : Crouzet (Le peuple des connecteurs) et Jouxtel (Comment les systèmes pondent), deux essais faciles à lire et qui vous permettront de méditer à la plage.
10 - Henri Cueco : Dialogue avec mon jardinier. Petit roman à lire au jardin.
11 - Fermez la télé, et lisez à vos enfants, à haute voix, un petit peu chaque jour, Le merveilleux voyage de Niels Holgerson de Selma Lagerlöf ou encore L'Armoire magique de C.S. Lewis.

samedi 3 juin 2006

Un livre sans prix

Vous ne trouverez pas ce petit livre en librairie, et si vous l'y trouviez, il serait sans prix. À la toute dernière page, on lit :
« La présente édition a une vocation strictement privée. Elle n'est pas destinée au commerce et elle n'a pas de prix ! Les exemplaires sont remis à titre gracieux dans le seul but de partager un chef-d'oeuvre de la littérature russe entré dans le domaine public. »
Ce sont mes bons amis Benoit et Pierre qui me l'ont remis lors du colloque de l'AQUOPS. Une manière bien à eux de saluer mon implication dans le domaine du logiciel libre. Car, voyez-vous, ce livre de 135 pages a été réalisé avec Scibus, logiciel libre de mise en page. Il fut imprimé sur du papier écologique Enviro100 fabriqué par l'usine Rolland de Cascades Groupe Papiers Fins inc. à Saint-Jérôme. Sachez aussi que ce papier est fabriqué avec une énergie verte, les biogaz récupérés d'un site d'enfouissement, et à partir de pâte non blanchie au chlore et sans acide. On apprend aussi que seules les fibres 100% recyclées post-consommation entrent dans la fabrication du papier.

Récits de feu Ivan Pétrovitch Bielkine (PDF ici) est un recueil de cinq nouvelles de Pouchkine publié pour la première fois en Russie en 1831. L'édition française, dans une traduction d'André Gide et Jacques Schiffrin date de 1935. La traduction fait partie du domaine public car 1935 + 70 < 2006. Et cela fait plus de cinquante ans que Gide et Schiffrin sont décédés.

Ces récits, de lectures fort agréables, donnent le goût de plonger un peu plus dans l'univers de Pouchkine, père de la littérature moderne russe. Pouchkine est mort très jeune, à 38 ans, suite à un duel. C'est d'ailleurs le thème d'une des nouvelles du livre.

J'ai relevé 3-4 citations du livre qui seront bientôt sur Au fil de mes lectures. Un gros merci à Benoit et Pierre, mes amis du LL !

dimanche 28 mai 2006

Encore Mankell

La lecture d'un bon polar fait toujours du bien. Le retour du professeur de danse d'Henning Mankell vient tout juste de paraître en français et, comme pour tous ses livres, je m'y suis précipité.

Les connaisseurs de cet auteur suédois savent qu'il a publié une série dont le héros est le commissaire Wallender. Mais ici, point de Wallender : on y trouve plutôt le commissaire Stefan Lindman, 37 ans, à qui on annonce qu'il est atteint d'un cancer de la langue. Au même moment, il apprend qu'un de ses anciens collègues de travail, à la retraite depuis une dizaine d'années, a été sauvagement assassiné.

Évidemment, un polar, c'est d'abord pour se détendre. Mais Mankell a l'art de confectionner des personnages solides et crédibles. Et quelques questions sont intéressantes : comment réagir lorsqu'on se sait atteint d'un cancer ? L'étonnement qu'on peut ressentir quant, après avoir travaillé pendant des années avec un collègue, on se rend compte qu'on ne le connaissait pas du tout ? Mankell explore la collaboration de la Suède durant la Seconde Guerre mondiale. Et, plus actuel, de l'expansion des réseaux néo-nazis.

Si nous n'avez jamais lu de Mankell, c'est là une excellente introduction à son style et sa méthode. Vous ne serez pas déçu et vous aurez passé un bon moment. Si vous êtes déjà fan, je n'ai pas à vous convaincre : ce livre vous plaira certainement.

Dernier détail, sans doute insignifiant, mais qui a attiré mon attention. Tous les personnages se tutoient : même quand un policier interroge pour la première fois un personnage, il le tutoie. La réceptionniste de l'hôtel tutoie les clients, etc. La traductrice du livre est Anna Gibson. Elle a déjà traduit plusieurs de ses bouquins et, après vérification parmi ceux-ci, il semble bien que c'est la première fois qu'elle ait pris ce partie. Je ne connais évidemment rien au suédois, mais je me demande si c'est vraiment son choix, comme traductrice, de procéder ainsi où si c'est Mankell qui a employé systématiquement le tutoiement. D'ailleurs, y a-t-il, en suédois, une marque distinctive comme en français qui indique le tutoiement ?

lundi 22 mai 2006

Positivement tordu

Hier, on a eu droit à quelques heures d'ensoleillement. Nous sommes donc allés sur le marché à Ottawa prendre une petite soupe, acheter du poisson et des légumes. Évidemment, la librairie du Soleil étant tout à côté, je n'ai pu résister à la tentation d'y faire un p'tit tour. J'ai acheté le dernier Mankell et le Science avec Conscience d'Edgar Morin.

Cela faisait un bout de temps que j'avais visité réellement - j'y achète virtuellement - Chapters qui est au coin de Sussex et Rideau. En farfouillant dans la section mathematics, je suis tombé sur Negative Math sous-titré How mathematical rules can be positively bent qu'on pourrait traduire littéralement par « comment les règles mathématiques peuvent être positivement pliées. » Un survol du livre me suggère qu'il serait sans doute préférable de traduire bent par « torduees » ou « fléchies ». Toujours est-il que je pouvais difficilement résister à un livre où il est question des nombres entiers. Ce résumé me met déjà l'eau à la bouche.

jeudi 18 mai 2006

ANKS

Le livre, commandé dimanche dernier chez Chapters, est arrivé deux jours plus tard. A New Kind of Science jette les bases d'une science qui ne s'exprime plus avec les mathématiques mais bien à partir de programmes informatiques simples.
Indeed, I even have increasing evidence that thinking in terms of simple programs will make it possible to construct a single truly fundamental theory of physics, from which space, time, quantum mechanics and all the other known features of our universe will emerge. (p. 4)

Feuilleter ce pavé de près de 1300 pages est un véritable plaisir. Pour ceux qui le préfèrent, ce livre est disponible gratuitement en ligne. Comme je me voyais mal le lire sur écran, j'ai choisi de l'acheter pour goûter, bien ancré dans mon sofa, sa lecture.

Je compte bien, au fur et à mesure que je terminerai un chapitre, faire un résumé de ma compréhension ici. Le livre en contenant douze, je m'embarque donc dans une aventure scientifico-littéraire qui devrait prendre un an à compléter.

dimanche 14 mai 2006

Le peuple des connecteurs

Notes de lecture


Estéban, futur connecteur !


Prélude : ne pas obéir. Dans ce chapitre, l'auteur introduit la notion de décentralisation. L'idée centrale des connecteurs est le principe d'auto-organisation en l'absence de chef. [...]

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samedi 25 mars 2006

Balzac et autres

J'ai fait de belles découvertes au Loisir des usagers de Gatineau. J'ai en effet mis la patte sur l'intégrale de la Comédie humaine de Balzac en 7 volumes (Seuil, 1965 à 1966). Je possédais déjà quelques livres de cette magnifique collection (Vigny, La Fontaine, Pascal, Musset, Montesquieu) et, pour moins de 100 $, je crois avoir fait un très bon achat. Surtout que tous les livres sont à peu près comme neufs.



Je suis aussi tombé sur un très vieux bouquin écrit par Pierre Larousse : Jardin des racines grecques à l'usage des écoles professionnelles, des écoles normales, des pensionnats de demoiselles et des écoles primaires des deux sexes. Il s'agit là d'une « étude raisonnée de plus de 4000 mots que les Sciences, les Arts, l'Industrie ont empruntés à la langue française. »

Selon Wikipédia, Larousse a publié la première édition de ce jardin en 1858. On y apprend aussi qu'il a rédigé un Jardin des racines latines (1860). Aucune date ne se trouve à l'intérieur de mon édition mais je suis convaincu qu'il s'agit là d'un tirage d'avant 1900. L'exemplaire est plutôt défraichie, mais pour 12$, je ne trouve absolument rien à redire. Même que sur Abebooks, un revendeur demande 60 euros pour ce qui semble être le même livre.

Écoutons Larousse, dans sa préface :

Les élèves auxquels s'adresse cet ouvrage, se trouvent introduits en quelque sorte dans l'arsenal où se forgent tous les termes nouveaux tirés de la langue grecque ; ils en saisiront le mécanisme, la raison, et ne seront plus réduits à accepter sur parole des définitions qui, ne reposant pour eux sur aucun fondement, ne laisseraient pas de trace durable dans leur esprit.
(p. VII)
L'idée capitale qui domine tout notre système lexicologique d'enseignement, c'est de plaire en instruisant. [...] Espérons que les élèves verront arriver avec plaisir l'heure de la leçon des Racines grecques. Pour ce qui regarde l'enseignement, nous avons toujours admiré cette parole d'un ancien, auquel on demandait comment il fallait instruire les enfants : « Faire en sorte, répondit-il, que les choses bonnes et utiles leur plaisent. »
(p. IX)
Aujourd'hui, on ne voyage plus, on arrive ; ceux qui marchent sont écrasés ; la vapeur a réduit l'espace, l'électricité l'a supprimé, et cette frénésie, ce steeple-chase général a pénétré jusque dans le domaine de la vie intellectuelle : à vingt ans, on est déjà lancé dans le tourbillon, à la poursuite des honneurs ou de la fortune. Ce livre répond donc à un besoin du siècle, de ce siècle de positivisme où l'on est tourmenté des ambitions de l'homme mûr sans avoir savouré l'insouciance de l'enfant,
Où l'on est bientôt vieux sans avoir été jeune.
(p. X)
Au hasard, ne connaissant absolument pas cet auteur, j'ai aussi fait l'acquisition de trois pièces de théâtre de René de Obaldia : Genousie, Le Satyre de la Villette et Le Général inconnu. À la maison, j'ai ouvert mon Larousse des littératures pour apprendre que Obaldia est un écrivain français né en 1918 et « ses pièces, drôles et grinçantes revendiquent l'irresponsabilité et l'illogisme. » Encore une fois, Wikipédia vous en apprendra un peu plus.

Je termine avec deux défis. 1. Dans le deuxième extrait de Larousse, il mentionne un ancien. De qui s'agit-il ? 2. Quel est l'auteur de la citation « Où l'on est bientôt vieux sans avoir été jeune. » et de quelle oeuvre est-elle tirée ?

jeudi 23 mars 2006

Florian

J'ai reçu aujourd'hui un très beau livre de 1845 contenant les cinq livres de fables de Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794). Il était le petit-neveu de Voltaire et, apprend-on dans le Dictionnaire des Littératures de Larouse, « il fait ses Fables (1792) l'illustration un peu plate et scolaire d'une leçon de morale ou d'un proverbe. ».

Voyez par exemple Le Chat et le miroir, fable IV du livre 1. À droite la numérisation de la gravure qui l'illustre.

Philosophes hardis qui passez votre vie
À vouloir expliquer ce qu'on n'explique pas,
Daignez écouter, je vous prie,
Ce trait du plus sage des chats.

Sur une table de toilette,
Le chat aperçut un miroir;
Il y saute, regarde, et d'abord pense voir
Un de ses frères qui le guette.
Notre chat veut le joindre, il se trouve arrêté.
Surpris, il juge alors la glace transparente,
Et passe de l'autre côté,
Ne trouve rien, revient, et le chat se présente.
Il réfléchit un peu; de peur que l'animal,
Tandis qu'il fait le tour, ne sorte,
Sur le haut du miroir, il se met à cheval,
Deux pattes par ici, deux par là ; de la sorte
Partout il pourra le saisir.
Alors, croyant bien le tenir,
Doucement vers la place il incline la tête,
Aperçoit une oreille, puis deux... À l'instant,
À droite, à gauche, il va jetant
Sa griffe qu'il tient toute prête;
Mais il perd l'équilibre, il tombe et n'a rien pris.
Alors, sans davantage attendre,
Sans chercher plus longtemps ce qu'il ne peut comprendre,
Il laisse le miroir et retourne aux souris.
« Que m'importe, dit-il, de percer ce mystère ?
Une chose que notre esprit,
Après un long travail, n'entend ni ne saisit,
Ne nous est jamais nécessaire. »

Je me donne quelques semaines pour lire tranquillement le bouquin. Vous devriez alors retrouver des citations de ce fabuliste sur Au fil de mes lectures.

mercredi 15 mars 2006

Thibon

J'aime bien Gustave Thibon. Philosophe catholique, par des phrases simples, il permet de comprendre comment l'intelligence peut s'accommoder de la croyance. Curieusement, il me fait regretter de ne pas avoir la foi. Je viens tout juste de terminer L'Échelle de Jacob (Fayard, 1942. Réédition Boréal Express, 1984) et d'ici quelques jours plusieurs extraits apparaîtront sur Au fil de mes lectures. Un avant-goût :

« L'amour commence par l'éblouissement d'une âme qui n'attendait rien et se clôt sur la déception d'un moi qui exige tout. » (p.39)

« Il faut partir de l'absolu dans la pensée pour réaliser le relatif dans l'action. » (p.119)

« Limites de la réceptivité -  Voici des gens pendus à toutes les radios, avides de toutes les nouvelles, réceptifs à toutes les idées. On appelle cela sensibilité, ouverture. C'est une qualité que je n'envie pas. Je serais plutôt porté à considérer comme un signe de santé et d'unité intérieures l'existence de larges zones d'indifférence. Une réceptivité universelle implique, exception faite de quelques esprits extraordinaires, une passivité dangereuse. L'écho vibre à tous les sons, mais la bouche choisit ses paroles. » (p. 141)

« Dès qu'un mot devient trop à la mode (je songe à l'engouement actuel pour la pureté, la gratuité, l'engagement, la présence, etc.), il faut se demander ce qu'il recouvre plutôt que ce qu'il signifie. Et c'est en général son contraire. La mode sort du manque. La chose « se porte » quand elle n'est plus ; elle devient vêtement lorsqu'elle a cessé d'être corps. » (p. 146)

« Tout bonheur qui n'enfante pas un devoir amoindrit ou corrompt.  » (p. 177)

Lianes

Thibon sur Wikipédia
Thibon sur Agora
Au fil de mes lectures de Gustave Thibon

dimanche 12 février 2006

Hachette : notes et maximes



Notes et maximes, c'est une collection deux fois défunte chez Hachette.

Dans la seconde moitié des années 20, la librairie Hachette a publié une série de petits livres (une soixantaine de pages) dans lesquels un auteur nous livrait ses notes et maximes au regard d'un thème particulier. Il y avait :

L'Argent par Abel Bonnard
L'Amour par Paul Géraldy
Le Sport par Jean Giraudoux
La Politique par Louis Latzarus
La Province par François Mauriac
La Conversation par André Maurois
La Mode par Francis de Miomandre
Le Voyage par Paul Morand
Le Mariage par Jean Rostand
La Littérature par Fernand Vandérem
La Chance par Étienne Rey.


À l'intérieur de certains de ces livres, l'éditeur mentionne parfois comme « à paraître » L'Amitié par Jacques Chardonne, mais, à mon avis, ce livre n'a jamais été publié. La Mode est le seul titre manquant toujours à ma collection.

Le théâtre par Émile Fabre fait bande à part. Il fut publié en 1936 et, contrairement aux autres livres de la collection, il fait plus de 160 pages.

Dans les années 60, Hachette renouvelle la collection en demandant à d'autres auteurs des « notes et maximes » sur des thèmes parfois déjà traités dans la première collection. La collection comprend :

L'Amour par Marcelle Auclair
La Chance par Paul Guth
Le Théâtre par Pierre Descaves
Le Sport par Paul Vialar
Le Voyage par Paul Morand (réédition)
La Conversation de André Maurois (réédition)
Le Mariage de Jean Rostand (réédition)
La Télévision d'André Brincourt
La Province de François Mauriac (réédition)
Le Pouvoir de Maurice Druon
La Peinture d'Henri Perruchot
L'Amitié de Philippe Soupault.

Apparemment, l'éditeur avait l'intention de publier La Politique par Edgar Faure, mais je n'arrive pas à savoir si le livre a réellement vu le jour, car aucune trace de sa parution ne semble exister sur le web.

Il serait intéressant que les éditions Hachette reprennent l'idée en publiant des notes et maximes d'auteurs contemporains. Puisque sur le site de l'éditeur, il est impossible de trouver une quelconque trace de cette collection, je vais sans doute leur envoyer un courriel manifestant mon intérêt pour une troisième série des Notes et Maximes !

En attendant, vous trouverez plusieurs extraits sur Au fil de mes lectures :  Latzarus (La Politique), Auclair (L'Amour), Descaves (Le Théâtre), Vialar (Le Sport), Maurois (La Conversation) [Le livre qui m'a lancé à la découverte de la collection], Druon (Le Pouvoir), Perruchot (La Peinture) et finalement Soupault (L'Amitié).

lundi 6 février 2006

En Verve

Je viens tout juste de recevoir un nouvel arrivage : six livres de la collection En Verve (éd. Horay). Chacun contient 125 pages remplies de citations d'un auteur spécifique. On trouve aussi une courte présentation dudit auteur par le citateur (celui qui choisit les citations), un index indiquant l'origine des citations et une table des matières. Les citations sont regroupées par thèmes. Véritablement des petis bouquins d'excellente qualité !

Glanages

Faire la charité, c'est bien. La faire faire par les autres, c'est mieux.
On oblige ainsi son prochain, sans se gêner soi-même.
Alphonse Allais

Aimez-vous les inventeurs ? Moi, j'en raffole, alors même qu'ils n'inventent rien, ce qui est le cas de presque tous les inventeurs.
Alphone Allais

- Le mystère de la Sainte-Trinité...
- Dis.
- Ça manque de femmes !
Alphonse Allais

Monsieur Junius Black était cependant assez beau garçon, jeune encore et très propre pour un savant.
George Sand

Il suffit de tromper son mari, il ne faut pas le calomnier.
George Sand

Il faut plus de courage pour vivre en lâche que pour mourir en héros.
Hugo Pratt

Je ne peux pas changer le monde... alors j'essaie d'éviter les injustices et les malentendus qui le gouvernent...
Hugo Pratt

Entre le sarcasme et l'ironie, il y a la même distance qu'entre un rot et un soupir.
Hugo Pratt

L'amour fait des fous, le mariage des cocus, le patriotisme des imbéciles malfaisants.
Paul Léautaud

Ceci encore, également de je ne sais qui : « Les hommes couverts de croix font penser un cimetière. »
Paul Léautaud

Personnellement, je ne sais pas du tout ce qui est beau, mais je sais ce que j'aime et je trouve ça amplement suffisant.
Boris Vian

Militaire : variété d'homme amoindri par le procédé de « l'uniforme » qui est une préparation à l'uniformité du cercueil.
Boris Vian

Le désert est la seule chose qui ne puisse être détruite que par construction.
Boris Vian

Le journalisme est un talent que tout homme de talent a ; le journaliste est une homme qui n'a que le talent du journalisme.
Les Goncourt

L'anecdote, c'est la boutique à un sous de l'Histoire.
Les Goncourt

La femme excelle à ne pas paraître stupide.
Les Goncourt

Notre livre lu avec intérêt par les imbéciles, - un grand symptôme. C'est le succès...
Les Goncourt

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