Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

lundi 19 mars 2012

Chemin faisant, page 83

La brume se déride, l'air joue avec la plante, la corolle ouvre son corsage, l'espérance s'habille à neuf, les caresses sortent de leur sommeil, les rêves voltigent dans l'air, la nature se réveille et le printemps naît.

Nos idées sont-elles le résultat de nos forces, ou nos forces le résultat de nos idées?

Dans certaines circonstances, qu'il est bon, non seulement d'être indifférent, mais de le montrer !

On déveloute la pureté rien qu'en en parlant !

Pour devenir riche, nos talents nous servent plus que nos qualités.

Il est aussi difficile de raisonner ce qu'on aime qu'aimer ce qu'on raisonne.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 18 mars 2012

Chemin faisant, page 82

Tant que le bruit aura de la voix le charlatan aura de la chance.

Rien ne vaut le baiser d'un enfant; c'est pourquoi il faut être indulgent pour les femmes qui ne l'ont pas connu.

Faire tout ce qu'on peut, c'est faire encore si peu quand on aime !

De l'esclave à l'homme complètement libre, qu'il y a d'étapes et de degrés !

« J'ai dit tout ce que j'ai pensé. » - Qui vous l'a demandé, madame?

Voyez-vous ce petit minois fin, coquet, heureux, bien portant, inventant des sourires et creusant des fossettes sur les joues des mortels? c'est l'oubli.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 17 mars 2012

Chemin faisant, page 81

Tous les avantages qui ne servent pas, toutes les prétentions qui n'aboutissent pas, quel monde devant et derrière soi !

Réjouir vaut mieux qu'étonner.

Il y a de si douces indifférences qu'on craint de les remuer de peur de les déplacer.

Le retardataire est comme l'ivrogne, il ne recommencera plus.

Être l'esclave de sa femme de chambre, c'est avoir par trop perdu le sens de la liberté.

Toutes les infériorités sont nées jalouses, toutes les supériorités ne sont pas nées humbles ; jugez du conflit.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 16 mars 2012

Chemin faisant, page 80

Le pardon n'empêche pas plus le souvenir de se réveiller que l'éclipse n'empêche le jour de reparaître.

Fleurs et femmes s'aiment et s'entendent comme la branche et le nid.

La pitié déplacée est une des causes les plus profondes des erreurs du jugement.

La beauté est surtout belle la bouche close.

Deux jolies femmes se regardant produisent un orage.

La douleur aime les fins morceaux sans dédaigner les autres.

Est-il plus dur de perdre l'amour lui-même ou l'optique qu'il nous crée?

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 14 mars 2012

Chemin faisant, page 76

Il est des peines où les autres ne peuvent nous suivre, même les plus compatissants.

Les ruines valent un sermon pour tout être qui pense.

Aimer, c'est plus que donner, c'est accepter.

S'avilir, c'est mettre l'intérêt à la place de la conscience.

Être faussement accusé pour l'être qu'on aime, une vraie bouchée de gourmet.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mardi 13 mars 2012

Chemin faisant, page 75

Les chances du revoir sont aussi capricieuses que les lèvres de Vénus à son réveil.

La douleur et la joie n'ont qu'un sillon : le coeur.

Ménager le coeur d'une femme et flageller l'ambition d'un homme, on peut plus mal rêver.

Il y a des âmes qui ont l'air d'être couvées sous le même rayon.

Un jaloux, une cheminée qui fume toujours.

On est jaloux de l'âme de son ami, et ce n'est pas sans douleur qu'on la voit déchoir.

S'habituer à se suffire, le premier commandement de l'indépendance.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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lundi 12 mars 2012

Chemin faisant, page 74

En voyage un Anglais veut tout voir, un Français tout essayer, un Allemand tout avaler.

De même qu'un bon livre n'instruit pas toujours, un voyage n'aère pas toujours intellectuellement.

Quand on espère, deux et deux ne font plus quatre, mais huit.

Justice des choses ! vous nous récompensez de l'injustice des vivants.

Nos forces nous convient quand nous sommes jeunes, et plus tard c'est nous qui les convions.

Aimer, c'est assujettir son coeur et ne rien préférer à cet assujettissement.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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dimanche 11 mars 2012

Chemin faisant, page 73

Si la ronce me déchire, je m'en prends à la ronce et non au chemin ; si l'homme me blesse, pourquoi en accuserais-je la vie ?

Derrière mon dos c'est votre champ, mes amis ; mais devant moi, c'est le mien !

Le monde nous permet le bonheur jusqu'à un certain point et devient nerveux si nous le dépassons.

La patience n'a qu'un mot dans son code : attendre ! Oh ! le cruel mot qui vous cloue les bras, qui compte lentement vos pulsations, qui s'amuse de vos larmes, qui semble se réjouir de vos angoisses !

Dans tout ce qu'on nous offre de bon coeur, n'acceptons tout au plus que la moitié.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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samedi 10 mars 2012

Chemin faisant, page 72

On garde toujours mal un secret quand on ne le garde pas par respect pour soi-même.

Au mot de génie, les fronts se découvrent d'eux-mêmes, les étoiles s'inclinent, et les cieux se demandent ce que l'élu fera du don.

Pour louer la création, les oiseaux ont leurs chants, les fleurs leurs parfums, les éléments leurs mystères et l'homme son coeur.

On ne peut pas pleurer pour l'assassin et pour la victime ; il y a une logique dans les larmes.

Un bel automne ne fait pas plus oublier un vilain été qu'une caresse ne fait oublier une injure.

Un riche qui pleure fait toujours plaisir à quelqu'un.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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vendredi 9 mars 2012

Chemin faisant, page 71

Reprendre sans amertume sa béquille devant ceux qui marchent tout seuls, endosser doucement son deuil devant des habits de fête, voir son désir le plus légitime aux bras de tous sans pouvoir le saisir jamais, et donner encore aux autres sa pitié ; je ne crois pas que l'héroïsme du coeur puisse aller plus loin.

On poétise même la flèche empoisonnée quand on est jeune; on voudrait mourir de telle et telle mort, on voudrait mourir de telle et telle main : jeunes âmes, restez-en là!

L'envie n'est pas méchante : donne-moi ce que tu as et je ne te ferai pas de mal.

Ballotter son coeur en tous sens, le promener ici, le ramener là, chercher à le tromper parce qu'on n'ose pas l'entendre, lui donner tort parce qu'on ne doit pas lui donner raison, l'accuser quand il se plaint justement, c'est pourtant ainsi qu'il faut le traiter dans certaines occasions.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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jeudi 8 mars 2012

Chemin faisant, page 70

Vouloir, non, ce n'est pas toujours pouvoir ; mais c'est faire trembler l'ennemi.

Les vertus sans qualités sont des beautés sans grâce.

Dans l'indépendance du qu'en dira-t-on il n'y a que le premier pas qui coûte ; on s'amuse ensuite de la chanson et même de la variété de ses couplets.

La vie a tous les aspects de nos sentiments.

Un bon coeur allemand, comme un bon musicien allemand, ne ressemble à aucun autre ; il a dix fois la puissance de sentir, d'aimer et d'exprimer : le tout est de le trouver.

Nos forces doivent céder avant notre courage.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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mercredi 7 mars 2012

Chemin faisant, page 69

L'égoïste peut être heureux, si le bonheur peut exister sans rayonnement.

On a le même titre, la même fortune, le même entourage, sans avoir le même prestige ; donc, le prestige vient surtout de nous-même.

Je crois aux revanches de la vie, parce que je crois à l'utilité de l'effort.

C'est sur les peines des autres qu'on exerce surtout la puissance de sa philosophie.

L'argent nous est bien moins cher par l'indépendance qu'il donne que par l'indifférence qu'il permet.

Vouloir, c'est régner sur soi.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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