Jobineries

Blogue de Gilles G. Jobin, Gatineau, Québec.

mercredi 4 août 2004

SitàListes

Je me suis surpris à passer d'agréables heures sur ce site :
http://www.echolalie.org/wiki/index.php?EcholaListes
Pourtant, ce wiki ne répertorie que des listes, toute sorte de listes.
Pourquoi m'attarder là ? Sans doute mon âme de collectionneur fut-elle happée par ce joyeux chaos.
J'ai contribué à quelques articles... Après tout, la force d'un wiki est de permettre à tous ces sensibles aux couleurs du web de nuancer certaines teintes.

Comment il ne faut pas écrire

Je suis en train de lire ce petit livre publié chez Plon en 1921. Je suis vraiment sous le charme après une soixantaine de pages - le livre en compte 286.

Pour donner un peu le ton de Monsieur Albalat, ce début du chapitre IX. Je ne suis pas rendu là dans ma lecture, mais comme ce chapitre porte le titre de L'abus des maximes et sentences, je n'ai pu m'empêcher d'y jeter un coup d'oeil.

« Jamais on n'a tant publié de recueils de pensées. On dresserait un interminable catalogue de ces sortes de livres, et il y en a d'excellents, Laténa, Louis Dépret, Alph. Séché, A. Ducros, Mme Calmon, Thiaudière, Georges d'Avenel, Cohin, Étienne Rey, sans compter les Pensées choisies de Balzac, Capus, Hervieu, Donnay, Marcel Prévost et même Napoléon. Ainsi se continue la tradition de La Rochefoucauld, La Bruyère, Rivarol, Chamfort, Duclos, Sénac, Joubert, etc. Ce genre de littérature a tout envahi. La suprême ambition des trois quarts de ceux qui tiennent un plume est de passer pour des moralistes. C'était autrefois un signe de maturité ; aujourd'hui, c'est par là que l'on débute. » (p.157)

Un autre exemple, page 38 :

« L'usage du passé défini a quelque chose de déplacé dans la prose de notre temps. Il n'y a plus que MM. les académiciens qui emploient encore cette façon de parler. Un discours sans passé défini ne leur semblerait plus un discours académique. Ces messieurs s'imaginent parler la langue du grand siècle quand ils disent  :

Vous fûtes élevé dans ce milieu exemplaire et familial, qui fut, comme vous le déclarâtes plus tard, le germe même et la raison de vos idées et de vos oeuvres. Vous grandîtes ainsi au milieu des conseils éclairés d'un entourage qui se passionnait pour la culture intellectuelle et scientifique, à laquelle vous rendîtes si souvent hommage. C'est alors que vous décidâtes de choisir cette carrière où de si beaux exemples vous avaient prédédé. »

Et un peu plus loin (p.39) : « Quand Moréas dit dans ses poésies : " Et les flûtes, vous les voulûtes ", c'est qu'il les voulait, en effet. »

Qui était Antoine Albalat ? Les dictionnaires sont à peu près silencieux. Et je pense que le web le serait quasi tout autant n'eût été ma lecture de son Art d'écrire (Armand Colin, réédition 1992) et des nombreuses citations que j'y ai trouvées. En quatrième de couverture de ce livre, on apprend qu'Albalat (1856-1935) était romancier et critique. Ses thèses et ses préceptes eurent longtemps beaucoup de détracteurs ; ils comptent désormais un très grand nombre d'adeptes.

Cela me laisse perplexe car il semble bien que ses livres hormis Le travail du style soient épuisés chez l'éditeur.

Heureusement, il y a abebooks.fr qui m'a permis de trouver, en plus du Comment il ne faut pas écrire, Comment on devient écrivain (1925, les pages n'étaient pas découpées) et La formation du style par l'assimilation des auteurs (1901, très beau livre en excellent état).