Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

lundi 6 novembre 2006

Le droit de lire


Réclamons la lecture comme instrument de pouvoir personnel,

formation de l’esprit, mobilisation du rêve,
une lecture qui ne recherche ni note de passage, ni objectifs, ni performance, mais qui soit libre et gratuite activité, perte de temps nécessaire et délicieuse pour recharger les neurones et combattre l’insipidité.

Le Manifeste

samedi 4 novembre 2006

Que dire ?

Même si elle croit que la majorité du corps professoral de Montréal fait preuve de professionnalisme, Mme de Courcy a averti l'Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, membre de la FAE, que les mécanismes de supervision des enseignants seront accentués. Les directions d'école les rencontreront plus régulièrement, et les écoles de Montréal seront appelées à vérifier les connaissances des élèves plus souvent, en donnant des examens institutionnels.
Cyberpresse
Hé, hé... Deux observations.

1- La présidente de la CSDM veut vérifier « les connaissances ». Pourtant, les enseignants sont tenus de développer des compétences. Fait-elle la différence ? En fait, par son propos, la présidente approuve les enseignants « délinquants ». En effet, ces enseignants ne croient pas au developpement des compétences, et continuent d'enseigner seulement des connaissances. Le ministre remettra-t-il à l'ordre madame la Présidente ?
2- Pendant que les conseillers pédagogiques feront des « examens institutionnels », ils ne trouveront certainement pas le temps d'accompagner les enseignants dans l'implantation du renouveau pédagogique. Et hop ! les années quatre-vingt qui nous reviennent subito presto. Donc, pour vérifier le travail des enseignants, on fera passer des tests aux élèves. Ah ! la logique des gestionnaires...

On n'est pas près de s'en sortir...

mercredi 25 octobre 2006

Soupirs

Évidemment, on ne peut commenter sur toutes les niaiseries que nos éminents ministres nous servent régulièrement. Mais voyez celle-ci :
Si vous étalez la hausse de la valeur, vous ne percevez donc pas une taxe sur 100 pour 100 de la valeur. Vous la percevez sur le tiers, la première année, sur le deux tiers, la deuxième. Fondamentalement, ce que cela donne comme résultat, c'est un compte de taxe qui baisse par rapport à ce qu'il aurait été si on n'avait pas ce projet de loi-là.
Le ministre Fournier, responsable du MELS.
À croire qu'il nous prend vraiment pour des imbéciles. Notez que cette augmentation de taxes n'ajoute aucun service en éducation. Ce que la CS gagne par la taxe scolaire, le gouvernement le retire par la peréquation. Quelle merde que cette administration gouvernementale !

mercredi 18 octobre 2006

Le succès

Succès : Sert aux hommes de piédestal. Il les fait paraître plus grands.
Joseph Joubert

Remarque : Cette conversation date de quelques années.

- J'ai revu un ancien élève, me lança un collègue de travail.

- Et?

- Il a trouvé un très bon boulot. Et il m'a remercié d'avoir été rigoureux avec lui. Il m'a même dit que c'était un peu beaucoup grâce à moi s'il avait obtenu son diplôme. Il me semble que ça fait du bien de voir des élèves réussir grâce à nos efforts.

Comme je ne réagissais pas, mon collègue m'a demandé :

- Tu n'es pas d'accord que ça fait du bien à notre égo?

- Non.

- ???

- Tu sais, lui dis-je, je travaille avec ceux qui en arrachent, ceux qui « l'ont facile », ceux qui ne croient pas en eux, ceux qui sont superintelligents, ceux qui sont démunis.... Et je mets des d'efforts avec eux tous. Ma satisfaction au travail ne dépend pas du succès de mes élèves. Il faut juste que je me dise, à la fin de la journée, « voilà, j'ai fait, aujourd'hui, tout ce que je pouvais faire pour cette personne. » Le reste ne m'appartient pas.

mardi 17 octobre 2006

Regard intuitif sur la notion de compétence

Mozart était-il un musicien compétent ? Picasso était-il un peintre compétent ? Euler, un mathématicien compétent ? Et Einstein, parle-t-on de lui en lui affublant le titre de physicien compétent ?

Par contre, le chirurgien qui m'a débloqué des artères était compétent. C'est toujours un mécanicien compétent qui répare ma voiture. Et j'aime bien savoir que le pilote d'avion est compétent à diriger son appareil. Je veux aussi que l'enseignant qui enseigne à mes enfants soit compétent et l'horticulteur compétent me donne des conseils judicieux et adaptés aux caractéristiques de mon jardin.

Compétence et professionnalisme. Prenons le cas du chirurgien. En fait, peu m'importait qui réalisait l'opération. Je ne désirais qu'un type qui « connaisse son affaire » (la compétence) et qui en même temps, porte toute son attention sur son travail (son professionnalisme) de manière à ne pas m'envoyer ad patres pour une simple - mais ô combien possible - erreur de manipulation !

Kundera. Kundera - qui écrit aussi en français - est-il un écrivain compétent ? Il doit certainement mobiliser une tonne de ressources pour écrire comme il le fait, mais cela en fait-il un auteur compétent ? Comparons au journaliste, peu importe le journaliste, car, justement, ce qu'on cherche chez lui n'est pas de l'écriture, mais bien de la compétence à rapporter par écrit les choses ! On remarque d'ailleurs que presque tout est pareil dans un article de journal. Les journalistes apprennent leur métier sur les bancs d'école. Et ils apprennent tous la même chose. En ce sens, ils sont interchangeables. C'est un peu comme le chirurgien : on se fout de qui il est. On ne veut que sa compétence à exécuter sa tâche. Interchangeable : quand disparaîtra Kundera, ce ne sera pas une compétence qu'on perdra, mais bien un potentiel unique de créativité.

Donc, intuitivement, un être compétent mobilise certaines ressources pour réaliser (ou tenter de réaliser) une tâche qui implique généralement un certain risque. Par exemple, le journaliste qui déconne se fera rapidement « rentré d'dans ». Un chirurgien qui gaffe peut causer un tort irréparable. Et un pilote d'avion qui effectue un mauvais atterrissage met en péril tout l'équipage. Quant au plombier qui installe mon chauffe-eau, il doit s'assurer d'une foule de normes de sécurité.

Mais...

Mais je préfère, et de loin, un chirurgien qui aura pris le temps de m'expliquer le problème et sa solution. Donc, une personne qui me considérera comme capable de comprendre ce qui m'arrive. Je préfère aussi un chirurgien capable de consulter des collègues et de coopérer avec eux.

À compétences égales, je vais choisir un mécanicien qui prend de temps de m'expliquer en termes simples les problèmes de ma voiture, qui peut me suggérer des solutions et qui fera confiance à ma capacité de comprendre.

Quant aux journalistes, je ne sais pas... Ce sont des gens spécialisés pour répéter ce que d'autres disent. Et, tout bon élève sait cela, il n'y a pas 156 manières de répéter...

Et à l'école, une compétence, c'est quoi ?

En fait, dans le domaine intellectuel, il me semble que le terme de compétence s'applique mal. Pour reprendre plus haut, pourrait-on dire qu'Einstein était compétent à résoudre des problèmes mathématiques ? On peut sans doute répondre oui (et alors, en bon enseignant, il faudra bien le noter !), mais on sent que ce n'est pas tout à fait cela. Il a passé près de 50 ans de sa vie à vouloir démontrer que le monde est déterministe. Sans réussir. Cela en fait-il un incompétent ? Einstein réfléchissait à partir de concepts très abstraits. Peut-on être compétent à réfléchir ?

Chopin n'a pas composé de symphonie. Par contre, Beethoven... Ce dernier est-il plus compétent que le premier ? Viendrait-il à l'idée d'un critique de comparer les compétences d'un Miro à celles d'un Picasso? Comme en sciences, on dirait qu'on peut difficilement parler de compétences en art. Donc, à l'école, une compétence, c'est quoi ???

Sincèrement, je pense que le MELS n'avait pas de mot adéquat pour décrire ce qu'on attend de nos élèves. Rappelez-vous, dans une première version du programme, fin 90, il était question de capacités. La compétence, c'est être capable de se débrouiller avec des connaissances, et entre autres, être capable de s'ajouter des connaissances, et, surtout, de reconnaître qu'on doive s'en rajouter et de trouver de bons moyens pour le faire.

En ce sens, apprendre à écrire des textes variés veut simplement dire que je dois apprendre à écrire une lettre d'un certain type si je dois m'adresser à une certaine personne, et d'un autre type si mon propos s'adresse à une tout autre personne. Je dois comprendre que l'écriture d'un roman, d'un poème, d'une note à mon boss, d'un billet sur un blogue ou d'une réponse sur un forum, ce n'est pas la même chose et, qu'en même temps, c'est la même chose. Je dois m'habiliter à faire des rapprochements (le fameux transfert), à différencier les choses et à juger de ce que je dois apprendre pour mieux les faire. C'est aussi se donner les moyens de reconnaître une nouvelle forme d'écriture qui, au moment des apprentissages, n'existait pas encore.

Quant aux transversales, c'est le gros plus (+) de mon chirurgien à l'écoute ou de mon mécanicien humain.

Je trouve curieux ce débat qui oppose les connaissances aux compétences. Veut-on remplir des têtes sans savoir ce que les élèves peuvent mobiliser à partir de ce plein ? Veut-on d'un parfait solutionneur de problèmes mathématiques qui n'a aucune connaissance mathématique ?

Pour tous ceux qui aimeraient comprendre ce qu'est apprendre par compétences, voici ce que je vous suggère :
  • Choisissez un instrument de musique dont vous ignorez absolument tout. (Dans mon cas, à 32 ans, j'ai reçu un beau piano : je ne savais même pas ce que représentaient les touches blanches et noires. Par contre, j'avais déjà fait de la flûte à bec.)
  • Donnez-vous une semaine pour apprendre une pièce de première année du conservatoire.
  • Notez, décrivez vos apprentissages.
  • Revenez faire part de vos découvertes !

samedi 14 octobre 2006

État d'âme

J'ai fait mes études primaires dans les années soixante. Je me rappelle la bibliothèque de l'école. Toutes les deux ou trois semaines, nous prenions quinze minutes pour y aller choisir un livre. On était en rang. On choisissait rapidement. Et on revenait en classe. À présent, c'est à peu près la même chose en informatique. On met les élèves en rang. On se dirige vers le labo. On démarre les machines - c'est parfois assez long, c'est parfois chaotique et c'est beaucoup de gestion. On exécute rapidement ce qui est demandé. On ferme les machines. Et on revient en classe.
Aujourd'hui je vois l'école aussi fade qu'enfant je la vivais. Oh! il s'y fait souvent de belles choses, mais l'école manque d'âme. Qu'y faire ? Rien. Sauf, peut-être, pour ne pas sombrer dans les affres de maussaderie, développer une saine indifférence.

vendredi 6 octobre 2006

Transmutation

Devotion to the motion creates the emotion.
Entendu à Dancing with the Stars, 3 oct. 2006


Mon commentaire suite à ma lecture de ce texte. Les extraits du Bulletin-Aquops sont en retrait.

Est-ce que le temps accordé à filtrer les montagnes d’information disponible se fait au détriment du temps et de l’énergie nécessaires à d’autres activités (éducatives) plus importantes comme la lecture, la réflexion et l’analyse, lesquels sont intimement associés aux processus de développement de la connaissance ?
Je crois qu'il a ici une conception plutôt livresque de l'information. Entrez dans une bibliothèque nationale. Vous viendrait-il à l'idée, à la vue de tous ces livres et ces revues, de parler de filtrage de l'information? À mon avis, pas du tout. Pourtant, avec les TIC, (et ici, je suppose qu'il est surtout question du Web), la question se pose. Pourquoi? Parce que notre « liberté critique » est mise à rude épreuve. Dans une bibliothèque, un éditeur a déjà filtré ce qu'il voulait bien qu'on sache, et, il faut bien le dire, on nous a appris à croire dans les livres. Sur Internet, n'importe quel humain peut dire à peu près n'importe quoi. De là la très grande importance d'arriver à juger efficacement d'un contenu. Mais pour développer cette compétence, cela demande du temps, beaucoup de temps. Ce temps est-il perdu? Pour moi apprendre (peu importe ce qu'on apprend!) n'est jamais une perte de temps. Évidemment, on peut se poser des questions sur la qualité des apprentissages et de l'accompagnement, mais c'est là une tout autre histoire.
(Une autre chercheure) souligne l’importance d’être conscient “qu’il est possible d’utiliser l’information, et le besoin d’information supplémentaire, comme une stratégie pour repousser l’appel à l’action.” (...)
Ah! La procrastination. Superbe stratégie pour éviter de faire des platitudes. Si on me demande de trouver des infos pour un travail qui me laisse indifférent, il est clair que je tenterais de repousser le plus loin possible le travail en question (l'action!). Il y a donc lieu à mon avis de se poser des questions sur l'objectif de la cueillette des données. Si le but de la recherche ne vient absolument pas toucher l'élève, comment s'étonner qu'il passe la majeure partie de son temps à ne pas se rendre au travail? J'ai rarement vu un élève qui trouve un sens à sa recherche perdre un temps fou à l'éviter !
De plus, il y a quelques indications à l’effet que (le développement) de la communication électronique facilitée par Internet se fasse au détriment de la communication en “vis-à-vis”, voire à réduire la participation au développement communautaire en général (...).
Quel lieu commun! À mon sens, j'ai beaucoup plus d'indications que via Internet, de nouveaux liens se tissent. La personne qui était complètement isolée ne l'est plus. De là une très grande urgence à brancher rapidement toutes les personnes âgées et à les former à la communication Internet. Je suis d'ailleurs convaincu qu'investir dans cette formation aux aînés ferait baisser le coût des soins de santé... Loin, très loin d'isoler, Internet tisse une nouvelle richesse communicationnelle. Je sais bien que certaines personnes peuvent s'isoler devant leur ordi pour jouer à des jeux vidéo. Mais, généralement parlant, on en revient vite, car quelque part, c'est toujours la même chose. Et puis, il ne faut pas oublier toutes les rencontres faites autour du jeu que, souvent, on pratique en gang sur le web. Est-ce que cela vaut moins que le vis-à-vis? Je ne saurais dire. C'est autre chose, tout simplement. Selon moi, cela ne brime pas ce vis-à-vis.
Les innovations technologiques ne sont pas neutres sur le plan des valeurs (...) mais favorisent (l’organisation) des objectifs (pédagogiques) sur la base de deux dimensions majeures : le concept d’utilité et celui de l’efficacité, des valeurs liées à la technologie elle-même (et pas nécessairement les valeurs principales de l’action éducative).
Les concepts d'utilité et d'efficacité sont importants et, comme mentionné ici, souvent associés aux technologies. Il faut effectivement faire très attention à ce qu'on véhicule au travers les TIC. Par exemple, en mettant les élèves devant Windows, très subtilement nous lui disons que certaines connaissances ne doivent pas lui être accessibles, car ce système d'exploitation, en acceptant sa licence, spécifie qu'on n'a pas le droit d'examiner comment il est fait. C'est un peu comme si on disait à un élève qu'il peut, dans certaines circonstances, UTILISER le théorème de Pythagore, mais qu'EN AUCUN TEMPS, il ne peut en examiner la preuve. Oui, le choix technologique implique nécessairement certaines valeurs, et cela va souvent beaucoup plus loin que la simple efficacité ou utilité. Conscience et vigilance s'imposent ici.

Je reviens maintenant à l'idée générale de média. Bien entendu, l'ordinateur est un nouveau média. Il nous permet d'avoir à portée de doigts, entre autres, un studio d'enregistrement, une radio, une chambre noire pour développer des photos, une imprimerie, une librairie, un système de communication universel, etc. Ce média est donc à la fois personnel et universel : si on a une idée, l'ordinateur permet de l'amplifier (Kay) et, aussi, de la rayonner. Nous sommes en train de vivre cette révolution et il est normal que l'école ne sache pas trop encore comment « dealer » avec une telle puissance individuelle. De plus, ce média nous offre une toute nouvelle manière d'entrer en relation : par exemple, via un système de téléphonie web, on peut à la fois parler avec un copain et, en même temps, clavarder avec plusieurs autres tout en répondant à quelques courriels. Tout ça est un peu fou, et reflètent en quelque sorte notre société où on ne se contente plus de faire dans un certain ordre une chose, puis une autre, puis une autre, etc. Nous devenons des êtres multitâches (est-ce bien, est-ce mal?) ce qui ne veut pas dire que nous soyons pour autant des robots. Peut-être est-ce notre cerveau qui, subtilement, est en train de changer? Or cet aspect des TIC entre généralement en conflit avec nos méthodes où un enseignant s'adresse à 30 personnes à la fois, exigeant de ces personnes un accent sur la transmission de cet enseignant vers l'élève. C'est là une transmission linéaire, alors qu'avec les TIC, la transmission est multidirectionnelle. Le cerveau de nos enfants a peut-être déjà évolué. S'en rend-on compte?
La question “Qu’est-ce que l’utilisation des TIC apporte de nouveau à ma pratique éducative ?” est importante mais elle ne doit pas (camoufler son corollaire) : “Qu’est-ce que l’intégration des TIC (pourrait) défaire dans ma pratique éducative ?”. Cette (dernière) question n’est pas souvent posée.
Oui, cette question n'est pas souvent posée et elle est importante. Les chercheurs de l'étude y ont-ils répondu? Jusqu'à maintenant, je ne vois pas trop ce qu'on a perdu avec les TIC. Mais je sens qu'on risque de perdre l'enseignant de type linéaire (je transmets - tu écoutes - tu recraches - Je te dis si c'est bien recraché). Aussi, L'enseignant risque de perdre (c'est déjà fait, à mon avis) son statut de spécialiste de contenu. Il est clair qu'avec les TIC, on n'a plus vraiment besoin de ce spécialiste-enseignant, le web donnant accès rapidement à des spécialistes beaucoup plus connaissants. On gagnera cependant un spécialiste en compétences transversales (savoir résoudre un problème, comment coopérer, comment laisser éclater sa créativité, comment organiser le travail, etc.) et ce sera, à mon sens, un immense gain. C'est pourquoi je trouve extrêmement triste tout l'étouffement qu'on fait actuellement autour de ces compétences, comme si elles n'étaient que des accessoires. La véritable éducation, à mon avis, c'est là qu'elle se trouve.

Une dévotion à la communication créera-t-elle un nouvel humanisme?

vendredi 29 septembre 2006

La lecture et les devoirs

Deux billets récents dont celui-ci sur les devoirs m'ont fait réfléchir. Je suis même intervenu sur celui-là en indiquant que la lecture est sans doute un important outil pour résoudre les échecs des enfants. Je vais préciser ici ma pensée.

D'abord, une définition : j'appellerai lecture scolaire (LS) une lecture imposée par l'école (peu importe la discipline.) Par ailleurs, j'appellerai lecture choisie (LC), la lecture d'un roman complet. Je précise que dans le contexte de ce billet, une LC exclue une bande dessinée, un extrait de roman, l'article d'un quotidien ou d'une revue, etc.

Mon expérience d'enfant au niveau des LS est désastreuse. Je l'ai racontée ici. Je me rappellerai toujours l'espèce d'écoeurite aiguë causée par la lecture imposée de Poussière sur la ville. Si j'arrive à dépasser mon haut-le-coeur chaque fois que je vois le roman (il est toujours dans ma bibliothèque), sans doute devrais-je me lancer sans une relecture. Avec 40 ans de recul, peut-être y trouverais-je une explication...

Mon expérience de parent est différente. Un jour de fin septembre, alors que ma deuxième fille était en sixième année, nous recevons un billet de son enseignante : Votre enfant a des problèmes de grammaire : il faudrait qu'elle fasse des exercices à la maison. Panique de Marie.

- Gilles, qu'est-ce qu'on va faire? Notre fille a des problèmes!
- Voyons Marie, son SEUL problème est qu'elle ne lit pas. Si on s'arrangeait pour qu'elle lise un peu plus, je suis absolument convaincu que la majorité de ses problèmes se régleront d'eux-mêmes.
- Tu crois vraiment?
- J'en suis convaincu. Lui donner des tonnes d'exercices de grammaire, c'est absolument ridicule et tout ce qu'on réussira à faire, c'est l'écoeurer de la langue française. Il faut juste qu'elle fasse l'effort de lire un peu.
- Ouais... Je vais demander des suggestions à son prof.
- Quoi??? Je ne suis même pas sûr que son prof soit une lectrice !!! Dis-moi, quand tu avais son âge, tu lisais?
- Bien sûr. J'ai adoré les Comtesse de Ségur...
- Alors des Comtesse de Ségur ce sera.

Et pendant plusieurs semaines, notre merveilleuse fille a lu cinq ou six Comtesse de Ségur. Puis, elle a continué avec d'autres lectures. Entre autres, je lui lisais à haute voix (mes deux autres filles étaient présentes) Niel Holgerson (pendant plusieurs semaines, chaque soir...!) , et puis Narnia de C.S Lewis...

Et, miraculeusement, nous n'avons plus jamais entendu parler des problèmes de grammaire (scolaire) de notre fille.

Bien entendu, il est difficile de généraliser à partir de ce cas. Mais il demeure dans mes convictions profondes que la lecture est un moyen privilégié de réussite scolaire.

Je pense même que si l'enfant a des problèmes en maths, qu'une demi-heure de LC par soir (je tiens pour acquis que les parents EN MÊME TEMPS liront une LC) résoudra une grande partie des problèmes de cet enfant. Pourquoi? Tout simplement parce que lire amène généralement à discuter de la lecture, à y voir les liens logiques, les liens cachés, à comprendre des sous-entendus, à lire entre les lignes (n'est-ce pas là aussi la lecture "algébrique"?) à suivre le raisonnement d'un personnage, à anticiper la suite, etc. Bref, à s'amuser, intellectuellement parlant.

Deuxième expérience comme parent, cette fois avec ma petite dernière. Parmi mes filles, c'est celle qui lit le plus. Cela se passe alors qu'elle était en cinquième secondaire, ce qui date de 4 ans.

- Je devrai lire 3 romans cette année.
- Wow ! Lesquels?
- Notre prof nous a remis une liste. Je connais quelques auteurs, mais la plupart ne me disent rien.

Je commençais déjà à jubiler. J'ai jeté un oeil sur cette liste pour comprendre que c'était là sans doute les romans qu'avait lus le prof. Mais choisir parmi une cinquantaine de livres est tout de même intéressant. Je possédais déjà plusieurs des livres listés et j'en avais lu une quinzaine. Avec Aurélie, on a discuté environ une heure des auteurs, de leur style, du type de roman qu'ils écrivaient, etc. Par exemple, il y avait du Nothomb, du Mankell, du Camus, du Huxley, duBeauchemin, du Temblay, etc. Je crois qu'en deux mois, Aurélie avait fait son "devoir de l'année"... Ce qui ne l'a pas empêché de repiger dans cette liste pour choisir d'autres lectures. Cette expérience fut donc heureuse.

Je constate cependant que plusieurs LS tournent autour d'extraits. On fait lire quelques chapitres. Je me rappelle même que dans sa classe de théâtre, Aurélie n'avait à lire qu'un acte d'une pièce. Pourquoi diable ne pas exiger la lecture complète de la pièce, ce qui ne demande deux ou trois heures?

Je pense que si l'école met de l'importance sur la LS, elle doit donner du temps SCOLAIRE aux enfants pour qu'ils lisent. Que cette LS ne doit pas être donnée en DEVOIR, mais qu'on s'assure à l'école que l'enfant prenne un bon quinze minutes de lecture par jour.

Les bénéfices de la lecture dépassent les bénéfices scolaires mesurables (vocabulaire, grammaire, syntaxe, etc.). En lisant, on se donne l'outil idéal permettant le développement de l'autonomie de la pensée.

Donc, chers parents lecteurs de ce blogue, donnez-vous en devoir une demi-heure de lecture par soir, avec vos enfants. Vous apprendrez un tas de choses, vos enfants aussi, et je suis assuré qu'il y aura des retombées scolaires positives.

samedi 16 septembre 2006

Antidote sur Linux

Je viens tout juste d'installer la version RX d'Antidote sur Ubuntu. Il s'intègre merveilleusement bien à OpenOffice 2. Cet outil est un pur délice.

jeudi 14 septembre 2006

Sur ma liste

Allez mes enfants, voici un cadeau de Noël parfait pour votre papa !

dimanche 3 septembre 2006

Quand un auteur pompe le web...

... il en fait un livre.

Ce dimanche après-midi, je déambulais dans une librairie de Hull lorsque je suis tombé sur L'officiel des Citations de Vincent Flajac. Il vient tout juste de paraître aux éditions First. Comme toujours, j'ouvris au hasard le gros bouquin. Et plus je feuilletais, plus je devais me rendre à l'évidence : ce type avait pompé plusieurs centaines (des milliers peut-être) de citations de mon site. Un divan n'était pas loin. Je m'y suis assis et j'ai continué mon exploration du livre. Et plus j'explorais, plus je m'étonnais. Donc, je suis allé à l'avant-propos pour savoir si au moins l'auteur me remerciait ! Rien, néant, nulle mention ni de mon site, ni des références utilisées par l'auteur. À $34.95, je décidai tout de même d'acheter le livre pour en faire une critique sur mes Jobineries.

Quelques scans du livre pour débuter :


Dans l'extrait de gauche, le Albalat, le Bourgault, le Vaneigem, le Brie et le Morin proviennent directement de mon site. L'auteur (sic) a seulement ajouté les [...] dans le cas de la citation de Morin, supprimant deux exemples. Morin a écrit plusieurs livres... mais Flajac n'a cru bon de retenir que des citations des livres que j'ai lus. Les autres citations de l'extrait proviennent du site EVENE (comme c'est d'ailleurs le cas pour une grande partie des citations du livre.)

Dans l'image droite, c'est la même chose : les citations de Bruckner, Morin, Vaneigem, Mankell, Pagels sont de mon site.

Je me suis amusé (m'enfin...) à déterminer d'où provenaient les autres citations : elles sont toutes (d'après moi) sur le web. J'ai testé plusieurs citations qui m'étaient inconnues, et GOOGLE les a toutes trouvées, généralement sur EVENE ou sur un autre site de citations.

Ma conclusion est donc que ce cher monsieur Flajac a tout simplement pompé 13000 citations de quelques sites web, et en a fait un gros livre...

Évidemment, je n'ai pas tout lu (640 pages!), mais j'ai d'ores et déjà relevé au moins deux erreurs :

Page 415, sous PERVERS (tiens, tiens !) on a

«Les injustices du pervers
Servent souvent d'excuse aux nôtres.»
L'Oiseleur, l'Auteur, et l'Alouette, Paul Carvel.

Diable, mon bon ami Paul sera heureux d'apprendre qu'on lui attribue un vers de La Fontaine !!! D'ailleurs, pour vous amuser, entrez en gardant les guillemets "Les injustices du pervers" dans GOOGLE. Eh oui! vous tombez sur mon site.

À la page 511, on donne

«Ce n'est pas à la raison, mais au bon sens, qu'il eût fallu jadis élever un temple. Beaucoup d'hommes sont doués de raison, très peu de bon sens.»
La Prisonnière - Gustave Le Bon.

La Prisonnière??? À ma connaissance, jamais Le Bon n'a écrit un tel livre. La citation provient plutôt de son Hier et Demain.

Petit détail : aucun index par le nom des auteurs n'est donné, ce qui est relativement surprenant et, vous le comprendrez, plutôt embêtant lorsqu'on veut vérifier les citations d'un auteur en particulier. Toujours est-il que ce bouquin possède des citations de Bernhard (elles sont toutes sur mon site), de Serge Bouchard, Bernard Arcan, Michel Serres (le Tiers-Instruit!), Marinina (et oui, même cette obscure auteur de polars russes - je suis le seul à la citer!), Ivan Illich (Une société sans école - je n'ai rien trouvé d'autres, ce qui est normal : je ne cite que ce livre), Thomas Kuhn, Gustave Thibon, et une foule d'autres qui sont, cela est évident, toutes issues de mon site.

Que faire? Pour moi, la publication de ce livre est une indécence intellectuelle. Je vais écrire un courriel à l'éditeur pointant vers ce billet.

Pillage

Courriel envoyé au webmestre de AF ouaibe.
Monsieur,

Je suis auteur d'AU FIL DE MES LECTURES (http://www.gilles-jobin.org/citations) et je vous écris pour vous demander de retirer immédiatement TOUTES LES CITATIONS qui proviennent d'un copier-coller de mon site. Je vous rappelle que le droit de citer ne donne pas le droit de piller les bases de données.
J'attends de vos nouvelles à cet effet.
J'en ai vraiment marre du non-respect du travail des autres.

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