Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

samedi 14 janvier 2012

Qu'est-ce qu'un enseignant?

Il n'y a pas de troubles mathématiques. Il n'y a que des enfants troublés.
Stella Baruk



Ce billet de Missmath m'a donné à réfléchir. A-t-on besoin d'un enseignant classique pour enseigner la connaissance ? Le rôle d'un l'enseignant ne serait-il pas, tout simplement, d'aider un élève qui n'a pas compris une explication qui, elle, peut venir d'un peu partout ?

Il y a confusion des rôles et on doit, je crois, établir une distinction entre enseigner des connaissances et « faire comprendre ». Le didacticien fait abstraction de l'enfant-individu. Mais l'enseignant, qui a le p'tit Alex devant lui, doit comprendre pourquoi il ne comprend pas, alors même qu'il a reçu une explication universelle et didactiquement parfaite !

Je pense à mes récentes vidéos sur les opérations sur les entiers. J'y «enseigne» les concepts, mais à aucun moment je ne vérifie que l'auditeur a bien compris. En réalité, s'il n'a pas compris, j'ose espérer qu'il aura la bonne idée de venir me poser sa question ! Si vous avez un enfant de 8 ans à la maison, essayez de lui faire suivre la vidéo sur l'addition. Puis, posez-lui quelques questions pour vérifier ce qu'il a compris. Croyez-moi, c'est fascinant de suivre le raisonnement d'un enfant qui teste sa compréhension !

Pour ma part, j'ai eu la chance d'enseigner pendant 20 ans à l'éducation des adultes. Enseigner ? Non, pas vraiment. Car les élèves devaient lire la même théorie dans le livre ; mon rôle était de répondre à leurs questions. Oui, oui, pendant 20 ans, j'ai répondu à des questions. Bien sûr, quand tous les élèves viennent nous poser une question rendue à la même page du même bouquin, on se dit que l'explication du bouquin est pourrie ; auquel cas, on compense.

Généralement, la beauté de la chose vient du fait que c'est souvent à des endroits bien différents du livre que les élèves accrochent.

Et alors, le plaisir d'enseigner survient : pourquoi diable mon élève ne comprend-il pas l'explication pourtant didactiquement bien apportée dans son livre ? Le défi pédagogique n'est pas dans l'enseignement de la matière - ça, tout le monde peut le faire... parfois bien... parfois mal - mais dans la possibilité de « détroubler » un élève « troublé ».

C'est ainsi que je me suis rapidement aperçu que l'enseignement mathématique-trucs (du genre quand tu multiplies deux moins, ça donne un plus) ne fonctionne absolument pas. Répondre une telle ineptie à un élève qui ne comprend pas, c'est le violenter intellectuellement. C'est lui dire : « TA raison ne peut comprendre ça, alors tu n'as qu'à me croire. D'autant plus que je ne comprends absolument pas pourquoi tu bloques là ! La règle est tellement évidente ! ».1 Le rôle de l'enseignant, je le répète, est de comprendre pourquoi son élève ne comprend pas et de trouver la solution pédagogique pour l'amener à comprendre. Tout le reste est foutaise.

De comprendre le « trouble » et d'essayer de le dépasser, de le mater, voilà le plaisir de l'enseignement ! C'est d'ailleurs pourquoi j'ai toujours préféré enseigner en première ou deuxième secondaire. En effet, détroubler un élève qui ne comprend pas la loi du sinus est vraiment simple, mais détroubler un élève qui ne comprend absolument pas comment tracer les trois hauteurs d'un triangle scalène est beaucoup plus fascinant et stimulant. À mon sens, un bon pédagogue l'est pour tous les élèves, et non pas seulement pour les élèves forts !

Être capable de trouver la bonne explication pour détroubler l'élève en question, voilà le caractère remarquable d'un bon enseignant. Et c'est pourquoi je favorise grandement l'enseignement individualisé à l'enseignement de groupe. Dans le premier cas, il est clair que le prof ne peut enseigner les connaissances : il doit laisser ce rôle au livre. Dans le second cas, la matière devient de la bouffe de cafétéria où tous doivent manger à peu près la même chose dans la même heure.

J'aime bien Missmath... elle me fait réfléchir !

1 Vous voulez un autre exemple d'une horreur didactique ? Prenez un livre qui introduit les nombres entiers. Très souvent, on commence non pas par donner un sens à ces nombres, mais par les placer sur une droite numérique !
- Pourquoi diable faut-il placer les négatifs à gauche, demanderait un élève moindrement éveillé.
- Mais parce qu'ils sont plus petits, répondrait l'enseignant-truc.
- Ah oui ? et pourquoi sont-ils plus petits ?
- Et bien, parce que c'est ainsi !

mercredi 11 janvier 2012

Prostitution des politiciens

La politique, ça passe, mais les politiciens, j’en ai ma claque.

Deux transfuges ces derniers jours et j’avoue avoir été profondément choqué.

Prenons le cas Rebello. Je ne connais pas le monsieur. Et je n’ai aucune carte de membre d’aucun parti politique (mes lévriers non plus, d’ailleurs !).

Quand un député quitte son parti pour joindre un autre parti, je me sens trahi. Car ma seule possibilité comme citoyen dans un pays démocratique d’exprimer mes idées politiques est de voter pour un candidat (et son parti) qui s’approche de ces dernières.

Un député qui change de parti insulte et bafoue ce principe et, à mon sens, ne mérite pas de garder son siège à l’Assemblée nationale ; il devrait avoir le courage politique de démissionner et de se représenter sous sa nouvelle bannière.

Mais non, il préfère gagner son salaire en simulant d’avoir des principes. C’est ce qu’on appelle de la prostitution : se vendre au plus offrant en le faisant jouir.

Et parlons-en du jouisseur ! Ce qui est à mon avis encore plus rageant dans cette histoire, c’est celui qui accueille ce «fakeux» les bras ouverts, en l’affichant comme un trophée de plus dans sa collection personnelle. Si ce chef avait des couilles, il dirait à ce déserteur : « Démissionne et présente-toi sous ma bannière. Gagne la confiance de tes électeurs. » Mais M. Legault, qui nous lance qu’il veut faire de la politique autrement (faites-moi rire !), fait exactement comme tout politicien retors et sournois : il se flatte de ses prises ridicules et grotesques. Et la preuve qu’il fait comme tous les autres ? Bob Rae a accepté aussi sa nouvelle recrue. J’ai même entendu madame St-Denis lancer une ineptie du genre : « J’espère que mes électeurs comprendront. » Pffft ! Si tu veux vérifier la compréhension de tes électeurs, ma belle, aie le courage de te présenter aux urnes sous ton nouveau chapeau, et tu verras bien si j’ai compris ou pas !

Cynisme ? Bien sûr. Mais de grâce, je ne suis plus capable d’entendre les politiciens se plaindre que d’autres politiciens l’alimentent, ce cynisme. Car, voyez-vous, j’ai raison de l'être, et le seul moyen de modifier cela, chers politiciens, c’est en étant profondément (et non superficiellement) honnêtes avec moi.

jeudi 29 décembre 2011

Une expérience

Suggestion d'une expérience à mener par nos bons universitaires.
  • Choisir quatre écoles avec un indice de défavorisation identique ;
  • Choisir quatre enseignants de 3e cycle (6e année) réputés «passionnés» ;
  • Ces enseignants œuvrent dans une des classes suivantes :
    • Une classe sans aucune technologie ;
    • Une classe avec 3 ordinateurs fonctionnels et branchés sur le web ;
    • Une classe avec un TBI (on tient pour acquis que l'enseignant sait s'en servir !) ;
    • Une classe dans laquelle chaque élève a un ordinateur portable sur son bureau ouvert en tout temps.
  • L'année suivante, on suit ces mêmes élèves en première secondaire, et on vérifie leurs taux de réussite.
Mon hypothèse ? Ce taux serait à peu près identique pour toutes les catégories d'élèves. Et vous, qu'en pensez-vous ?

jeudi 15 décembre 2011

L'art de la conversation sur Twitter : un exemple.

Hier soir, j'ai eu une jolie conversation avec d'intéressantes « twitteuses ». J'en donne le compte rendu détaillé ici. Dans la première colonne, vous trouverez l'auteur du gazouillis. Dans la seconde, le gazouillis en question. Dans la troisième colonne, j'ai ajouté a posteriori mes commentaires. Les échanges, vous le constaterez sans doute, étaient à peu près toujours dans le sujet. Il n'y a pas eu de débordement, mais vous lirez à un certain moment que j'étais... «inquiet».

Vous pourrez aussi juger de la manière de converser par bribes de 140 caractères. Pour mes lecteurs non-twitteurs, cela vous donnera sans doute une bonne idée de la puissance de Twitter. Et, qui sait ? peut-être viendrez-vous grossir les rangs !

Je me suis bien amusé à écrire ce billet. Ce faisant, je me suis dit que les enseignants (pas seulement de français) pourraient examiner ces styles d'une écriture plutôt « underground »  - en tout cas, non scolaire -  qu'on trouve sur le web.

AC = Annie Côté, alias Annierikiki
GJ = Moi !
NC = Nathalie Couzon, alias NathCouz

Notons aussi des apparitions de Mario Asselin, Sylvain Bérubé et Sébastien Stasse.

AC Cours de français et décrochage: qu'attendons-nous pour faire aimer notre matière? http://lejournaldequebec.canoe.ca/journaldequebec/actualites/quebec/archives/2011/12/20111213-195624.html Le gazouillis qui a tout déclenché. Je ne suis pas abonné à Annie Côté. C'est un retweet qui m'a permis de le lire.
GJ Via @Annierikiki pour faire aimer notre matière? \\ ET si on éliminait l'ens. du Fr et des Maths, ce serait-ce pas là un bon pas en avant ? Précédent les \\, la citation du gazouillis. C'est pour qu'on comprenne le contexte.
GJ Remplaçons le FR et les MAT par Musique, arts plast., théâtre, danse, science, philosophie et informatique. Laissons les élèves CRÉER !!! Et je tente, par un autre gazouillis rapide, d'expliquer ma position en lançant une suggestion.
AC @gillesjobin En avant vers quoi? Faudra d'excellents arguments pour me convaincre! Le @gillesjobin indique qu'Annie me répond «directement», mais tout demeure public ; c'est là une grande force de Twitter!
GJ @Annierikiki En avant vers des élèves heureux à l'école.
AC @gillesjobin Et que leur apprend-on? Oh, là ! là ! La discussion s'engage.
GJ @Annierikiki L'apprentissage du FR peut se faire au travers TOUT LE RESTE. C'est .... transversal (mot qui n'est plus très à la mode.)
GJ @Annierikiki Les arts, la philosophie, l'informatique, par exemple. En réponse au précédent gazouillis d'Annie.
AC @gillesjobin Ce qui implique que tous les profs sont également formés en français. Bonne idée pour les plus jeunes, mais triste-> Wow. Argument intéressant !
AC @gillesjobin -> pour l'enseignement de la littérature, de la linguistique, de l'étymologie, de l'histoire de la langue et de l'écriture. C'est la suite du gazoullis précédent. En effet, 140 caractères, c'est parfois peu pour énoncer une idée !
AC @gillesjobin L'écriture et la lecture sont "transversales", mais pas l'ensemble des connaissances à acquérir en français. Ah ! voilà un autre terrain intéressant de discussion.
MA +1 RT @Annierikiki: @gillesjobin L'écriture et la lecture sont "transversales", mais pas l'ensemble des connaissances à acquérir en français Mario Asselin est bien d'accord avec le dernier gazouillis d'Annie et le signale par un +1. Voilà une autre façon d'intervenir dans une conversation Twitter.
GJ @Annierikiki ce qui compte: lect et écriture. Le reste peut être donné en cours opt. Non? Je sonde le terrain.
AC @gillesjobin Et en passant, j'enseigne les arts, la philo et l'informatique dans mes cours, en plus du reste! ;) Simultanément (ou presque) à mon gazouillis précédent, Annie m'indique qui elle est. Le petit symbole ;) est un clin d'oeil sympatique.
AC @gillesjobin Vous avez raison pour la lecture de base. Le bât blesse lorsque les textes deviennent plus complexes.
AC @gillesjobin Et le bât blesse également si on parle de culture et d'héritage culturel.
GJ @Annierikiki et les textes complexes arrivent quand? En 5 e secondaire ?
NC @gillesjobin @Annierikiki L'enseignement de la langue n'est pas transversal! On utilise les compétences du français ailleurs c'est différent Oh ! Oh ! une nouvelle intervenante dans la discussion. Et de grande qualité. Il s'agit de Nathalie Couzon, auteur du blogue Randonnée Scripturale. Voir sa bio sur Twitter. Nathalie a «stické» sur le mot transversal. C'est bien !
GJ @nathcouz @annierikiki une compétence se développe en l'exerçant, non?
AC @gillesjobin En passant, saviez-vous que les universités francophones n'ont presque plus d'étudiants en linguistique? Je n'ai pas pris la peine de répondre à ce twit. Encore une fois, il aurait été intéressant de creuser la question.
AC @gillesjobin Et j'ai envie de vous écrire que connaître sa langue n'est pas optionnel. J'étais en train de répondre au gazouillis sur la complexité (voir suivant) quand celui-ci est arrivé. Ça va vite, Twitter !
NC @gillesjobin Qu'est-ce qu'un texte complexe pour vous? Parce qu'on peut en jaser de la résistance des textes aussi!
NC @gillesjobin Tout à fait, il faut écrire souvent, lire fréquemment, écouter, prendre la parole dans des contextes variés et signifiants. Réponse au gazouillis une compétence se développe en l'exerçant.
AC @gillesjobin Est-ce que les écrits de Chrétien de Troyes sont complexe? Si oui: 1re sec. Molière: 3ème sec. Voltaire: 4ème sec.
GJ @Annierikiki mais connaître l'étymologie, la grande littérature, etc., pourrait être optionnel. Je reviens sur l'idée des options.
NC @gillesjobin Il n'y a pas de petite ou de grande littérature! Il y a la littérature, un point c'est tout!!!! Oh, là ! là ! Nathalie n'a pas aimé le mot grande. En fait, j'aurais dû le mettre entre guillemets. M'enfin, dans l'feu de l'action...
AC @gillesjobin Si nous attendons trop longtemps, la marge sera trop haute et trop difficile à sauter: décrochage à l'horizon? En réponse à mon gazouillis sur les options en 5e secondaire.
AC @gillesjobin Ne dit-on pas que nous "élevons" les enfants?
GJ @Annierikiki je dis juste qu'on peut les "élever" en dehors des cours de français.
AC Si trop facile= démotivant! RT @gillesjobin: @nathcouz @annierikiki une compétence se développe en l'exerçant, non? Je ne suis pas intervenu sur ce gazouillis, mais je ne pense pas que l'approche par compétences soient plus «facile». Mais évidemment, je ne sais pas si c'est ce sens qu'Annie avait en tête.
AC On peut et on doit! :) RT @gillesjobin: @Annierikiki je dis juste qu'on peut les "élever" en dehors des cours de français. Hé hé... on est d'accord.
MA +1 RT @nathcouz: @gillesjobin Il n'y a pas de petite ou de grande littérature! Il y a la littérature, un point c'est tout!!!! Autre intervention de Mario qui appuie un gazouillis de Nathalie.
AC @gillesjobin Sachez que cet après-midi, je me suis opposée en CPE à l'ajout de cours de français supplémentaires à nos jeunes. Intéressant. Je me suis demandé si Annie se sentait «attaquée» par mes interventions. Je pense que non, mais je n'en suis pas sûr.
AC @gillesjobin Je crois en l'importance de l'équilibre.
GJ @nathcouz et cette littérature existe aussi en dehors des cours de français. Ma conversation avec Annie est en train de s'éteindre. Ce n'est pas le cas avec Nathalie.
NC @gillesjobin @Annierikiki Il faut savoir POURQUOI on fait lire Voltaire et Ducharme, Rimbaud et Vigneault ou tout autre.
GJ @nathcouz un prof de sc peut faire lire Poincaré, en théâtre Corneille, en musique Debussy etc.
NC @gillesjobin Il y a une petite différence entre faire lire et faire apprécier! #ironie Tiens, le hastag (que j'aime bien traduire par accron) IRONIE. Intéressant.
GJ @nathcouz vous croyez que seulement les profs de français peuvent faire apprécier la littérature???
NC @gillesjobin Non, mais pourquoi vouloir enlever aux profs de français leur champ d'expertise? Ils sont des spécialistes de la langue.
NC @gillesjobin Ce n'est pas pcq je réussis très bien la tarte au citron meringuée et autres desserts que je suis une grande pâtissière!
SB Toute une discussion ce soir entre @gillesjobin @Annierikiki et @nathcouz Quelqu'un pour l'archiver ? (Vais essayer +tard ce soir si temps) Sylvain Bérubé trouve notre conversation intéressante. Ce billet répond à la suggestion d'archive.
GJ @nathcouz mais sont-ils spécialistes pour faire AIMER la langue? Réponse au gazoullis Ils sont des spécialistes de la langue.
MA Plusieurs le sont déjà... C'est un défi passionnant ! RT @gillesjobin: @nathcouz mais sont-ils spécialistes pour faire AIMER la langue? Intervention directe de Mario.
AC @slyberu @gillesjobin @nathcouz Gentille attention Sylvain, mais je ne crois pas que nous ayons révolutionné quoi que ce soit... Annie ne voit pas l'intérêt d'archiver la conversation.
NC Pour faire apprécier la littérature, il faut des profs de français qui aiment lire, qui aiment écrire, qui aiment le français, le valorisent
GJ @nathcouz corr: ... Il faut des profs qui aiment lire etc. J'enlève "français" de votre phrase et je suis 100% d'accord.
GJ @nathcouz je connais peu de prof de français qui sont de grands auteurs... En réponse à l'analogie culinaire.
NC @gillesjobin J'aimerais qu'ils soient considérés comme ceux qui ont l'expertise pour amener les élèves à aimer la langue, à jouer avec, à...
ST RT @gillesjobin: @nathcouz mais [les enseignants de français] sont-ils spécialistes pour faire AIMER la langue? Retweet de Sébastien Stasse. Je suppose qu'il a aimé ce gazouillis.
NC @gillesjobin Je connais peu de profs de sciences qui soient de grands inventeurs, si on commence à jouer bas comme ça, ça devient mesquin! Oh oh... prudence ici. Il n'est pas question pour moi de glisser sur cette pente.
NC La littérature est un bien collectif. Aimer un roman, apprécier un auteur est personnel. Apprendre à choisir un mot plutôt qu'un autre 1/2
NC apprendre à décoder le sens d'une oeuvre, à comprendre les effets d'un texte, d'une structure, etc. Ça c'est la job du prof de français! 2/2
GJ @nathcouz mais l'exemple du grand cuisinier venait de vous. Pour moi la littérature c'est l'affaire de tous. Tentative de faire comprendre d'où venait mon gazouillis sur les profs de français et les auteurs...
NC @gillesjobin J'ai dit c pas pcq j'aime cuisiner que je suis une chef! Par contre, je suis une experte de la langue et j"écris! Ok, tout va bien.
GJ @nathcouz décoder sens structure etc, on peut le faire en sciences, en informatique, en art, en danse, musique... aussi bien. Et cela fut la dernière intervention dans cette discussion, ma foi, assez enrichissante.

lundi 12 décembre 2011

Francis Bacon et les études

C'est Bacon qui dit : « La lecture fait l'homme complet, la conférence fait l'homme préparé, et la rédaction l'homme exact ».
M. Adler, Comment lire les grands auteurs, trad. Louis-Alexandre Bélisle , p.371, Le Club des Grands Auteurs, 1964


En voulant à savoir un peu plus sur cette phrase donnée en exergue, je suis tombé sur le texte ci-dessous dans lequel Francis Bacon (1561 – 1626) nous parle des études. Rempli de belles réflexions, je le retranscris ici.

Les études sont pour l'esprit une source d'amusement, d'ornement et d'habileté. Une source d'amusement, dans la retraite et la solitude ; une source d'ornement, dans les entretiens particuliers et les discours publics ; enfin une source d'habileté, dans la vie active où elles mettent en état de faire des observations et des dispositions judicieuses. Un homme instruit par la seule expérience est plus propre pour l'exécution, et même pour juger en détail des personnes et des choses prises une à une ; mais un homme instruit par l'étude l'emporte sur lui pour les vues générales et la direction principale des affaires. Employer trop de temps à l'étude n'est qu'une paresse décorée d'un beau nom ; prodiguer à tout propos les ornements qu'on peut tirer de ses études n'est qu'une affectation ; ne juger des hommes et des choses que d'après les règles tirées des livres est une méthode qui ne convient qu'à un scolastique et à un pédant. Les lettres perfectionnent la nature, et sont elles-mêmes perfectionnées par l'expérience, les talents naturels, ainsi que les plantes, ayant besoin de culture ; mais les directions qu'on en tire sont trop générales et trop vagues si elles ne sont limitées et déterminées par l'expérience. Les intrigants méprisent les lettres, les simples se contentent de les admirer, les sages savent en tirer parti ; car les lettres seules sont insuffisantes et ne suffisent pas même pour nous apprendre à bien user des lettres. Ce qui peut nous apprendre à en faire un bon usage, c'est une certaine prudence qui n'est pas en elles, qui est au-dessous d'elles, et qu'on ne peut acquérir que par l'expérience ou l'observation. Quand vous lisez un ouvrage, que ce ne soit ni pour contredire l'auteur et le réfuter, ni pour adopter sans examen ses opinions et le croire sur sa parole, ni pour briller dans les conversations ; mais pour apprendre à réfléchir, à penser, à examiner, à peser et ce que dit l'auteur et tout le reste. Il y a des livres dont il faut seulement goûter, d'autres qu'il faut dévorer, d'autres enfin, mais en petit nombre, qu'il faut pour ainsi dire mâcher et digérer. Je veux dire qu'il y a des livres dont il ne faut lire que certaines parties; d'autres qu'il faut lire tout entiers, mais rapidement et sans les éplucher ; enfin, un petit nombre d'autres qu'il faut lire et relire avec une extrême application. Il en est aussi qu'on peut lire, en quelque manière, par députés, en en faisant faire des extraits par d'autres. Bien entendu qu'on ne lira ainsi que ceux qui traitent des sujets peu importants ou qui ont été écrits par des auteurs médiocres. Dans tout autre cas, ces livres ainsi distillés sont aussi insipides que ces eaux distillées qu'on trouve dans le commerce. La lecture donne à l'esprit de l'abondance et de la fécondité; la conversation, de la prestesse et de la facilité; enfin, l'habitude d'écrire, de la justesse et de l'exactitude. Tout homme qui est paresseux à écrire a besoin d'une grande mémoire pour y suppléer ; celui qui converse rarement ne peut y suppléer que par une grande vivacité naturelle d'esprit ; enfin, celui qui lit peu a besoin d'une grande adresse pour paraître savoir ce qu'il ignore. Les différents genres d'ouvrages produisent sur ceux qui les lisent des effets analogues à ces genres. L'histoire rend un homme plus prudent, la poésie le rend plus spirituel, les mathématiques plus pénétrant, la philosophie naturelle (la physique) plus profond, la morale plus sérieux et plus réglé, la rhétorique et la dialectique plus contentieux et plus fort dans la dispute. En un mot, les études se changent en mœurs (ou passent dans les mœurs). Je dirai plus, il n'est point dans l'esprit de vice ou de défaut qu'on ne puisse corriger par des études bien appropriées à ce but ; comme on peut prévenir, guérir ou pallier les maladies proprement dites par des exercices convenables. Par exemple, jouer à la boule est un remède ou un préservatif pour la gravelle et les maux de reins ; tirer de l'arc en est un pour la pulmonie et les maux de poitrine; la promenade est salutaire à l'estomac, l'équitation au cerveau, etc. De même un homme dont l'esprit est sujet à beaucoup d'écarts et a peine à se fixer doit s'appliquer aux mathématiques ; car pour peu qu'en lisant ou en écoutant une démonstration de ce genre on ait un moment de distraction, il faut tout recommencer. S'il est confus et peu exact dans ses distinctions, qu'il étudie les scolastiques, hommes doués d'un merveilleux talent pour couper en quatre un grain de millet ; s'il a peu de disposition naturelle à discuter les matières, à fouiller dans les livres ou dans sa mémoire pour établir ou éclaircir un point à l'aide d'un autre, qu'il se familiarise avec les cas des jurisconsultes. Ainsi, l'étude peut fournir des remèdes spécifiques et propres à chaque vice ou défaut dont l'esprit est susceptible.
Francis Bacon
Vous trouverez ce texte dans le tome suivant de ses oeuvres.

samedi 10 décembre 2011

QuoteBot

Le 5 décembre dernier, QuoteBot, une application Ipad coûtant habituellement 0,99$, était temporairement gratuite.

Puisque j'examine assez sérieusement comment je pourrais rendre disponible ma propre collection en format mobile, je me suis empressé d'installer celle-ci pour avoir un exemple d'une application possible dans ce merveilleux monde des citations. Vous pouvez lire une description du programme ici. Mais attention ! même si l'application est annoncée en français, la collection est en anglais.

Quelques remarques :
  1. On annonce 30000 citations. Cela est sans doute le cas, mais il semble impossible de vérifier cette assertion ;
  2. Les citations sortent une à une. Autrement dit, si vous choisissez un auteur, vous devrez cliquer pour les lire les unes à la suite des autres. Il me semble qu'il aurait été beaucoup mieux de pouvoir les lire sur une page, quitte à la faire défiler au besoin ;
  3. Les références ne sont jamais données, ce qui peut bien sûr laisser certaines personnes indifférentes. Je considère cependant que c'est un sérieux manque ;
  4. Finalement, défaut inacceptable et impardonnable, les citations ne sont pas fiables ! Pour vérifier si l'on peut ou non avoir confiance dans une collection de citations, je lance toujours une recherche sur Einstein. En effet, il est bien connu1 que plusieurs citations sont trop souvent faussement attribuées à ce dernier. Or, dans la série que nous sort QuoteBot, on retrouve ce lot de phrases qui ne sont absolument pas de lui. Autre exemple d'une rigueur absente : la citation «I do not agree with what you say, but I will defend to the death your right to say it.» se trouve sous Voltaire. Or, encore une fois, il est fort connu2 que Voltaire n'a jamais écrit cette phrase.
Bref, ne gaspillez pas votre dollar à son achat car, même gratuite, cette application est inutilisable.

Notes
1 Ce qu'Einstein n'a jamais dit
2 Beatrice Hall et son Voltaire

mardi 16 août 2011

Rentrée scolaire

vendredi 29 juillet 2011

Apprendre sans les mots

Bonne vidéo. Quoique l'affirmation qu'Einstein fut dyslexique est tout à fait fausse.


samedi 25 juin 2011

Pour demeurer créatif

Vidéo trouvée sur le Posterous de François Guité.

mercredi 8 juin 2011

Daily Papert

Dans le Daily Papert du 7 juin, deux idées intéressantes : des activités « écrivables » et une réflexion sur le « apprendre parce que plus tard, tu devras bien... »

How do we make writing become hard fun? One way is to develop for kids “writable” activities that they love to do. The building of robotic devices acquires “writability” because it lends itself to stage-by-stage description. Its writability is further enhanced by the use of word processors and digital cameras. But beyond technology there is the attitude in the learning culture. An example of what I mean was brought up by a teacher who objected to the idea that children should be allowed to write about what they liked. “When they go to work they’ll have to do what they are told.” Therein lies a source of many kids’ failure in reading. Of course we should teach children the skill of self-control needed to carry out orders. But mixing up learning that skill with learning to write defeats both purposes.
Papert, S. (2002), Hard Fun dans un article du Bangor Daily News.

mardi 24 mai 2011

Les TIC, le TBI et le RÉCIT

La semaine prochaine, j’assiste à un atelier RÉCIT ayant pour titre Le tableau blanc interactif (TBI) dans le paradigme de l'apprentissage.

Je m’y suis inscrit surtout par curiosité parce que TBI et apprentissage sont deux termes qui m'apparaissent contradictoires. Me tromperais-je ?

Je m’explique.

Un tableau blanc interactif est essentiellement un outil d’enseignement. Or, pour moi, enseigner ne veut pas dire qu’il y ait apprentissage. Enseigner veut tout simplement dire qu’une personne (le prof) donne de la matière (avec toutes ses ressources didactiques, psychologiques, etc.) du mieux qu’il le peut. Dans ma tête, pour qu’il y ait apprentissage, il faut que l’élève soit actif et engagé.

Et tout le débat est là, car on m’a souvent répété que ce n’est pas parce qu’un élève écoute un prof qu’il n’est pas « actif » dans ses apprentissages. D'ailleurs, tout l’enseignement traditionnel est basé sur cette idée. Et ceux qui y croient (la grande majorité en fait) font partie du paradigme de l’enseignement.

Une minorité (d’après mes observations) ne sont pas de cet avis. Ils croient plutôt que l’élève doit être au centre de son processus d’apprentissage devenant ainsi un constructeur investigateur, un coopérateur actif et un acteur à part entière de sa formation.

Le problème est que même les tenants du paradigme de l’enseignement nous disent croire aussi à l’élève constructeur et me racontent souvent qu’il n’y a pas contradiction entre ces deux positions. Et, du coup, je ne comprends plus. Je ne comprends pas comment on peut affirmer que l’élève apprend beaucoup mieux lorsqu’il est actif et, du même souffle, me dire qu’un élève apprend aussi très bien quand c’est le prof qui parle. Pour moi, si on croit vraiment qu’un élève doit être actif, alors on doit tout faire en tout temps pour qu’il le soit, actif !

À cet égard, le TBI est une immense perte de temps, car, pendant qu’une ou deux ou trois personnes s’en servent, les autres doivent ÉCOUTER. Bien entendu, c’est ok pour la personne qui s’en sert car elle est active. Mais alors pourquoi ne pas avoir un ou deux ordinateurs en classe (branchés sur un canon pour éventuellement faire une présentation) au lieu d’un TBI ?

Et le RÉCIT dans tout cela ?

Faut-il vraiment s’occuper de donner de la formation sur cet outil ? Ne faudrait-il pas plutôt se pencher sur la formation des enseignants pour les amener à développer des situations où tous les élèves de la classe seraient actifs dans leurs apprentissages ? Ne faudrait-il pas faire découvrir aux enseignants l’immense potentiel pédagogique que possède un ordinateur quand il est entre les mains de l'élève ? Ne faudrait-il pas que le RÉCIT puisse répondre à la question suivante : « Comment puis-je rendre les élèves actifs avec une dizaine d’ordinateurs branchés en permanence sur Internet dans ma classe ? » Vous pourriez y répondre, vous, à cette dernière question ?

Moi, je pense qu’au RÉCIT, nous sommes majoritairement dans le paradigme de l’enseignement, et que la venue du TBI nous conforte dans ce qu’on fait de mieux : ENSEIGNER !

lundi 23 mai 2011

Une page titre ? Non merci !

En lisant l’entrevue de M. Francoeur, ma première réaction fut de me dire qu’il était bien vieux, notre bon poète. En fait, on y trouve la réaction typique d’un enseignant de français qui est vraiment dépassé par la puissance des outils modernes.

Par ailleurs, je suis convaincu que les élèves d’aujourd’hui ne sont pas très différents des élèves d’hier. Une page titre, fouiller dans le dictionnaire, rendre en simple ou double interligne, c’était plate dans mon temps et c’est toujours le cas. Sauf que dans mon temps, les profs pouvaient nous donner des points sur ces insignifiances qui n’ont aucun rapport avec une appréciation littéraire.

Aujourd’hui, faire une page titre est devenue une activité obsolète. Qui donc, à la rédaction d’un billet de blogue, prend le temps d’en faire une ? Qui donc, à la rédaction d’une page web, prend le temps de faire une page titre pour tous les fichiers html (du contenu donc !) de son site. Ce serait une pure perte de temps et obligerait un clic supplémentaire pour atteindre le contenu choisi. Une personne qui pense « web » ne voit aucune utilité à une page titre.

Quant à la recherche dans un dictionnaire papier, franchement, c’est complètement dépassé. J’ai certainement plus de 30 dictionnaires en format papier ici. Et je ne les ouvre JAMAIS. J’utilise soit les dictionnaires sur Internet, soit Google, soit Antidote. Franchement, obliger des élèves à connaître tous les symboles d’un dictionnaire papier est, quant à moi, une pure perte de temps.

Voici donc des suggestions plus «modernes» pour que les élèves veuillent bien assister plus de 12 minutes à votre cours, M. Francoeur :

  1. Amener des élèves à transcrire et à jouer sous forme théâtrale un chapitre d’une lecture imposée ;
  2. Amener des élèves à twitter leurs questions et leurs réflexions au fur et à mesure de la lecture ;
  3. Amener les élèves à bloguer la lecture ;
  4. Ouvrir et diriger un groupe facebook sur l’auteur, ou le personnage principal du livre ;
  5. Amener des élèves à illustrer le livre ;
  6. Amener des élèves à pasticher un chapitre ;
  7. Amener des élèves à créer une oeuvre musicale inspirée de la lecture.
Aujourd’hui, les élèves ont tous les outils pour faire de la création. Se plaindre qu’ils sont incapables de faire une page titre ou d’écrire en double interligne est contre-productif. On doit les guider vers des niveaux intellectuels supérieurs et c’est seulement en les mettant en projets qui ont du sens pour eux qu’on y arrivera.

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