Les choses sont simples.
Il y a la vie et il y a la mort.
On se trouve soit dans un bord, soit dans l'autre.
Jamais dans les deux en même temps, même si la vie et la mort sont liées.

Alors vérifiez vos gestes, dans votre manière d'envisager demain, vérifier de quel coté vous êtes, et si vous ne surprenez pas de désirs, d'envies, d'illusions et de rêves, de peurs et de tendresse, si vous ne pouvez pas vous regarder en face sans vous raconter d'histoires ou accuser quelqu'un, si vous n'avez pas d'amis parmi les femmes les hommes les enfants et quelques animaux, si vous n'êtes pas capables de vous courber pour aimer, d'honorer sans trembler, de donner sans attendre, de vous réjouir sans jalouser, c'est que vous êtes du coté de la mort…

Si vous êtes du coté de mort, alors inventez-vous des dieux qui vous laissent libres, des rêves qui vous élèvent, des peurs qui enseignent l'exigence, des peuples et des amis qui vous donnent l'exemple et le courage.
Parlez aux fleurs, aux rivières et aux vents comme si c'était vous même.
Regardez les hommes comme de petits soleils, ayez des émotions et des admirations, laissez-vous emporter par la bonté et le désir d'offrir, aimez ce qui est vivant, qui rit, qui pleure, qui chante et chantez avec eux.

Ne soyez pas tendres avec votre corps, soyez bienveillant avec tout le monde, ne vous apitoyez jamais sur vous-même, prenez la douleur comme signe de vie, les ennuis comme l'écume de l'action.
Les larmes ne servent qu'à nettoyer les yeux et utilisez les pour dégager votre cœur.
Dites-vous que personne ne peut rien pour vous, que personne n'est la cause de vos manques et souffrances, que vous êtes seul à décider si vous êtes du manger pour la mort ou du manger pour la vie.

Créez-vous une richesse qui n'a rien à voir avec les biens de ce monde, faites battre votre cœur et votre esprit.
Aimez la solitude comme on va vers les autres, conservez le silence comme on prend la parole.
Tombez quand il le faut, mais ne rester jamais à terre.
Changez tous les jours, et rester ce que vous êtes dans ce changement qui va.
Chercher chaque jour quelque chose à apprécier, quelque chose à célébrer, quelque chose à construire.

Là où il n'y a pas d'hommes, soyez des hommes.
Là où il y a des hommes, soyez des frères.
Là où il y a des frères, soyez des pairs.
Soyez dans rien pour être dans tout.
Là où l'on prie, écoutez ce qui monte, là où on ne prie pas, voyez ce qui se fait.
Là où l'on aime, aimez plus que tout au monde.
Là où on n'aime pas , chérissez la beauté, gardez un œil sur vous, un œil qui doit vous trouver beau !

Faites de manière impeccable ce que vous pouvez faire, et ça vous le pouvez !
Et je vous le dis, sacrés morpions ! La mort n'aime pas ces manières-là !
Patrick Chamoiseau, Biblique des derniers gestes.

C'est Rémi qui m'a laissé ce texte dans la section commentaire d'Au Fil de Mes Lectures. Merci à lui !