Miette 29 : Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses saints
Par Gilles Jobin, vendredi 6 avril 2012 :: Mietteries :: #1406 :: rss
Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses saints.
Il est préférable de s'adresser au roi plutôt qu'à ses ministres ; à un ministre plutôt qu'à son secrétaire et, en général, à un homme puissant plutôt qu'à ses subordonnés.
Bien que l'origine en soit plus ancienne, Voltaire, qui n'était pas ennemi d'une douce gaîté, s'est plu à rattacher ce proverbe au conte plaisant que l'on va lire :
« Il y avait autrefois un roi d'Espagne qui avait promis de distribuer des aumônes considérables à tous les habitants d'une ville qu'une guerre avait totalement ruinés. Confiants dans la parole royale, ces malheureux vinrent aux portes du palais ; mais les gardes ne voulurent les laisser entrer qu'à condition de partager avec eux ce qu'ils recevraient.
Le bonhomme Cardero se présenta le premier au monarque, se jeta à ses pieds et lui dit : « Grand roi, je supplie Votre Majesté de faire donner à chacun de nous cent coups d'étrivière.
- Voilà une plaisante requête ! pourquoi m'adresser une semblable prière ?
- C'est, dit Cardero, que vos gens veulent absolument avoir la moitié de ce que vous nous donnerez.
Le roi rit beaucoup et fit un présent considérable à Cardero qui s'applaudit de son stratagème. »
Mieux vaut le souverain que ses gardes ; mieux vaut Dieu que les saints.
À propos de saints, tout le monde sait que pendant la Révolution on avait substitué à l'ancien calendrier un nouveau, duquel tous les « saints » avaient été supprimés sans pitié.
Un particulier est convoqué à la commune, on lui demande son prénom.
« Symphorien, répond-il.
- Il n'y a plus de saint, dit brusquement le farouche sans-culotte, tu t'appelleras Phorien.
- Ah ! reprend le pétitionnaire, c'est gulier, ça ! »

Émile Genest, Miettes du passé, Collection Hetzel, 1913. Voir la note du transcripteur.


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Gilles Jobin
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