Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

jeudi 19 avril 2012

Chemin faisant, page 114

La reconnaissance nous ouvre tantôt la bouche et tantôt nous la ferme.

Le travail ne laisse que de bons souvenirs : les gens qui ont beaucoup travaillé voudraient pour la plupart recommencer la vie.

Nos besoins savent rarement parler à la troisième personne.

Il n'est pas long le catéchisme de la vie : supporte !

Ne lasser personne de soi, même ceux qui nous aiment, que c'est difficile !

Ce n'est pas d'être sans caprices qui fait notre mérite, c'est de savoir les étrangler.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 18 avril 2012

Chemin faisant, page 113

Le jour où les capitaux s'en vont d'une maison, les relations les suivent, ne cesse-t-on de dire aux gens riches, pour les prévenir; mais que ferait-on des relations sans les capitaux? je vous le demande. C'est fort heureux que le déménagement soit complet.

Imagination! on m'avait toujours dit que tu existais en moi, et cependant je t'ai reniée longtemps, pardonne-le-moi. Au déclin de ma vie, je sens que tu as illuminé beaucoup d'heures tristes, adouci beaucoup d'amertumes ; que ton souffle a souvent aéré mon esprit, ta présence souvent trompé mon coeur. Je ne serai donc jamais de ceux qui te jettent aux gémonies, tout en plaignant ceux qui ne savent pas, sans en tomber, s'amuser à ton balcon.

Je m'habitue difficilement à voir dans la chambre d'une femme le portrait du premier mari accroché à côté de celui du second ; et vous, lecteur?

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 17 avril 2012

Chemin faisant, page 112

Je ne peux pas prier pour les belles âmes ; il me semble que je diminue la miséricorde de Dieu.

L'approche du bonheur est comme un premier baiser, il rend un peu timide et confond : soyez sans inquiétude, on s'y habitue.

Et même d'un empereur tout chamarré de gloire, la Mort ne fait qu'une bouchée!

Il est difficile de bien se tenir devant un bonheur qu'on est obligé de blâmer, comme devant une inconvenance à laquelle on ne peut pas répondre.

Ce n'est rien d'être bon, c'est tout de le rester.

Ce n'est pas la peur de voir notre secret connu qui nous le fait toujours taire, c'est souvent parce que nous sentons qu'il ne doit pas être dit par notre bouche.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 16 avril 2012

Chemin faisant, page 111

On ne gagne pas toutes ses parties avec la franchise, mais on se retire toujours avec l'honneur.

La curiosité s'égare dans l'ardeur de sa fièvre ; elle voit un théorème là où il n'y aurait qu'à faire une simple addition ou une soustraction.

Que j'ai peur du silence, quand il est fatigué de se taire!

Une des plus dures morsures est celle du remords : comment Dante n'en a-t-il pas puni quelques-uns de ses réprouvés ?

Les actes de piété ne m'édifient pas plus qu'un baiser ne me convainc : ce qui m'édifie chez une dévote, c'est la générosité de la langue; et combien de fameuses dévotes, cotées même, en manquent!

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 14 avril 2012

Chemin faisant, page 109

Nous cachons tant de choses inutiles à cacher, nous en dévoilons tant d'autres inutiles à dévoiler!

Pour être agréables aux autres, nos qualités ne doivent pas peser plus que leur poids.

Nous ne sommes pas fiers avec le bonheur : il a beau nous tourner le dos, nous voulons toujours de lui, comme certaines femmes du mari dont elles sont battues.

De grosses larmes tombaient le long de ses ailes scintillantes; pauvre papillon! Pour une course un peu trop vagabonde, le roi des bêtes venait de le condamner à confectionner un nid.

Revanche du sort : Personne ne sait mieux se faire servir qu'un domestique à l'hôtel.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 13 avril 2012

Chemin faisant, page 108

Il est beau de sauver une vie physique et une vie morale en gardant un secret que seul nous connaissons : tenir un honneur vivant entre ses mains !

Il est des êtres qui me feraient détester le devoir, à la manière dont ils s'en acquittent.

Ah! qu'il est las, celui qui ne s'aperçoit plus du passage du printemps à l'été, ni de l'automne à l'hiver ! Pitié, mon Dieu, pour les pauvres courbaturés !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 12 avril 2012

Chemin faisant, page 107

Ce ne sont pas les vieux qui ne s'entendent pas toujours, c'est la place de leurs bizarreries qui se trouve souvent trop étroite entre eux.

À côté de la source, à côté du plat, toujours à côté! c'est la part de beaucoup de mortels.

Une caisse à demi vide nous apprend à compter, une vie à demi usée nous enseigne la valeur du temps.

Use plus généreusement de ta monnaie que de ton droit.

Qu'est-ce qu'un Geburtstag allemand? Une erreur d'éducation envers l'enfant, dont on fait un personnage et un centre une fois par an. La plus innocente de nos actions, il me semble, c'est de naître, et le moindre de nos mérites c'est de prendre une année au bout de douze mois. Le Geburtstag est d'une poésie toute charnelle. Quelle différence de délicatesse avec la fête du nom, qui nous rapproche du ciel par notre Patronne, et nous recommande à son intercession!

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 11 avril 2012

Chemin faisant, page 106

Heureux ceux qui ont peur du port ! ils l'aborderont humblement. Le port, mes amis, cache des dragons sous ses ondes : tâchez d'arriver quand ils sont endormis.

C'est le sentiment du juste, mis en nous par Dieu même, qui nous fait si facilement trembler quand nous sommes heureux.

Il faut toujours parler avec une pédale douce quand on demande, même pour les autres.

Les habitudes sont le contraire des vieilles femmes : elles gagnent du charme en vieillissant.

Les Allemands croient en Dieu, puis en leur empereur, qui est leur Saint-Esprit.

Les temps sont devenus plus exigeants depuis Chamfort. Il faut maintenant savoir avaler chaque matin, comme fortifiants, le crapaud et sa famille.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 10 avril 2012

Chemin faisant, page 105

Comme le silence de certains amis vaut mieux que leurs louanges! 0 silence! salut à ta bouche close.

Voir en grand, faire en large, construire en beau avec la bourse des autres, que de gens sont généreux a ce prix-là !

Quand on est logique, on est toujours fort : c'est être botté pour la descente et pour la montée.

Les gens qui n'en savent pas plus long, peut-on leur en demander plus large ?

Oh! que c'est commode, un bavard, quand on en sait tirer parti ! On peut lui faire dire tant de choses qu'on n'aimerait pas à dire soi-même, et en apprendre tant d'autres qu'on n'aimerait pas à demander !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 9 avril 2012

Chemin faisant, page 104

Testament de l'amour : Je lègue tout à la dernière.

Les caresses ont des griffes : jeunes gens, approchez!

Les illusions auront toujours des joues de quinze ans.

L'homme qui n'a jamais pleuré, l'enfant qui n'a jamais brisé son jouet, la femme qui n'a jamais menti, sont les débiteurs de l'occasion.

Dieu ne demande pas de la patience à ceux qui en ont, mais à ceux qui n'en ont pas.

Quand un être ne sait pas parler, essayez de le faire chanter et vous lui trouverez de la voix; la nature ne boude aucun de ses enfants.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 8 avril 2012

Chemin faisant, page 103

Dans le rêve d'un ami unique, il y a plus de besoin d'amour que de besoin d'amitié.

Ma dernière coquetterie sera pour mon courage, car il sera mon dernier ami ici-bas.

La justice a plus de droits à notre reconnaissance que la générosité.

La critique est comme la toux ; pour s'en impressionner, il faut savoir d'où elle vient.

Nos sacrifices sont comme nos folies ; ils nous entraînent.

On peut arriver à se passer de bonheur pour soi, mais pour ceux qu'on aime que c'est difficile !

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 7 avril 2012

Chemin faisant, page 102

Le noble se hausse sur ses quartiers, le millionnaire sur ses sacs, le sage sur ses réflexions.

Ce n'est pas tout de prendre le galop, il faut le soutenir.

Douter n'est pas plus un crime que mal digérer ; ce qui ne nous dispense pas de lutter contre le doute et contre la mauvaise digestion.

Rappelons-nous que chaque approbation est un encouragement.

Un ami en moins me peinera toujours, un ennemi en plus ne me fait plus rien.

Le port du malheur s'appelle résignation.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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