Reprendre sans amertume sa béquille devant ceux qui marchent tout seuls, endosser doucement son deuil devant des habits de fête, voir son désir le plus légitime aux bras de tous sans pouvoir le saisir jamais, et donner encore aux autres sa pitié ; je ne crois pas que l'héroïsme du coeur puisse aller plus loin.

On poétise même la flèche empoisonnée quand on est jeune; on voudrait mourir de telle et telle mort, on voudrait mourir de telle et telle main : jeunes âmes, restez-en là!

L'envie n'est pas méchante : donne-moi ce que tu as et je ne te ferai pas de mal.

Ballotter son coeur en tous sens, le promener ici, le ramener là, chercher à le tromper parce qu'on n'ose pas l'entendre, lui donner tort parce qu'on ne doit pas lui donner raison, l'accuser quand il se plaint justement, c'est pourtant ainsi qu'il faut le traiter dans certaines occasions.

Anne Barratin, Chemin faisant, Ed. Lemerre, Paris, 1894

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