Cela se passe en 1980. J'avais quelques mois d'enseignement dans le corps. J'apprends que le conseiller pédagogique responsable de l'évaluation veut me rencontrer.

- Que puis-je pour vous, monsieur CP?
- Tu ne corriges pas comme il le faudrait.
- Comment ça ?
- Par exemple, GMA 121 à objectif 1, tu as donné la note de 17 sur 20 à cet élève.
- Oui, et pis après ?
- Ben, 17/20, c'est impossible. C'est un examen de 4 questions qui valent 0 ou 5 points. Donc, 17, c'est impossible.
- Je sais que le corrigé donne 0 ou 5, mais comme j'exige de voir le développement du problème ...
- On s'en fiche du développement. C'est juste la réponse qui compte.
- Mais c'est stupide.
- C'est comme ça.
- Je le redis, c'est stupide.
- T'as pas le choix. C'est la directive du ministère. Et je suis là pour la faire appliquer.
- Ben alors, changeons la directive. (Dans ma tête, je me disais qu'il serait bien aussi de changer de CP.)
- On ne peut pas. C'est comme ça, et c'est tout !


Je me suis senti vraiment cheap à ce moment-là. Pour moi, dans une résolution de problèmes, il est important de voir le développement de l'élève. Et il est important de porter un jugement sur la qualité de ce developpement.

C'est à ce moment-là que je me suis dit que l'évaluation scolaire, c'est de la merde.

L'attitude du conseiller pédagogique m'indiquait aussi qu'il ne serait pas facile de changer les idioties du système. J'ai alors décrété que si j'arrivais à provoquer ne serait qu'un seul petit pour cent de changement, je pourrais crier victoire.

Près de 30 ans plus tard, si j'évalue ma performance, je peux dire que cet objectif est un échec total car il n'y a à peu près rien de changer en éducation. Encore récemment, dans une formation, un enseignant m'a lancé :

- Tout ce que j'ai besoin, c'est d'avoir les examens de fin d'année assez tôt. Car c'est là-dessus que je me base pour mon enseignement.
- Ce que tu es en train de me dire, lui répondis-je, c'est que depuis 40 ans, rien n'a changé dans la province de Québec : au niveau de sec IV et V, on enseigne toujours en fonction des examens !
- C'est là dessus qu'on se base pour ME juger comme enseignant : la réussite passe par la performance des élèves à l'examen du ministère. Le reste, tout le monde s'en fiche pas mal.

SEP ? Pognés comme nous le sommes en éducation, je ne vois pas trop comment avoir un sentiment d'efficacité qui dépasse la naïveté du débutant.