Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

jeudi 19 juillet 2012

Chemin faisant, page 209

On parle esprit aux gens avec lesquels on ne peut parler coeur.

Il est doux de montrer au monde qu'on n'est pas sa dupe.

Les grands horizons provoquent l'interrogation.

La banalité fera toujours la guerre à l'originalité.

Ronge tes poings si tu le veux, c'est ton droit, mais souffre sans témoins.

Ah! la belle chose que le repentir! On est si convaincu de ne plus recommencer !

Quand toutes nos joies sont déjà dans la bière, il n'est pas difficile d'y coucher notre corps.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 18 juillet 2012

Chemin faisant, page 208

Il faut souffler plus d'une fois sur un désir pour l'éteindre.

Que de méprises on commet envers ceux qu'on appelle heureux et envers ceux qu'on appelle fous!

L'adjectif suit la mode comme le ruban.

Un homme qui a rendu sa femme heureuse peut mourir avec une certaine paix.

Il faut toujours être prêt, et pouvoir, comme le soldat, dire à la mort : Présent!

On est drôle pour les autres, quand on l'est; on ne l'est jamais pour soi-même.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 17 juillet 2012

Chemin faisant, page 207

Ce n'est jamais la conscience qui nous égare ; c'est l'amour-propre, quand il prend sa place.

La position de l'amie qui reçoit un aveu est aussi pénible que celle de l'amie qui le lui fait.

J'ai vu des humilités qui se rattrapaient si généreusement que, depuis ce temps-là, je suis devenue méfiante pour ceux qui baisent la poussière.

L'idée s'envole de l'esprit comme l'oiseau du nid, pour aller chercher sa vie ailleurs.

Un malheur qu'on ne craint pas pour soi, par exemple l'inconduite d'un fils quand on n'a pas d'enfant, nous semble à peu près supportable.

S'obstiner à pleurer sur sa ruine, c'est préparer un mauvais mortier pour la reconstruction.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 16 juillet 2012

Chemin faisant, page 206

La jeunesse questionne et juge sans réflexion: deux irrévérences de l'esprit.

Le monde sera toujours étonné qu'on se passe de lui.

On sent très bien tout ce qui se dit derrière soi.

On n'a jamais passé l'âge des conseils à recevoir tant qu'on porte la carapace humaine.

Il n'est pas défendu de rechercher l'admiration des inférieurs, car l'affection ne peut leur venir que par elle.

L'Italie nous a donné le Carnaval, voilà pourquoi Rome nous a imposé le Carême.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 15 juillet 2012

Chemin faisant, page 205

Les grandes résolutions, comme les grandes armées, sont confiantes en elles-mêmes.

Nos membres sont plus francs que nos sentiments ; ils s'expriment ouvertement quand ils n'en peuvent plus.

Les grandes relations sont comme les grands portefeuilles ; il faut nécessairement y faire entrer plusieurs sortes de valeurs.

La passion survit à la jeunesse, mais elle ferait souvent mieux de mourir avec elle, comme l'enfant avec la mère.

Même la pitié est pleine de partialité.

Avant la neige, la nature semble inquiète : on dirait qu'elle a peur de l'ensevelissement.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 14 juillet 2012

Chemin faisant, page 204

Ce que vous faites deux fois de suite, dons ou autres choses, vous vous obligez presque à le faire toujours.

Rougir de l'épreuve, ce serait rougir de Dieu.

N'exagérons pas nos droits : c'est bien laid un nez trop long.

Personne n'est plus expert qu'un autre dans la science de mourir, puisqu'on ne meurt qu'une fois.

Une seule puissance fait trembler l'amour, c'est le caprice.

La résignation ne coule que goutte à goutte, c'est une huile sainte qui se distille lentement.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 13 juillet 2012

Chemin faisant, page 203

Il est des jours où il faut mettre double bride à ses sentiments.

S'immoler est plus facile que se posséder.

Il y a des gens qui n'attendent pas la dent du loup; ils se proposent.

Le bûcheron fait petit à petit son fagot : courage, vertu!

Le préjugé étouffe son homme sans bruit.

Personne n'est encore mort de pitié.

L'homme qui croit devrait être endurant.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 12 juillet 2012

Chemin faisant, page 202

Le courage ne montre pas ses bras, il les fait sentir.

Rien ne gêne plus qu'un être hétérogène dans un milieu intime; c'est un clou dans un coussin.

Parler du froid au coin de son feu, c'est le juger autrement qu'au bivouac.

Un étranger ne peut pas boire le thé avec la ferveur d'un Anglais, ni manger la choucroute avec la piété d'un Allemand.

Guerre sourde entre le fat et celui qui le comprend.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 11 juillet 2012

Chemin faisant, page 201

Les grands soupirs ont toujours l'air de chercher une patrie.

La plaisanterie fane ce qu'elle touche.

Le crédit est une fortune que nous méritons.

Une femme a besoin d'être trempée dans les deux sexes : il lui faut garder la grâce du sien et prendre la fermeté de l'autre.

Un lâche reste toujours lâche, en bonheur, en malheur, dans ce qu'il dit, dans ce qu'il fait.

Un homme d'esprit se rattrape toujours, un homme de coeur reprend la maille plus difficilement.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 10 juillet 2012

Chemin faisant, page 200

Une joue ne sait plus rougir n'est plus jeune.

L'art peut pactiser avec tous les genres, il a bon caractère.

Il faut aider la vérité partout où elle souffre.

Le plus bel éloge d'un jeune homme est celui que fait de lui le vieillard.

Les illusions courent à tous les vents, s'abreuvent à toutes les fontaines, jouent avec tous les échos.

Se plaire avec soi-même : une économie.

On dirait que le temps est jaloux quand nous sommes heureux, tant il prend plaisir a s'en aller vite.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 9 juillet 2012

Chemin faisant, page 199

Qui sait se dire à temps : le temps vient, le soir est venu? Et quand il est venu, qui sait à temps changer d'attitude et de vêtements ?

La vie! pauvre vieille condamnée à l'éternel enfantement !

On voit plus facilement clair dans son esprit que dans son coeur.

La maladie nous oblige souvent à une retraite que de nous-même nous n'aurions jamais eu le courage de prendre.

Le monde fait notre compte, addition et soustraction, sans que nous l'en priions.

Il y a même de l'élégance à laisser dire.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 8 juillet 2012

Chemin faisant, page 198

Il y a les confidences, puis les quarts, puis les centièmes de confidences, puis les masques de confidences. Amen.

Ah ! que le temps serait court sans les larmes !

Le bien-être est comme l'usurier ; il élève facilement ses prétentions.

Une larme est le premier voile du regard de l'enfant.

Il faut mettre beaucoup de complaisance avec le malheur, comme avec le mari difficile !

L'intimité : on n'est intime qu'avec soi-même.

Il y a des gens qui semblent cirés de vanité.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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